Voltairenet.org
 Réseau de presse non-alignée

Tribunes et décryptages - 1er février 2005
La belle démocratie irakienne

Décryptage

Dans Le Monde, James Dobbins, de la Rand Corporation, s’inquiète du bourbier irakien et appelle à un retrait progressif des troupes états-unienne. Cependant, l’analyse du lobbyiste militaro-industriel n’est pas exempte d’arrières-pensées. Il demande la fin de l’occupation, pas l’abandon des 16 bases permanentes. Surtout, une occupation militaire consomme du personnel, pas du matériel. À l’inverse, en libérant du personnel, les États-Unis peuvent se lancer dans de nouvelles opérations militaires qui, elles, consomment matériels et munitions et relancent ainsi le business.
À l’inverse, le général Robert H. Scales, consultant militaire de Fox News, mobilise les lecteurs du Washington Times pour redonner à l’Army toutes ses capacités d’intervention. Il réclame, pour assurer l’occupation de l’Irak et pour de nouvelles aventures, 150 000 hommes supplémentaires.
Plus belliqueuse encore, Maggi Mitchell-Salem, ex-assistante du secrétaire d’État de Madeleine Albright, déplore dans le Daily Star le manque d’enthousiasme des États-uniens pour l’épopée irakienne. Ils trouvent le prix trop lourd à payer, financièrement et humainement, et risquent de se désengager. L’auteure ne précise pas en quoi cette aventure vaudrait un tel bain de sang, pas plus que Mme Albright ne précisa pourquoi un demi-million d’enfants morts de l’embargo « c’est un choix très difficile, mais le prix… nous pensons que ça vaut ce prix là » (« 60 Minutes », 12 mai 1996).

L’ambassadeur britannique John Holmes expose dans Le Monde la vulgate de la Coalition. Le pays a été libéré de la tyrannie par les grandes démocraties et les insurgés se battent contre l’installation de la démocratie, dont les élections sont la première manifestation.
L’argument est beau, mais ne correspond pas à la réalité. L’Irak n’a pas été libéré, mais conquis. Ses ressources énergétiques ont été confisquées par les conquérants et le gouvernement issu des urnes n’aura aucune autorité en matière pétrolière. Les insurgés ne se battent pas contre la démocratie, mais résistent à l’occupant. Les élections dans un pays occupé ne sont pas un signe de démocratie, pas plus que les élections sous Saddam Hussein n’en étaient une manifestation.
De son côté, Salim Lone, ancien porte-parole de l’ONU à Bagdad, souligne dans The Guardian que la Coalition n’a pas d’autre but en organisant ces élections que de légitimer son occupation. Elles ne sont approuvées que par les Kurdes, en quête d’indépendance, et le grand ayatollah Sistani qui collaborait identiquement avec Saddam Hussein et pour les mêmes raisons : le contrôle de la gestion des lieux de culte chiites.
Le sociologue irakien Sami Ramadani observe, dans le même quotidien, que le taux de participation dont la Coalition s’enorgueillit n’est pas vérifiable puisque les autorités sont dans l’incapacité d’indiquer -à 2 millions près- le nombre d’inscrits. Surtout, cette participation ne vaut pas approbation de l’occupation. Au contraire. C’est un moyen pour la population d’exprimer pacifiquement son hostilité à la tutelle étrangère. À ce propos, l’auteur rappelle que les États-Unis se flattèrent aussi de la forte participation aux élections vietnamiennes de 1967 (83 % !) malgré « le terrorisme Vietcong ». Elle provoquèrent en réalité une recrudescence des combats à laquelle le Pentagone répondit quelques mois plus tard par l’offensive du Têt.

Pour le professeur Shlomo Avineri analyse que l’un des enjeux de l’élection était le passage du pouvoir des sunnites aux chiites. Dans le Jerusalem Post il feint de dénoncer un danger d’éclatement du pays, sur le modèle yougoslave alors que l’année dernière, il appelait explicitement à la sécession du Kurdistan.
Dans la même veine, l’ambassadeur Peter W. Galbraith plaide pour l’indépendance du Kurdistan dans le New York Times. Il feint d’accuser l’administration Bush de s’y opposer, alors qu’il est précisément chargé par elle d’y préparer l’opinion publique et de l’organiser, comme il fit en Yougoslavie avec l’efficacité que l’on sait.

En définitive, le leader libéral britannique Charles Kennedy note dans The Independent que ces élections ne changeront rien dans la perception des troupes de Coalition par les Irakiens. Elles ne sont positives que dans la mesure où elles fournissent un prétexte pour mettre fin à une expédition militaire qui n’aurait pas dû commencer.

Réseau Voltaire




1er février 2005

Outils

 Imprimer
 Envoyer

Toutes les versions de cet article :

 polski

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« L’Amérique ne peut pas gagner cette guerre »

Auteur James Dobbins

 James Dobbins est directeur de la Rand Corporation. Il a été l’envoyé spécial de l’administration Bush en Afghanistan et il avait supervisé auparavant les opérations de maintien de la paix au Kosovo, en Bosnie, en Haïti et en Somalie.

Source Le Monde (France)
Référence « L’Amérique ne peut pas gagner cette guerre », par James Dobbins, Le Monde, 28 janvier 2005.

Résumé Le début de la sagesse consiste à reconnaître que les États-Unis ne peuvent pas gagner la guerre en cours en Irak. Par suite de ses mauvais calculs initiaux, de son planning mal orienté et de sa préparation inadéquate, Washington a perdu la confiance et l’appui du peuple irakien et a peu de chances de les regagner. Chaque bombardement d’une ville irakienne éloigne un peu plus de cet objectif. Les seuls qui peuvent gagner cette guerre, ce sont les Irakiens modérés avec un soutien régional et international. En effet, comme l’intervention états-unienne manque de crédibilité et de légitimité aux yeux des Irakiens, l’intervention américaine inspirera des résistances locales tant que le rôle des États-Unis n’aura pas été redéfini.
Si les élections ont bien lieu en Irak, le gouvernement irakien aura une légitimité à peine renforcée car les sunnites seront mal représentés. Les élections polarisent toujours les événements et, dans une société fragile et extrêmement conflictuelle comme l’Irak, elles peuvent élargir le gouffre entre sunnites, d’une part, chiites et Kurdes, de l’autre. Ces élections n’empêcheront pas l’insurrection sunnite de se développer, éventuellement on assistera même à une insurrection chiite et les forces américaines et internationales resteront très impopulaires. Toutefois, si le maintien des troupes américaines en Irak provoque une résistance accrue, leur retrait prématuré pourrait avoir des conséquences bien pires : une guerre civile et une crise régionale aux dimensions imprévisibles. Les États-Unis doivent donc brandir la promesse du retrait pour pousser les Irakiens, les voisins de l’Irak et une grande partie de la communauté internationale à regarder plus loin que leur désir de voir châtier les États-Unis, et à envisager leur intérêt commun : assurer une stabilité à long terme en Irak. Washington va devoir assurer que son objectif fondamental est le retrait complet de ses forces dès que les circonstances le permettront et qu’il n’a nulle intention de maintenir une présence militaire permanente dans le pays.
Les forces américaines ont perdu le soutien de la population irakienne. Il faut le regagner en laissant progressivement la responsabilité de la sécurité aux Irakiens qui doivent avoir comme principale préoccupation non pas de tuer des insurgés, mais de protéger les Irakiens afin de regagner leur confiance. Il faut également que les États-Unis fassent tout pour limiter les dommages collatéraux dans des attaques comme celle contre Falloudja.
Il faut également obtenir le soutien des États voisins comme nous avons su le faire en Bosnie ou en Afghanistan, malgré la personnalité des dirigeants locaux. Les efforts que l’administration Bush a accomplis pour forger une coopération régionale et internationale se sont centrés sur la démocratisation et la lutte contre le terrorisme, mais ces deux projets sont compromis aux yeux de la population car la campagne de démocratisation des États-Unis est associée aux frappes préventives et à l’occupation. Les États-Unis devraient nommer un envoyé spécial en Irak dont la tâche serait de lancer plusieurs consultations simultanées, comme l’ont fait les États-Unis pour les Balkans au milieu des années 1990 et pour l’Afghanistan juste après le 11 septembre. Ces discussions devraient inclure nos alliés et les organisations internationales. D’autres discussions devraient impliquer tous les voisins de l’Irak et d’autres États de la région. Des rôles plus étendus pour les Nations unies, l’OTAN, la Ligue arabe et l’Organisation de la conférence islamique, qui regroupe 56 États musulmans, devraient également être fixés lors de ces consultations. Discuter avec l’Iran sera difficile compte tenu des aspirations nucléaires de Téhéran, mais il faut nous inspirer de ce que nous avons réussi à faire pour l’Afghanistan car si nous y parvenons, Washington comme Téhéran peuvent tirer un grand avantage d’un partenariat.
Contrairement à ce que fait Israël, les États-Unis ne peuvent pas se permettre de ne pas convaincre les pays arabes du bien-fondé de leurs actions et la meilleure façon de regagner leur confiance est de se réinvestir dans le conflit israélo-palestinien. Il faut également que, tout en réaffirmant son soutien au gouvernement irakien actuel et au processus électoral, l’administration Bush recommence à mettre l’accent sur l’importance qu’elle accorde à la paix, à la stabilité, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Irak.

« Les forces au sol sont trop peu nombreuses »

Auteur Robert H. Scales

 L’ancien général Robert H. Scales est l’ancien commandant de l’Army War College. Il est consultant en question militaire et commentateur pour Fox News.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence « Ground forces too small », par Robert H. Scales, Washington Times, 25 janvier 2005.

Résumé Si on regarde les pertes militaires enregistrées en Irak, on observe que ce sont les Marines et les fantassins de l’Army qui enregistrent les plus lourdes pertes et qui sont le plus engagées dans les combats. Cela a été le cas dans toutes les guerres des Etats-Unis, hormis celle du Kosovo. Pourtant, depuis le Vietnam, l’Army a été malmenée par les différentes administration, notamment par l’administration Carter, et cela a abouti au fiasco de la libération manquée des otages en Iran. Cet épisode doit nous rappeler qu’il faut une génération pour construire une armée efficace, mais que quelques années suffisent pour la détruire.
Le mois dernier, j’ai prononcé un discours devant 1 200 élèves officiers. Devant moi, presque tous les élèves allaient se rendre ou retourner en Irak après leur diplôme. Cela montrait bien à quel point l’Army est sur-déployée et illustre notre manque de réserves. Une fois encore, cette part essentielle de notre armée doit remplir trop de missions d’un coup. Le manque de personnel nous pousse à ce que les militaires accomplissent des tâches non-combattantes ou que la rotation ait lieu trop rapidement. Il faudrait au moins 150 000 hommes supplémentaires.
Nous allons combattre les islamistes pour des générations. Il faut donc que nous construisions nos forces pour l’avenir en disposant de soldats nombreux.

« La démocratie a gagné, mais est-ce que les Américains s’en soucient ? »

Auteur Maggie Mitchell-Salem
Ancienne fonctionnaire au département d’État et « assistante spéciale » de Madeleine Albright (1998-2000), Maggie Mitchell-Salem est consultante en communication et politique publique à Washington. Elle est ancienne responsable de la communication du Middle East Institute.

Source Daily Star (Liban)
Référence « Democracy won, but do Americans care ? », par Maggie Mitchell-Salem, Daily Star, 1er février 2005.

Résumé Il aura fallu des dizaines de milliers de morts pour qu’enfin les Irakiens puissent voter lors d’une élection cathartique. Pour que cette élection ait lieu, les États-Unis ont également payé un prix lourd avec 1 500 morts et 10 000 blessés. Aux États-Unis, la croyance selon laquelle construire la démocratie en Irak méritait ce sacrifice est malheureusement en train de s’éroder.
De plus en plus d’Américains sont opposés à la poursuite de l’engagement des États-Unis en Irak et cette perte de foi pourrait coûter à George W. Bush sa vision d’un monde libéré de la tyrannie. Bush compte sur les images des élections de dimanche pour retourner l’opinion et convaincre les États-Unis que, comme il l’a dit dans son discours inaugural, « le meilleur espoir de la paix dans le monde est l’expansion de la liberté ». Toutefois, si les États-Unis ne souscrivent pas à la rhétorique de Bush, l’expérience démocratique échouera. C’est pourquoi, malgré une présence états-unienne en Irak sans égal depuis le Vietnam, Bush a parlé 20 fois de la liberté dans son discours, mais jamais de l’Irak. Le coût financier de la guerre (300 milliards de dollars) commence également à provoquer des grincement de dents au Congrès et dans la population.
Bush a beau affirmer que sa réélection valide sa politique en Irak, il n’en est rien. Les États-Unis sont encore traumatisés par le souvenir du Vietnam et bien que l’Irak soit différent, cette association d’idée a une fonction corrosive sur le soutien à toute guerre. Bush l’a compris et il a commencé à préparer l’opinion à une baisse de ce qu’on pouvait espérer en Irak. Il va devoir insuffler une part de realpolitik dans son combat contre la tyrannie pour emporter l’adhésion. Il faut que la Maison-Blanche utilise son bref état de grâce post-électoral pour engager les États-Unis dans le long terme dans ce combat et préparer le pays à faire des sacrifices.

« Ne pas mesurer le soutien au peuple irakien »

Auteur John Holmes

 Ancien chef de cabinet pour les Affaires étrangères de John Major puis directeur de cabinet et conseiller pour les Affaires étrangères de Tony Blair, John Holmes est ambassadeur du Royaume-Uni en France.

Source Le Monde (France)
Référence « Ne pas mesurer le soutien au peuple irakien », par John Holmes, Le Monde, 28 janvier 2005.

Résumé Ce qu’il faut voir, dans les élections irakiennes, ce n’est pas les difficultés qui les entourent, mais tout simplement le fait qu’elles aient lieu ; et que la plupart des Irakiens d’aujourd’hui, qui n’ont jamais pris part à un scrutin démocratique, aient l’intention de se rendre aux urnes. Les élections ne sont pas ne chose courante au Proche-Orient, mais celles qui en Palestine ont porté au pouvoir Abu Mazen ont envoyé un message positif. L’Irak peut à son tour envoyer un nouveau message d’espoir, faisant écho à celui qu’a envoyé l’élection présidentielle en Afghanistan, qui s’est pourtant tenue dans des conditions tout sauf idéales.
La violence en Irak montre la détermination des forces opposées à la démocratie en Irak. L’un des leaders de la prétendue insurrection a déjà bien fait savoir que ce à quoi il s’oppose est le principe même de la démocratie. Malgré les menaces de mort en direction des électeurs, les sondages indiquent que 80 % des Irakiens veulent voter et prendre en main leur destin. Plus de 8 000 candidats sont en lice, 11 000 autres candidats se présentent aux élections locales, ainsi qu’aux élections régionales de la province kurde. Un tiers sont des femmes. 5 300 bureaux de vote ont été mis en place, et les campagnes d’information destinées aux électeurs touchent à leur fin. Près de 200 000 Irakiens participeront à l’organisation du scrutin sous la supervision des Nations unies. Le rôle de la Coalition se bornera à assurer la sécurité. Dans la majeure partie du pays, on s’attend à un taux de participation honorable et à des conditions de vote plutôt régulières. Le calme règne dans 14 des 18 provinces du pays. Les choses seront donc effectivement plus difficiles dans certaines régions et le principal problème est de déterminer dans quelle mesure toutes les communautés irakiennes participeront. Il reste cependant sur les listes de nombreux candidats sunnites prêts à braver la menace, à commencer par le président Ghazi Al-Yaouar. Quoi qu’il en soit, le gouvernement qui sortira des urnes devra prendre en compte les vues et les aspirations de tous les Irakiens, notamment quand il s’agira d’élaborer et d’adopter la Constitution définitive de l’Irak.
Je passe beaucoup de temps à expliquer en France la position de la Grande-Bretagne sur l’Irak, et mes interlocuteurs ne sont pas avares de conseils quant à la manière dont il faudrait procéder. Nous tombons tous d’accord, en revanche, sur le fait que c’est aux Irakiens de prendre leur pays en main. L’élections du 30 janvier sera centrale dans ce processus. Le Royaume-Uni a un grand rôle dans la stabilisation de l’Irak, mais nous gardons à l’esprit que c’est aux Irakiens de décider et que nous ne resterions pas si notre présence n’était plus souhaitée. Nous nous attachons à former les forces de sécurité irakiennes dans les plus brefs délais pour leur permettre de prendre la haute main sur la sécurité intérieure et extérieure du pays. Il est indispensable, d’ici là, que les graves défis auxquels nous sommes confrontés n’entament pas la volonté de la communauté internationale de reconstruire l’Irak.

« Une élection pour bénir une occupation »

Auteur Salim Lone

 Salim Lone, qui a dernièrement quitté l’ONU, était directeur de la communication et porte parole de l’ONU à Bagdad.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « An election to anoint an occupation », par Salim Lone, The Guardian, 31 janvier 2005.

Résumé George W. Bush et Tony Blair ont bien vite présenté comme un triomphe l’élection en Irak alors qu’ils auraient été les premiers à la dénoncer si cette élection avait eu lieu dans les mêmes conditions au Zimbabwe ou en Syrie. Les mesures de sécurité draconiennes ont fait ressembler les villes d’Irak à des villes fantômes, les procédures de vote sont si compliquées que Jalal Talabani lui-même a dû se les faire expliquer, la plupart des candidats avaient peur d’apparaître en public ou étaient juste des noms sans visages associés.
Les millions d’Irakiens et de membres de l’ONU qui ont participé à cette élection méritent notre respect, mais ils ont pris des risques pour rien. C’est une élection illégitime qui ne règlera rien à la détérioration de la situation et qui vise avant toute chose à diminuer le poids des sunnites en Irak. Le seul moyen de mettre fin à la destruction de l’Irak et d’en finir avec l’occupation et de rendre une part du pouvoir aux sunnites qui ont été systématiquement écartés des instances dirigeantes.
Le vrai objectif de la guerre étant le contrôle du pétrole irakien et l’installation de bases militaires dans cette région stratégique, il ne peut y avoir de vraie démocratie en Irak puisqu’il faut mettre en place des dirigeants acceptant les objectifs de l’administration Bush. Aucun Irakiens, même ceux qui bénéficient de la présence états-unienne, ne voit les États-Unis comme un promoteur de la démocratie et des Droits de l’homme. Toutes les tentatives des États-Unis pour disposer d’une légitimité dans le pays sont vouées à l’échec et provoqueront un retour de flamme car chaque fois qu’ils ont affirmé vouloir collaborer avec l’ONU, ils ont fini par imposer leurs décisions.
Les États-Unis ont peu de soutiens en Irak, hormis celui d’Ali Sistani favorable à une occupation que ses partisans haïssent mais qui sert son contrôle sectaire.

« Le taux de participation était bon au Vietnam aussi »

Auteur Sami Ramadani
Sami Ramadani a été un réfugié politique du régime de Saddam Hussein. Il est professeur de sociologie à la London Metropolitan University.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « The Vietnam turnout was good as well », par Sami Ramadani, The Guardian, 1er février 2005.

Résumé Le 4 septembre 1967, le New York Times écrivait un article qui se félicitait de la forte participation des Vietnamiens à l’élection organisée par le régime fantoche mis en place au Sud-Vietnam par Washington « malgré la campagne terroriste du Vietcong » et y voyait un encouragement à l’action des États-Unis. La propagande de ce week-end fait écho à celle de l’époque.
On pourrait croire que le 30 janvier 2005, l’occupation états-unienne a pris fin et que la population a gagné sa liberté et ses droits démocratiques, mais comment un élection pourrait-elle être démocratique sous la loi martiale, sous occupation étrangère et avec une commission électorale mise en place par l’occupant ? La deuxième tromperie du week-end a été la participation, d’abord annoncée à 72 % puis 57 %, mais l’ambassadeur irakien à Londres est incapable de me dire la part de la population inscrite sur les listes électorales. À titre de comparaison, notons que, selon l’ONU, sur les quatre millions d’Irakiens exilés, seuls 280 000 se sont inscrits et 265 000 ont voté.
Le Sud, a répondu à l’appel de Sistani qui a présenté l’élection comme un premier pas vers la fin de l’occupation, mais cette promesse va être soumise à un test dans les prochains mois. Moqtada Sadr, qui avait présenté cette élection comme une mascarade, pourrait bien faire un retour en force. Au Nord, les Kurdes se prononcent majoritairement pour l’autodétermination alors même qu’Henry Kissinger propose la division du pays en trois États.
George W. Bush et Tony Blair veulent faire croire que les Irakiens ont voté pour approuver l’occupation et les États-Unis construisent de grandes bases militaires, ce qui laisse penser qu’ils sont prêts à rester longtemps en s’appuyant sur des gouvernements fantoches. Les médias ont présenté une confrontation entre Zarkawi et les Irakiens voulant voter avec une Coalition qui protègerait ces derniers, mais en réalité, la violence de Zarkawi est condamnée par l’ensemble du spectre politique irakien, y compris les milieux proches de la Résistance. Les Irakiens pensent que la Coalition le laisse agir pour animer les tensions et divisions en Irak.

« La fin de l’hégémonie sunnite »

Auteur Shlomo Avineri

 Shlomo Avineri est professeur de sciences politiques à l’université hébraïque de Jérusalem. Il est ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien. Membre d’un institut satellite de la CIA chargé de l’assistance aux partis de gauche, il a été impliqué dans les processus de démocratisation de nombreux pays de l’Est européen

Source Jerusalem Post (Israël)
Référence « The end of Sunni hegemony », par Shlomo Avineri, Jerusalem Post, 1er février 2005.

Résumé Depuis sa construction comme un État moderne par les Britanniques dans les années 20, l’Irak a toujours été dirigé par sa minorité sunnite et l’autocratie de Saddam Hussein n’a été que la forme la plus sanglante de cette domination qui écrasait dans le sang les révoltes des autres communautés. C’est cette situation qui explique la grande participation des chiites et des Kurdes à l’élection et le boycott dans les zones sunnites.
Ce boycott est l’un des aspects de la tentative globale des anciens dirigeants d’Irak de saper et de délégitimer le transfert de pouvoir dans le pays. Ce que certains appellent « l’insurrection » n’est que l’expression brutale du refus de cette partie de la population d’abandonner le pouvoir. C’est ce qui explique que les chiites et les Kurdes soient la cible des attentats suicide au même titre que les Américains. Les élections en Irak n’étaient pas qu’une question de démocratie, c’était le passage du pouvoir.
Toutefois, une fois ce pouvoir transmis, le droit des minorités sera-t-il respecté ? Difficile à dire, tout comme il est difficile de savoir si les sunnites accepteront leur statut minoritaire, si les tensions entre chiites religieux et laïques ne vont pas s’exacerber, si les tensions entre chiites et Kurdes ne vont pas s’accroître autour de la constitution, et si les Kurdes vont accepter de démanteler leurs forces autonomes.
Il existe un vrai risque d’éclatement à la yougoslave.

« Pendant que les Irakiens se félicitent, les Kurdes hésitent »

Auteur Peter W. Galbraith

 Membre du Centre for Arms Control and Non-Proliferation de Washington, Peter W. Galbraith fut négociateur des accords de Dayton, puis premier ambassadeur des États-Unis en Croatie. Il est professeur au National War College. Il était présent dans la zone d’où est partie la rébellion kurde, en 1991, et est favorable à la création d’un Kurdistan indépendant.

Sources New York Times (États-Unis), El Mundo (Espagne)
Référence « As Iraqis Celebrate, the Kurds Hesitate, par Peter W. Galbraith, New York Times, 1er février 2005.
« Mientras los iraquíes festejan, los kurdos dudan », El Mundo, 2 février 2005.
« As Iraqis celebrate, the Kurds hesitate », International Herald Tribune, 2 février 2005.

Résumé De toutes les choses remarquables qu’on a pu observer dimanche lors du vote, l’une des plus frappantes a sans doute été l’organisation d’un référendum informel sur l’indépendance du Kurdistan, vote auquel presque tous les électeurs ont participé et qui a donné onze fois plus de votes positifs que négatifs.
Cette nouvelle ne sera pas appréciée par les responsables américains et britanniques qui préfèrent ignorer le mouvement indépendantiste. L. Paul Bremer a ainsi refusé en février de recevoir les représentants kurdes qui venaient lui présenter une pétition d’1,7 millions de signatures en faveur de l’indépendance. Les États-Unis préfèrent voir le Kurdistan au travers de leur prisme déformant. Ainsi l’été dernier, Condoleezza Rice a déclaré qu’elle était impressionnée par la volonté des Kurdes à rester membres d’un Irak uni alors que je connaissais les responsables kurdes qu’elle avait rencontré et que je savais que tous souhaitaient un Kurdistan indépendant.
Le vote non officiel de dimanche a été organisé par une nouvelle génération de dirigeants kurdes qui reproche à ses aînés d’avoir déjà fait trop de concessions en faveur de l’Irak unifié. Lors du prochain vote en Irak, ce mouvement autour du référendum pourrait bien se constituer en parti politique. Les Kurdes détestent l’Irak et le drapeau irakien est presque interdit dans les régions contrôlées par le Parti démocratique du Kurdistan. Ils refusent d’abandonner le contrôle de la sécurité et de leurs frontières aux troupes arabes de Bagdad et ils vont tout faire pour préserver leur indépendance de facto.
Certes, les Arabes irakiens et les pays voisins ne veulent pas de l’indépendance du Kurdistan, mais il faut se souvenir des leçons de la Yougoslavie et nous y préparer.

« Les troupes britanniques doivent désormais se préparer à quitter l’Irak »

Auteur Charles Kennedy

 Charles Kennedy est le président du Parti libéral démocrate britannique.

Source The Independent (Royaume-Uni)
Référence « British troops must now prepare to leave Iraq », par Charles Kennedy, The Independent, 1er février 2005.

Résumé Même si nous nous sommes opposés à la guerre d’Irak, cela ne doit pas nous pousser à voir les élections en Irak au travers d’un prisme déformant et à avoir une approche injuste de cet événement. En vérité, il faudra une semaine avant de savoir si le vote a permis l’élection d’un corps constitutionnel représentatif et des mois pour savoir si le mandat qui leur a été confié est respecté. Pour l’instant, nous devrions applaudir la bravoure des citoyens et nous demander comment aider les Irakiens à aller de l’avant.
L’insurrection ne s’arrêtera pas avec ce vote. Le spectre de la guerre civile plane toujours. L’Irak est devenu le centre du terrorisme militant. La nouvelle assemblée va devoir rédiger une constitution équilibrée et cela sera une tâche difficile. Mais cette élection ouvre une nouvelle phase pour notre gouvernement. Tony Blair a fait participer notre pays à cette guerre à cause d’armes de destruction massive et sur la promesse d’une relance du processus de paix au Proche-Orient qui n’a pas eu lieu. Cette action militaire a, au contraire, développé le terrorisme. Les troupes britanniques font du bon travail, mais leur participation à une action injustifiée les fait percevoir comme des occupants par la population et leur présence est jugée inacceptable.
Il faut une nouvelle approche et préparer notre départ d’Irak dans des termes ne laissant pas la place à l’incertitude. Aujourd’hui, le gouvernement se contredit. Lorsque le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères affirment qu’il n’y aura pas de nouveau déploiement de troupes, ils sont contredits par le ministre de la Défense. Nos alliés ont quitté l’Irak ou s’apprêtent à le faire et notre mandat de l’ONU expire en décembre. Cela doit nous pousser à accélérer la formation des forces de sécurité irakienne et nous préparer à partir. Il faut reconnaître que l’Irak ne sera pas stabilisé tant que les troupes britanniques resteront sur place.

 



Thèmes
11 septembre 2001
11 septembre 2001
- Le programme qu’aucune télévision occidentale ne peut se permettre de diffuser

- 115 mensonges sur les attentats du 11 septembre

- 11-Septembre : des journalistes parisiens désemparés par les propos d’un artiste incontrôlable

- Les Russes ne croient plus la version bushienne du 11 septembre

- Les néo-cons s’inquiètent de l’appui de Moscou au mouvement pour la vérité sur le 11-Septembre

- + + +


« Guerre biologique et terrorisme », par Francis A. Boyle


« George Bush : the unauthorized biography » par Webster G. Tarpley
« »


« La filière terroriste du FBI », par Jean-Guy Allard
« »


 

À propos du Réseau Voltaire - Contacts - RSS

  

Top