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Tribunes et décryptages - 9 mars 2005
Loué soit le « nouveau » Bush !
Décryptage
Dans une interview au Figaro Magazine, le théoricien de la « Fin de l’Histoire », Francis Fukuyama, expose sa conception de la politique étrangère de l’administration Bush. Selon lui, le problème des États-Unis en Irak est principalement de ne pas avoir une tradition de « construction d’État » comme la France et le Royaume-Uni. Il s’agit là d’une façon élégante d’expliquer qu’une part des difficultés rencontrées par Washington tient à son manque d’expérience dans le domaine colonial. Se présentant comme proche de Paul Wolfowitz et de Condoleezza Rice, il estime que Colin Powell a fait un travail déplorable dans l’explication de l’action des États-Unis. Il aurait dû indiquer que l’Irak était la dernière aventure militaire et que désormais le remodelage du Proche-Orient passerait par d’autres moyens.
Il est vrai que l’utilisation de méthodes non-militaires assure un écho médiatique positif à ces opérations. On observe un net réchauffement de l’attitude de la presse à l’égard de la Maison-Blanche depuis que l’administration Bush est passée à la « guerre à la tyrannie ». Honni officiellement par la presse conformiste pour la Guerre en Irak, George W. Bush est aujourd’hui revenu en grâce avec l’adaptation de sa stratégie de remodelage du Proche-Orient. En effet, cette stratégie étant aujourd’hui conduite au nom de la démocratie, elle se pare de toutes les vertus aux yeux des commentateurs. À la suite de la presse états-unienne, et plus spécialement du New York Times, le quotidien des élites françaises, Le Monde, s’interrogeait en Une hier « Le Proche-Orient bouge : Faut-il remercier Bush ? ». Le reste de la presse française a largement suivi ce mouvement. Le caractère mobilisateur de la guerre au terrorisme a fait long feu et ceux-là même qui nous l’avaient vendue aux cris de « Nous sommes tous Américains » prétendent nous faire désormais accepter la « guerre à la tyrannie » comme une grande avancée.
Les centaines de milliers de morts d’Irak sont passés par pertes et profits et on s’extasie aujourd’hui sur ce qu’on veut nous vendre comme « la révolution libanaise » selon un modèle qui a fait ses preuves en Ukraine. Mieux encore, ce « printemps arabe » est présenté comme une conséquence de la Guerre d’Irak et par conséquent son existence légitimerait cette guerre a posteriori. Ainsi, qu’importe que le prétexte des armes de destruction massive n’ait plus aucune validité puisque la justification démocratique, construite après le déclenchement du conflit s’y substitue. Cette nouvelle stratégie sert même à justifier les abus de la guerre au terrorisme dénoncés par les opinions publiques. Dans son discours du 8 mars George W. Bush a tenté de démontrer la filiation qu’il y aurait entre guerre au terrorisme et « guerre à la tyrannie ». C’est parce que la population n’aurait plus peur du terrorisme qu’elle oserait se soulever.
Laurent Murawiec, de la Rand Corporation, se réjouit de ce renouveau de l’alignement atlantiste, mais expose les visées néoconservatrices dans un langage plus crus que les « nouveaux » thuriféraires de l’action de Washington. Dans Le Figaro, il affirme que les développements dans le monde arabe ne sont que le début du programme mis en œuvre et se tourne déjà vers l’Iran et l’Arabie saoudite.
La représentante démocrate de Californie, Jane Harman, affirme dans le Jerusalem Post que la démocratisation du monde arabe est à mettre à l’actif de George W. Bush et de sa guerre contre l’Irak. Toutefois, plus encore, cette évolution serait la conséquence d’un réchauffement des relations israélo-palestiniennes après la mort d’Arafat. Les États arabes auraient refusé de se réformer tant que la question palestinienne n’est pas réglée, mais aujourd’hui cette excuse ne tient plus. Ainsi, d’après l’auteur, le mouvement de réforme actuel valide non seulement le conflit irakien, mais également la politique d’ostracisme contre Yasser Arafat, à nouveau présenté comme seul obstacle à la paix.
Pour beaucoup des « nouveaux » fans de George W. Bush, la démocratisation du monde arabe doit se poursuivre et elle passe aujourd’hui par le Liban.
Collègue républicain de Jane Harman, le représentant californien, Darrell Issa, s’enthousiasme pour la « révolution du cèdre », pendant proche-oriental de la révolution orange, et appelle les États-Unis, et la France, à soutenir les manifestants anti-syriens. Capitalisant sur le travail réalisé en amont par les responsables de think tanks néo-conservateurs et d’éditorialistes, il accuse implicitement la Syrie d’être responsable de la mort de Rafic Hariri.
Walid Phares, l’un des responsables de cette perception d’une Syrie coupable, via l’US Committee for a Free Lebanon, se projette pour sa part déjà dans l’avenir. Dans le Washington Times, il expose les intérêts qu’auraient les États-Unis à contrôler le Liban pour les opérations ultérieures de la « démocratisation ». Selon lui, le Liban, compte tenu de son rayonnement intellectuel et de sa place dans l’économie de la région, est l’endroit rêvé pour former les futurs dirigeants des pays « démocratisés ». Il est également la base idéale d’où partir pour étendre l’influence états-unienne.
Le sénateur du Kansas Sam Brownback et Richard E. Stearns, président du bureau états-unien de l’ONG World Vision, dénoncent l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le Washington Times. Cette organisation est un groupe de fanatiques d’inspiration chrétienne combattant le président Museveni dans le Nord de l’Ouganda et responsable de nombreuses atrocités. MM. Brownback et Streans condamnent, à juste titre, les enlèvements d’enfants dont cette secte se rend coupable et appellent à des sanctions contre elle. Toutefois, cette attaque soudaine contre ce groupe n’est sans doute pas dénuée d’arrière-pensées. En effet, la LRA serait soutenue par le Soudan en échange d’une aide contre la rébellion du Sud et M. Brownback est le sénateur ayant déposé au Congrès états-unien le texte de loi présentant les massacres au Darfour comme un génocide. Cette dénomination n’ayant pas suffit à faire attaquer le Soudan, on peut se demander si M. Brownbvack ne cherche pas un nouveau prétexte. Dans leur texte, les auteurs ne disent ainsi rien de l’action contre la LRA entreprise par la Cour criminelle internationale (CCI) à la demande du président Museveni. En outre cette affaire rappellent que, si Khartoum a pu s’associer avec la LRA, c’est que le facteur ethnico-religieux, mis en avant pour expliquer les crises au Soudan, ne permet pas réellement de les décrire. Le contrôle des ressources est une des raisons essentielles de ces conflits et également de l’opposition de Washington et Khartoum.
Enfin, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Charles Murigande, dénonce l’action des milices rwandaises opérant contre les forces du gouvernement de Kigali depuis l’Est du Congo dans une interview à Die Tageszeitung. Selon lui, l’armée congolaise est au minimum complice compte tenu de sa passivité face à ces groupes. Il appelle la communauté internationale à intervenir ou menace implicitement de renvoyer des troupes rwandaises dans le territoire de son riche voisin. Depuis 1996, les conflits au Congo ont fait plus de trois millions de victimes.
Réseau Voltaire
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9 mars 2005
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Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« L’État est une drogue dure. Même aux Etats-Unis »
Auteur
Francis Fukuyama
Source
Le Figaro Magazine (France)
Référence « L’État est une drogue dure. Même aux Etats-Unis », par Francis Fukuyama, Le Figaro Magazine, 5 mars 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Après la chute du mur de Berlin, nous avons connu, je le maintiens, la fin des idéologies. Et je crois que l’État, même s’il n’est pas, ou pas encore, une réalité partout, s’impose depuis comme la forme même de la vie politique. Les pays en voie de développement découvrent que partout l’État est indispensable à la modernisation et que les problèmes surviennent quand il est défaillant. Dans le monde développé, le statut étatique est une donnée.
Les Américains ont une tradition antiétatique, même si elle est essentiellement rhétorique et ne doit pas être exagérée. Cela est un problème dans leur reconstruction de l’Irak. Contrairement à la France et à la Grande Bretagne, ils n’ont pas une grande expérience de la construction d’État, une pratique dont l’Inde reste un modèle. Si les Américains se sont montrés plus confiants dans l’universalisme démocratique, c’est que sans doute, dès le début, ce principe animait leur idée de la république. L’une de mes critiques à l’égard des néo-conservateurs est qu’ils ont considérablement surestimé la capacité américaine à promouvoir la démocratie. Je crois à son expansion à long terme, mais je ne crois pas qu’on peut changer le monde par la seule force. L’usage de la puissance américaine sans discernement a en outre provoqué un grand ressentiment contre l’administration Bush.
Les néo-conservateurs ont cru que la chute de Saddam Hussein en Irak ressemblerait à celle de Ceaucescu en Roumanie, ils n’ont pas compris la place du parti Ba’as dans le pays. En fait, nous n’avons pas tiré les bonnes leçons de l’Europe de l’Est. Le totalitarisme, c’est aussi des structures, il ne suffit pas d’éradiquer l’idéologie pour obtenir une transition pacifique. Ils n’ont pas vu en outre que si la construction d’un État était déjà une tâche ardue, la construction d’une nation ne pouvait pas venir de l’extérieur. En Irak, la grande faute de l’administration Bush est précisément d’avoir présumé qu’il y aurait continuité de l’État après l’invasion. Du coup, on n’a pas anticipé les destructions, les pillages, le chaos. Tout le monde reconnaît aujourd’hui que c’était une erreur, tout comme la décision de L. Paul Bremer de dissoudre l’armée, ce noyau essentiel des structures étatiques. En ignorant ce problème, les Américains se sont créé des difficultés extraordinaires. Dans les années 60, mon vieux professeur Samuel Huntington expliquait qu’il était nécessaire de créer une bureaucratie avant de se poser la question de la démocratie. En fait, dans le monde d’aujourd’hui, les deux sont beaucoup plus liés qu’il ne le pensait. Paul Bremer a cru pouvoir construire l’État irakien sans élection, mais il a dû céder devant les demandes des chiites car cette construction n’aurait eu aucune légitimité sans élection.
J’étais plus proche des positions de Colin Powell que de celles de Donald Rumsfeld, mais je ne suis pas un ami de Powell. Je suis plus proche de Paul Wolfowitz et de Condoleezza Rice. Powell a fait un travail déplorable au département d’État et il aurait dû davantage expliquer que la Guerre en Irak mettait fin à la série des interventions militaires. Les faucons aimeraient bien contribuer à la chute du régime iranien, mais pas par la guerre : par la propagande ou par tout autre moyen qui stimulerait une révolution démocratique. Je peux toujours être démenti par les faits, mais selon moi, personne, à Washington, ne songe sérieusement à attaquer et envahir l’Iran.

« Moyen-Orient : les arbres et la forêt »
Auteur
Laurent Murawiec
Source
Le Figaro (France)
Référence « Moyen-Orient : les arbres et la forêt », par Laurent Murawiec, Le Figaro, 9 mars 2005.
Résumé 2001-2005... Faisons un bilan provisoire de ces quatre années.
Nous avons vu, malgré la menace talibane ou jihadiste, les Afghans et les Irakiens se rendre aux urnes. Dans les territoires palestiniens, c’est la victoire remportée par Ariel Sharon sur la deuxième Intifada et la mort de Yasser Arafat qui a amené au pouvoir Abu Mazen, syndic de faillite ayant pris quelques décisions pragmatiques. En Égypte, le dictateur à vie Moubarak a dû annoncer des propositions certes équivoques et destinées à sauver sa mise, mais qui représentent une ouverture politique. Le régime saoudien a même procédé à l’aimable mascarade d’une pseudo-élection municipale et Khadafi a abandonné son programme d’armes nucléaires même s’il ne s’est pas pour autant rangé des affaires terroristes. Le régime syrien aux abois a pris le risque de s’aliéner son co-parrain, le prince héritier Abdallah d’Arabie saoudite, en faisant assassiner l’ex-légat colonial syrien, l’ex-Premier ministre de nationalité saoudienne Rafic Hariri, ne conservant que son autre parrain, l’Iran. Catastrophique erreur de calcul qui a entraîné une intifada pacifique prometteuse au Liban.
Ces transformations ne sont pas arrivées seules. Ce n’est pas non plus la diplomatie de l’Union européenne attentive aux tyrans, oublieuse des dissidents, ou la diplomatie française si conciliante avec les terroristes. Le syndrome de Stockholm n’a jamais constitué une politique, si ce n’est celle de la capitulation. Comme je le disais il y a deux ans, George W. Bush a révoqué la doctrine stratégique américaine dans la région, la doctrine Eisenhower. Après la bataille d’Afghanistan vint la bataille d’Irak, et viendront d’autres batailles dans la guerre menée contre la terreur arabo-islamique. L’événement auquel nous assistons, c’est, grâce à l’intervention américaine, l’affaiblissement des despotismes et les prodromes d’un réveil de la modération arabe. Pendant ce temps, les diplomates européens et leurs homologues kerryesques misaient toujours sur la pérennité de la "rue arabe", ce peuple manipulé par les pouvoirs en place.
Aujourd’hui, David Ignatius du Washington Post, qui raillait autrefois Bush, se réjouit des développements de sa politique et l’ancien allié des Syriens, Walid Joumblatt qui s’était réjoui des attentats du 11 septembre, affirme que l’élection en Irak a été la chute du mur de Berlin du monde arabe. En Europe aussi on se rend compte de ce qui se passe et un journaliste de radio me demandait tout récemment : « Bush a-t-il eu raison et la France tort ? ».
Reste l’Iran aux visées impérialo-islamistes et nucléaires. Reste Ben Laden, son gang et la vaste nébuleuse des assassins islamistes. Restent les équipes fanions de la terreur, et l’immense gâchis causé par des décennies de décisions délétères prises par les élites arabes. Reste aussi, pour la nouvelle modération arabe, à mener à bien son dessein, à passer d’une révolte pacifique à une reconstruction pluraliste. Reste pour nous à les soutenir efficacement. Rien n’est fini, mais tout commence.

« La route la plus rapide vers la démocratie »
Auteur
Jane Harman
Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « The fastest road to democracy », par Jane Harman, Jerusalem Post, 9 mars 2005.
Résumé La chute du gouvernement pro-syrien au Liban et la récente décision d’Hosni Moubarak de changer le contestable système électoral présidentiel sont des signes du dégel du processus de démocratisation du Proche-Orient. Cette évolution aidera à stabiliser la région, apportera une opportunité aux Palestiniens et de la sécurité à notre allié, Israël. Toutefois, avant de sabrer le champagne, il faut revenir sur les facteurs qui ont permis ce moment unique.
Il ne fait aucun doute que les élections en Irak ont joué un rôle dans le développement de la démocratie dans le monde arabo-musulman. Le crédit revient à George W. Bush et cela a été reconnu par ceux d’entre nous qui avaient critiqué les faux renseignements sur les armes de destruction massive. Mais, plus important encore que le progrès politique à Bagdad, c’est le profond changement dans les relations israélo-palestiniennes qui a débloqué la situation. Ce changement est advenu suite à la mort de Yasser Arafat. Tant qu’il était en vie, le Hamas et le Jihad islamique savaient qu’ils pouvaient agir depuis les territoires palestiniens sans avoir à craindre les conséquences. Aujourd’hui, les Palestiniens se sont tournés vers le pragmatique Mahmoud Abbas.
Aujourd’hui, l’impact de la mort d’Arafat est ressenti en Syrie et en Égypte. Ces deux pays avaient servi à leur population le mythe d’une impossibilité de se réformer tant que la Palestine ne serait pas devenue une démocratie. Aujourd’hui, ce mythe ne tient plus. Hosni Moubarak l’a compris et a dû lâcher du lest. Bachar El Assad n’a pas eu cette sagesse mais les manifestations au Liban pourrait avoir un effet communicatif à Damas et le contraindre à agir.
C’est pour cela que George W. Bush et Condoleezza Rice doivent accentuer les efforts pour parvenir à une résolution du conflit israélo-palestinien.

« Liban, la prochaine escale de la démocratie »
Auteur
Darrell Issa
Source
San Francisco Chronicle (États-Unis)
Référence « Lebanon, democracy’s next stop », par Darrell Issa, San Francisco Chronicles, 9 mars 2005.
Résumé Alors que les États-Unis continuent de soutenir le développement de la démocratie en Irak et en Afghanistan, nous devons reconnaître que la ligne de front dans la bataille pour la liberté ne se trouve pas seulement là où nous employons nos forces armées. Cette bataille a lieu là où la liberté et la démocratie sont les plus demandées.
Ces deux dernières semaines, des centaines de milliers de Libanais sont descendus dans la rue pour demander un gouvernement démocratique et la fin de la présence syrienne. C’est un événement essentiel qui a déjà conduit à la démission du gouvernement pro-syrien à Beyrouth. Comme les manifestants de la révolution orange ou les populations d’Europe de l’Est contre l’occupation soviétique, les Libanais font front contre la répression et demandent des changements.
Depuis la fin de la Guerre civile, la Syrie occupe le pays, soutient les groupes terroristes et crée la désunion dans le pays. L’explosion qui a tué Rafic Hariri a unifié les chrétiens, les druzes et les sunnites contre la présence syrienne. Les États-Unis et la communauté internationale ont réservé son jugement concernant l’identité des assassins mais au Liban, c’est la Syrie qui est jugée responsable. Cette croyance, qu’elle soit vraie ou fausse, a renforcé la volonté de la population tout en attirant l’attention du monde. La liberté d’expression nécessaire à des élections démocratiques est incompatible avec la présence syrienne au Liban et l’assassinat d’Hariri a envoyé un message clair : la critique de la Syrie n’est pas sûre. Les États-Unis, avec la France, ont demandé un retrait syrien ; ils doivent désormais soutenir le peuple libanais et mettre au point un plan de retrait de la Syrie qui empêchera également le Hezbollah de développer son influence. Nous devons également prévenir la Syrie qu’elle est responsable de la sécurité de l’opposition libanaise.

« Démocratie au Liban »
Auteur
Walid Phares
Source
Washington Times (États-Unis)
Référence « Democracy in Lebanon », par Walid Phares, Washington Times, 9 mars 2005.
« La guerre oubliée d’Afrique »
Auteurs
Sam Brownback, Richard E. Stearns
Source
Washington Times (États-Unis)
Référence « Africa’s forgotten war », par Sam Brownback et Richard E. Stearns Washington Times, 9 mars 2005.
Résumé Souvent oubliée, une guerre fait rage en Ouganda. Dans le Nord, près de la frontière soudanaise, depuis 1987, un groupe de rebelles connu sous le nom de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), dirigé par Jospeh Kony, s’est spécialisé dans l’enlèvement d’enfants dans les villages. Ils deviennent des soldats ou des esclaves sexuels. Cette organisation aurait enlevé entre 20 0000 et 30 000 enfants et elle est classée par le département d’État comme une organisation terroriste. Selon les rapports d’anciens captifs, la LRA aurait ses camps d’entraînement dans le Sud du Soudan, région où elle aurait aidé l’armée soudanaise. Khartoum ne le nie même plus. L’ONU a récemment publié un rapport sur l’usage des enfants soldats mais malheureusement l’Ouganda n’était pas une des priorités du rapport.
nous sommes allés en Ouganda et nous avons entendu les histoires des victimes. Les parents ne savent plus comment protéger leurs enfants et fuient la région, ne vivant plus que grâce à l’aide internationale. Nous nous réjouissons de voir une augmentation de l’attention porté aux conflits en Afrique, mais nous ne pouvons pas nous féliciter de succès avec le Soudan tant que les conflits générés par son influence ne sont pas terminés.
Les États-Unis doivent demander une résolution condamnant la LRA et exiger que le Soudan mette fin à l’accueil de ce groupe. Le président Museweni doit également développer l’aide aux civils.

« Les milices sont une menace pour le Rwanda »
Auteur
Charles Murigande
Source
Die Tageszeitung (Allemagne)
Référence « Die Milizen sind eine Bedrohung für Ruanda », par Charles Murigande, Die Tageszeitung, 9 février 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé L’Union Africaine nous a pour l’instant demandé autant d’informations que possible sur l’organisation des milices Interahamwe et de l’ancienne armée rwandaise au Congo ; leurs forces, leurs armes, leurs emplacements. Nous allons leur donner tout ce que nous savons. Nous sommes pour le désarmement des milices à l’Est du Congo. Tout ce qui compte c’est que ces combattants Hutus soient désarmés. Ces milices sont une menace pour le Rwanda, le régime n’est pas en danger mais la population subit des vols, des pillages et des destructions.
L’armée rwandaise avait réduit ces menaces quand elle était présente au Congo entre 1996 et 2002. Nous les aurions anéantis si nous n’avions pas signé le traité de Lusaka en 1999, le premier traité de paix entre les belligérants au Congo, appliqué en 2001. Les milices sont entretenues par l’armée de Kabila, c’est là qu’est la clé. Les soldats de l’Union Africaine peuvent rester aussi longtemps qu’ils le veulent, ils ne viendront pas à bout de ces forces s’ils ne travaillent pas en collaboration avec le gouvernement congolais. Le Congo soutient moins les milices rwandaises, du moins officiellement. Certains membres du gouvernement s’y opposent. D’autres disent cependant qu’ils ne peuvent pas les laisser tomber car elles ont été là quand ils avaient besoin d’aide.
La MONUC [1] ne sert à rien. Elle dit toujours qu’elle n’a pas de mandat pour une démilitarisation forcée, mais elle a un mandat pour protéger la population congolaise ! Elle pourrait donc être plus active et lutter contre les exactions dans le cadre de son mandat actuel. Je mentirais si je disais que j’ai eu l’impression que l’Allemagne est favorable à une intervention plus active. Kerstin Müller [2] comprend qu’il est indispensable de désarmer ces forces, cependant je crois qu’il manque la volonté de traduire ces paroles en actes. C’est très contradictoire, de ne rien faire tout en nous interdisant par la même occasion d’entreprendre quoi que ce soit.

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