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L’administration Bush II

Robert B. Zoellick, maître d’œuvre de la globalisation

Robert B. Zoellick, maître d’œuvre de la globalisation

Robert B. Zoellick, nouveau n°2 du secrétariat d’État, a été présenté à tort comme un partisan du multilatéralisme. Il est en réalité le théoricien et le stratège de l’usage des accords économiques multilatéraux partiels de manière à briser les consensus au sein des organisations internationales. Pour lui, le libre-échange n’est pas un idéal, mais une arme permettant de détruire les économies dirigées et de privatiser les services publics. Rien ne doit faire obstacle à l’édification d’un monde unipolaire, à l’expantionnisme économique états-unien, à la globalisation.

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Le presse européenne a salué avec satisfaction la nomination de Robert B. Zoellick comme secrétaire d’État adjoint, le 7 janvier 2005. Elle y a vu un signe d’apaisement de l’administration Bush et de retour au multilatéralisme. Continuant sur cette lancée, elle a applaudi les tournées européennes de Condoleezza Rice et George W. Bush, s’efforçant d’y voir un renouveau des relations transatlantiques malgré les 100 000 morts de la crise irakienne.
Cette analyse nous paraît erronée : comme on le lira dans le portrait ci-dessous, M. Zoellick n’est pas multilatéraliste par principe, mais occasionellement par pragmatisme ; sa nomination n’a pas pour but d’infléchir la politique étrangère des États-Unis, mais correspond à la transformation du département d’État ; enfin, la nomination de John Bolton comme ambassadeur à l’ONU, deux mois plus tard, manifeste sans ambiguïté le refus définitif du multilatéralisme.

Robert B. Zoellick est né en 1953 dans l’Illinois. Il a suivi des études de droit et de sciences politiques à Harvard. À sa sortie de l’université, il débute comme juriste au département de la Justice, puis à la Cour d’appel de Washington D.C.. En 1985, il rejoint le cabinet de James Baker III [1], alors secrétaire au Trésor. Lorsque Baker devient secrétaire d’État, en 1989, Zoellick le suit. Il participe alors aux premières négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) [2] et au lancement du Forum de coopération économique Asie Pacifique [3]. Toujours dans le sillage de Baker, devenu secrétaire général de la Maison-Blanche, il est nommé assistant spécial du président George H. Bush (le père). Il est son représentant lors des difficiles négociations avec l’Union européenne pour sauver l’Uruguay Round (ancêtre de l’OMC) et le sherpa présidentiel aux sommets de G7 de Londres (1991) et de Munich (1992). Il est surtout, dans cette période, le principal artisan de l’unification allemande et du remodelage de l’Europe.

Après la défaite électorale de 1992, les républicains retournent au secteur privé. Bush et Baker prennent en main le Carlyle Group [4]. Zoellick, lui, atterit chez Fannie Mae, la société de construction de maisons individuelles. Simultanément, il entre au conseil d’administration et à la direction de plusieurs sociétés. On le trouve ainsi à la direction de Goldman Sachs, administrateur d’alliance capital, de Jones Intercable (câblage de distribution TV), de Said Holding (sécurité des systèmes de communication) et du Precursor Group (conseil pour fonds de placement). En outre, il est conseiller de Viventures/Vivendi Universal et Enron, deux sociétés qui truqueront leurs comptabilités et connaîtront de gigantesques déboires financiers.

À ses heures perdues, Robert B. Zoellick administre le German Marshall Fund [5] et l’Eurasia Foundation (une ONG paravent de l’USAID et co-présidée par James Baker III). De plus, il enseigne l’histoire militaire et la sécurité nationale à l’Académie navale. Surtout, il assure la direction de l’Aspen Strategy Group [6] , qui rassemble les personnalités les plus cultivées du tout-Washington. Une fonction qu’il abandonnera au profit de Philip D. Zelikow, comme lui ami de l’universitaire Condoleezza Rice.

En 1998, Zoellick se rapproche d’un groupe de républicains pour préparer la reconquête du pouvoir. Au sein de l’American Enterprise Institute [7] de Dick Cheney, il participe à l’élaboration d’un programme destiné non pas au grand public, mais aux donateurs. Ce groupe de travail prend le titre de Projet pour un nouveau siècle américain [8]. Il signe alors des textes pressant le président Clinton de prendre ses responsabilités et d’en finir avec l’Irak.
Il publie un article dans Foreign Affairs, la revue du Council on Foreign Relations, où il présente ses propositions pour la politique étrangère du prochain mandat [9]. Pour lui, l’échec de la conférence de l’OMC à Seattle montre que Bill Clinton a commis une erreur en acceptant de lier les questions sociales et environnementales aux négociations de libre-échange. Il conviendra par la suite de promouvoir les intérêts économiques des États-Unis, en appuyant leur revendications économiques de pressions militaires. C’est le retour de ce que l’on appelait au XIXe siècle la « politique de la cannonière », ou au XXe « la politique du gros bâton ».
Surtout, il tente de se fondre dans un groupe restreint de conseillers, animé par Condoleeezza Rice, qui forme le gouverneur George W. Bush (le fils) pour en faire un candidat acceptable à la présidence des États-Unis : « les Vulcains ». Mais la greffe prend difficilement car Zoellick est le seul membre du club à ne pas avoir d’expérience au Conseil national de sécurité, ni au Pentagone.
Enfin, lorsque le scrutin est constesté en Floride, le candidat Bush désigne le fidèle James Baker III pour représenter ses intérêts. Et celui-ci se fait naturellement assister par Robert B. Zoellick.

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Quoi qu’il en soit, George W. Bush est reconnaissant de ceux qui l’ont fait nommer par la Cour suprême à défaut d’être parvenus à le faire élire par ses concitoyens, et il nomme Zoellick comme conseiller et représentant spécial pour toutes les négociations économiques.
Il tire les conclusions de l’échec de l’OMC à Seattle et de l’opposition du Venezuela [10] à la Zone de libre-échange des Amériques [11]. Dans un article publié par le Wall Street Journal [12], il écrit : « Que doivent faire les États-Unis si les autres nations choisissent le protectionnisme ? Au regard des procédures de l’OMC, une nation peut bloquer tout progrès. Ce serait une grave erreur de laisser une seule nation opposer un veto à la dynamique du libre-échange global créée par les États-Unis (…) La stratégie est simple : les États-Unis impulsent une compétition dans la libéralisation » [13]. Pour lui, les choses sont claires : le libre-échange n’est pas un objectif en soi, même si c’est un slogan commode ; c’est un moyen pour mettre fin aux économies dirigées, pour privatiser les services publics ; bref pour casser les États qui résistent à l’expansion économique de l’Empire. Dans cet état d’esprit, il pousse à la conclusion d’accords multilatéraux partiels pour conduire par étapes à la mise en place de l’Accord général sur les services (AGCS) [14] qu’il s’avère impossible de faire adopter directement par l’OMC.

Il est donc faux de présenter M. Zoellick comme un partisan du multilatéralisme sur la base des nombreux accords commerciaux qu’il a négociés. Pour lui, négocier avec un partenaire n’a d’intérêt que pour faire pression sur un tiers. Sa nomination au département d’État, comme adjoint de Condoleezza Rice, doit être interprétée comme la volonté d’utiliser au maximum l’arme diplomatique pour briser les alliances qui pourraient se former face à l’expantionnisme états-unien. La méprise qui a entouré sa promotion s’explique par une erreur d’analyse antérieure : les Européens de l’Ouest, dépités de leur perte d’influence, se sont efforcés de croire que le problème du monde de l’après-Guerre froide était l’hyperpuissance états-unienne et son unilatéralisme, alors qu’il s’agit simplement d’un expantionnisme qui ne rencontre plus d’opposition à sa mesure. De ce point de vue, Robert B. Zoellick participe au remodelage du monde autour d’un pôle unique. Il incarne l’expantionnisme économique total, en un mot : la globalisation.

[1] « James Baker III, un ami fidèle », Voltaire, 16 décembre 2003.

[2] North American Free Trade Agrement (NAFTA), Tratado de Libre Commercio de America del Norte (TLCAN).

[3] Asian Pacific Economic Cooperation Forum (APEC).

[4] « Le Carlyle Group, une affaire d’initiés », Voltaire, 9 février 2004.

[5] « Le German Marshall Fund : un reliquat de la Guerre froide ? », Voltaire, 5 octobre 2004.

[6] « L’Institut Aspen élève les requins du Business », Voltaire, 2 septembre 2004.

[7] « L’Institut américain de l’entreprise à la Maison-Blanche », Voltaire, 21 juin 2004.

[8] Project for a New American Century (PNAC).

[9] « Campaign 2000 : A Republican Foreign Policy » par Robert B. Zoellick, Foreign Affairs, janvier 2000.

[10] « Chavez veut mener la résistance », Voltaire, 26 novembre 2003.

[11] Free Trade Area of the Americas (FTAA), Area de Libre Commercio de las Americas (ALCA).

[12] « Our Credo : Free Trade and Competition » par Robert B. Zoellick, The Wall Street Journal, 10 juillet 2003.

[13] « So what should the U.S. do if other nations choose protectionism over free trade ? Under the WTO’s procedures, one nation can block progress. It would be a grave mistake to permit any one country to veto America’s drive for global free trade (…) The strategy is simple : The U.S. is spurring a competition in liberalization ».

[14] « L’AGCS, arme économique de l’Empire », Voltaire, 11 mars 2003.

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Le Cartel Bush
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USA : administration Bush
Candidat du complexe militaro-industriel et des lobbies pétrolier et pharmaceutique, George W. Bush s’est emparé frauduleusement de la Maison-Blanche. Comme annoncé dans le manifeste Pour un nouveau siècle américain, un « Pearl Harbor spatial » frappe les États-Unis, le 11 septembre 2001 justifiant un état d’exception permanent et des opérations militaires extérieures. Si sa décision de profiter des attentats pour déclarer la « guerre globale au terrorisme » et prendre le contrôle des voies commerciales internationales est soutenue par l’ensemble de la classe dirigeante US, il n’en est pas de même de la colonisation anachronique de l’Irak. Dès le premier jour, la contestation est conduite par le général Brent Scowcroft (ancien conseiller de sécurité de Bush père). Elle s’étend progressivement parmi les officiers supérieurs qui craignent un nouveau Vietnam. L’administration Bush s’éloigne alors de certains leaders républicains et s’appuie sur son électorat sioniste, particulièrement sur les évangéliques. La Maison-Blanche privatise les services sociaux au profit des Églises, éloigne ses conseillers scientifiques, et développe un ordre moral. Au Pentagone, Donald Rumsfeld tente une privatisation des armées en créant les Forces spéciales et en engageant des mercenaires par dizaines de milliers.
Cependant les déboires annoncés en Irak tournent à la catastrophe militaire. La rhétorique de la croisade et le recours revendiqué à la torture participent également de la détérioration de l’image des États-Unis dans le monde, de la baise d’attractivité de leurs produits, et du déclin de leur leadership. Fin 2006, ses généraux entrent en révolte ouverte. La Commission Baker-Hamilton sur l’Irak parvient à créer un consensus politique pour stopper l’aventurisme de George W. Bush, qui menace alors d’étendre la guerre en Iran. Le président perd les élections de mi-term. Il est contraint de limoger le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et de le remplacer par Robert Gates (le fils spirituel de Scowcroft et membre de la Commission Baker-Hamilton). Durant ses deux dernières années à la Maison-Blanche, il n’exerce plus la réalité du pouvoir.
Il s’avère que le pays est gravement endetté par le coût exorbitant des guerres. L’absence de tout retour sur investissement plonge le monde anglo-saxon dans un début de crise financière et économique.
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Plus d’un million d’Irakiens tués sous l’occupation US
Enquête primée par « Projet Censuré »
 
Globalisation économique
La théorie du « libre-échange », énoncée au XVIIIe siècle, visait initialement à empêcher les Néerlandais de fermer leur empire colonial au commerce anglais. Elle servit d’argumentaire politique à l’expansion coloniale britannique, imposant une division du travail à l’échelle internationale qui s’avéra beaucoup plus efficace pour piller les ressources que le système colonial lui-même.
En 1941, les Anglo-Saxons se donnèrent comme but de guerre le passage du mode d’exploitation colonial à celui de l’échange inégal après la victoire sur la tyrannie nazie. Ainsi la Charte de l’Atlantique promeut la décolonisation, le libre-échange et la libre-circulation maritime. Ce modèle fut formalisé en 1947 par les accords du GATT. Il a été renforcé à l’ère Reagan-Thatcher par un vaste mouvement de privatisation et de dérégulation.
En 1991 le président Bush père énonça sa vision d’un nouvel ordre mondial : la globalisation. L’objectif est de profiter du vide créé par la disparition de l’URSS pour étendre la domination anglo-saxonne en privilégiant l’expansion économique sur l’expansion militaire. Le nouveau modèle vise non seulement à une libre-circulation des produits, mais aussi des services et des capitaux, le tout régulé par un tribunal arbitral qui empiète sur la souveraineté des États. Il est aujourd’hui incarné par l’Organisation mondiale du Commerce.
Au XXIe siècle, ce processus se prolonge avec la dématérialisation de l’économie. Les Anglo-Saxons ferment leurs industries de biens de consommation pour ne garder que leur industrie militaire. Ils inventent une économie basée sur les « produits financiers » (c’est-à-dire la spéculation) et les redevances de la « propriété intellectuelle » (c’est-à-dire des droits d’usage). Ils étendent leur contrôle de la libre-circulation des biens et des services à l’espace aérien en prétextant la « guerre au terrorisme » et à l’espace maritime sous couvert de « lutte contre la piraterie ». Cependant, la colonisation anachronique de l’Irak en 2003 et son coût exorbitant manquent de provoquer l’effondrement financier de l’Empire. Le président Obama et le Premier ministre Brown tentent alors de sauver le système en vidant les places financières étrangères et en contraignant les capitaux à migrer vers les paradis fiscaux anglo-saxons. En outre, dans un mouvement concerté, les États occidentaux placent tous les moyens financiers publics au service de quelques banques privées qui peuvent alors non seulement éviter la chute, mais acquérir les sociétés défaillantes, dans un gigantesque mouvement de concentration des richesses.
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