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Sociologie de la guerre
Johan Galtung : « L’intervention de la Bundeswehr prolonge l’insécurité »




1er octobre 2007

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Junge Welt : Actuellement se déroule, à Bâle, le congrès de la Société suisse de sociologie intitulé « guerre » auquel vous participez. Est-ce que cela ne vous dérange pas que la notion de paix ne figure pas dans le titre qu’on a donné à cette réunion ?

Johan Galtung : Non, si nous considérons ce terme et le monde d’un point de vue dialectique, la notion de guerre contient aussi son antonyme. Comment concevoir la guerre sans la paix, le rouge sans les autres couleurs, les femmes sans hommes ? Quand il s’agit de créer la paix, il faut considérer les causes profondes pour trouver des méthodes à la solution des conflits.

Junge Welt : Quelles sont les formes de solution aux conflits que vous proposez face aux guerres en cours ?

Johan Galtung : Il s’agit toujours de parler avec toutes les parties concernées et de leur demander quels sont leurs buts. Monsieur Olmert, Monsieur Abbas, comment imaginez-vous l’avenir au Proche-Orient ? Et comment pensez-vous atteindre une telle situation ? Comment construire un pont entre les différents points de vue ? Si les parties d’une guerre ne pensent qu’à la victoire, il faut les interroger sur la suite, qu’y aura-t-il après. Dans quel avenir veulent-elles vivre ? Dans quel Proche-Orient les Israéliens et les habitants de la Palestine veulent-ils vivre ? Il s’agit de trouver une nouvelle réalité et de la comprendre. Pour les parties du conflit, il s’agit de pouvoir la vivre selon leurs buts légitimes et en toute dignité.

Le 11 septembre, dans les colonnes du quotidien israélien Haaretz, on a fait état de ma proposition de créer entre Israël et les pays voisins, la Syrie, le Liban, la Jordanie, l’Égypte et la Palestine, une union à l’instar de l’Union européenne. Après plus de 40 ans de travail pacifiste au Proche-Orient et de nombreux séjours d‘études, c’est la première fois qu’on a consacré un article exhaustif à cette conception de paix. Quand j’ai appris l’existence de cet article, la joie ressentie m’a empêché de dormir. Haaretz a tout de même près de 5 millions de lectrices et lecteurs.

Junge Welt : Une telle information est pourtant, d’après vous, l’exception, le travail pacifiste étant pratiquement absent dans les médias. Comment y remédier ?

Johan Galtung : Un journalisme en faveur de la paix devrait veiller à une présentation équilibrée des faits et ne devrait pas parler uniquement des guerres en cours. Les journalistes, dans leur majorité, ne sont pas intéressés à informer sur la paix et les efforts des initiatives et des institutions de paix. Ils pensent que les informations sur la guerre sont plus intéressantes et qu’ils atteignent ainsi davantage de lecteurs. Ce n’est pas vrai, notamment les femmes et les personnes âgées préfèreraient lire des nouvelles concernant la paix. Elles pourraient ainsi apprendre qu’il est possible d’agir contre la guerre. Et ceci aboutirait à des échos positifs pour les hommes et femmes qui militent pour la paix.

Junge Welt : Le 15 septembre aura lieu à Berlin une grande manifestation contre la prolongation de l’intervention de la Bundeswehr en Afghanistan. Que pensez-vous de cette forme de protestation ?

Johan Galtung : L’intervention de la Bundeswehr prolonge l’insécurité. La paix, c’est davantage que l’absence de guerre et de violence, un armistice n’est pas encore la paix. Il s’agit de développer un rapport égalitaire entre les hommes, de réaliser une symétrie, des échanges, l’égalité des droits. La paix n’est pas un travail d’ingénieur, ce qui compte c’est le respect, le dialogue.


Source : Junge Welt du 14/9/07
Traduction Horizons et débats

 

 



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