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Le bourreau mis sur le même plan que les victimes

Les errements de la diplomatie suisse

La Suisse poursuit son parrainage de « l’Initiative de Genève » sans prendre en compte l’évolution de la réalité. Elle ignore le massacre en cours à Gaza et se trouve, de facto, à continuer à traiter comme égales deux parties dont l’une écrase l’autre avec des moyens asymétriques. Ce qui pouvait sembler, dans un autre contexte, être une initiative louable, apparaît aujourd’hui comme un aveuglement

| Genève (Suisse)
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La Suisse continue de financer — dans le cadre de « l’Initiative de Genève » — des projets qui établissent une symétrie entre l’occupant et l’occupé.

Le fait que le courrier [1] que nous portons à votre connaissance ci-dessous date de quelques jours avant l’horrible carnage commencé par Israël à Gaza le 27 décembre, ne change rien.

Il doit nous inciter à réfléchir sur la manière injuste dont nos États — et une certaine solidarité biaisée — ajoutent de nouvelles injustices à celles que les victimes subissent déjà ; à réfléchir sur cette manière injuste de traiter l’État d’Israël oppresseur — dont on nous répète qu’il « a droit à exister » — avec les mêmes égards que les Palestiniens colonisés sous occupation militaire, les authentiques natifs de la Palestine, qui, eux, n’ont apparemment pas de « droit à exister » sur leur propre terre, car Israël, qui les en a chassés, ne les a jamais reconnus comme tels.

Ce courrier éclaire à lui seul comment le Département fédéral des affaires, étrangères (DFAE) continue d’engager la Suisse sur des projets aberrants, dans la foulée de l’« Initiative de Genève ».

Ce courrier montre que notre gouvernement continue de soutenir des projets si peu sérieux, dans le cadre de cette « Initiative de Genève » morte née, dénoncée en 2003 par toutes les factions palestiniennes, mis à part le parti du Fatah et les conseillers de Mahmoud Abbas.

Ce courrier montre comment le DFAE établit une symétrie entre deux situations totalement asymétriques : comment il crée et finance des projets censés s’occuper de blessés israéliens qu’Israël peut aisément soigner, et des blessés palestiniens qui ne peuvent être soignés en Cisjordanie et à Gaza et qu’Israël empêche d’aller se soigner à l’extérieur.

C’est une manière absurde d’agir, comme s’il s’agissait de deux armées qui se battraient avec des moyens égaux, qui auraient des besoins égaux et des victimes en nombre égal !

Ces projets sont aussi inutiles que scandaleux car ils envoient un message politique humiliant et blessant aux victimes.

Cela montre, une fois de plus, que la Suisse se conduit comme s’il y avait deux entités que l’on peut renvoyer dos-à-dos et mettre sur le même plan. Et non pas, comme c’est le cas, un bourreau qui possède l’une de plus redoutables armées au monde, et une victime sans armée, sans État, qui n’a même pas de quoi se nourrir décemment.

Les Suisses doivent donc se tenir pour dit que leur pays, ne fait pas mieux que les autres pays.

Continuer, comme le fait le DFAE, de financer un bureau et des employés pour des projets malvenus qui entretiennent les illusions d’une « Initiative de Genève » désavouée depuis longtemps, que nous avions dénoncée, dès 2003, comme honteuse, est une folie.

Ils doivent savoir aussi que le DFAE dans le cadre de l’ « Initiative de Genève », continue de verser inutilement de l’argent à des interlocuteurs douteux, en Israël et à Ramallah, au mépris des Palestiniens qui croupissent dans la misère la plus nue dans les camps de réfugiés qui, eux n’ont le plus souvent pas vu leur parvenir la moindre aide de la Suisse.

Ci-dessous, le courrier mentionné qui permet de comprendre quel genre de projet est financé à grand frais, y compris les frais de voyage et d’hôtel d’Israéliens et de Palestiniens qui sans doute se moquent de cette Initiative suisse inutile — sans quoi ils la dénonceraient — mais qui profitent de ses largesses.

Le courrier entre un correspondant israélien à Tel Aviv et Bern .

“Dear [J-D],

This is a follow-up on our brief meeting about a week ago at the office of Geneva Initiative. We were introduced by [G. B] as you were entering a meeting with him and I was leaving.

I told you then about our coming visit to Lausanne (your place...), leading a group of Palestinians and Israelis wounded in the conflict who are members of a project that I lead with my Palestinian partner, [S. K.] of Ramallah. We will be staying all the 7 nights from March 1-8 at the Cret-Berard (http://www.cret-berard.ch/index.php...), as guests of a private group of ex-Israeli and ex-Arab industrialists and notables of the community around Lausanne who call themselves Coexistences http://www.coexistences.ch/

Our aim for the visit to Switzerland is to find and establish connections with organizations and individuals that could help us provide service to other people wounded in the conflict by which we would assist them in finding some of the medical aid they need in Switzerland in particular, and in Europe and the world, in general.

Our hosts in Lausanne are connecting us to the Red Cross in Geneva, who already scheduled for us a special one day tour and meetings in the Red Cross.

We are looking for more connections, such as with heads of hospitals, medical departments, public and private medical clinics, rehabilitation centers, etc.

The main purpose of our activity is to bring together Palestinians and Israelis who are not only wounded in the conflict, but are also from the mainstream in their respective societies. Hence, the cooperation is far from being trivial, and we invest immensely to keep it going and flowing until, at the end, we hope to see it happening without our intervention. It is a long process indeed.

Best regards,

[G. K]
Tel Aviv”

[1] Ce courrier était adressé à un employé du DFAE. Nous avons supprimé les noms pour ne garder que les initiales

Silvia Cattori

Silvia Cattori Journaliste suisse. Après avoir écrit sur la diplomatie en Asie du Sud-Est et dans l’Océan Indien, elle a été témoin de l’opération « Bouclier défensif » lancée par Tsahal contre les Palestiniens. Elle se consacre depuis à attirer l’attention du monde sur le sort subi par le peuple palestinien sous occupation israélienne.

 
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