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Tribunes et décryptages - 23 août 2004
L’héroïsme de Kerry mis en doute

Décryptage

Pour remplacer George W. Bush à la Maison-Blanche, John Kerry s’efforce de séduire le pouvoir militaire et les multinationales. Aux premiers, il assure qu’il poursuivra beaucoup plus avant la militarisation du pays ; aux seconds, il affirme qu’il répartira de manière plus large les profits des guerres impériales. Pour convaincre l’état-major, il met en avant son passé d’ancien combattant. Tous ses meetings commencent par un hommage aux vétérans. Et il ne déplace jamais sans être accompagné de son témoin de prédilection, le lieutenant Jim Rassman. Celui-ci ne manque jamais une occasion de raconter de manière affable comment au péril de sa vie, le courageux Kerry le repêcha dans la rivière de Bay Hap sous le feu nourri du Viet-Cong. Cette affaire, chargée d’émotion, a fait l’objet d’une campagne de spots promotionnels de 50 millions de dollars. Il n’est donc pas étonnant que, bien qu’elle soit somme toute très secondaire, cette belle histoire ait donné lieu à des vérifications poussées. Rapidement, le Parti républicain a accumulé quantité de témoignages contredisant celui de Rassman et a commencé à les exploiter. Un groupe de vétérans ayant servi sous les ordres de Kerry a ouvert un site internet pour dégonfler le prétendu héroïsme de John Kerry. L’historien John B. Dwyer en donne compte-rendu dans le Washington Times. Surtout John E. O’Neill et Jerome R. Corsi ont publié un ouvrage dévastateur dans lequel ils ne se contentent pas de remettre en question cet épisode, mais toute la biographie militaire officielle du candidat démocrate. Ils en concluent que celui-ci est inapte au commandement. Le Washington Times, toujours lui, a publié en feuilleton trois extraits du livre dont nous donnons compte-rendu.
Une fois capitaine Kerry descendu de son piédestal, les néo-conservateurs poursuivent l’offensive en l’accusant, ni plus, ni moins, d’être un crypto-pacifiste ; argument ultime pour le discréditer auprès de l’état-major. William Kristol consacre l’éditorial du prochain Weekly Standard pour rappeler qu’en 1969, Kerry draguait dans le sillage électoral de George McGovern en témoignant devant le Sénat que les GI’s commettaient quotidiennement des crimes de guerre au Vietnam. Or, les critiques que l’on pouvait admettre d’un héros sont insupportables pour les vétérans lorsqu’elles sont formulées par un officier médiocre qui a déjà usurpé des faits d’armes. Loin d’être une péripétie de plus dans une campagne électorale qui devient agitée, ces accusations portent un coup très dur à la candidature Kerry et seront décisives s’il n’y est pas trouvé de réponse satisfaisante. D’autant que ces accusations vont renforcer les critiques destinées à le discréditer auprès des multinationales. Jusqu’à présent, celles-ci voient d’un bon œil le retour de l’équipe Clinton (Albright, Berger, etc.) dans les bagages de Kerry, mais elles s’inquiètent de sa capacité à prendre des décisions. On sait déjà que le candidat démocrate n’a aucune expérience du pouvoir exécutif. Il n’a jamais été gouverneur, ni ministre, seulement parlementaire. On sait qu’il ne gère pas lui-même sa considérable fortune. On apprend maintenant qu’il n’était pas capable de commander avec sang-froid un groupe de six soldats. Voilà qui n’incite guère les grands patrons à la confiance.

L’écrivain britannique John Harris revient dans le Guardian sur cette propension des gouvernants à susciter la peur pour faire admettre leur politique. Durant la Guerre froide, ils assuraient que nous étions à la veille de l’apocalypse nucléaire. Maintenant, ils prétendent qu’il n’y avait pas de danger réel dans la mesure où les dirigeants de l’URSS étaient des hommes rationnels, mais ils nous assènent que le terrorisme est un plus grand danger encore. Et en définitive, ces excès de langage débouchent sur des mesures dérisoires comme le conseil de prendre le train plutôt que l’avion.

Henry Siegman, ancien président de l’American Jewish Congress, dénonce dans l’International Herald Tribune la transformation de l’idéal sioniste par le Likoud en une idéologie raciste. Selon lui, les leaders les plus extrémistes du Likoud veulent imposer un apartheid aux Palestiniens, tandis qu’Ariel Sharon a opté pour une politique de Bantoustans. On observera que les propos de M. Siegman, une des personnalités plus respectées de la communauté juive états-unienne, sont exactement ceux qui avaient été tenus par la majorité des participants à la Conférence internationale contre le racisme, organisée par l’ONU à Durban, en septembre 2001. À l’époque, la délégation états-unienne avait crié au scandale et réfuté l’assimilation odieuse entre sionisme et racisme. La conférence s’est conclue dans un désordre général et en suspendant le vote d’un texte final. La position officielle des États-Unis ne représente donc pas celle des juifs états-uniens.

Enfin, les remarques de Patrick Seale à propos de la hausse du pétrole ont eu suffisamment de retentissement dans le monde arabe pour être publiées à la fois par Gulf News, Dar Al-Hayat et le Daily Star. Il relève que l’invasion de l’Irak visait à prévenir la prévisible hausse du pétrole en faisant main basse sur ses réserves, mais que l’impossibilité de les exploiter, face à la résistance, précipite au contraire la hausse des cours mondiaux. Dans un premier temps, cette hausse profite aux pays producteurs, principalement aux Arabes. Mais simultanément, elle rend rentable l’exploitation d’énergies de substitution et stimule les recherches sur l’hydrogène. Ce faisant, elle hâte le moment où l’on pourra se passer du pétrole. Les États arabes seraient donc avisés d’investir la manne inattendue dont ils disposent en prévision du moment où elle se tarira.

Réseau Voltaire




23 août 2004

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Thèmes
 Élections et démocratie aux États-Unis

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Jouer avec la foule »

Auteur John B. Dwyer
Vétéran du Vietnam, John B. Dwyer est auteur et historien militaire.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence « Playing the crowd », par John B. Dwyer, Washington Times, 23 août 2004

Résumé Le 18 août, dans un discours prononcé devant l’assemblée des Vétérans des guerres étrangères, John Kerry a déclaré qu’il gardait toute sa foi dans les vétérans et il a répété trois fois qu’il avait été volontaire pour partir au Vietnam.
En réalité, en revenant du Vietnam, John Kerry a fortement dénoncé cette organisation. Il affirma que les soldats au Vietnam commettaient des crimes de guerre quotidiennement. Au même moment, son témoignage au Congrès était diffusé aux prisonniers états-uniens au Nord-Vietnam pour les briser psychologiquement.
En ce qui concerne son engagement volontaire dans la guerre du Vietnam, il est faux. La seule chose qu’il a demandé, c’est d’être envoyé sur les patrouilleurs (une affectation plus tranquille quand il en a fait la demande) mais c’est tout. Il ne voulait pas aller au Vietnam et pour cause, il était opposé à ce conflit avant même de devoir y aller. Quand il a été affecté à des postes dangereux, il a protesté avec une telle véhémence que William E. Franke se souvient qu’il a changé trois fois de poste dans le premier mois où il a été présent. Le fait qu’il puisse penser pouvoir contrôler sa propre affectation à l’époque démontre son caractère égocentrique, cet égocentrisme se reflète d’ailleurs dans ses films de guerre. Il s’est construit un personnage de héros, mais les Swift Vets for Truth ont fait éclater la vérité.

« Les états de service de Kerry remis en cause »

Auteurs John O’Neill , Jerome R. Corsi
Issu d’une famille de militaires, John O’Neill est un vétéran décoré du Vietnam ayant servi dans la 11ième division côtière. Après son engagement au Vietnam, il fut choisi par Richard Nixon pour mener une campagne médiatique contre les mouvements pacifistes s’opposant à la guerre du Vietnam. Par la suite, il fut avocat au Texas et a eu George Bush père pour client. Il est co-auteur de Unfit for Command.
Historien et écrivain états-unien, Jerome R. Corsi est co-auteur de Unfit for Command.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence « Kerry’s fellow ’Swiftees’ dispute his Purple Hearts », 18 août 2004.
« Sampan incident’ belies heroic image », 19 août 2004.
« An angry dispute over a rescue in the river », 20 août 2004.
Le Washington Times a publié pendant trois jours des extraits du livre Unfit for Command, de John E. O’Neill et Jerome R. Corsi, remettant en cause les états de services de John F. Kerry. Le texte ci-dessous est un résumé des trois extraits du livre.

Résumé

Dans l’histoire des bateaux de patrouille au Vietnam, tout le personnel militaire qui a servi au moins un an a été blessé sérieusement. Parmi les rares exceptions, on compte John Kerry qui a pu quitter le Vietnam au bout de quatre mois de service militaire en raison des trois Purple Heart [1] qu’il avait reçu. Il est aussi le seul à avoir reçu une Purple Heart pour une blessure qu’il s’était faite lui-même.
Toutes les décorations qu’il a reçu l’ont été pour des blessures légères ou suspectes. Le vétéran William E. Franke se souvient que ces blessures étaient un sujet de plaisanterie parmi les troupes et beaucoup pensent que quand les combats sont devenus trop violents, il a foutu le camp. Initialement, Kerry s’était porté volontaire pour servir dans les vedettes de patrouille qui étaient un choix tranquille au moment où il demanda son affectation, mais cela change par la suite.
Kerry, sur son site affirme avoir reçu sa première blessure lors d’un combat contre un bateau vietnamien, mais personne ne peut attester qu’on lui a vraiment tiré dessus. Son ancien supérieur se souvient que la blessure n’était pas grave du tout. En fait, ce jour-là, la vedette commandée par Kerry a tiré sur un bateau qui avait refusé de décliner son identité et Kerry a lancé une grenade trop près de lui, se prenant un petit éclat dans le bras. Aucun tir adverse ne fut enregistré ce jour-là.
L’ancien commandant Hubbard se souvient que Kerry avait voulu être recommandé pour une Purple Heart, mais ce dernier avait refusé. Kerry s’est donc sans doute recommandé lui-même. Suite à cette histoire, le lieutenant Pech avait menacé Kerry en lui disant que s’il se rapprochait trop de lui, il lui ferait comprendre ce qu’est une vraie Purple Heart.

Kerry se donne l’image d’un héros, mais oublie de préciser qu’au Vietnam, son surnom était « l’étrangleur de Boston » compte tenu de son peu de respect de la vie humaine. Déjà à l’époque pourtant, il pensait à sa carrière et filmait ses exploits pour se donner l’image d’un héros, filmant même de fausses interview de lu-même. Quand il est parti, la blague qui circulait au Vietnam était que son départ n’avait rien à voir avec ses trois Purple Heart, mais qu’il avait suffisamment de films pour alimenter toutes ses campagnes électorales.
Quand il revint au pays, Kerry dénonça les crimes commis par les soldats états-uniens mais, pour William E. Frank, à l’époque, Kerry semblait penser qu’il n’existait aucune règle en zone de combat et le seul tueur d’enfant qu’il ait connu, c’était Kerry. Kerry raconte lui-même un épisode où il a demandé à ses hommes de tirer quelques coups de semonce contre un bateau qui se dirigeait vers eux, mais que les tirs ont tué un civil. Après l’incident, il déclara que ni femme, ni enfant n’avaient été touchés. Le Boston Globe a interrogé l’équipe de Kerry sur cet incident, mais n’a pas obtenu de réponse. Steve Gardner, ancien subordonné de Kerry au moment des faits se souvient d’une tout autre histoire. Ce jour-là, Kerry était au radar, mais n’avait pas signalé à ses hommes l’approche d’un bateau qui devait théoriquement apparaître sur l’écran. Quand ils l’ont vu arriver, les soldats ont vu que l’homme à bord avait une arme et, conformément au règlement, ils ont ouvert le feu. Dans la confusion, un enfant a été tué par balle. Kerry n’est sorti de sa cabine qu’une fois les tirs interrompus et a menacé tout le monde de cour martiale. Aujourd’hui, Gardner se demande comment un homme incapable de diriger six hommes pourrait devenir commandant en chef.
Gardner se souvient que les ordres de Kerry étaient généralement erratiques, mettaient ses hommes en danger et qu’il fuyait. Il y aurait dû y avoir une enquête sur ce qui s’est passé ce jour-là, mais il n’y en a pas eu et depuis ces révélations, Kerry essaye de discréditer Gardner. Il faudrait pourtant savoir pourquoi Kerry a rendu un faux rapport.

Kerry prétend que le 13 mars 1969, son bateau a été frappé par une mine et qu’il a été gravement blessé. Le lieutenant Rassman est tombé à l’eau sous le choc de l’explosion. Malgré les tirs adverses et avec bras saignant abondamment Kerry a sauvé son camarade en le sortant de l’eau. Kerry a dépensé 50 millions de dollars pour diffuser des spots publicitaires racontant cette histoire. Cet épisode lui a donné sa troisième Purple Heart et lui a permis de repartir au pays, mais là encore, il s’agit d’une grossière exagération.
Selon Larry Thurlow, qui dirigeait une autre vedette ce jour-là, Kerry s’est à nouveau blessé tout seul légèrement avec une grenade en faisant exploser un stock de riz. Il n’a pas reçu de blessure lors de l’épisode de la mine qui est arrivé plus tard la même journée. Kerry admet d’ailleurs avoir été blessé légèrement lors de l’explosion d’un stock de riz, même s’il affirme que c’est un mercenaire Nung qui a lancé la grenade. Il est peu crédible qu’il ait été blessé deux fois le même jour. En fait le bateau de Kerry n’a pas été touché par la mine. C’est un autre qui a été touché et le bateau de Kerry, contrairement à la procédure qui demande de rester en soutien du bateau touché a fuit. L’un des hommes du bateau, le lieutenant Rassman, est tombé à l’eau. Kerry est revenu le chercher quand il s’est aperçu qu’il n’y avait pas de tirs ennemis après l’explosion. Il n’a pas participé au sauvetage du bateau touché, mais il s’en est attribué la responsabilité. Rassman, reconnaissant d’avoir été sauvé à accrédité l’histoire de Kerry. Suite à cela, le futur candidat démocrate demanda son retour aux États-Unis, ce n’est pas la Marine qui lui a proposé.
Kerry na cessé de se mettre en scène pour accréditer son image de héros.


« Les frères d’armes de Kerry »

Auteur William Kristol

 William Kristol est rédacteur en chef de Weekly Standard. Il est président du Project for the New American Century.

Source Weekly Standard (États-Unis)
Référence « Kerry’s Band of Brothers », par William Kristol, Weekly Standrad, 30 août 2004 (déjà disponible sur le site du journal avant sa publication papier).

Résumé John Kerry nous demande de croire les témoignages de ses « frères d’armes » concernant sa valeur au Vietnam, mais il y a un problème : un nombre substantiel de ses « frères d’armes » s’oppose à sa candidature et s’appuie sur ce qu’ils ont vu de lui pendant la guerre pour affirmer qu’on ne peut pas lui faire confiance.
Ce n’est pas une accusation anodine. Personne ne croît vraiment que Kerry est un criminel de guerre et beaucoup pensent que son service militaire au Vietnam a été le moment le plus admirable de sa vie, mais en revenant aux États-Unis en 1969, Kerry a accusé l’armée de crime de guerre et cela explique le dédain que lui voue certains de ses anciens camarades. Le 22 avril 1971, Kerry a témoigné devant le Sénat au nom d’un « très grand nombre de vétérans » selon ses dires et a affirmé que les crimes étaient quotidiens et que le pays avait « perdu tout sens moral ». Il ne s’est jamais rétracté et il faut nous souvenir de cet événement.
Cet épisode signifie que les vrais frères d’armes de Kerry sont les opposants à la guerre, qu’il était hostile en 1971 à l’usage de la puissance militaire états-unienne et qu’il est l’héritier de George McGovern. Toutefois, contrairement à McGovern, il n’assume pas ses opinions et, en jouant un double jeu, Kerry invite à examiner son action au Vietnam plus attentivement.

« Ayez peur, ayez vraiment peur »

Auteur John Harris
John Harris est écrivain britannique. Il est l’auteur de The Last Party : Britpop, Blair and the Demise of English Rock.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Be afraid, be very afraid », par John Harris, The Guardian, 16 août 2004.

Résumé Bruce George, président sortant de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE a prononcé un discours le mois dernier où il parlait du terrorisme. Selon lui, ce phénomène représentait une plus grande menace que la menace nucléaire durant la Guerre froide. À le croire, durant la Guerre froide, les cauchemars d’apocalypse nucléaire n’avaient pas lieu d’être et il ne fallait pas s’inquiéter de la crise des missiles de Cuba ou de l’hypothèse d’une guerre nucléaire circonscrite à l’Europe de Ronald Reagan car les adversaires dans ce conflit étaient rationnels.
George affirme aussi que l’objectif d’Al Qaïda est de « dominer le monde », c’était l’objectif que les plus enragé des guerriers froids prêtaient aux communistes. Les mesures de sécurité préconisées pendant la Guerre froide contre une attaque de missile sont aujourd’hui préconisées pour faire face à une attaque terroriste. La BBC diffuse un docu-drama sur l’explosion d’une bombe sale à Londres 20 ans après avoir diffusé l’équivalent sur les conséquences d’une attaque de missiles soviétiques. Durant la Guerre froide, la peur était passive, aujourd’hui elle s’accompagne de mesures de sécurité futiles comme de prendre le train au lieu de l’avion (c’était bien sûr avant les attentat de Madrid). D’après David Blunkett, nous devons craindre « des individus ou des groupes, britanniques sou non ». Avec une telle définition, tout est permis et la menace terroriste offre plus de pouvoirs à nos politiciens que la menace de la Guerre froide.
Pendant 20 ans, la Grande-Bretagne a été menacée par l’IRA, mais le discours n’était pas aussi apocalyptique. Là, on nous parle pour justifier cette différence de « superterrorisme ».

« Sharon trahit les fondateurs d’Israël »

Auteur Henry Siegman

 Henry Siegman est chercheur sur le Proche-Orient au Council on Foreign Relations. il est ancien président de l’American Jewish Congress et du Synagogue Council of America.

Source International Herald Tribune (France)
Référence « Sharon betrays Israel’s founders », par Henry Siegman, International Herald Tribune, 20 août 2004.

Résumé Beaucoup d’observateurs du Proche-Orient voient le nouveau pragmatisme affiché par Ariel Sharon et l’émergence d’une nouvelle garde de jeunes Palestiniens demandant des réformes à la tête de l’Autorité palestinienne comme des bonnes nouvelles pour la paix. Malheureusement, cet optimisme est fondé sur une totale incompréhension des réalités israéliennes et palestiniennes.
Sharon n’est pas prêt à accepter les conditions minimales permettant la constitution d’un État palestinien viable. Il cherche à éviter à tout prix des contacts avec l’Autorité palestinienne, même pour prévenir le chaos annoncé que susciterait un retrait sans préparation de la bande de Gaza. Sharon affirme que l’abandon de Gaza était le prix à payer pour garder le contrôle de la Cisjordanie. Mardi, il a annoncé des constructions massives dans ce territoire et la jeune garde palestinienne ne pourra pas accepter un accord dans ces conditions. Sharon fragmente les territoires et cela repousse à des décennies un accord de paix.
La vraie différence entre Sharon et les personnalités les plus radicales du Likoud, c’est l’emballage. La différence se fait entre ceux qui veulent une séparation avec les Palestiniens et ceux qui veulent un système d’apartheid. Beaucoup au Likoud, dont Benjamin Netanyahu, pensent qu’accorder le droit à un État aux Palestiniens déclenchera un processus incontrôlable. L’idée du Likoud et de Sharon est de se désengager comme l’Afrique du Sud s’était désengagé des Bantoustans. Cette approche se démarque des fondateurs du sionisme qui n’avait rien d’une entreprise raciste. Les problèmes de sécurité ne peuvent justifier la politique raciste actuelle.
La seule solution pour Israël est un retour aux frontière de 1967. Longtemps, les Israéliens ont cru que la clé de leur sécurité résidait dans l’occupation du Liban, mais la sécurité d’Israël a augmenté quand les territoires occupés dans ce pays ont été évacués.

« Les réserves pétrolières arabes finiront par s’assécher »

Auteur Patrick Seale

 Patrick Seale est un analyste et auteur réputé sur le Proche-Orient. Contributeur régulier à Gulf News. Il a notamment publié des ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Syrie et une biographie d’Abu Nidal.

Sources Gulf News (Émirats arabes unis), Dar Al-Hayat (Royaume-Uni), Daily Star (Liban)
Référence « Arab petroleum reserves will eventually run dry », par Patrick Seale, Gulf News, 20 août 2004.
« The Hydrogen Challenge to Arab Oil », Dar Al-Hayat, 20 août 2004.
« Will hydrogen soon kill Middle East crude ? », Daily Star, 23 août 2004.

Résumé Les prix du pétrole continuent de monter en raison des luttes de pouvoir en Irak, de la crainte d’une faillite de Yukos et de l’explosion de la demande en Asie. Même la victoire d’Hugo Chavez au Venezuela et sa promesse de maintenir la production et de continuer à alimenter les États-Unis n’a pas arrêté la tendance à la hausse . Certains observateurs pensent que le prix du baril pourrait dépasser les 50 dollars, mais qu’il n’y aurait pas de raison de paniquer car en dollars constants cela ne représente que la moitié du prix atteint en 1979. Les prix élevés pourraient entraîner une récession mondiale, stimuler la recherche de nouvelles énergies alternatives et donner de l’argent aux Arabes.
Ceux-ci doivent toutefois se méfier. La manne financière ne sera pas éternelle et ils devraient investir les surplus dégagés dans l’économie de l’ère post-pétrolière au lieu de retarder les réformes nécessaires. Il est évident que d’ici deux à cinq décennies, le pétrole aura laissé la place à une nouvelle source d’énergie. Quelle que soit la source énergétique de remplacement, on ne trouvera plus à l’avenir de machines consommant des sources d’énergie fossile comme aujourd’hui.
L’énergie est un des thèmes de campagne favori de John Kerry contre George W. Bush. Il accuse l’administration Bush d’avoir fait passer le baril à un prix élevé avec sa guerre en Irak. Kerry dénonce également la dépendance des États-Unis vis-à-vis du pétrole arabe et il prône l’indépendance énergétique des États-Unis. Il a promis, s’il était élu, de dépenser 30 milliards de dollars pour encourager les automobilistes à acheter des voitures plus propres et les constructeurs à développer des voitures aux technologies plus propres. Il veut aussi développer les énergies renouvelables. Toutefois, l’indépendance énergétique ne sera pas facile à obtenir car les États-Unis disposent de 3 % des réserves de pétrole, mais consomment 25 % de la production mondiale pétrolière. Il ne faut cependant jamais préjuger des capacités des États-Unis à s’adapter compte tenu des ressources mobilisables pour la recherche en cas de volonté politique.
Le renversement de Saddam Hussein était directement lié à l’approche de la baisse de la production pétrolière. Les puissances mondiales sont engagées dans une lutte pour le pétrole, mais l’argent serait mieux dépensé dans la recherche sur l’hydrogène car nous sommes loin d’être en mesure d’exploiter cette ressource. Quoi qu’il en soit, le changement est en route et plus le pétrole sera cher, plus vite il viendra.

 



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