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Tribunes et décryptages - 23 mars 2005
Le plan Annan dans le collimateur

Décryptage

Dans le Financial Times et le Moscow Times, le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, présente les bases de son rapport sur la réforme de l’ONU, Dans une liberté plus grande. Ce dossier a été distribué le 21 mars à l’Assemblée générale et tente une synthèse entre les différentes propositions de réformes rédigées pour l’organisation. C’est l’occasion pour M. Annan, qui fait l’objet d’une campagne de harcèlement et de calomnie outre-Atlantique, de régler quelques comptes. Il dénonce ainsi « ceux qui estiment que l’ONU fait partie d’un ordre du monde obsolète » et rappelle qu’il n’est responsable de son action que devant les peuples du monde. En outre, il affirme qu’il ne peut y avoir de développement sans liberté et de liberté sans paix ; une attaque à peine voilée contre ceux qui prétendent apporter démocratie et liberté au bout du fusil.
Dans son rapport, le secrétaire général des Nations Unies propose d’accroître le nombre des membres au Conseil de sécurité sans leur donner de droit de veto, demande aux pays riches d’augmenter leur aide au développement et souhaite une réforme de la Commission des Droits de l’homme de l’ONU, cible préférée des adversaires de l’Organisation. Elle serait remplacée par un Conseil des Droits de l’homme, dont les membres seraient élus par l’Assemblée générale à une majorité des deux tiers. Cette dernière proposition est une façon de couper l’herbe sous le pied à la proposition péruvienne de remplacer la Commission par un conseil d’experts. Cependant, pour contenter Washington, Kofi Annan pose dans son rapport le principe de « responsabilité de protection » des populations, principe qui pourrait justifier à l’avenir des guerres préventives. Il demande également que les membres de l’ONU s’entendent sur une définition du terrorisme, un vœu pieu puisque cette définition achoppe toujours sur la question du terrorisme d’État et sur celle des actions de libération nationale.
Comme on pouvait s’y attendre, ces mesures n’ont pas suffi à calmer la campagne contre Kofi Annan.
Ainsi, Claudia Rosett poursuit son travail de sape de l’action du secrétaire général de l’ONU dans le Wall Street Journal, quotidien économique dévoué à la dénonciation de l’institution. L’éditorialiste, dont nous avons montré l’importance dans le dispositif médiatique contre M. Annan, réitère les accusations de corruption contre les Nations Unies et dénonce les mesures proposées dans le rapport. Elle affirme que l’action de l’Organisation va dans le mauvais sens et qu’elle devrait non pas demander plus de fonds aux pays riches, mais aider à libéraliser l’économie des pays pauvres. En effet, les pays riches devraient garder leurs fonds et limiter leurs impôts pour que les consommateurs-citoyens fassent tourner l’économie mondiale et résolvent ainsi les problèmes de pauvreté dans le monde. On retrouve là la théorie de la « main invisible » d’Adam Smith, un auteur tant apprécié par Mme Rosett qu’elle avait proposé d’envoyer ses ouvrages en Corée du Nord au lieu de l’aide humanitaire contre la famine.
Inspiré par la campagne médiatique de Mme Rosett et de son mentor R. James Woolsey, les parlementaires états-uniens multiplient les commissions d’enquête fantoches contre l’ONU. Ainsi, le représentant républicain de Californie, Dana Rohrabacher, revient dans le Washington Times sur le témoignage de Rehan Mullick, un ancien employé de l’ONU qui conspue la corruption du programme « Pétrole contre nourriture ». Il s’agit d’une charge supplémentaire contre l’organisation, qui oublie que ce programme était sous la surveillance étroite des membres du Conseil de sécurité. S’il y a eu corruption, elle a également été étouffée par les États-Unis. Comme pour les armes de destruction massive irakiennes, les partisans de l’Empire ne s’embarrassent pas de vraisemblance dans leur propagande.

Comme nous l’avons déjà noté, la campagne contre M. Annan a commencé lorsque le secrétaire général de l’ONU a qualifié la guerre contre l’Irak d’« illégale ». Bien qu’il se soit montré beaucoup moins ferme sur ce sujet depuis, les attaques contre lui ne se sont pas arrêtées.
Aujourd’hui, la guerre d’Irak a perdu une bonne part de ses opposants dans la presse conformiste. La majorité de la presse occidentale estime désormais que le conflit irakien a été le déclencheur d’un « printemps arabe » largement loué. Pourtant, la situation ne s’arrange pas sur le terrain pour la Coalition.
Ibrahim Al-Jaafari, Premier ministre putatif d’Irak, présente dans une interview à Der Spiegel la situation dans son pays après les élections. Il est bien obligé d’admettre que la violence n’a pas diminué après les élections, comme les thuriféraires de la Coalition l’avaient annoncé. Toutefois, il veut se montrer rassurant : bientôt, le gouvernement contrôlera son territoire. Il décrit les bases de l’accord de la coordination chiite avec la coordination kurde : les Kurdes disposeront d’un système fédéral leur permettant de garder un statut autonome et un « programme de transfert de population » sera conduit au Kurdistan, il s’agit d’une expression politiquement correcte pour désigner un « nettoyage ethnique ». Ils disposeront en outre de la présidence. Il assure que la charia sera l’une des bases de la future constitution irakienne, mais que les mesures les plus restrictives en découlant ne seront pas imposées… à moins que les élus du peuple ne les votent. Tout est donc dans les mains d’une assemblée « élue » sous contrôle de l’occupant.
La spécialiste états-unienne des questions de laïcité, Susan Jacoby, dénonce justement dans le Los Angeles Times la volonté de l’administration Bush de constituer en Irak un gouvernement religieux. Elle estime qu’au mieux, cela aboutira à un système à l’israélienne, où les rabbins orthodoxes fixent les règles concernant le mariage et le divorce, et, au pire, on aboutira à un régime fondamentaliste peu respectueux des droits des individus et des minorités ; droits que l’administration Bush prétend pourtant vouloir promouvoir dans le monde. Pour l’auteur, cette politique est dictée par un rejet total de la laïcité par l’administration Bush, aussi bien aux États-Unis qu’hors des États-Unis.
Le professeur Shlomo Avineri donne une autre explication à cet attachement à un État avec une orientation religieuse dans le Daily Star : si l’Irak devient un pays avec une constitution marquée par le chiisme, ce sera au détriment du nationalisme arabe. En outre, même si l’auteur ne le précise pas dans ce texte, il espère sans doute que la concentration des pouvoirs dans les mains d’une seule communauté attisera les séparatismes, une option que M. Avineri a appelé de ses vœux dans de nombreux autres articles.

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23 mars 2005

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Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Une aspiration à une plus grande liberté »

Auteur Kofi Annan

Kofi Annan est secrétaire général de l’Organisation des nations unies (ONU).

Sources Moscow Times (Fédération de Russie), Financial Times (Royaume-Uni)
Référence

« An aspiration to a larger freedom », par Kofi Annan, Financial Times, 20 mars 2005.
« Reviving and Renewing the UN », Moscow Times, 22 mars 2005.

Résumé

Le 21 mars, je présente mon rapport « Dans une liberté plus grande » à l’Assemblée générale de l’ONU. J’espère que ce rapport marque un nouveau départ pour le système international et l’ONU. Certains jugent que ce titre est étrange pour une organisation qu’ils considèrent comme faisant partie d’un ordre mondial dépassé qui a peu à voir avec la liberté. Pourtant, ces mots sont issus de la Charte de l’ONU. Cette charte commence par les mots « Nous, les peuples », expression que j’avais choisie comme titre à mon rapport du millénaire il y a cinq ans. Dans les deux cas, je rappelais que j’étais responsable de mon action devant les peuples du monde, pas les gouvernements.
Les objectifs de l’organisation sont la paix, les Droits de l’homme, la justice et le développement. La philosophie de l’ONU est qu’on ne peut pas parvenir au développement sans liberté et qu’on ne peut pas parvenir à la liberté sans disposer de conditions de vie décente ou en n’étant pas protégé de la guerre. Les Droits de l’homme, la sécurité et le développement sont donc interdépendants. Il s’agit des trois domaines dans lesquels l’ONU doit travailler. Bien sûr, l’ONU n’est pas toujours parvenue à atteindre ces objectifs car elle reflète les réalités politiques mondiales tout en essayant de les transcender. Toutefois, on peut noter que la liberté et la démocratie ont progressé ces dernières années. L’ONU a ainsi, rien que pour la seule année écoulé, aidé à organiser 20 élections.
Le monde industrialisé a connu 60 années de paix et de croissance économique et la race humaine dispose pour la première fois de la possibilité de surmonter la pauvreté dans le monde. Grâce, en partie, à l’ONU, il existe un large consensus sur ce qui doit être fait dans ce domaine. Toutefois, depuis la conférence du millénaire, il y a cinq ans, la situation mondiale a bien changé. Le monde a connu des attentats terroristes et la controverse sur l’Irak, mais nous devons faire de ces crises et de ces périls des occasions d’avancer. Il faut réorganiser l’ONU en organisant mieux l’Assemblée générale et en rendant le Conseil de sécurité de l’ONU plus représentatif et plus efficace.


« Dans de profonds problèmes »

Auteur Claudia Rosett

Ancienne membre du comité éditoriale du Wall Street Journal, Claudia Rosett est membre de la Foundation for the Defense of Democracies et de l’Hudson Institute.

Source Wall Street Journal (États-Unis)
Référence

« In Deep Trouble », par Claudia Rosett, Wall Street Journal, 23 mars 2005.

Résumé

Kofi Annan a annoncé un programme de réforme de l’ONU. C’est un bon début mais s’il s’excusait pour l’échec de sa réforme de 1997 et quittait ses fonctions, il y aurait bien plus de raisons d’espérer. Le secrétaire général des Nations Unies à fourni son dernier plan de réforme : un dossier de 64 pages, regroupant 12 propositions, qui reprend tout ce que l’ONU fait mal pour continuer à le faire en utilisant encore plus d’argent des contribuables. Le rapport s’appelle « Dans une liberté plus grande » ; il aurait dû être intitulé « Dans de profonds problèmes ».
Pour être tout à fait honnête, il y a quelques débuts de bonnes idées dans ce rapport. On y trouve une condamnation lus ferme du terrorisme ou un projet de refonte de la Commission des Droits de l’homme. Par contre, comme le problème du Conseil de sécurité est son manque d’intégrité, on voit mal en quoi une augmentation du nombre de membres sera un progrès. Partant de ces propositions, M. Annan ne propose rien de moins que de changer l’univers via l’ONU. il vaut faire exploser les responsabilités de l’organisation ainsi que sa taille, alors que le Congrès a démontré qu’il n’était même pas capable de gérer sa propre équipe actuelle. Les scandales qui ont éclaté cette année ont montré que M. Annan n’est même pas digne du budget dont il dispose actuellement. Norm Coleman a d’ailleurs exigé sa démission. Face à ces difficultés, Annan souhaite organiser une diversion, ce qui est d’autant plus urgent que la date de la remise du rapport de la Commission de l’ONU sur le scandale « pétrole contre nourriture » se rapproche.
Le vrai problème de l’ONU est qu’elle ne comprend pas l’évolution du monde et qu’elle est trop conciliante avec les dictatures. M. Annan veut plus d’argent de la part des pays riches car il ne comprend pas que chaque dollar qui lui est donné est un dollar de moins pour les citoyens qui consomment et alimentent ainsi le moteur du développement mondial. M. Annan ne demande pas une ouverture des frontières des pays pauvres, alors que c’est ce qui leur permettrait de se développer. Annan refuse également que la réforme de l’ONU vienne de l’extérieur alors que c’est l’administration Bush qui a fait les meilleures propositions. La première étape de la réforme devrait être un nouveau secrétaire général pour l’ONU.


« L’argent est préféré à l’humanité »

Auteur Dana Rohrabacher

Ancien rédacteur des discours de Ronald Reagan, Dana Rohrabacher est représentant républicain de Californie depuis 1989. Il est président de la sous-commission de l’Espace et de l’Aéronautique de la commission des Sciences de la Chambre des représentants et président de la sous-commission de Surveillance et d’Investigation.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence

« Money trumps ’humanity’ », par Dana Rohrabacher, Washington Times, 23 mars 2005.

Résumé

Plus on en apprend sur le programme « humanitaire » « pétrole contre nourriture », plus on apprend que l’ONU a peu à voir avec l’humanité et se concentre sur l’argent. Devant une commission d’enquête du Congrès, un des employés de ce programme, Rehan Mullick, a expliqué comment il avait constaté des problèmes de corruption et comment il s’était fait évincé pour les avoir dénoncés. Ce témoignage concorde avec de nombreux autres.
M. Mullick a découvert que 22 % de l’aide humanitaire était manquante… ou, plus exactement, ostensiblement détourné par Saddam Hussein. Cela n’empêchait pas l’Amérique d’être accusée à la même époque d’avoir mis en place des sanctions qui tuaient les enfants irakiens. En réalité, c’était Saddam Hussein, qui privait son peuple de ce dont il avait besoin. M. Mullick a découvert que l’ONU cachait cela car elle craignait que les États-Unis et la Grande Bretagne n’accentuent encore les sanctions.
La question importante est : combien d’Irakiens ont souffert de l’incapacité de l’ONU à se réformer ? Ce qui est choquant dans le rapport de M. Mullick est qu’on a refusé de l’écouter à tous les niveaux. Il faut s’avoir pourquoi et pourquoi on l’a viré. L’Amérique doit écouter son témoignage.


« Nous allons prendre le dessus »

Auteur Ibrahim Al-Jaafari

Ancien opposant à Saddam Hussein réfugié en Iran, Ibrahim Al-Jaafari est ancien Premier ministre irakien etprésident du parti Dawa.

Source Der Spiegel (Allemagne)
Référence

« Wir werden die Oberhand gewinnen », par Ibrahim Al-Jaafari, Der Spiegel, 20 Mars 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Je pensais comme beaucoup d’autres que la vague de terreur allait diminuer après les élections, c’est le contraire. La sécurité est en fait le principal problème et il est très complexe. Cela est dû à un mélange de faits à l’intérieur de l’Irak et de l’évolution au-delà de nos frontières. Si certains considèrent les terroristes comme des résistants contre l’occupant américain et les vénèrent, c’est que partout des agitateurs religieux dévoyés promettent à la jeunesse le statut de martyr. Avec psychologie, nous devons démystifier cela dans les mosquées, les écoles, les universités et les médias. Il y a des journaux qui tordent la réalité pour leur usage politique. Il n’y a aucune raison qui puisse justifier que l’on glorifie le meurtre et le sabotage.
La faiblesse de nos effectifs de police et de sécurité et la formation insuffisante pour atteindre le degré d’efficacité souhaitée sont le cœur du problème. Les Américains nous ont fourni les armes et appareillages modernes mais nous attendons l’aide de l’Occident pour former nos hommes. Nous comptons également sur l’aide allemande. Notre nouvelle démocratie est encore jeune. Auparavant, les policiers étaient habitués à défendre le régime par tous les moyens ; les droits des populations civiles ainsi que leurs vies ne comptaient pas. Les services pouvaient tuer et torturer ceux qu’ils voulaient. Le résultat de cette doctrine inhumaine, ce sont les fosses communes que nous découvrons de semaines en semaines.
Nous devons rendre les frontières totalement hermétiques, nous devons isoler les terroristes de leur aide extérieure et les assécher dans leurs ressources. Il y a des terroristes qui viennent du Yémen, du Soudan, de l’Egypte, des pays avec lesquels nous n’avons pas de frontière commune. Ils transitent par l’Iran, la Syrie, la Jordanie et l’Arabie Saoudite. Il y a une bonne route qui nous relie à la Jordanie, l’attentat qui a eu lieu à Hilla et qui a tué une centaine d’innocents venait de là-bas. Bien qu’Abdallah condamne sévèrement ces actes inhumains, nous sommes consternés par le fait que la famille des terroristes et beaucoup de Jordaniens considèrent les auteurs de l’attentat comme des héros de la résistance.
Nous avons longtemps eu des problèmes avec la Syrie, mais ils essayent actuellement de mieux contrôler la frontière. Ils ont eux aussi fait l’expérience douloureuse du terrorisme, il en va de même pour l’Arabie Saoudite. L’Iran reste aussi un pays de transit. Les terroristes doivent être sévèrement punis mais il faut tenir compte de la composante sociale du problème. Les causes ne sont pas que religieuses, la misère noire des jeunes Irakiens, la pauvreté et le chômage, l’absence de perspectives sont à considérer. Beaucoup doutent de la vie et sont prêts à la vendre pour quelques dollars. Les bains de sang doivent cesser, c’est la priorité, le reste est secondaire, nous allons l’emporter, il n’y a pas d’alternative.
Les sunnites se sentent menacés, certains sympathisent avec les terroristes et quelques autorités ont lancé des fatwas contre l’occupant et les collaborateurs. C’est pour cette raison que je fais tout pour que nos frères sunnites travaillent avec nous sur la constitution. Mes contacts portent leurs fruits, de plus en plus de politiciens et de religieux sunnites sont d’accords pour participer. L’Irak doit être un état islamique sans pour autant avoir pour modèle l’Iran ou l’Arabie Saoudite, de même que la Chrétienté, l’Islam a de nombreux visages. Nous introduirons la charia mais comme l’une des sources de la justice, c’est logique dans un pays à grande majorité musulmane, personne ne doit cependant avoir peur pour sa liberté de penser, aussi bien les laïcs que les minorités religieuses. Les Irakiens sont tolérants par nature. Le voile ne sera jamais obligatoire et il n’y aura pas d’interdiction de l’alcool venant du haut, si cela doit avoir lieu ce sera une décision des représentants du peuple.
Les craintes concernant la formation d’un bloc chiite avec la puissance pétrolière iranienne sont infondées, nous ne le permettrons pas. Les Kurdes sont favorables à un système fédéral, comme la majorité des fractions au parlement et moi-même, ils ont déjà un ministre des affaires étrangères et leur leader Jalal Talabani sera président. Les réfugiés kurdes doivent regagner leurs villes et les Irakiens arabes doivent être dédommagés, ensuite ce sera au libre choix démocratique du peuple. Les Américains évacueront le pays dès que nous serons en mesure de le pacifier par nos propres moyens. Cela ne durera certainement pas dix ans. La proposition d’Hosni Moubarak qui veut que les Américains évacuent les villes est bonne, c’est ce qui va sans doute être fait. Nous n’avons pas l’intention de signer un nouveau pacte de Bagdad, une alliance militaire avec les États-Unis ou l’OTAN, comme dans les années 50 contre l’Union soviétique. Nous allons aussi reconnaître l’inviolabilité du Koweït. Concernant Saddam Hussein, son cas sera résolu avant la fin de l’année.


« Charia : les sombres nuages d’Irak »

Auteur Susan Jacoby

Susan Jacoby est l’auteur de Freethinkers : A History of American Secularism. Elle est directrice du Center for Inquiry de New York.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence

« Sharia : Iraq’s Dark Cloud », par Susan Jacoby, Los Angeles Times, 21 mars 2005.

Résumé

L’une des plus troublantes conséquences de l’implication états-unienne en Irak est la justification par l’ensemble du spectre politique états-unien de l’introduction de l’islam dans la nouvelle constitution irakienne.
Il n’y a rien de surprenant dans les justifications de la droite en faveur de cette inscription. Elle est d’autant moins étonnante quand cette justification vient de la droite religieuse, un courant qui a déjà l’habitude de s’attaquer à la séparation de l’Église et de l’État aux États-Unis. Pourquoi s’émouvrait-il d’une constitution ne permettant pas aux femmes de divorcer sans le consentement de leur mari, et qui stipulerait que le témoignage d’une femme ne vaut que la moitié de celui d’un homme ? Tant que le texte n’empêche pas les chrétiens d’exercer leur culte, les fondamentalistes états-uniens ne trouveront rien à redire. Toutefois, les faucons néo-conservateurs et la droite religieuse ne sont pas les seuls à voir l’islam comme le fondement d’un gouvernement ami. Certains à gauche, au nom du multiculturalisme, réclament la liberté de conscience pour eux mais pas pour les autres. Ils sont rejoints dans cette approche par certains experts universitaires sur les questions de l’islam.
Pourtant, si l’Histoire enseigne quelque chose, c’est bien que les gouvernements fondés sur la loi religieuse ont toujours été les ennemis naturels des droits des individus et des minorités. Certains multiculturalistes proposent un "compromis " : construire un cadre de lois laïques dans lequel on laissera aux religieux les sujets comme le mariage ou le divorce. C’est exactement ce qui a été fait en Israël en 1948 et on a vu les résultats : les rabbins orthodoxes contrôlent le droit au mariage et au divorce de tous. Les femmes ne peuvent pas changer de compagnon sans l’accord de celui ci et les enfants qu’elles auront dans une autre union seront toujours considérés comme illégitimes. Pense-t-on que l’islam fera mieux ? Est-ce ce système que l’on veut pour l’Irak ? On a instauré un système religieux également en Afghanistan et il existe un grand risque d’une dérive fondamentaliste.
En fait, derrière cette volonté d’avoir une constitution islamique se cache un refus de l’administration Bush d’accepter le principe même de laïcité, aux États-Unis comme à l’étranger.


 



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