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Lettre de l’ambassadeur d’Argentine au JINSA

| Washington D. C. (États-Unis)
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Le 30 septembre 2009,

[A l’attention de :] Mr. Tom Newman
JINSA (Jewish Institute for National Security Affairs / Institut juif pour les affaires de la sécurité nationale)

Cher Monsieur Newman,

Afin d’illustrer les efforts menés par l’Argentine pour combattre le terrorisme et l’antisémitisme, je souhaite vous faire part de quelques paragraphes du discours de la présidente de la République d’Argentine Cristina Fernández de Kirchner prononcé à l’Assemblée Générale des Nations-Unies ce mercredi 23 septembre 2009.

Je tiens à insister sur le fait que, répondant aux instructions données par la présidente, la délégation argentine quitta la salle, suivie par les États-Unis, la France, l’Australie, le Royaume-Uni, le Costa-Rica, le Danemark, l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie et la Nouvelle-Zélande, alors qu’Ahmadinejad entamait sa rhétorique haineuse, agressive et antisémite. Dans son discours à l’Assemblée générale, la présidente Fernández de Kirchner profita de l’occasion pour s’adresser une nouvelle fois à la République Islamique d’Iran au sujet des attaques terroristes contre l’Ambassade d’Israël et l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA).

La présidente exprima notre appel à la justice, partagé, j’en suis sûr, par vous et le peuple américain :

“Je me dois de rappeler que mon pays, à l’instar des États-Unis, a été la cible d’attentats terroristes d’envergure, des attentats perpétrés par le terrorisme international. Le premier se produisit en 1992 à l’ambassade d’Israël, le second à l’AMIA ; ces deux attaques causèrent des centaines de morts. Aujourd’hui, ici, à l’Assemblée générale, je suis accompagnée du chef de l’AMIA, l’institution qui fut détruite, ainsi que des membres des familles des victimes. En 2007, M. Kirchner, alors président de l’Argentine, formula une requête devant cette même Assemblée générale, et demanda à la République Islamique d’Iran d’extrader des personnages officiels de ce pays recherchés par la justice argentine afin de procéder à une enquête approfondie et d’identifier les responsabilités concernant ces attaques très graves,”

“L’an dernier, au sein de ce même forum, j’avais une nouvelle fois demandé aux autorités de la République Islamique d’Iran d’accéder à la requête de mon pays et insisté sur le fait que mon pays offre toutes les garanties constitutionnelles attendues selon le principe que toute personne est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie. C’est une réalité qui s’applique dans mon pays : il y existe des garanties de liberté, de justice et d’indépendance de la justice. Pourtant, cela n’eut aucun résultat ; au contraire, cette année, l’un des personnages officiels dont l’extradition fut réclamée par le procureur en charge du dossier, a été nommé ministre.”

“(…) Nous entendrons tout à l’heure le président de la République Islamique d’Iran s’exprimer ; peut-être niera-t-il une nouvelle fois quelques uns des événements tragiques que l’Occident connut au XXe siècle. Il mentionnera sans doute des menaces issues d’autres formes d’impérialisme, et il invoquera surement Dieu.”

“J’aimerais lui dire que mon pays, la République d’Argentine, n’est, ni par son histoire, ni par ses convictions, un pays impérialiste. Au contraire, c’est un pays qui connut les conséquences du colonialisme dès son origine, et qui, pendant la Guerre Froide, subit la Doctrine de la sécurité nationale.”

“J’aimerais lui dire que, moi aussi, je crois en Dieu, tout comme lui, même si nous ne partageons vraisemblablement pas les mêmes croyances ; mais, fondamentalement, je pense que ni lui, ni moi ne pouvons croire que Dieu puisse nous forcer à proférer des menaces ou à se détourner de la justice.”

“C’est pourquoi, en tant que présidente de la République d’Argentine, je renouvelle, avec une grande humilité, cette demande : que les personnages officiels recherchés par la justice argentine soient extradés, non pas pour être condamnés, mais pour être jugés. Ils bénéficieront des mêmes droits et garanties dont jouissent tous nos citoyens, argentins et étrangers. Ce sont des garanties propres à la démocratie et à un gouvernement qui a intégré la défense absolue des Droits de l’Homme dans son ADN institutionnel et historique.”

Sincèrement,

Hector Timerman,
Ambassadeur [de la République d’Argentine à Washington]

Documents joints

 

Document original


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