Tendances et événements au Proche-Orient

La reprise des assassinats par Israël torpille la trêve

 1. L’accalmie relative dans les territoires palestiniens n’aura duré que quelques jours. La reprise des assassinats de résistants palestiniens par Israël en Cisjordanie a torpillé la trêve négociée par l’intermédiaire des Égyptiens. Le Hamas a exprimé ses conditions pour la conclusion de la trêve qui doit être globale (Voir ci-dessous).
 2. Après plusieurs jours de silence, le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a repris ses menaces contre Gaza lors d’une tournée auprès d’unités militaires déployées à la lisière de la Bande (Voir ci-dessous).
 3. Les analystes et les journalistes israéliens ont poursuivi leurs évaluations négatives des prestations militaires de l’armée lors des derniers combats avec le Hamas et les autres mouvements de résistance à Gaza. De plus en plus de leaders d’opinion appellent à accepter l’idée de négociations avec le Hamas, comme le proposent de nombreux responsables européens, le dernier en date étant le ministre italien des Affaires étrangères, Massimo D’Alema (Voir ci-dessous).
 4. Les milieux politiques et médiatiques arabes attendent les résultats de la tournée au Moyen-Orient, la semaine prochaine, du vice-président états-unien, Dick Cheney. Selon les observateurs, cette visite s’inscrit dans le prolongement de celle effectuée par Bush début janvier, et qui a été immédiatement suivie par une reprise des tueries israéliennes à Gaza.

Presse et agences internationales

AFP (AGENCE DE PRESSE FRANÇAISE)
 Mehdi Fedouach
Au milieu d’une interminable file d’attente, Nasser, un père de famille de 46 ans, tient précieusement à la main sa carte de bénéficiaire d’aide. « Si l’ONU n’était pas là, j’irais mendier dans la rue. »
Le bâtiment de l’ONU centralisant le système de distribution de nourriture pour les plus démunis des 1,5 million d’habitants de la bande de Gaza, un territoire surpeuplé de 360 km2, se trouve dans une impasse du quartier al-Chati. Le va-et-vient de centaines de personnes anime l’entrée de la vieille bâtisse ceinte d’un mur de béton. Un panneau à peine visible est frappé du sigle de l’Unrwa, l’Agence onusienne d’aide aux réfugiés palestiniens. « Je n’ai pas de travail et cinq enfants à la maison. Je n’ai pas le choix », dit Nasser pour expliquer sa présence. Au bout d’une heure d’attente, il arrive devant une grande fenêtre grillagée. Par un interstice, il glisse sa carte à un employé de l’Unrwa qui la vérifie avant de lui tendre un coupon de distribution : « Voilà, tu peux aller chercher ta nourriture. »
Une femme au long voile, son enfant à la main, sort à son tour du bâtiment. Elle aussi a le précieux sésame. « Il y a sept ans, mon mari a perdu son travail en Israël et j’ai neuf enfants. Les prix ont flambé avec la fermeture de la frontière. Nous sommes endettés de 4000 dollars. On n’a aucune issue », se plaint-elle.
Direction un autre centre de l’ONU à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau. Des camions arrivent chargés de sacs de farine pour être déchargés dans de grands hangars où s’entassent déjà des milliers d’autres. Et dans un bâtiment voisin, les familles arrivent pour se procurer des produits de première nécessité : sucre, lait, riz, pâtes et farine. L’un des employés, Mohammad, n’en revient toujours pas : « Nous n’avons jamais vu autant de détresse. Les gens n’ont plus rien, vous avez même des fonctionnaires qui n’ont plus de salaire qui viennent prendre leur sac », témoigne-t-il.
Israël a imposé un blocus à la bande de Gaza à la mi-janvier dans le cadre de sa riposte aux tirs de roquettes depuis ce territoire contrôlé par le Hamas. Les sanctions israéliennes se sont traduites par des pénuries de produits de base et des coupures d’électricité. La situation à Gaza n’a cessé de se dégrader depuis le 19 septembre, lorsque les autorités israéliennes ont déclaré « entité hostile » la bande de Gaza.
« Il y a une détérioration sérieuse des conditions de vie des Gazaouis de jour en jour », explique Adnan Abou Hasna, un porte-parole de l’Unrwa. « Il y a plus de 70% de chômeurs. Nous fournissons la nourriture officiellement à 859000 Palestiniens mais maintenant, c’est bien plus. Les entreprises disparaissent, l’électricité, l’eau et la santé sont affectées par cette fermeture sans précédent de la frontière », ajoute-il, appelant Israël à « permettre aux entreprises d’importer et d’exporter ». « L’ONU ne peut rien faire face à l’effondrement de l’économie de Gaza », conclut-il. Des organisations humanitaires britanniques et françaises ont affirmé dans un rapport publié le 6 mars que la situation humanitaire dans la bande de Gaza était la pire depuis l’occupation du territoire par Israël en 1967.

• Les forces spéciales israéliennes ont tué mercredi quatre militants palestiniens dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie. Trois des victimes sont membres du Jihad islamique et la quatrième est un haut dirigeant des Brigades des martyrs d’al-Aqsa, un groupe armé lié au parti Fateh du président Mahmoud Abbas. Une porte-parole de l’armée israélienne a confirmé que des membres des forces spéciales, en civil, avaient mené une attaque à Bethléem, une localité à quelques kilomètres au sud de Jérusalem. Plus tôt hier, un autre activiste du Jihad islamique avait été tué par l’armée israélienne près de la ville de Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie.

• Israël et le Hamas ont démenti être parvenus à une entente pour une trêve tacite. « Nous poursuivons notre lutte contre les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, et nous y mettrons fin, mais cela ne se fera pas en un seul jour (...) Il n’y a pas de trêve », a déclaré le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak. « D’autres opérations nous attendent dans le proche avenir, et la poursuite de notre lutte contre Gaza risque de provoquer l’escalade sur d’autres fronts. » Le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a affirmé de son côté que « la balle est dans le camp d’Israël » concernant une éventuelle trêve, qu’il a conditionnée à l’arrêt des attaques israéliennes et à la levée du blocus imposé à Gaza. « Toute accalmie doit être réciproque, simultanée et globale », a-t-il ajouté.
Des tractations en vue d’une trêve se déroulent toutefois par l’entremise de l’Égypte. Mardi, un responsable israélien a affirmé qu’Israël avait accepté de ne pas lancer de nouvelles attaques dans la bande de Gaza si les tirs des roquettes palestiniennes contre son territoire cessaient. Il a cependant précisé qu’Israël se réservait le droit d’intervenir à Gaza pour empêcher toute attaque que des activistes palestiniens s’apprêteraient à lancer.

• Israël a décidé de boycotter la chaîne de télévision qatari al-Jazeera, jugeant « partiale » sa couverture du conflit avec les Palestiniens. « Al-Jazeera ne répercute que la moitié des événements et aide les terroristes », a affirmé le vice-ministre des Affaires étrangères Majali Wahbeh à la radio militaire israélienne. Selon un haut responsable au ministère israélien des Affaires étrangères, « l’équipe d’al-Jazeera à Gaza a mis en scène des enfants allumant des bougies et diffusé ces images » pour donner à penser qu’Israël avait coupé totalement l’électricité dans la région, alors qu’il en avait uniquement réduit l’approvisionnement.

• La Maison-Blanche a nié que quiconque au sein du gouvernement cherche la guerre avec l’Iran et que le plus haut US pour le Proche-Orient ait perdu son poste à cause de son opposition à une telle entreprise. Cependant, a dit la porte-parole Dana Perino, le président George W. Bush continue à se réserver toutes les options face à l’Iran. « Bien sûr, il est exact que le président n’a retiré aucune option de la table », a-t-elle dit face aux questions soulevées par la démission, la veille, de l’amiral William Fallon, devenu le visage militaire de l’opposition à une éventuelle attaque contre l’Iran. Mais elle a expliqué que se réserver la possibilité de recourir à la force favorisait les efforts purement diplomatiques pour convaincre l’Iran de renoncer à ses activités nucléaires les plus sensibles. Pour M. Bush, « le fait que toutes les options soient sur la table, c’est ce qui aide à faire marcher la diplomatie, à la rendre plus efficace. Il n’y a donc pas de divergence à ce sujet » au sein du gouvernement, a-t-elle dit. « Il n’y a personne dans cette Administration qui suggère autre chose qu’une approche diplomatique sur l’Iran », a-t-elle dit.
Elle a rejeté les accusations des adversaires démocrates de M. Bush selon lesquels l’amiral Fallon avait été poussé vers la sortie parce que le président ne supportait pas la contestation. « Je crois que c’est absurde, le président est favorable à un débat vigoureux et sain », a-t-elle dit. Elle a fait valoir que l’amiral Fallon avait pu exprimer son avis lors des vidéoconférences régulières sur l’Irak, l’Afghanistan ou le Pakistan.
Elle a pourtant implicitement reconnu qu’il existait un problème Fallon. Elle a en effet rapporté que M. Bush, sans se prononcer sur la nécessité ou non d’une démission, avait demandé au secrétaire à la Défense, Robert Gates, de « s’occuper de la question, et de le faire à l’intérieur du Pentagone ». Par la « question », Mme Perino semblait entendre la situation causée par les divergences de vues prêtées à l’amiral Fallon.
En septembre 2007, le Washington Post décrivait l’amiral Fallon comme « l’homme entre la paix et la guerre » avec l’Iran. L’article disait qu’il ne serait pas surprenant qu’il soit relevé de ses fonctions, peut-être dès cet été, et que si tel était le cas, « cela pourrait bien signifier que le président et le vice-président ont l’intention d’agir militairement contre l’Iran avant la fin de cette année et qu’ils ne veulent pas qu’un commandant se mette en travers de leur chemin ».

• Les électeurs de l’Indiana ont élu mardi un musulman au Congrès des États-Unis, le deuxième seulement dans l’histoire du pays. Andre Carson, petit-fils de feu la représentante démocrate Julia Carson, a été élu pour achever le mandat de cette dernière, décédée en décembre 2007, après avoir représenté pendant 11 ans un secteur très favorable aux démocrates. Andre Carson, 33 ans, s’est converti à l’islam il y a dix ans environ. Il a battu le candidat républicain Jon Elrod et un troisième candidat par 52 % des voix contre 44 pour Elrod. Le seul autre musulman à avoir siégé au Congrès américain est le représentant Keith Ellison du Minnesota, un démocrate lui aussi, qui effectue son premier mandat.

• La Maison-Blanche a annoncé l’envoi en Russie de la secrétaire d’État Condoleezza Rice et du secrétaire à la Défense Robert Gates la semaine prochaine pour des discussions sur divers sujets, dont le bouclier antimissiles. Les discussions de Mme Rice et de M. Gates avec leurs homologues les 17 et 18 mars « couvriront un large éventail de questions stratégiques bilatérales, dont la défense antimissiles, les dispositions de l’après-Start (traité de réduction des armes stratégiques), la coopération sur la non-prolifération ainsi que le contre-terrorisme », a dit devant la presse la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino. Ces discussions précéderont de peu le sommet de l’Otan et la réunion du Conseil Russie-Otan prévu en marge de ce sommet début avril.

AGENCE EUROPE (AGENCE DE PRESSE DE L’UNION EUROPEENNE)
Gilles de Kerchove, coordonnateur de la lutte anti-terroriste de l’UE, organise des réunions bilatérales avec un groupe de pays classés « prioritaires », en clair les pays à risque : le Maroc, l’Algérie, l’Égypte, l’Indonésie, le Kenya et la Tunisie.

ITAR-TASS (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
Le directeur du FSB, Nikolai Patrouchev, a annoncé que plus de 300 exercices antiterroristes ont eu lieu en Russie en 2007. De son côté, le général de brigade Viktor Orlov a présenté à la presse un nouveau site internet. « Le site http://nak.fsb.ru renferme des informations sur le Comité antiterroriste national, sur son état-major fédéral et sur les commissions antiterroristes qui fonctionnent dans les entités territoriales russes, notamment en ce qui concerne les fondements législatifs (de leurs activités), leurs missions et leur composition. Un grand chapitre du site est consacré au terrorisme contemporain ainsi qu’à la liste des organisations classées terroristes en Russie, à la chronologie des actes terroristes commis en Russie et à beaucoup d’autres choses », a-t-il déclaré.

RIA-NOVOSTI (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
Le ministère russe des Affaires étrangères a commenté le nouveau rapport du département d’État états-unien sur les droits de l’homme dans le monde : « Il révèle une fois encore les "doubles standards" appliqués dans la politique des États-Unis en matière de droits de l’homme (...) On voit nettement la séparation entre les droits de l’homme pour usage interne et pour l’extérieur. En effet, les États-Unis, qui ont pratiquement légalisé la torture et appliquent la peine capitale à des mineurs, qui ne reconnaissant pas la responsabilité pour des crimes de guerre et des violations massives des droits de l’homme en Irak et Afghanistan, qui refusent toujours d’adhérer à toute une série d’accords et de conventions dans le domaine des droits de l’homme, tout en présentant de façon dénaturée la situation en la matière dans d’autres pays ».

LE FIGARO (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE DASSAULT)
C’est l’étape la plus risquée de la visite d’État jusqu’alors sans vagues du président israélien en France. Shimon Pérès inaugure jeudi à Paris le Salon du livre dont l’invité est cette année Israël, à l’occasion du 60ème anniversaire de l’État hébreu. La polémique n’a pu être évitée. L’invitation a provoqué la fureur de plusieurs pays arabes et musulmans. Le Liban, l’un des fers de lance de la francophonie dans le monde arabe, l’Arabie saoudite, l’Iran, mais aussi l’Union des écrivains palestiniens ainsi que des éditeurs algériens, marocains ou égyptiens ont appelé à boycotter le Salon, pour protester contre la politique d’Israël envers les Palestiniens.

LE MONDE (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE LAGARDERE)
L’Élysée a fait parvenir à ses partenaires européens une présentation écrite, très succincte (moins de deux pages), du compromis négocié avec l’Allemagne sur son projet controversé d’Union pour la Méditerranée. Loin de la « vision » initiale chère à M. Sarkozy et à son conseiller spécial Henri Guaino, le projet est censé donner un « nouvel élan » au processus de Barcelone. Contrairement aux souhaits de l’Allemagne, qui a dès le début plaidé pour une parfaite égalité entre les États membres, le principe d’une présidence paritaire Nord-Sud occupée pour une période de deux ans par des ressortissants des pays riverains est acté. En revanche les deux directeurs qui animeront le secrétariat permanent d’une vingtaine de personnes destiné à chapeauter l’initiative seront désignés l’un par les pays du Sud, l’autre par les Vingt-Sept. Le document ne précise pas quels projets pourraient être retenus, et reste imprécis sur leurs financements.

LES ECHOS (QUOTIDIEN ECONOMIQUE FRANÇAIS, GROUPE ARNAULT)
Les 57 États de l’Organisation de la conférence islamique se réunissent aujourd’hui et demain à Dakar sous la présidence d’Abdoulaye Wade. Le président sénégalais espère que l’assemblée créera un Fonds islamique de solidarité pour le développement afin de lutter contre la pauvreté. Il devrait être doté de 10 milliards de dollars, mais seuls 2,6 milliards ont déjà été promis.

LE TEMPS (QUOTIDIEN SUISSE)
Israël et le Hamas négocient indirectement. Des contacts ont d’ailleurs été menés grâce à un intermédiaire suisse. À la fin de la semaine passée, Amos Gilad, un ancien de l’Aman (les Renseignements militaires) promu haut fonctionnaire du Département de la défense, s’est rendu au Caire dans le cadre de ses pourparlers secrets. Quant au ministre égyptien des Renseignements, Omar Suleiman, il se rendra en Israël dans quelques jours afin de finaliser l’accord. Ou plutôt les déclarations d’intention faites séparément par les deux parties.
Dans cet accord, le Hamas s’engage à interrompre les tirs de roquette Qassam et Grad sur les villes frontalières de l’État hébreu. Dans ce cadre, il se donnera un mois pour convaincre les autres organisations de ne plus bombarder Sderot et Ashkelon. L’armée israélienne, de son côté, gèlera toutes ses opérations dans la bande de Gaza et renonce à procéder à la « liquidation » annoncée de personnalités du premier cercle dirigeant du Hamas. Dans une seconde phase et pour autant que cette taadiyeh tienne, le point de passage de Rafah entre l’Égypte et la bande de Gaza sera rouvert sous le contrôle des observateurs européens qui l’avaient déserté ces dernières semaines. Les fonctionnaires de l’Autorité palestinienne y reprendront leur travail. Les miliciens du Hamas seront stationnés à proximité mais n’interviendront pas dans le fonctionnement du point de passage. L’Égypte s’est, semble-t-il, engagée à les surveiller. Enfin, une troisième phase de cet accord concerne l’échange du caporal Gilad Shalit contre un nombre de détenus palestiniens oscillant entre 300 à 750.

LE SOIR (QUOTIDIEN BELGE)
Le Journal de Rutka Laskier, que beaucoup comparent avec celui d’Anne Frank, paraît en français à l’occasion du Salon du livre de Paris. Une jeune fille juive de 14 ans a tenu ce journal jusqu’à son arrestation le 24 avril 1943, à Bedzin (Pologne), une petite ville à une cinquantaine de kilomètres d’Auschwitz. Du fait de cette proximité, elle savait le sort qui l’attendait et sentait sa mort inéluctable, ce qui rend l’ouvrage encore plus poignant. Un témoignage atteste sa mort dans le camp le 16 décembre de la même année.

LA LIBRE Belgique (QUOTIDIEN BELGE)
Les autorités marocaines ont fourni à la délégation policière belge les identités des six personnes qui auraient été assassinés en Belgique par Abdelkader Belliraj, accusé de diriger un réseau terroriste dans le royaume chérifien, ainsi que celles d’une vingtaine de ses complices. Les mobiles restent hétéroclites et les informations dont dispose le Parquet belge sont partielles. À Bruxelles, on demande le temps de la vérification.

EL PAIS (QUOTIDIEN ESPAGNOL, MAJORITE)
Le secrétaire d’État aux relations européennes, Alberto Navarro, a reçu le mémo franco-allemand relatif au projet d’Union pour la Méditerranée. Il s’agit d’une reculade à 90% de Sarkozy. En une page et un paragraphe, le mémo propose de renommer le « Processus de Barcelone » en « Union pour la Méditerranée » et dessine l’architecture d’un secrétariat et d’une présidence permanents. Cette structure paraît irréaliste. Elle prévoit en effet une co-présidence par un État du Sud et un autre de l’UE, alors que ce système n’a jamais fonctionné nulle part. Et l’on n’ose imaginer le cas de figure où Israël co-présiderait cette institution composée de pays arabes.

THE DAILY TELEGRAPH (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
Plusieurs parlementaires israéliens boycotteront le discours que la chancelière Angela Merkel doit prononcer mardi devant le Knesset. Ils considèrent en effet qu’il est disgracieux de parler en allemand, la langue des nazis, dans l’enceinte du Parlement. La chancelière a exigé de pouvoir s’exprimer dans sa langue et non en anglais.

THE AGE (QUOTIDIEN AUSTRALIEN)
Plusieurs députés ont boycotté la séance du Parlement au cours de laquelle le Premier ministre Kevin Rudd a fait adopter une motion bipartisane de soutien à Israël à l’occasion des 60 ans de sa création. Dans son discours, interrompu par un manifestant qui fut expulsé, M. Rudd a fait l’éloge des relations australo-israéliennes et de la démocratie parlementaire israélienne. Il a reçu dans la journée un coup de téléphone de son homologue israélien, Ehud Olmert, pour le remercier ; tandis qu’un message video du président Shimon Peres a été diffusé lors d’une réception.

THE AUSTRALIAN (QUOTIDIEN AUSTRALIEN, GROUPE MURDOCH)
Le président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, a rencontré son homologue iranien, Mahmoud Ahmadinejad, qui l’a remercié pour son intervention à l’ONU. L’Indonésie, membre non-permanent du Conseil de sécurité, est le seul État à avoir refusé d’approuver la résolution 1803 instituant de nouvelles sanctions contre Téhéran.

THE SYDNEY MORNING HERALD (QUOTIDIEN AUSTRALIEN)
John Clarke, conseiller à la Cour suprême d’Australie, a été désigné pour enquêter sur le fiasco de l’affaire Mohamed Haneef. Il avait été accusé de faire partie du « complot des médecins », une cellule d’Al Qaida composée de médecins musulmans nés en Inde qui aurait organisé des attentats à Londres et Glasgow. Il avait été incarcéré pendant 12 jours. 450 policiers avaient été mobilisés pour le confondre. 7,5 millions de dollars avaient été dépensés pour cette enquête qui devait se terminer par un non-lieu.

THE GLOBE AND MAIL (QUOTIDIEN CANADIEN)
• De manière exceptionnelle, l’Agence internationale de l’énergie (IEA) se réunira lundi à Paris, à huis clos. Elle débattra de la hausse du prix du pétrole.
• La Commission militaire de Guantanamo a entendu hier le prévenu Mohammad Jawad en séance publique. Le jeune homme ayant refusé de comparaître a été extrait de force de sa cellule et a été présenté menoté. Un problème technique ne lui a pas permis, une heure durant, d’entendre les traducteurs. En définitive, lorsque l’audience a enfin pu commencer, l’accusé a récusé la compétence du tribunal et s’est plaint des tortures qu’il a subit. Puis l’avocat militaire commis d’office a fait savoir qu’il quitterait le service la semaine prochaine pour motif personnel et ne pourrait donc pas défendre son client. Bref, une audience pour rien. Capturé à l’âge de 16 ans, Mohammad Jawad est détenu depuis 5 ans.

INDIAN EXPRESS (QUOTIDIEN INDIEN)
L’ambassadeur de Palestine en Inde, Ossama Moussa, a plaidé pour que Delhi joue un plus grand rôle au Proche-Orient, lors d’une conférence organisée par la mission de la Ligue arabe. Le ministre indien des Affaires étrangères, Pranab Mukherjee, a rappelé que son pays a fermement condamné l’usage disproportionné de la force à Gaza et que sa participation à la conférence d’Annapolis marque son retour dans les affaires proche-orientales.

THE NEW YORK TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Le Pentagone tente de réunir toutes les vidéos d’interrogatoires de terroristes. Une cinquantaine aurait été retrouvée dont une montre des sévices. Il s’agit de déterminer les règles à faire appliquer en matière d’enregistrement. [Le problème du Pentagone est de savoir s’il faut interdire les vidéos, pas la torture Ndlr.]

THE WALL STREET JOURNAL (QUOTIDIEN ECONOMIQUE ETATS-UNIEN)
Le département US du Trésor a pris des sanctions contre la Future Bank de Bahrein. Cet établissement est une joint venture entre une banque privée bahreinie, la Bank Melli et la Bank Saderat. Elle aurait servi à contourner l’embargo états-unien dont les banques iraniennes font l’objet.

Audiovisuel international

SKY TG-24 (CHAINE ITALIENNE D’INFORMATION EN CONTINU)
 Invité : Massimo D’Alema, ministre italien des Affaires étrangères
« Le Hamas contrôle une partie considérable du territoire palestinien et si l’on veut aboutir à la paix, il faut impliquer dans les négociations ceux qui représentent une part importante du peuple palestinien. N’oublions pas que le Hamas a gagné les élections. Avec qui négocie-t-on la paix ? Avec les ennemis. Cela ne sert à rien de négocier avec ses amis. »

Tendances et événements au Liban

Dakar-Beyrouth-Damas

Le dossier de la crise libanaise a atterri mercredi sur la table du sommet des pays islamiques à Dakar. En marge des travaux de cette réunion, des contacts interarabes ont eu lieu dans le but d’assainir les relations entre la Syrie et l’Arabie saoudite en prévision du sommet arabe de Damas, prévu fin mars.
 1. Le gouvernement de facto de Fouad Siniora, en coordination avec l’Arabie saoudite, a essayé à Dakar de segmenter l’initiative arabe de règlement de la crise libanaise en la résumant au seul point de l’élection présidentielle, ignorant les deux autres clauses relatives à la formation d’un gouvernement d’union nationale et à l’élaboration d’une nouvelle loi électorale. À l’issue d’un vif débat auquel ont pris par les représentants de Syrie, d’Algérie, du Qatar et du sultanat d’Oman, la tentative a échoué et le communiqué du sommet islamique a réitéré son soutien à l’initiative arabe sur le Liban dans sa formule initiale.
 2. La Syrie a remis au ministre des Affaires étrangères démissionnaire, Fawzi Salloukh (proche de l’Alliance nationale) l’invitation officielle au sommet de Damas. Le 14-mars est très embarrassé et n’a toujours pas décidé de l’attitude à adopter. Les faucons du mouvement pro-US appellent au boycott du sommet, mais le Courant du futur de Saad Hariri réserve sa position qu’il copiera sur celle de l’Arabie saoudite.
 3. La multiplication des violations terrestres et aériennes par Israël de la souveraineté libanaise se multiplient. L’État hébreu a modifié à plusieurs endroits le tracé de la Ligne bleue, grignotant plusieurs milliers de mètres carrés appartenant au Liban. La Finul fait semblant de ne rien voir.
 4. Les différents milieux politiques attendent le lancement, vendredi, d’un « document national » par le 14-mars pour en examiner le contenu. D’autre part, les journaux ont fait état de divergences entre les ténors de la coalition au pouvoir au sujet du découpage électoral. Le chef druze Walid Joumblatt s’est opposé à la division des caza actuels (unités administratives) comme l’a proposé l’ancien président Amine Gemayel, appuyé en cela par Saad Hariri. Joumblatt craint en effet que son bloc parlementaire ne soit sérieusement réduit lors des prochaines élections.
 5. L’Alliance nationale est sur le point de terminer un projet d’organisation de structures de coordination entre ses différentes composantes de l’opposition. Les détails de cette restructuration seront rendus publics la semaine prochaine.

Déclarations

 FARID KHAZEN, DEPUTE DU BLOC DE MICHEL AOUN (OPPOSITION)
« Si la situation reste telle qu’elle est actuellement, il sera bien difficile d’élire un président de la République le 25 mars prochain. Je propose un compromis provisoire dont la teneur pourrait porter sur les points évoqués lors de la dernière réunion quadripartite du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, relatifs à la constitution du gouvernement ou de la loi électorale. Les divisions qui marquent en ce moment les relations interarabes se répercuteront inéluctablement sur le sommet arabe si les tiraillements persistent. Toutefois, le Liban ne doit pas s’absenter de cet événement. »

 MICHEL MURR, DEPUTE INDEPENDANT QUI SIEGE AU BLOC AOUN
« Où sont les députés maronites et pourquoi permettent-ils que le vide continue de régner au niveau de la présidence de la République ? Le général Aoun n’est pas seul responsable de ce vide, il y aussi une responsabilité que les députés maronites doivent assumer. Au Bloc de la réforme et du changement (du général Michel Aoun) auquel j’appartiens, chacun a une liberté de parole et une liberté d’opinion. Mon avis n’a jamais été un secret pour personne, c’est d’ailleurs cet avis que j’exprime en présence de Michel Aoun qui a d’ailleurs coopéré dans plusieurs dossiers, notamment celui de la formule gouvernementale 3x10. À quoi ça sert d’attendre 6 mois pour résoudre la crise lorsqu’elle peut être résolue sur-le-champ. À ce rythme, il n’y aura pas d’élections, ni aujourd’hui ni en 2009. Les gens en ont marre des politiciens, y compris de ceux qui font partie du Bloc de la réforme et du changement. »

 JAMIL SAYYED, GENERAL ARRETE DANS LE CADRE DE L’ENQUETE HARIRI
Ce communiqué a été distribué par le bureau de presse de l’officier, dont l’arrestation est jugée « illégale et politique » par la Commission des droits de l’homme des Nations unies, et « arbitraire » par le Département d’Etat US
« Je salue la position d’un haut responsable de l’ONU qui a assuré que certains avaient tenté, grâce à de faux témoins, de brouiller les pistes dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, et que ceux-là, aussi haut placés soient-ils, seront jugés en même temps que les faux témoins. Cette position internationale a été prise à la suite des mémorandums reçus par l’Onu et selon lesquels le procureur général près la Cour de cassation, Saïd Mirza, et le juge d’instruction près la cour de justice, Sacre Sacre, s’abstiennent, pour des considérations politiques, d’engager des poursuites contre les faux témoins ou d’ordonner leur arrestation, en dépit des conclusions de la commission internationale d’enquête contre eux. Cette situation a encouragé l’avènement d’autres faux témoins, ainsi qu’une perturbation de l’enquête internationale. Le tribunal international dévoilera tout. La responsabilité morale commande au député Saad Hariri d’adopter une position ferme, afin de mettre fin à cette mascarade qui porte préjudice à son père spécialement, surtout que les Nations unies se verront contraintes de former une commission d’investigation, pour vérifier la politisation et la perturbation de l’enquête sous l’ancien président de la commission d’enquête, Detlev Mehlis. L’Onu ne peut pas prouver l’intégrité et la neutralité du tribunal international sans épurer l’enquête de toutes ses anciennes anomalies. »

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.