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Les diplomaties saoudienne et égyptienne sous tutelle US

Le vent d’optimisme qui a soufflé au Liban s’est quelque peu apaisé après la fin des entretiens à Beyrouth des émissaires français dans le cadre d’une « visite d’information », destinée à exposer aux acteurs libanais les résultats des concertations internationales et régionales. Les journaux, toutes tendances confondues, estiment que les émissaires français ont beaucoup à faire pour produire un compromis inter- libanais avant le 24 novembre, qui marque la fin du mandat du président Emile Lahoud. Pendant ce temps, les menaces recommencent à planer dans le Golfe, surtout après les mouvements de bâtiments de guerre britanniques en coordination avec les Etats-Unis, tandis que l’armée israélienne est maintenue en état d’alerte non proclamée à la frontière avec le Liban.

| Beyrouth (Liban)
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Tendances et événements au Liban

De nombreux diplomates occidentaux en visite au Moyen-Orient expriment leur étonnement de l’absence de tout rôle égyptien et saoudien dans les dossiers régionaux, alors que des pays de tous les continents s’intéressent de près à tout ce qui se passe. Des observateurs soulignent que ces deux grands États arabes ne sont associés aux démarches et réunions que pour compléter la liste des invités, ce qui n’est pas très glorieux. Ce fut le cas à Istanbul lors de la rencontre consacrée au Liban entre les sept ministres des Affaires étrangères, sous la houlette de Condoleezza Rice. Cette dernière a dirigé les débats d’une manière militaire, demandant aux participants de cautionner un communiqué préparé à l’avance sans leur donner la possibilité d’y introduire des modifications. Ces mêmes observateurs indiquent que Riyad et Le Caire ne joue pratiquement aucun rôle indépendamment des États-Unis.
C’est l’impression qui se dégage depuis l’invasion de l’Irak, en mars 2003. Les capacités politiques, sécuritaires et financières de l’Égypte et de l’Arabie saoudite se sont transformées en outil dans la panoplie des moyens utilisés par les États-Unis pour déployer leurs stratégies. Depuis le sommet de Charm el-Cheikh, au printemps 2006, il existe même une structure semi-officielle chargée de l’exécution des décisions et des politiques états-uniennes. La disparition du rôle régional du Caire et de Riyad dans les dossiers régionaux s’accompagne de la consécration par la Syrie de son influence, comme cela s’est illustré dans les dossiers irakiens et libanais. La France, avec la bénédiction des États-Unis, a décidé de parler à Damas pour garantir le succès du compromis interlibanais.
Cette analyse est justifiée par le sommet saoudo-égyptien entre le roi Abdallah et le président Hosni Moubarak. Ces deux grands États arabes se décideront-ils, enfin, à secouer la main pesante de Washington et à développer leurs propres stratégies régionales. Ou continueront-ils à agir comme des nains politiques et à pratiquer le suivisme, alors que l’Égypte est un pays de 75 millions d’habitants et l’Arabie le premier exportateur de pétrole du monde ?

Presse et agences internationales

NEW YORK TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
- Frank Ritch
Le tapage provoqué par les propos de George Bush sur une Troisième Guerre mondiale n’a fait que confirmer ce les Démocrates avaient deviné. Le président et le vice-président, Dick Cheney, sont déterminés, sous l’impulsion du groupe des néoconservateurs, à lancer une attaque militaire contre l’Iran, dans la période qui nous sépare des élections présidentielles. Une éventuelle guerre contre l’Iran jouera le rôle de référendum sur les résultats des prochaines élections et sur le sort du parti républicain, quel que soit le candidat qui le représentera. Si, au contraire, la guerre n’a pas lieu, le parti démocrate sera contraint d’exprimer une position claire au sujet d’une des questions centrales de la campagne électorale actuelle.
Mahmoud Ahmadinejad ne détient pas les rênes du pouvoir réel en Iran, un pays dont le budget atteint moins d’1 % du budget de défense des États-Unis. Le bruit de bottes pourrait être une arme déjà utilisée pour permettre aux Républicains de remporter la course électorale. L’idée ici, serait plus d’incruster la peur dans le cœur des électeurs états-uniens plutôt que dans le cœur des dirigeants iraniens. Telle est la stratégie électorale du parti républicain.
- Par les sénateurs Jim Webb et Chuck Hagel
Les hommes et les femmes qui ont servi dans l’armée US depuis le 11-Septembre constituent la meilleure nouvelle génération. Si les sénateurs et la classe politique pensent réellement que ces militaires sont aussi courageux que ceux qui ont combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, alors il faut leur accorder les mêmes bourses universitaires dont avaient bénéficié ces derniers. La bourse gratuite constitue une des plus importantes législations de l’histoire des États-Unis. Elle avait permis de payer les frais universitaires, les livres et accordé une aide mensuelle à 8 des 16 millions de personnes qui ont servi pendant la guerre. Tous ceux qui ont mis leur vie en danger pour servir les États-Unis doivent être récompensés.

WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
- Charles Krauthammer
Les islamistes que l’ont qualifie de « barbares » sont déployés aux portes du Pakistan, dont le président a décrété l’état d’urgence et les forces démocratiques du centre et de la gauche ont décidé de descendre dans la rue. Comment doivent agir les États-Unis à l’égard des événements dans ce pays ? Ce n’est pas la première fois que Washington est confronté à des défis difficiles. Il a déjà soutenu les dictateurs Augusto Pinochet, au Chili, et Ferdinand Marcos, aux Philippines, du temps de la Guerre froide. Les États-Unis ont justifié cet appui par une logique simple : ces dictateurs sont moins catastrophiques que le communisme.
Les détracteurs de l’Amérique ont dénoncé sa malhonnêteté, elle qui prétend défendre les principes de la liberté. La page des États-Unis n’a été blanchie que vers la fin des années 80, à cause de deux éléments : la fin de la Guerre froide et l’émergence de mouvements démocratiques que Washington s’est empressé de soutenir. Mousharraf est en train, aujourd’hui de tenter de s’imposer, comme l’ont fait avant lui Marcos et Pinochet. Mais la question qui se pose est celle de savoir si le moment est venu de le coincer pour l’obliger à rendre le pouvoir. Cela dépend de la confiance qu’ont les États-Unis dans la capacité de Benazir Bhuto et de ses alliés à contrôler le pouvoir avec efficacité.

AL KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
L’attitude d’Israël à l’égard de Mohammad el-Baradéi est étonnante, porte à l’ironie et extrêmement dangereuse dans ses dimensions politiques. Le directeur de l’AIEA mérite les foudres d’Israël et de son mentor, les États-Unis, parce qu’il a dit qu’il ne détenait pas des preuves que l’Iran possède un programme nucléaire de nature militaire. Il est sorti du texte qui lui impose de dire que Téhéran possède un programme nucléaire militaire, contrairement à toutes les données recueillies par les inspecteurs de l’agence. Pour Washington et Tel-Aviv, el-Baradéi doit abandonner sa crédibilité, ses responsabilités et son éthique professionnelle, et dire ce que souhaitent Israël et les Etats-Unis, afin de justifier une frappe militaire contre l’Iran.

TECHRINE (QUOTIDIEN SYRIEN)
Plus l’impasse états-unienne dans la région s’approfondit, plus les contradictions et la confusion apparaissent clairement chez l’administration Bush. Celle-ci estime que le fait de reculer est coûteux, et la fuite en avant l’est encore plus. De plus, le replâtrage est inefficace après les grands effondrements dans les murs des politiques US internes et externes.
L’administration Bush pense que les menaces, les fausses accusations et les décisions improvisées, constituent des éléments de sortie. Elle estime que le soutien aveugle à Israël pourrait au moins l’aider à surmonter ses problèmes internes, et à continuer à jouir des faveurs du lobby sioniste. Washington estime que ses déconvenues militaires en Irak ne sont pas dues à une vision erronée, aux erreurs accumulées, aux ambitions pétrolières, mais au manque de coopération des pays voisins de l’Irak, et plus précisément de la Syrie et de l’Iran.

Audiovisuel international

AL-JAZEERA (CHAINE QATARI)
Émission : Ce soir sur Al Jazeera
- Mahmoud Zahar, haut responsable au mouvement Hamas
Si l’armée israélienne met les pieds à Gaza, ses soldats en sortiront en pièces.
Le Hamas ne craint pas les résultats de la conférence d’Annapolis, convoquée par George Bush.
Toute concession au sujet du droit au retour constitue une trahison. Le peuple palestinien punira ceux qui osent brader ses droits légitimes.

Tendances et événements au Liban

Les contacts entrepris au Liban par les émissaires de Nicolas Sarkozy ont montré l’existence d’un nœud provoqué par les tensions interchrétiennes qui ont poussé le Patriarche maronite à annoncer qu’il ne désignerait pas des candidats consensuels à la présidence, comme le souhaitent les médiateurs internationaux et comme l’ont solennellement demandé le président Nabih Berri (Opposition) et Saad Hariri (14-mars). Après une réunion vendredi soir, ces deux responsables ont annoncé le report au 21 novembre de la séance de l’élection présidentielle prévue le 12. Ils ont exhorté le Patriarche Nasrallah Sfeir à proposer des noms de candidats consensuels.
C’est avec l’appui des États-Unis, de l’Union européenne et des pays arabes que la France s’est pleinement investi dans la recherche d’une solution consensuelle à la crise de la présidentielle. C’est dans cet esprit, et juste après un sommet avec George Bush au cours duquel le Liban a été évoqué, que Nicolas Sarkozy a dépêché le secrétaire général de l’Élysée à Beyrouth. Mais la mission au Liban de Claude Guéant a rencontré des obstacles au niveau du mécanisme de sélection des candidats consensuels. Nabih Berri et Saad Hariri, tous deux musulmans, ne veulent pas prendre la responsabilité de choisir les candidats de compromis sans la participation de la communauté chrétienne d’où est issu le chef de l’État. Cependant, Nasrallah Sfeir, échaudé par expérience similaire à la fin des années 80, refuse d’entrer dans ce qu’il appelle le jeu des noms.
Pendant ce temps, les faucons du 14-mars ne cachent pas leur opposition à l’entente, L’ancien chef de guerre chrétien Samir Geagea exerce de fortes pressions sur le Patriarche afin qu’il ne désigne pas de candidats de compromis. Walid Joumblatt, lui, continue de défendre la thèse de l’élection d’un président à la majorité simple.
Malgré les difficultés rencontrées, les démarches de bons offices vont se poursuivre. Bernard Kouchner est attendu à Beyrouth en début de semaine prochaine, pour défricher le terrain. Il sera suivi par le chef de la diplomatie italienne Massimo D’Alema. Claude Guéant pourrait revenir jeudi prochain pour entrer dans les détails.

Presse libanaise

AN-NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
Bkerké prépare une initiative qui consiste à établir une liste de 3 à 5 noms de candidats consensuels. Cette liste prendra le chemin de Ain el-Tiné où Nabih Berri et Saad Hariri l’examineront, avant qu’elle ne soit envoyée au Parlement qui élira la personne qu’il estime le plus apte à diriger le pays. Des efforts sont déployés pour assurer un soutien interne et externe à l’initiative du patriarcat maronite.

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Le trio français spécialiste dans les domaines de la sécurité et de la politique au Liban et dans le monde, dirigé par Claude Guéant, ne se faisait pas d’illusion sur la réussite rapide de sa mission. Les émissaires de Nicolas Sarkozy sont conscients que pour réussir dans leur tâche, il leur faudra faire de nombreuses navettes.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.

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