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Réactions internationales à la publication du NIE sur l’Iran

Le complet et soudain renversement de la politique étrangères des États-Unis a été diversement apprécié dans le monde et à Washington : l’Iran jubile, la Russie se délecte, la Chine ne croyait pas que les États-Uniens pouvaient leur mentir encore, Israël est furieux, et les néoconservateurs sont nus.

| Zurich (Suisse)
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Voix iraniennes

Le président de l’Iran, ­Mahmud ­Ahmadinejad a déclaré :
« Les Etats-Unis entendent toujours priver l’Europe des chances qu’elle aurait si elle pouvait intensifier ses relations commerciales avec l’Iran. J’appelle l’Occident à prendre le chemin de l’honnêteté et de l’amitié avec l’Iran et je l’avertis de ne pas répéter ses erreurs du passé et de ne pas se cantonner dans l’hostilité. La nation iranienne sait se défendre et l’Occident ferait de nouveau mauvaise figure.
En ce qui concerne les résolutions du Conseil de sécurité, l’ONU ne sait pas comment résoudre le problème, ces deux résolutions étant contraires au droit parce qu’elles se fondent sur une description des faits incorrecte. »

Source : www.english.farsnews.net, du 5/12/07

Le ministre iranien des Affaires étran­gères, Manoucher Motaki, a déclaré :
« Le conseil le plus important que nous puissions donner aux Américains est de prendre la bonne décision et de corriger leurs fautes relatives à la question ato­mique iranienne. Si les intellectuels américains cherchent à sortir du bourbier dans lequel ils se sont enfoncés, ils devraient partir de ce rapport. L’Iran accueillera à bras ouverts tous ceux qui interprètent correctement notre activité et nos intentions sur le plan nucléaire. »

Source : Isna, 5/12/07

L’ambassadeur d’Iran à Paris, Ali Ahani, a déclaré mercredi à une station française de télévision :
« La Maison-Blanche a toujours menti à propos de l’Iran, et la question a été portée à tort, sous ses pressions, devant le Conseil de sécurité. Le rapport NIE est important, car il constate comme celui d’El-Baradei que l’Iran n’a pas de programme nucléaire militaire.
Nous avons toujours dit, et le répétons, que le programme est voué à l’exploitation civile de l’énergie nucléaire et qu’il le restera. Toutefois, une partie du rapport est incorrecte. Jusqu’en 2003, il n’y avait pas non plus de programme militaire en Iran. Nous n’avons jamais eu l’intention de marcher sur cette voie. »

Source : www.english.farsnews.net du 6/12/07

Un porte-parole du gouvernement iranien a déclaré :
« Le rapport NIE est l’aveu de fautes du gouvernement américain. Mais cet aveu ne suffit pas, les Etats-Unis devraient payer des dommages-intérêts pour les inconvénients auxquels ils nous ont soumis. La communauté internationale devrait se garder de gaspiller de nouveau un temps précieux en exprimant des accusations dépourvues de substance. »

Source : Isna, 4/12/07

Voix russes

A la mi-octobre, le président Vladimir Poutine a surpris en affirmant que l’Iran ne développait, à sa connaissance, aucun programme nucléaire militaire. Dans la nuit de lundi, le Kremlin doit avoir éprouvé une grande satisfaction, mais Moscou est resté circonspect.

Le 5 décembre, Sergei V. Lavrow, mi­nistre russe des affaires étrangères, a indiqué aux représentants des médias que le rapport NIE lui-même n’était pas exempt d’erreurs :
« La supposition des Etats-Unis que les Iraniens aurait réalisé un programme ­d’armes nucléaires jusqu’en 2003 est fausse. Les données que possèdent nos partenaires américains ou tout au moins celles qu’ils nous ont montrées ne permettent pas de conclure que l’Iran a jamais mené un programme nucléaire militaire. »

Source : www.english.farsnews.net du 6/12/07

Vitaly Churkin, ambassadeur de Russie à l’ONU, s’est adressé ainsi aux médias :
« Nous nous sommes toujours opposés à des sanctions, et le rapport justifie la position russe. Nous avons toujours prétendu qu’il n’y avait pas de preuve que l’Iran s’efforce de fabriquer des armes nucléaires. »

Source : www.mebb.de/blog

Voix chinoises

L’ambassadeur de Chine à l’ONU, Wang Guangya, a déclaré :
« Il faudrait encore réfléchir aux impulsions que procure l’imposition de nou­velles sanctions aux Iraniens. »

Source : www.energia.gr du 4/12/07

Yang Jiechi, ministre des affaires étran­gères de Chine, pourrait s’être senti dupé. Comme l’AFP l’indique, il était outré et a passé une grande partie de la nuit au téléphone après la publication, demandant par exemple à Javier Solana, « ministre des Affaires étrangères de l’UE », et à Condoleezza Rice, sa collègue des États-Unis :
« Si vous saviez que l’Iran n’a pas de programme nucléaire militaire, pourquoi nous avez-vous constamment poussés à exercer de nouvelles pressions sur ­Téhéran par des sanctions ? N’aurait-il pas été de meilleur aloi de partager ces informations avec vos partenaires en politique iranienne ? »

Source : www.mebb.de/blog

Voix européennes

D’après le New York Times, des politiciens européens qui se consacrent à la politique étrangère se seraient « efforcés de comprendre pourquoi les États-Unis se sont décidés à ne publier le rapport que deux jours après que les six puissances (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) qui participent aux négociations avec l’Iran eurent décidé de proposer une nouvelle résolution au Conseil de sécurité. »

Source : www.mebb.de/blog

Voix états-uniennes

Le chef de file des démocrates au Sénat, Harry Reid, a déclaré :
« Ce rapport met directement en question la rhétorique alarmante dont use le gouvernement Bush à propos de la menace que constitue l’Iran. »

Source : www.spiegel.de du 9/12/07

John Bolton, ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, qui avait exigé le bombardement de l’Iran, a déclaré avec un culot inégalable :
« Le rapport est quasiment un putsch des services secrets contre le président. »

Source : www.spiegel.de du 9/12/07

« Le Parlement doit nommer immédiatement une commission d’enquête qui examinera l’élaboration du rapport. [...] Il semble que l’on a, parmi les services secrets, son propre agenda à propos de l’Iran. Ils ont axé leurs connaissances et appréciations dans une autre direction que celle à laquelle le gouvernement se préparait. Il faut vite enquêter. Je ne me ferai jamais une opinion d’après ce rapport. »

Source : www.thinkprogress.org

Comme jusqu’à maintenant, Bolton discréditera toutes les connaissances de services de renseignement qui s’écartent de son objectif permanent, à savoir davantage de guerre au Proche-Orient.

Voix israélienens

Les Israéliens étaient surpris et déçus. Ils avaient espéré une attaque américaine si les sanctions n’avaient pas eu d’effet. Matan Vilna’i, ministre de la défense adjoint, a déclaré au Jerusalem Post :
« Israël continuera d’envisager des opérations militaires contre l’Iran, tout en attendant de voir si la diplomatie échoue. Nous ne devons en aucun cas renoncer à une option. »

Source : www.jpost.com du 7/12/07

Le plus obtus a maintenant reconnu que la statue de la liberté s’était transformée en statue du mensonge. Conformément à l’enseignement de Norman Podhorez et d’autres idéologues néo-conservateurs, le mensonge est un moyen privilégié d’atteindre ses fins. Or le mensonge doit régir aussi peu les relations entre Etats que celles entre individus. Par bonheur, l’ivraie se séparera ici du bon grain.

Documents joints

 

« Understanding the Key Judgments in the New NIE on Iranian Nuclear Weapons », CSIS, 4 décembre 2007.


(PDF - 360.8 ko)
 
 

« Reflections on the National Intelligence Estimate on Iran », American Enterprise Institute, décembre 2007.


(PDF - 72.4 ko)
 
Horizons et débats

Horizons et débats est l’édition française de Zeit Fragen un hebdomadaire basé à Zurich.

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