Voltairenet.org
 Réseau de presse non-alignée

Tribunes et décryptages - 4 mars 2005
Drogues : guerre à la concurrence !

Décryptage

Michel Béchara el-Khoury dénonce dans Le Monde l’instrumentalisation du désir d’indépendance de son pays, le Liban, pour servir les appétits états-uniens. Il souhaite, comme beaucoup de ses compatriotes revenir au pacte constitutionnel de 1943. À ce titre, il souhaite le retrait syrien, mais pas pour que les troupes de Damas soient remplacées par celles de Washington. Il estime le moment venu de désarmer le Hezbollah, qui a défendu le pays lors de l’occupation israélienne, mais pas pour voir cette occupation se reproduire. Ceux qui prétendent aujourd’hui vouloir aider les Libanais semblent poursuivre avant tout leurs propres intérêts.
Dans le New York Times et l’International Herald Tribune, Flynt Leverett, le diplomate états-unien qui rédigea la « Feuille de route », s’interroge sur la stratégie de la Maison-Blanche. A-t-on bien compris que, « la nature ayant horreur du vide », le retrait syrien portera nécessairement le Hezbollah au pouvoir ? En réalité, ce retrait n’est souhaitable que graduellement, mais l’administration Bush est aveuglée par sa volonté de faire du Liban un État maronite. Ce faisant, elle reprend le vieux rêve de David Ben Gourion, pas celui des Libanais eux-mêmes.

Nicholas Eberstadt, de l’American Enterprise Institute, a développé devant le Congrès la théorie de la menace nord-coréenne. Son audition a été reproduite par le Washington Post. Il y rappelle que les États-Unis n’ont jamais signé de paix, simplement un cessez-le-feu, et sont donc toujours en guerre contre Pyongyang. Selon lui, le régime communiste ne vit que pour abattre l’Amérique et se dote de l’arme nucléaire pour la détruire. Il est donc indispensable de tirer les premiers « pour protéger le monde ».
Une démonstration qui est au moins convaincante sur un point : les États-Unis s’estiment toujours en guerre en Corée. Et à entendre leurs menaces, on comprend pourquoi la Corée du Nord s’est transformée en bunker.

Le premier ministre irakien sortant, Iyad Allaoui, tire le bilan de son action dans le Wall Street Journal. À ses yeux, la politique de démantèlement de l’armée et de déba’asification initiée, avant lui, par Ahmed Chalabi fut un désastre, dont il a hérité et qu’il a corrigé. Il appartiendra à son successeur de la poursuivre. Bien que M. Allaoui ne le précise pas, il convient d’indiquer qu’il préconise la création d’un poste de Conseiller national de sécurité auquel il postule. Dès lors ce bilan est aussi une demande d’emploi dans la prochaine administration. En Irak occupé, ce n’est évidemment pas parce que les électeurs ont sanctionné sa politique que sa carrière doit se terminer là.

Enfin, John Walters, le « tsar antidrogues » des États-Unis, publie une tribune inattendue dans Le Figaro. Il y apporte son soutien au ministre de la Santé français, Philippe Douste-Blazy, pour sa campagne contre l’usage du cannabis. On observera en premier lieu que les attributions de M. Walters sont très différentes de celles d’un ministre de la Santé. En effet, il traite la question des drogues d’un point de vue militaire et pénal. Il supervise notamment le Plan Colombie. Deuxièmement, on se posera la question de l’objectif commun affiché : « éliminer le cannabis ». Que cache l’idéologie d’un « monde sans drogues » et pourquoi éliminer cette drogue, plutôt qu’une autre ? En termes économiques, le marché des drogues en France représente un enjeu d’importance. Le cannabis disponible est principalement d’importation marocaine. Il représente la seconde source de revenu du royaume chérifien, après le tourisme. Sa production et sa commercialisation sont contrôlées par des sociétés liées, directement ou indirectement, à la famille royale ou au palais. Le retrait du cannabis du marché français ne manquerait pas de s’effectuer au profit d’autres produits, dérivés soit de la coca, soit du pavot, cultivés dans des zones sous contrôle militaire US, en Afghanistan par exemple. Il va de soi que le passage du cannabis vers ce type de produits s’effectuerait au détriment de la Santé publique.

Réseau Voltaire




4 mars 2005

Outils

 Imprimer
 Envoyer

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Revenir au "pacte de 1943" »

Auteur Michel Béchara el-Khoury

Michel Béchara el-Khoury est ancien ministre du gouvernement libanais et ancien gouverneur de la Banque du Liban.

Source Le Monde (France)
Référence

« Revenir au "pacte de 1943" », par Michel Béchara el-Khoury, Le Monde, 4 mars 2005.

Résumé

La déferlante anti-syrienne à Beyrouth, dans la rue et au Parlement, après l’assassinat de Rafic Hariri, n’est que l’expression finalement étalée au grand jour d’un ressentiment refoulé contre une mainmise de Damas sous couvert d’une démocratie de façade. Il s’agit d’un sabotage systématique de l’esprit même de cette société consensuelle, fruit d’une longue tradition reflétée par le pacte - constitutionnel - de 1943 et qui est en réalité notre vraie, peut-être notre seule raison d’être. Cette mainmise perverse s’attaque au sens des mots et affaiblit toute résistance. Certes, une opposition se développe, mais pour oser donner leur vraie signification aux mots "souveraineté" ou "indépendance", elle se trouve paradoxalement accusée de trahir une sémantique officielle, qui les traduit systématiquement par le mot "Syrie". Une presse disposant encore d’une timide marge de liberté s’offre quelquefois le luxe d’un peu de mauvaise humeur.
Certes tous les maux ne sont pas d’origines syriennes et beaucoup sont inhérents au Liban. Toutefois, c’est sous le joug syrien aujourd’hui qu’ils se développent et restent impunis. Le rêve d’expansion syrien vers le Liban est aussi vieux que la Syrie. Damas a profité des évènements avec une belle dextérité pour s’offrir une suprématie longtemps convoitée. La Syrie a exploité au mieux la situation internationale et cette présence a été utile. Mais de là à exercer une mainmise totale sur nos affaires, il y a quelque abus ; auquel il faut ajouter le maintien au Sud du Liban d’une véritable armée privée - le Hezbollah - qui, il est vrai, a héroïquement combattu l’occupation israélienne et en a triomphé. Tout en reconnaissant les sacrifices du Parti de Dieu, on pourrait s’interroger sur les raisons invoquées par la Syrie et ses acolytes libanais pour empêcher indéfiniment sa démobilisation.
Le 11 septembre 2001 a considérablement changé la donne. Pour nous limiter à ce qui nous concerne, un fait nouveau, presque surprenant, est l’usage de ce qu’on pourrait appeler la "carte libanaise" par les Etats-Unis pour obtenir de la Syrie un certain nombre de prestations qui, elles, ne se rapportent pas directement au Liban. Il s’agit du Syrian Accountability Act, qui demande à Damas, dans un de ses paragraphes, d’évacuer le Liban, suivi par la résolution 1559.
Le Liban doit revenir à l’esprit de 1943. Nul besoin que le monde extérieur se mêle de résoudre ou d’aggraver nos problèmes. Pour peu que la sagesse l’emporte sur les appétits démesurés des uns et les intérêts immédiats des autres, un dialogue serein peut s’ouvrir qui aboutirait à des formules acceptables par tous. Il faut souhaiter que l’intervention de l’étranger - puisqu’il y a eu intervention, quoique non sollicitée - serve au moins à sortir les acteurs politiques et leurs maîtres d’un aveuglement plein de périls.


« Ne vous jetez pas sur la route de Damas »

Auteur Flynt Leverett

Flynt Leverett est chercheur à la Brookings Institution. Il est ancien fonctionnaire au département d’État, analyste à la CIA et directeur des affaires moyen-orientales au National Security Council. Il est le rédacteur de la « feuille de route ».

Sources International Herald Tribune (France), New York Times (États-Unis)
Référence

« Don’t Rush on the Road to Damascus », par Flynt Leverett, New York Times, 2 mars 2005.
« Don’t rush it with Syria », International Herald Tribune, 3 mars 2005.

Résumé

L’assassinat de Rafic Hariri a donné une nouvelle vie à une vieille idée : utiliser la question de l’indépendance libanaise pour saper la position stratégique de la Syrie. George W. Bush parle désormais du « régime syrien » quand il est question du retrait du personnel militaire et des services de renseignement syriens du Liban.
Rumsfeld et Abrams croient que cela permettra l’établissement d’un régime pro-occidental au Liban, complaisant avec Israël et prêt à aider à la projection de la puissance américaine dans la région. Ils pensent également que ce sera le premier pas vers l’effondrement de la Syrie. Pourtant, cette stratégie comprend de grands risques. Pour commencer, toute tentative d’installation d’un gouvernement pro-occidental à Beyrouth provoquera une réaction du Hezbollah et face à cette résistance, les efforts d’installation d’un gouvernement pourrait échouer. L’administration Bush comprend-elle que quand elle affirme qu’un gouvernement libanais doit reconnaître la diversité du pays, cela suppose forcément une place importante pour le Hezbollah ? Or, pour ce groupe, la Syrie est un élément modérateur.
En outre, un départ du président Assad de Syrie entraînera le chaos dans ce pays aussi divers dans sa composition ethnico-religieuse que l’Irak ou le Liban. Le meilleur moyen de promouvoir la réforme est de discuter avec Bachar El Assad au lieu de l’isoler ou de le renverser. Bush doit abandonner son attachement idéologique à une domination maronite du Liban. Quand nous avons suivi cette voie, nous avons eu des morts et des otages. La dernière déclaration de Bachar El Assad montre qu’il est possible de négocier avec lui une échéance pour le retrait syrien. Toutefois, l’administration états-unienne doit reconnaître que ce retrait s’étendra sur des années, pas des mois. Il faut utiliser la tactique de la carotte et du bâton avec Damas.


« Quelle surprise ? »

Auteur Nicholas Eberstadt

Ancien expert du département d’État et de la Banque mondiale, Nicholas Eberstadt détient la chaire Henry Wendt de l’économie politique de l’American Enterprise Institute.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence

« What Surprise ? », par Nicholas Eberstadt, Washington Post, 1er mars 2005. Ce texte est adapté du témoignage prononcé par l’auteur devant la Commission des relations internationales de la Chambre des représentants états-unienne.

Résumé

Les récentes déclarations de la Corée du Nord sur sa possession d’armes nucléaires et sa capacité à les utiliser ont surpris une grande partie du monde. Mais la vraie surprise est qu’ils aient été surpris. Cette déclaration n’est en effet que le point culminant d’un enchaînement logique d’évènements.
La République populaire démocratique de Corée est un État construit politiquement pour remplir trois missions : mener une guerre, réparer un échec (l’invasion de 1950) et mettre en œuvre une grande vision idéologique (la réunification de la Corée sous l’égide d’un grand pays socialiste). La Corée du Nord est d’ailleurs toujours en guerre puisqu’en 1953 ce n’est pas un traité de paix mais un cessez-le-feu qui a mis fin au conflit. La Corée du Nord maintient une grande armée conventionnelle, mais avec un système économique soviétique en déliquescence et cette armée ne pourrait rien contre une alliance états-uno-sud-coréenne. Aussi, il est impératif pour Pyongyang, s’il veut réaliser ses objectifs, de ne pas employer que des moyens conventionnels et d’être en mesure de frapper le cœur de l’Amérique avec des armes nucléaires.
Ces armes permettent à la Corée du Nord de menacer les Etats-Unis, d’avoir un moyen de prévention contre eux et donc de détruire de facto l’alliance militaire entre Washington et Séoul. Il faut bien comprendre également que la Corée du Nord n’acceptera pas une négociation gagnant-gagnant, Elle ne croit que dans les jeux à somme nulle. La Corée du Nord n’acceptera jamais de se dénucléariser via la négociation.
Kim Jong Il souhaite que la Corée du Nord soit protégé du reste du monde, notre travail à nous est de protéger le monde de la Corée du Nord.


« Le travail devant nous »

Auteur Iyad Allaoui

Ancien membre du Ba’as puis activiste anti-Saddam Hussein financé par la CIA, Le docteur Iyad Allaoui est ancien Premier ministre du gouvernement par intérim d’Irak.

Source Wall Street Journal (États-Unis)
Référence

« The Task Ahead », par Iyad Allaoui, Wall Street Journal, 28 février 2005.

Résumé

Il y a près d’un mois, les Irakiens ont voté pour leur première élection démocratique. Le nouveau parlement a déjà été formé et travaille à la constitution d’un gouvernement. Quand cela sera fait, le rôle du gouvernement que je dirige sera terminé. Cela fut un grand honneur pour moi de poser les fondations d’un nouvel Irak libre, prospère et pacifique. Nous avons été confrontés à de nombreuses difficultés, mais les défis auxquels le prochain gouvernement devra répondre ne sont pas moins ardus. Il va devoir poursuivre la réconciliation nationale, une tâche que nous avons commencée et qui a été rendu plus difficile par les erreurs initiales qu’ont été le démantèlement de l’armée irakienne et la déba’asification.
Nous allons devoir nous assurer que le prochain gouvernement reflète la pluralité des opinions. Nous devons avoir la même approche avec les forces de sécurité et les nominations aux postes officiels. Nous devons également nous assurer des bonnes relations avec nos voisins. La rédaction de la constitution est une tâche vitale, aussi importante pour nous que l’a été le travail des Pères fondateurs pour les États-Unis. Ce texte devra garantir les droits de tous les Irakiens. Si nous parvenons à surmonter les problèmes, ce texte permettra de soigner les maux d’une société irakienne divisée.
Les islamistes chiites doivent montrer qu’ils n’exploiteront pas leur position majoritaire et les autres communautés doivent s’investir également. Les chaînes de télévision arabes ont dans ce processus un grand rôle à jouer. Elles doivent montrer quelle est la force de la démocratie et ainsi inspirer le reste du monde arabe. Outre ces questions politiques, nous devons nous investir dans le rétablissement de la sécurité en Irak et la prospérité.


« Il faut éliminer le cannabis »

Auteur John Walters

John Walters est membre du cabinet du président des États-Unis, directeur du bureau national en charge de la politique de contrôle des drogues.

Source Le Figaro (France)
Référence

« Il faut éliminer le cannabis », par John Walters, Le Figaro, 3 mars 2005.

Résumé

En novembre 2004, le Centre européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA) a, dans son rapport annuel, publié des statistiques alarmantes sur la consommation du cannabis en France. Les autorités françaises sont conscientes de la menace que cette consommation croissante fait planer sur la santé des jeunes. Des mesures sont en cours d’application afin de renverser cette tendance inquiétante.
Le ministre français de la Santé, Philippe Douste-Blazy a d’ailleurs publiquement dénoncé la dangerosité de cette drogue. En effet, des journaux spécialisés aux États-Unis et en Grande-Bretagne ont publié des études établissant de façon très claire les risques pour les consommateurs. En outre, il s’agit d’une drogue dont on peut être dépendant très vite et le nombre de jeunes toxico-dépendants augmente fortement. L’augmentation du besoin de traitements, spécialement chez les jeunes, est étroitement liée à la concentration accrue du produit, celle-ci a presque triplé depuis les années 70 et 80.
L’expérience américaine a montré que les campagnes d’information publiques à destination des jeunes et de leurs parents fonctionnent. Le plus récent rapport annuel sur le sujet indique une diminution de 17 % du recours à la drogue par les adolescents, entre 2001 et 2004, ce qui représente un chiffre de 600 000 consommateurs en moins. La consommation de cannabis a diminué de 18 %.
Les États-Unis se félicitent de voir la France engagée dans une campagne de prévention sur le cannabis et réfutent toutes les opinions erronées selon lesquelles la drogue est sans risque.


 



Thèmes
Questions nucléaires
Questions nucléaires


Pays
Allemagne
Allemagne


Zéro DVD


L'effroyable imposture 2


« 11 septembre, la faillite des médias » par David Ray Griffin


 

À propos du Réseau Voltaire - RSS - Comment participer au Réseau Voltaire ?

  

Top