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Al-Qaeda s’invite dans le débat libanais

Le Liban-Sud est revenu sur le devant de la scène médiatique libanaise et arabe à l’issue des deux rapports des Nations unies sur la mise en œuvre des résolutions 1559 et 1701, soulevant de nombreuses interrogations sur les développements à venir à la lumière du rôle controversé joué par la Finul dans la partie méridionale du Liban. Le quotidien libanais As-Safir a consacré sa principale manchette à la question de savoir si les Casques bleus sont déployés pour protéger Israël ou les habitants du Sud des agressions de l’État hébreu. Les médias se sont également penchés sur les informations syriennes d’un engagement israélien de se retirer du Golan.

| Beyrouth (Liban)
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Tendances et événements au Liban

Al-Qaeda s’invite dans le débat libanais

Le Liban-Sud revient avec force sur le devant de la scène à la faveur des rapports des Nations unies sur les résolutions 1559 et 1701, qui reflètent exclusivement le point de vue israélien, et de l’appel du numéro 2 d’Al-Qaeda, Aymane Zawahiri, à « la nouvelle génération de jihadistes », à s’apprêter à combattre au Liban les croisés et les juifs (Voir ci-dessous).
Les développements des dernières 24 heures au Liban sont les suivants :
- 1. Certains médias libanais ont révélé de nombreux agissements surprenants de certains contingents de la Finul au Liban-Sud sortant des compétences et des attributions qui leur sont accordées par la résolution 1701. La partie libanaise, c’est-à-dire l’armée et la Résistance, se comporte avec calme et retenue face à ces exactions. Par ailleurs, l’appel lancé par Zawahiri aux jihadistes à s’en prendre à la Finul montre que la force onusienne est sérieusement menacée et prouve que les allégations des loyalistes libanais sur l’absence d’Al-Qaeda au Liban ne reflètent pas du tout la réalité. Selon des sources sûres, de nouvelles cellules de cette organisation ont été récemment démantelées par les services de renseignement de l’armée.
- 2. Aucun développement majeur sur le plan politique ne devrait intervenir avant la tournée régionale de George Bush à la mi-mai. Des sources bien informées révèlent que les contacts sur le dossier libanais entre la France d’un côté, la Syrie et l’Iran de l’autre, se poursuivent avec plus ou moins d’intensité.
- 3. La polémique silencieuse entre les principaux ténors loyalistes autour de la loi électorale se poursuit. Selon des sources sûres, un sérieux conflit d’intérêt a éclaté entre le clan Hariri d’un côté, le chef druze Walid Joumblatt de l’autre. Ce dernier est favorable aux petites circonscriptions électorales, alors que le Courant du futur préfère les circonscriptions élargies. Cela explique l’attitude positive de Walid Joumblatt concernant l’appel au dialogue lancé par Nabih Berry.
- 4. Les efforts se multiplient pour tenter de circonscrire l’incident de Zahlé qui a fait des morts et des blessés dimanche. Par ailleurs, le Courant patriotique libre du général Michel Aoun se prépare à lancer une contre-attaque politique et médiatique pour riposter à la campagne qui le vise.

Déclarations

COMMUNIQUE DU HEZBOLLAH
« Le rapport du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, sur la capacité militaire de la Résistance est partial. Il manque de crédibilité. Le rapport s’est limité à des informations provenant d’une partie ennemie, ce qui montre bien qu’il est politisé et partial, qu’il manque de crédibilité et d’exactitude, et qu’il porte ainsi atteinte à la crédibilité même des Nations unies. »

WALID JOUMBLATT, CHEF DRUZE DU 14-MARS
« Chaque partie doit faire certaines concessions à l’autre camp. La crise ne peut être résolue qu’à travers le dialogue. »

AHMAD FATFAT, DEPUTE DU BLOC HARIRI
« L’élection du président de la République doit se dérouler en dehors de tout compromis. Nabih Berry n’est plus un président de la Chambre consensuel, capable de diriger un nouveau round de dialogue, depuis qu’il a acquis le surnom de cheikh des opposants. »

TALAL ARSLAN, CHEF DRUZE DE L’OPPOSITION
« Je suis étonné du fait que le juge d’instruction militaire n’ait pas été saisi de l’affaire de la charge explosive placée sur la route menant à mon domicile. Les critiques que nous avons adressées à l’armée sur fond de déploiement massif de soldats dans le village de Khelouat n’avaient pas pour but de porter atteinte à notre vaillante troupe. Mais je déplore la réaction guère innocente du commandement de l’armée à mes propos. La teneur de sa riposte est la preuve de la véracité de nos accusations et démontre qu’elle est biaisée en faveur de nos adversaires. Le commandement de l’armée n’a pas pris son courage à deux mains pour dénoncer les agissements de ceux qui ont facilité l’infiltration des réseaux terroristes, alors qu’il s’en prend à nous autres patriotes honnêtes. Est-ce parce que nous tenons à faire toute la lumière sur l’affaire de Nahr el-Bared ? Notre demeure est le berceau de l’armée, bien avant la naissance de ceux que nous critiquons aujourd’hui. Mais je sais que le commandant en chef de l’armée a été dérangé par le fait que j’ai été le premier à réfuter le caractère consensuel de sa candidature à la présidence. Le général Sleimane devrait retrouver sa neutralité car la distribution de factures à gauche et à droite ne lui permettra pas d’accéder à la magistrature suprême. »

AYMANE ZAWAHIRI, NUMERO 2 D’AL-QAÏDA
« Le Liban jouera un rôle central dans la lutte contre les Croisés et les juifs. Le Liban est un fort musulman en première ligne. Il aura un rôle pivot dans les futures batailles avec les Croisés et les juifs. J’appelle la génération jihadiste au Liban à se préparer à aller en Palestine et à bannir les forces croisées qui ont envahi le Liban et qui affirment être des forces de maintien de la paix au Liban. »

Affaire As-Siddik

RACHIDA DATI, MINISTRE FRANÇAISE DE LA JUSTICE
Réponse à la question du député PS Gérard Bapt
« Vous avez bien voulu appeler mon attention sur la situation du ressortissant syrien, Mohammad Zouheir As-Siddiq, et plus particulièrement sur les informations dont je disposerais relativement à sa situation juridique ou à une enquête en cours sur les conditions de son départ de France. L’intéressé ne se trouvait plus sous la surveillance ni le contrôle des autorités judiciaires françaises, depuis que la Chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles, par un arrêt en date du 2 février 2007, a rendu un avis défavorable à la demande d’extradition de M. Mohammad As-Siddiq, formulée par le Liban. Cette décision est devenue définitive le 7 février 2007, date à compter de laquelle l’intéressé ne faisait donc plus l’objet d’une procédure judiciaire en cours sur le territoire français. Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte relativement au départ de l’intéressé, les éléments actuels ne permettant pas d’envisager une qualification pénale à un tel départ présenté comme volontaire. »
(As-Siddiq était considéré par le juge Detlev Mehlis comme un suspect, Aussi, la France se devait-elle, conformément à la résolution 1636 du Conseil de sécurité, de coopérer avec l’enquête et de remettre le suspect aux autorités libanaises. NDLR).

Audiovisuel libanais

NBN (CHAINE PROCHE DE NABIH BERRY, PRESIDENT DU PARLEMENT)
- Invité : Nasser Kandil, ancien député de Beyrouth (Opposition)
« Le 14-mars n’est pas maître de ses décisions. Le Liban est un avion pris en otage par David Welch et Condoleezza Rice. Le but des loyalistes est de mettre la main sur la machine de l’État. Le découpage de Beyrouth est le principal obstacle devant l’élaboration d’une loi électorale. Le commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane, jouit d’une grande confiance en Syrie. Mais la candidature de Sleimane fait face à deux problèmes sur les scènes chrétienne et druze. Sur le plan chrétien, l’harmonie entre le deux généraux (Michel Sleimane et Michel Aoun) n’existe pas. Sur la scène druze, Sleimane a pris parti pour Walid Joumblatt au détriment des druzes de l’opposition. Il doit se repositionner comme un candidat véritablement neutre. »

Tendances et événements au Proche-Orient

La trêve est provisoire et le Hamas dévoile la manœuvre

Les négociations indirectes entre le Hamas et le gouvernement israélien sous l’égide de l’Égypte se poursuivent dans le but de conclure une trêve. Les Israéliens semblent embarrassés et confus, c’est du moins ce que montrent les débats qui ont accompagné les contacts entrepris par l’ancien président américain Jimmy Carter avec les dirigeants du Hamas, qu’il a qualifié de mouvement de libération nationale. M. Carter s’est dit satisfait de ce qu’il a entendu du chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, qu’il a rencontré à Damas, concernant notamment l’acceptation par le mouvement de l’édification d’un État palestinien indépendant dans les territoires de 1967.
Dans ce contexte, la presse israélienne a indiqué dans ses éditions de mercredi et jeudi que les préparatifs pour une invasion totale de la bande de Gaza se poursuivent d’arrache-pied. Les journaux ont révélé que le Premier ministre, Ehud Olmert, et le ministre de la Défense, Ehud Barak, souhaitent obtenir une accalmie jusqu’au lendemain du départ de George Bush, qui assiste aux cérémonies marquant le 60ème anniversaire de la création d’Israël, à la mi-mai. Car il est difficile d’organiser avec succès des festivités grandioses, auxquelles doivent participer des dizaines de chefs d’État arabes, alors que les roquettes s’abattent sur les colonies du sud d’Israël. Après la fin des commémorations, le climat sera plus propice au lancement d’une attaque d’envergure.
De nombreux commentateurs israéliens affirment que le Hamas a dévoilé les objectifs de cette manœuvre et c’est pour cela qu’il insiste pour la conclusion d’une trêve globale à Gaza et en Cisjordanie, couplée de la libération du soldat Gilad Shalit en contrepartie de 1400 prisonniers palestiniens. Cela lui permettrait d’enregistrer un succès politique qui augmenterait son crédit auprès de l’opinion publique palestinienne au détriment de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, prête à toutes les concessions sans contrepartie.

Presse et agences internationales

TECHRINE (QUOTIDIEN SYRIEN)
- Issam Dari
Jimmy Carter était courageux lorsqu’il a annoncé, de Jérusalem, que le principal blocage du processus de paix vient de Washington. Car l’actuelle administration de paix s’est éloignée de la paix et refuse de jouer le rôle de médiateur impartial et intègre dans le processus lancé par George Bush père, en 1991, lors de la conférence de Madrid.

AL WATAN (QUOTIDIEN SYRIEN)
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a appelé au téléphone mardi le président Bachar al-Assad pour l’informer de la disposition du Premier ministre israélien Ehud Olmert à se retirer totalement du Golan syrien occupé contre la paix avec la Syrie.

• Le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a conditionné une trêve avec Israël à l’arrêt des opérations militaires israéliennes à Gaza et en Cisjordanie. « L’accalmie, si elle est acceptée par l’occupation israélienne, doit être réciproque, simultanée et globale, à Gaza et en Cisjordanie », a affirmé M. Haniyeh. « Les mécanismes d’application de la trêve dépendent de l’arrêt de l’agression, de la levée du siège, et de l’ouverture des points de passage de Gaza) », a-t-il ajouté. Il a précisé qu’une délégation du Hamas se rendrait au Caire pour transmettre sa position concernant la trêve aux médiateurs égyptiens. « La balle sera dans le camp israélien », a-t-il ajouté. Les déclarations de M. Haniyeh contredisent de récentes informations de presse qui avaient fait état de discussions au sein du Hamas sur la possibilité d’accepter une trêve à Gaza dans l’immédiat, puis de discuter de la Cisjordanie dans un second temps.

• Les États-Unis vont rompre sous peu le silence sur ce qu’ils savent de la possible coopération nucléaire entre la Corée du Nord et la Syrie a indiqué hier l’administration Bush. « Bientôt », ont dit le secrétaire à la Défense, Robert Gates, et la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino, à la presse qui leur demandait quand le Congrès, et à travers lui le public américain, serait informé par le renseignement de ce qu’il sait sur le sujet.

• L’ancien président états-unien Jimmy Carter a fait démentir que le département d’État lui ait, d’une quelconque manière, déconseillé de rencontrer des dirigeants du Hamas lors de sa récente visite au Proche-Orient. Selon le département d’État, le secrétaire d’État adjoint au Proche-Orient, David Welch, aurait mis en garde M. Carter avant son voyage, une affirmation reprise par la secrétaire d’État, Condoleezza Rice. Selon le Centre Carter, qui parle au nom de l’ancien président et prix Nobel de la paix, M. Carter a lui-même tenté de contacter Mme Rice avant sa mission, mais elle était en Europe et c’est un de ses adjoints qui l’a rappelé. « Ce fut une conversation très agréable d’environ un quart d’heure durant laquelle ce dernier n’a formulé aucun commentaire négatif ou mise en garde. Il (Carter) n’a parlé à personne d’autre », précise le Centre, ajoutant : « Le président Carter a le plus grand respect pour Mme Rice et la considère comme une personne digne de confiance. Néanmoins, peut-être par inadvertance, elle maintient une affirmation qui n’est pas vraie. »

• Le nouveau gouvernement du Pakistan prépare un projet d’accord de paix avec les talibans pakistanais, dont certains proches d’Al-Qaeda, très actifs dans les zones tribales du Nord-Ouest et responsables d’une vague d’attentats meurtriers, ont indiqué des sources officielles pakistanaises. Le principal porte-parole du Mouvement des talibans du Pakistan, Omar, a confirmé à la presse que « des négociations étaient en cours avec le gouvernement ». Aussitôt, Washington s’est dit « inquiet » et a pressé Islamabad de « continuer à combattre les terroristes ».

• L’OTAN a assuré que la quasi-totalité des attaques des talibans se produisent dans seulement un quart du territoire afghan, pour contredire des rapports récents évoquant un enlisement et la recrudescence des violences. L’OTAN reconnaît une hausse des violences depuis moins de deux ans, mais l’attribue à une intensification de ses offensives contre les rebelles islamistes. L’insurrection est « grave », mais elle n’est « pas étendue à tout le pays », a insisté l’OTAN.

• Le général David Petraeus, plus haut gradé US en Irak, a été promu à la tête des opérations militaires états-uniennes au Moyen-Orient et en Asie centrale, héritant de la supervision des deux guerres que les États-Unis mènent de front en Irak et en Afghanistan. « Je l’ai recommandé au président Bush parce que je suis absolument certain que c’est le meilleur pour ce poste », a déclaré hier le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates. Il sera remplacé en Irak par le général Raymond Odierno, son ancien bras droit. Le général Petraeus, qui remplacera au commandement central US (Centcom) l’amiral William Fallon, prendra ses fonctions « à la fin de l’été ou au début de l’automne », a précisé M. Gates. Cette nomination doit encore être approuvée par le Sénat US.

• L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a annoncé s’être entendue avec l’Iran pour obtenir, d’ici à fin mai, des éclaircissements sur des documents suggérant la poursuite d’activités nucléaires militaires après 2003, date où ce programme controversé avait pris fin, selon des services secrets US. « Je comprends que vers la fin mai, nous serons en mesure d’obtenir de l’Iran des explications et clarifications quant à ces études présumées », a dit le directeur de l’AIEA, Mohammad el-Baradei, en marge d’une visite à Sarajevo. Selon lui, la République islamique aurait donné des assurances en ce sens au directeur adjoint de l’Agence, Olli Heinonen, lors de sa visite à Téhéran lundi et mardi pour discuter de ces documents fournis en février dernier à l’AIEA par des pays tiers.

Audiovisuel international

AL JAZEERA (CHAINE QATARI)
- Invité : Bouthaina Chaabane, ministre syrienne des Emigrés
« Ehud Olmert est disposé à faire la paix avec la Syrie sur la base des conditions internationales, à savoir la restitution à la Syrie de la totalité du plateau du Golan. Ce message a été transmis via la Turquie. »

CHAINE SATELLITAIRE SYRIENNE
• L’Iran et la Syrie ont réaffirmé leurs convergences de vues dans les différentes questions du Moyen-Orient.
• Gaza, meurtri par le blocus, s’enfonce dans l’obscurité.
• Les troupes d’occupation israélienne ont violé l’intégrité territoriale du Liban lorsqu’une patrouille de 18 soldats a pénétré le secteur oriental du Liban-Sud.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.

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