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Tribunes et décryptages - 30 novembre 2004
Laisser Sharon faire le sale boulot
Décryptage
Dans un entretien qu’il a accordé au Washington Post, le général Ariel Sharon défend son plan de « retrait unilatéral de Gaza ». Il se félicite du soutien de l’administration Bush et déplore les menaces de groupes israéliens plus extrémistes que lui. Par ailleurs, il pointe du doigt la puissance de l’Iran et exige une nouvelle fois son désarmement.
La mort dans l’âme, le président du parti de gauche Yahad, Yossi Beilin, annonce dans Ha’aretz que, bien qu’opposé à la politique d’Ariel Sharon, il ne votera pas la motion de censure contre lui car il ne veut pas perturber le processus de retrait de Gaza. En effet, selon M. Beilin, la crise économique et sociale que traverse son pays n’est que la conséquence de la guerre perpétuelle que Sharon a lui-même relancé par ses provocations. Pour payer la guerre, l’administration Sharon a coupé, un à un, tous les budgets sociaux. Ainsi, un récent rapport de l’Institut des caisses d’assurance nationale a établi qu’un Israélien sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. Il conviendrait donc de construire la paix avant de rétablir l’économie. Mais M. Beilin sait parfaitement, et il le reconnaît dans sa tribune, que ce retrait est en fait un acte de guerre supplémentaire, puisqu’il redéfinit unilatéralement les frontières. Toutefois, il affirme son intention de « détourner » le plan Sharon pour en faire une variante de l’Initiative de Genève. Il s’agit-là d’un raisonnement d’une rare malhonnêteté puisque le meilleur moyen de « détourner » ce plan, pour un responsable politique, c’est de faire tomber le gouvernement Sharon. Les choix de M. Beilin trahissent un autre but : laisser faire le sale boulot par le Likoud, même s’il faut pour cela faire patienter les classes sociales les plus défavorisées qu’il prétend représenter.
Dans le Jerusalem Post, Natan Sharansky, allié de Sharon, s’interroge, quant à lui, sur la Palestine après Arafat. Avec une étonnante désinvolture, il explique quel devra être le programme israélien de gouvernement de la Palestine.
À la veille du référendum interne du Parti socialiste français sur l’approbation ou le rejet du Traité constitutionnel européen, des voix personnalités extérieures tentent d’influer le vote des militants.
Dans Le Monde, le syndicaliste paysan, José Bové, souligne que ce texte est rejeté par de nombreux syndicats de gauche, dont le sien. En se prononçant pour le « oui », le PS trahirait ses idéaux et se couperait de son électorat.
Dans le même quotidien, l’ancien ministre libéral Alain Madelin se livre à un difficile exercice de funambulisme : il vole au secours de François Hollande (partisan du « oui »). Contrairement à ce que disent ses adversaires, le Traité ne serait pas libéral, mais social-démocrate, parole d’expert ! C’est pourquoi, les socialistes doivent approuver le Traité, comme les libéraux d’ailleurs, mais ces derniers par conviction européenne.
Toujours dans Le Monde, trois Premiers ministres européens, le Tchèque Stanilav Gross, l’Allemand Gerhard Schröder et l’Espagnol José-Luis Zapatero, prêtent main-forte à François Hollande qu’ils ont rencontré à Madrid à l’occasion de la conférence des ministres sociaux-démocrates. Ils n’ont à vrai dire aucun argument particulier à faire valoir, sinon que les socialistes français devraient dire « oui » pour ne pas se différencier de leurs camarades européens.
Enfin, le Guardian reproduit un extrait des trois leçons magistrales qu’Hans Blix vient de donner à l’université de Cambridge. L’ancien chef des inspecteurs de l’ONU montre que le désaccord entre les Etats-Unis et le Conseil de sécurité fragilise les Nations unies, mais préserve leur crédibilité. En effet, le Conseil n’est pas parvenu à empêcher la guerre, mais en refusant d’avaliser ce crime, il n’a pas trahi les espoirs que l’on mettait en lui.
Réseau Voltaire
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30 novembre 2004
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Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« En rester à la feuille de route »
Auteur
Ariel Sharon

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Ancien général et ministre de la Défense israélien responsable des massacres de Sabra et Chatilla au Liban, Ariel Sharon est Premier ministre israélien.
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Source
Washington Post (États-Unis)
Référence « Stay With the Road Map », par Ariel Sharon, Washington Post, 28 novembre 2004. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Je pense qu’il était nécessaire de quitter Gaza. Comme nous n’avons pas de partenaire palestinien, nous avons dû le faire unilatéralement. Cela m’a amené à être menacé, mais je ne suis pas inquiet pour ma vie car pendant longtemps les Arabes ont essayé de me tuer également. Il est juste curieux qu’après avoir passé ma vie à défendre les juifs, je dois aujourd’hui m’en méfier.
Aujourd’hui que Yasser Arafat est mort, la reprise des négociations va dépendre de la volonté palestinienne de combattre le terrorisme. De notre côté, nous allons ouvrir les routes et faire quitter les villes à nos troupes pour leur permettre de voter.
Nous avons d’excellentes relations avec l’administration Bush et nous avons accepté leur « feuille de route » sans qu’il y ait à faire de pressions. D’ici à 2005, il n’y aura plus de colonies à Gaza et quatre seront abandonnées en Samarie. Abu Mazen affirme qu’il ne pourrait pas reprendre Gaza aujourd’hui car il n’aurait pas assez de troupes, mais c’est faux. Il a 30 000 hommes à Gaza. C’est suffisant, mais ils ne font rien contre le terrorisme. Il faut qu’il contrôle ses forces, je ne ferais pas de compromis sur la sécurité d’Israël. le désengagement va être un processus complexe et c’est pour le mener à terme que je vais me représenter au poste de Premier ministre.
L’Iran fait tout pour acquérir l’arme nucléaire et il semble que les actions de l’ Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et des Européens ne soient pas suffisantes. La seule solution est une pression internationale économique et diplomatique. L’Iran a un grand rôle dans le terrorisme contre Israël en soutenant le Hamas, le Jihad islamique et le Hezbollah. L’Iran utilise également les Arabes israéliens pour frapper Israël. La bombe iranienne est une menace qui ne touche pas qu’Israël, mais le monde reste calme.

« Aujourd’hui nous vous sauvons, M. Sharon »
Auteur
Yossi Beilin

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Yossi Beilin est ancien ministre de la justice israélien et l’un des principaux négociateurs des accords de Genève. Dissident du parti travailliste israélien, il est président du parti Yahad.
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Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « Today we are saving you, Mr. Sharon », par Yossi Beilin, Ha’aretz, 29 novembre 2004.
Résumé M. le Premier ministre,
Le fait que le Yahad, que j’ai l’honneur de présider, va sauver votre gouvernement aujourd’hui en ne votant pas une motion de censure m’empêche de dormir la nuit. Nous n’avons pas un iota de confiance en vous. Nous nous souvenons de votre guerre inutile contre le Liban, de vos provocations au Mont du Temple qui ont contribué au déclenchement de l’Intifada. Sous votre gouvernement, le fossé entre riches et pauvres est devenu l’un des plus grands de toutes les démocraties occidentales. Vous avez tenu des discours sur la compassion, tout en laissant Benjamin Netanyahu baisser les impôts des riches et les allocations pour les plus pauvres.
Le désengagement de Gaza, la raison pour laquelle nous ne vous faisons pas tomber aujourd’hui, ne nous réjouit pourtant pas. Nous savons que votre conseiller, Dov Weisglass, disait la vérité et que vous voulez garder la Cisjordanie tout en faisant cesser les critiques internationales et en continuant votre politique d’extension des colonies et d’assassinats ciblés. Malgré tout, nous pensons que ce désengagement peut lancer un processus et créer un précédent pour l’avenir et nous allons le soutenir. Ne comptez pas sur nous pour autant pour rejoindre votre coalition. Nous croyons en notre capacité à détourner votre plan pour le faire correspondre à l’initiative de Genève.

« Regarder les libertés palestiniennes, pas les sommets »
Auteur
Natan Sharansky

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Ancien dissident soviétique, Natan Sharansky est président et fondateur du parti Yisrael B’Alyia Anglos qui a rejoint le Likoud. Ancien ministre de la Diaspora et de Jérusalem du gouvernement d’Ariel Sharon, il a démissionné pour marquer son opposition au plan de retrait de Gaza.
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Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « Measure Palestinian freedom, not summits », par Natan Sharansky, Jerusalem Post, 29 novembre 2004.
Résumé La mort de Yasser Arafat replace la paix au centre des préoccupations. Il y a dix ans, les politiciens ont fait le mauvais choix : vouloir faire la paix avec une dictature. Aujourd’hui, il faut instaurer de la liberté dans la société palestinienne. Ce n’est pas un homme fort que nous devons voir s’installer, sans quoi nous aurons un nouvel Arafat. C’est tentant car on peut penser que seul un homme fort serait en mesure de combattre le Hamas, mais un régime palestinien non démocratique serait une menace pour Israël par essence.
En effet ce type de régime doit toujours mobiliser sa population contre un ennemi extérieur pour garantir sa stabilité. C’est la raison de l’hostilité des régimes arabes à notre encontre. Il faut donc changer de politique en nous inspirant de la fin de la Guerre froide quand le monde libre a cessé de se focaliser sur ce que l’URSS disait de l’Occident pour s’intéresser à la façon dont elle traitait ses sujets. Nous devons également nous pencher sur le sort des Palestiniens et prendre des mesures :
 Il faut démanteler les camps de réfugiés palestiniens, des camps utilisés comme argument par les pays arabes, et reloger décemment les Palestiniens grâce à une sorte de plan Marshall.
 Il faut que les autorités palestiniennes cessent de propager la haine contre les juifs et Israël dans leurs programmes télévisés ou leurs livres de classe.
 Il faut libéraliser l’économie palestinienne.
 La nouvelle direction palestinienne doit être résolue à combattre le terrorisme avec nous.
Comme dans les élections en UR5SS, le vainqueur du prochain scrutin palestinien ne sera pas un démocrate, mais il peut amorcer la construction d’une société démocratique. Il faut soutenir les démocrates et rejeter ceux qui ne le sont pas.

« Pour moi, c’est "non" »
Auteur
José Bové
Source
Le Monde (France)
Référence « Pour moi, c’est "non" », par José Bové, Le Monde, 28 novembre 2004.
Résumé Le débat sur le projet de Constitution européenne est trop important pour l’enfermer dans les logiques partisanes. Le Parti socialiste et les Verts adopteront définitivement leur position dans les jours qui viennent, mais on voit déjà que les stratégies électorales, les logiques d’alliances et les ambitions personnelles brouillent la discussion. Les raisons du « oui » ou du « non » n’auront pas forcément grand rapport avec le contenu du texte. Pour moi qui suis éloigné des machines électives, c’est « non » en tant que citoyen et syndicaliste.
Ce texte est dangereux et inacceptable. Je suis européen en ce sens que je me bats pour la construction d’une véritable citoyenneté européenne. Ce texte en lui même avec ses 500 articles mélangeant valeurs de société, organisation des pouvoirs et politiques sectorielles est un document à la fois illisible et incompréhensible. Est-il responsable de proposer à ratification un tel projet en pleine vague d’euro-scepticisme ? Une vraie constitution doit ouvrir la possibilité d’une appropriation par les citoyens. En fait, ce texte prétend, en les intégrant, sacraliser des politiques européennes induites par une vision libérale de l’économie et atlantiste de la défense. De ce fait, le projet a pour conséquence concrète, s’il était adopté, de priver les citoyens d’exercer leur droit légitime à choisir un modèle économique, social et écologique. En privant les citoyens de choix, ce texte est dangereux pour la démocratie.
Les partisans du « oui » agitent volontiers le hochet du droit de pétition qui figurerait dans le traité, mais ce « droit » ne permet qu’à un million de citoyens de faire des propositions à la Commission, ils n’ont toujours aucun pouvoir. En tant que syndicaliste, je note que la Charte des droits fondamentaux, tellement vantée, ignore l’essentiel des droits sociaux et syndicaux. Un seul exemple : si le principe de sécurité sociale est admis, la Constitution ne parle que de « protection sociale adéquate », ce qui ne veut rien dire et exclut d’entrée toute harmonisation par le haut pour les salariés les moins bien protégés d’Europe. Le projet de texte est inscrit dans la ligne de pensée de l’ OMC et plus particulièrement de l’idéologie qui sous-tend le fameux Accord général sur le commerce et les services (AGCS), pierre angulaire du démantèlement des services publics en Europe. Avec ce texte, la déréglementation deviendra la règle, comme le propose d’ailleurs un tout récent rapport remis à Nicolas Sarkozy. Les partisans du « oui » invoquent souvent le ralliement de la Confédération européenne des syndicats au texte. Il faut cependant savoir que cette instance ne représente qu’elle-même et que, dans tous les pays d’Europe, les organisations syndicales prennent des positions beaucoup plus prudentes, quand elles ne sont pas hostiles.
La Confédération paysanne s’oppose à ce texte comme tout ceux qui veulent une autre Europe. En donnant valeur constitutionnelle à un texte qui s’inscrit dans une démarche diamétralement opposée, les femmes et les hommes de gauche ne feraient pas que renoncer à ce combat. Ils contribueraient aussi à figer dans le marbre une vision purement mercantile de la société, et donc à vider la politique de son sens. Je souhaite que la front le plus large possible à gauche s’ouvre en faveur du « non ».

« Fabius en lutte... contre ses propres idées »
Auteur
Alain Madelin
Source
Le Monde (France)
Référence « Fabius en lutte... contre ses propres idées », par Alain Madelin, Le Monde, 30 novembre 2004.
Résumé Cher Laurent Fabius,
Permettez moi de répondre à votre « non » au projet de Constitution européenne, beaucoup trop libéral à votre goût. Si ce projet est le fruit d’un compromis entre 25 pays, beaucoup de libéraux considèrent comme vos amis Jack Lang ou Robert Badinter que ce texte est davantage un progrès des idées socialistes. Il serait bon de l’examiner de plus près.
Votre premier argument contre cette Constitution trop libérale, c’est qu’elle ne permettrait pas de lutter contre le dumping fiscal et social. Une bonne Constitution, selon vous, devrait permettre une harmonisation fiscale et sociale entre tous les pays européens en étendant à ces domaines la règle de la majorité. Cette idée trouve parfois quelques partisans dans les rangs du patronat ou de la droite non libérale, mais elle n’est pas sans faille. Elle est clairement protectionniste et vise à imposer notre fiscalité et nos charges aux jeunes démocraties de l’Est, à la traîne de l’Europe au retour de leur expérience socialiste. C’est les condamner au sous-développement, leur interdire de s’enrichir par leur travail. Nous serions alors obligés de contribuer financièrement à leur mise à niveau. Il n’est pas juste de faire croire que la Pologne ou la République tchèque sont responsables de notre chômage. C’est notre déficit de réforme qui est en cause. Beaucoup de pays n’ont pas choisi de moindres prélèvements pour faire du dumping social, mais par choix de société. Il faut vous y faire, le modèle socialiste français s’exporte mal en Europe. Beaucoup de pays n’en veulent pas parce qu’ils pensent que ça ne marche pas, comme le dit Tony Blair. Si par malheur ce pouvoir d’harmonisation existait - il est fort heureusement impossible et vous le savez bien -, il conduirait le plus vraisemblablement à l’inverse de vos souhaits : le temps de travail serait allongé, l’ISF supprimé et si la majorité l’emportait dans les décisions de politique étrangère, nous serions aux côtés des Américains en Irak.
Pour vous, le projet de traité constitutionnel fait une part trop belle à la concurrence. En fait, il n’y a sur ce point rien de bien neuf. La Constitution européenne s’inscrit dans le droit fil du traité de Rome et de l’Acte unique que vous aviez sagement fait voter. Prétendre que la concurrence met en péril le service public, c’est entretenir la confusion entre service public et monopole public. En voulant mettre la Constitution européenne au service d’un projet socialiste, vous vous trompez sur le rôle d’une Constitution. Vous n’êtes malheureusement pas le seul à commettre cette méprise : certains comme Jacques Delors ou Michel Rocard ont proposé d’inclure dans la Constitution européenne des obligations chiffrées en matière de taux de chômage, d’illettrisme, de pauvreté... avec sanctions à la clé.
L’objet essentiel d’une Constitution n’est pas tant d’organiser le pouvoir que de protéger les individus et les libertés contre l’arbitraire du pouvoir. Le laborieux compromis trouvé sur les pouvoirs respectifs de la Commission, du Parlement et du Conseil n’appelle pas, me semble-t-il, de remise en cause, mais du point de vue du libéralisme politique, la limitation des pouvoirs paraît bien fragile. Je suis un défenseur des principes de subsidiarité et de l’État de droit pour soumettre le pouvoir politique au respect de droits fondamentaux qui lui sont supérieurs. Malheureusement, le principe de subsidiarité est fort mal défini et protégé et la définition des droits fondamentaux protégés par la Constitution européenne est des plus ambiguës. Il est à craindre que cette Charte ne serve de point d’appui à la Cour de justice européenne pour légitimer une extension continue des pouvoirs de l’Union.
Voilà , cher Laurent Fabius, ce qui me fait dire que, du point de vue strictement constitutionnel, ce projet de traité est, au bout du compte, davantage une avancée de vos idées que des miennes. Certes, les libéraux n’ont pas de raison de craindre que la Constitution puisse servir de tremplin à la politique que vous prônez, compte tenu de l’équilibre des forces en Europe et de la mutation partout ailleurs des socialistes vers l’économie de marché et la concurrence. Il est quand même bon de se méfier et de garder un Å“il prudent sur ce texte. Les libéraux refuseront sûrement de mêler leurs réticences à votre « non » car ils savent que l’Europe a toujours été et reste plus que jamais le moyen de moderniser la société française et de l’ouvrir sur le monde.

« Oui, trois fois oui à la Constitution européenne »
Auteurs
Gerhard Schröder, José Luis R. Zapatero, Stanislav Gross

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Stanislav Gross est Premier ministre de la République tchèque
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Source
Le Monde (France)
Référence « Oui, trois fois oui à la Constitution européenne », par Stanislav Gross, Gerhard Schröder et José Luis Zapatero, Le Monde, 27 novembre 2004.
Résumé L’intégration européenne est un succès sans précédent dans l’histoire de notre continent et la France a, dès le début, joué un rôle crucial sur cette voie. La France a besoin de l’Europe, et l’Europe a besoin de la France pour un avenir commun. À l’ère de la mondialisation, nous ne pouvons préserver nos particularités nationales et notre modèle de société européen que si nous poursuivons sur la voie de l’intégration européenne. C’est pourquoi nous disons « oui » à cette Constitution européenne qui va consolider notre communauté européenne de valeurs, développer l’Europe sociale et ses fondements démocratiques et former une Europe inclusive et capable d’agir dans l’intérêt de ses citoyens.
La Charte des droits fondamentaux de l’Union va devenir une composante essentielle et obligatoire de la Constitution et tous pourront revendiquer les Droits qu’elle énonce. La Constitution nous offre la possibilité de codifier et de continuer à développer la dimension sociale de l’Union européenne : une économie de marché sociale ayant pour ambition le plein emploi et le progrès social fait partie des objectifs déclarés de notre Union. La Constitution crée, à l’échelon européen, une base juridique pour les services d’intérêt économique général, en garantissant que le fonctionnement de ces services sera conçu de façon à ce qu’ils puissent remplir leurs tâches. Les partenaires sociaux voient leur rôle également inscrit dans la constitution. Avec ce texte, l’Union sera plus efficace et plus démocratique. Elle va devenir plus compréhensible et les instruments et procédures compliqués, en vigueur jusqu’à présent, seront simplifiés. Les Parlements nationaux obtiennent des droits de contrôle améliorés.
Le traité constitutionnel a été signé quelques mois seulement après l’adhésion de dix nouveaux membres à l’Union européenne. La famille européenne devenue nombreuse s’est ainsi profondément enrichie, mais il faut également de nouvelles règles en matière de criminalité, de lutte contre le terrorisme et de compétitivité économique
Nous tous en Europe pouvons être satisfaits du résultat auquel la Convention et la Conférence intergouvernementale sont parvenues. La Constitution ne comporte que des progrès et n’introduit aucun recul. Nous aurons une Europe plus démocratique, plus solide et plus efficace.

« La Guerre d’Irak a blessé l’ONU mais cela ne lui sera pas fatal »
Auteur
Hans Blix

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Président de la Commission sur les armes de destruction massive (WMDC) ; ancien président exécutif de la commission de surveillance, de vérification et d’inspection des Nations-Unies en Irak (UNMOVIC) ; directeur-général émérité de l’Agence internationale de l’énergie (IAEA)
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Source
The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « The Iraq war wounded the UN, but it won’t be fatal », par Hans Blix, The Guardian, 29 novembre 2004. Ce texte est adapté d’un discours prononcé au Lauterpacht Research Centre for International Law de l’université de Cambridge.
« La ONU está malherida pero no fuera de juego », El Mundo, 3 novembre 2004.
Résumé Les résultats d’un examen du fonctionnement de l’ONU conduit par une commission désignée par Kofi Annan seront bientôt publiés. Il ne fait pas de doutes qu’il est important de traiter toute une série de questions, mais le fait que le membre le plus puissant de l’organisation montre du mépris pour elle ne facilite pas le débat intergouvernemental.
Nous avons appris avant l’invasion de l’Irak que pour l’administration états-unienne, le Conseil de sécurité de l’ONU avait le choix entre voter en faveur de l’action des États-Unis ou ne plus être compétent. Dans un sens, l’invasion sans soutien du Conseil de sécurité de l’ONU est une baisse de prestige pour cet organe, mais cela peut être aussi vu comme le sauvetage de sa crédibilité et de sa respectabilité. Comment le monde aurait-il pu respecter cette institution si elle avait accepté une action armée pour éradiquer des armes de destruction massive qui n’existaient pas ?
Aujourd’hui, l’opinion publique mondiale considère que l’invasion de l’Irak était un erreur, au mieux. Beaucoup d’Américains, si ce n’est une majorité, soutiennent cette vision. Toutefois, George W. Bush a pris sa réélection comme un soutien à sa politique en Irak et à son mépris pour l’ONU et les Républicains ont poursuivis leurs attaques contre l’ONU. Les États-Unis présentent l’ONU comme corrompue en s’appuyant sur le programme « pétrole contre nourriture », pourtant supervisé par le Conseil de sécurité. C’est un moyen de décrédibiliser l’ONU.
Depuis la fin de la Guerre froide, les Russes et les Chinois ne font plus d’obstruction systématique et il est possible d’obtenir des décisions du Conseil de sécurité, même si l’atmosphère est empoisonnée. Dans l’analyse du fonctionnement de l’ONU, il a été suggéré de transformer les circonstances de l’usage de la force, mais je en suis pas optimiste pour les amendements proposés, ni sur leur nécessité. Le Conseil de sécurité reste une institution vitale, mais il aurait plus d’autorité si sa composition était modifiée. Il faut que les pays disposant de moyens de pression économique, alternatifs à l’usage de la force, soit mieux représentés et que le Conseil représente une plus grande part de la population mondiale.

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