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Discours d’ouverture de Jean Ping au XVe sommet de l’Union africaine

| Kampala (Ouganda)
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Monsieur Le Président de la République du Malawi, Président de l’Union Africaine,
Monsieur Le Président de la République de l’Ouganda
Madame et Messieurs Les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Madame La Secrétaire Générale Adjointe des Nations Unies,
Monsieur Le Secrétaire Général de la Ligue des Etats Arabes,
Mesdames et Messieurs Les Chefs de délégation,
Mesdames et Messieurs Les Ministres,
Mesdames et Messieurs Les Représentants du Corps Diplomatique et des Organisations Internationales,
Honorables Invités,
Mesdames et Messieurs,

Mes premiers mots seront de saluer respectueusement cette auguste Assemblée et de renouveler à chacun ici présent mes souhaits de bienvenue, dans cette belle ville de Kampala où un accueil spécialement chaleureux nous a été réservé à tous.

Chacun comprendra donc les sincères remerciements et toute la gratitude que j’exprime à cet égard à Son Excellence Monsieur le Président Yoweri KAGUTA MUSEVENI, à son Gouvernement et au Peuple ougandais.

Je souhaiterais saluer particulièrement notre Invité d’honneur, Son Excellence Monsieur Felipe CALDERÓN, Président Constitutionnel des Etats Unis Mexicains, qui nous fait l’honneur de prendre part à notre Sommet et de nous entretenir des enjeux de la très importante Conférence sur les changements climatiques que le Mexique abritera du 29 novembre au 10 décembre prochain à Cancun. Nous l’écouterons avec beaucoup d’intérêt et d’attention et je voudrais d’ores et déjà, rappeler l’engagement africain en faveur de la mise en œuvre de l’Accord de Copenhague.

Je suis aussi heureux de souhaiter la bienvenue aux trois Premiers Ministres des Etats frères caribéens venus représenter notre sixième région.

Pareillement, je me réjouis de la venue d’un Envoyé Spécial du Président Barack OBAMA, l’Attorney General Eric Holder, porteur d’un message.

Je salue par ailleurs nos autres invités de marque qui nous font l’amitié de rehausser régulièrement de leur présence, nos réunions statutaires : étant très nombreux, ils me pardonneront si je ne les nomme pas tous ; je citerais toutefois Madame Asha-Rose Migiro, Secrétaire Générale Adjointe des Nations Unies, M. Robert Zoellick, Président du Groupe de la Banque Mondiale, Monsieur Amr Moussa, Secrétaire Général de la Ligue des États arabes et M. Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité Palestinienne.

Permettez-moi également de réitérer mes félicitations et mes vœux aux Chefs d’Etat et de Gouvernement à qui leurs peuples respectifs ont accordé ou renouvelé leur confiance : le Président Jonathan Goodluck du Nigéria, le Président Faure Essozimna Gnassingbé du Togo, le Président Omar Hassan Ahmed Al-Bachir du Soudan, le Président Pierre Nkurunzinza du Burundi, le Premier Ministre Navin Ramgoolam de Maurice et le Premier Ministre Meles Zenawi d’Ethiopie.

Enfin, je saisis cette occasion pour joindre ma voix à celle du Président de notre Organisation pour rendre un hommage solennel à la mémoire de feu le Président Umaru Musa Yar’Adua du Nigéria qui nous a quittés depuis notre dernier Sommet.

Monsieur Le Président,

Si lors de la session précédente de cette auguste Assemblée, j’ai dressé un long rapport d’étape de la Commission qui couvrait le début de mon mandat jusqu’en décembre 2009, je me propose aujourd’hui, de revenir au format habituel, à savoir au rapport des six mois écoulés.

Pendant ces six mois, la Commission a poursuivi la mise en œuvre des décisions du Conseil exécutif et de la Conférence ainsi que la mise en application du Plan stratégique 2009-2012. Elle a par ailleurs accordé une attention soutenue aux orientations stratégiques dégagées par le Bureau de la Conférence, qu’il s’agisse de la sécurité alimentaire, des infrastructures, de l’énergie et des TIC. Elle a aussi intensifié son action dans la consolidation de la renaissance du continent et dans le renforcement de la place de l’Afrique sur l’échiquier mondial.

Dans ce contexte général, il y a lieu de souligner au plan international, que l’économie mondiale a récupéré plus rapidement que prévu, en dépit des craintes sur la stabilité de la zone euro. Bien que fragiles et hésitantes, la croissance et la reprise sont en effet de retour et « l’objectif déclaré » par le dernier Sommet du G20 tenu au Canada et auquel nous avons pris part, « est de parvenir à une croissance forte, durable et équilibrée ».

Au plan africain, la reprise est également de retour ; la production y a progressé l’an dernier de 1,6% et une croissance moyenne de 4,7% est projetée pour cette année. Déjà l’annonce est faite que 13 pays africains connaîtront l’année prochaine, des taux de croissance compris entre 6 et 11%, dont le pays hôte, l’Ouganda avec 7,9% et le pays de siège de l’Union, l’Ethiopie avec près de 11% , pour ne citer que ces deux pays. Toutefois nos partenaires du G20 partagent la même conviction que nous quant aux mesures nécessaires à prendre, pour consolider la croissance, à savoir :

1. Accroître les dépenses d’investissements en infrastructures pour aider à stimuler la capacité de production, réduire les goulots d’étranglement dans les approvisionnements et favoriser les échanges intra africains : à cet égard, la Commission a déjà mobilisé avec l’aide de la BAD, 7,8 millions d’euros pour doter l’Union d’une vision continentale de développement des infrastructures à l’horizon 2030. On parle désormais de « Big Push on infrastructure ». C’est pourquoi nous avons lancé hier ici même, le Programme de Développement des Infrastructures en Afrique (PIDA) élaboré avec la collaboration de la Banque Africaine de Développement et le NEPAD.

2. Améliorer la sécurité alimentaire qui demeure un objectif clé dans le cadre du Programme Mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (PMASA) car, pour citer notre Président, le Professeur Bingu Wa Mutharika, « d’ici 5 ans, aucun enfant en Afrique ne devrait plus mourir de faim ni de malnutrition » Dans cette optique, la Commission a développé avec l’appui d’agences onusiennes, la mise en place de Fonds panafricains pour les risques de catastrophes et pour la sécurité alimentaire ainsi qu’un programme pour accroître la production agricole. Le G8 s’est aussi engagé à rassembler toutes les initiatives dont celle de L’Aquila visant à mobiliser 22 milliards de dollars d’ici 2012. Les premières subventions pour le Rwanda, le Togo et la Sierra Leone ont été déjà approuvées par le Fonds mondial.

3. Accélérer le redressement de la réforme du secteur financier, améliorer la légitimité, la crédibilité et l’efficacité des Institutions financières internationales et accroître le soutien au financement du développement. A ce propos, je voudrais ici saluer le triplement du capital de la BAD porté en mai dernier de 33 milliards à 100 milliards de dollars américains, ce qui permettra d’augmenter substantiellement ses interventions en faveur de nos pays. [En effet, comme l’a souligné notre frère Donald Kaberuka, à qui je réitère mes félicitations pour sa brillante réélection à la tête du Groupe de la BAD, « le moment est venu de bâtir des institutions africaines solides, de stature mondiale à l’heure où l’Afrique se repositionne ».]

4. Conclure rapidement le cycle de Doha à l’OMC.

5. Prendre une part active au Groupe de travail sur le développement créé par le G20.

Toutefois, l’urgence des problèmes à résoudre au quotidien ne doit pas empêcher l’Afrique de regarder l’avenir. C’est ainsi que le projet de création de l’Université panafricaine se poursuit : quatre pays parmi les cinq devant abriter les instituts thématiques régionaux ont été sélectionnés et le premier de ces instituts ouvrira ses portes avant la fin de l’année 2010.

Monsieur Le Président,

L’émergence stratégique de l’Afrique la place désormais au centre des attentions croisées d’une diversité de partenaires qui manifestent de plus en plus, leur intérêt à coopérer avec le continent dans le cadre d’un partenariat qui se veut mutuellement bénéfique.

A ce titre, s’est tenue avec succès, à Washington D.C., en avril dernier, la 1ère Réunion bilatérale de haut niveau Etats-Unis/Union africaine.

Deux autres échéances importantes sont prévues cette année en Libye, respectivement en octobre et en novembre, dans le cadre du renforcement des partenariats : le 2ème Sommet afro-arabe, 33 ans après la 1ère édition et le 3è Sommet des chefs d’État et de gouvernement Afrique-Europe.

Monsieur Le Président,

La Réunion de haut niveau des Nations unies sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) qui se tiendra en septembre prochain, offrira une occasion cruciale de réaffirmer les engagements pris en vue d’aider notamment l’Afrique à atteindre les OMD à la date butoir de fin 2015. Dans cette perspective, le thème de notre Sommet : « la santé maternelle, néo-natale et infantile et le développement en Afrique », prend toute sa mesure. En effet, les progrès africains en matière de santé maternelle (OMD5) et de réduction de la mortalité infantile (OMD4) sont encore dramatiquement lents et causent même plus de décès que les conflits. En Afrique, une femme sur seize meurt encore en accouchant et toutes les minutes, 8 enfants dont 2 nouveau-nés, meurent dans des conditions que l’on aurait pu facilement prévenir. D’où la Campagne pour l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle en Afrique (CARMMA), avec le thème “l’Afrique n’est pas indifférente : aucune femme ne doit mourir en donnant la vie” lancée dans plus de 13 pays et planifiée d’ici la fin de l’année dans 7 autres.

A ce sujet, je voudrais vous rendre compte que lors de sa dernière réunion, le G8, par « l’Initiative de Muskoka », s’est aussi engagé à contribuer à accélérer les progrès vers ces OMD 4 et 5. A cette fin, il compte mobiliser des ressources additionnelles d’un montant de 5 milliards de dollars, soit un total de 10 milliards de dollars sur la période 2010 à 2015.

Dans ce même registre, il me plaît de rappeler que cette année marque également le 10è anniversaire de la PATTEC, campagne panafricaine d’éradication de la trypanosomiase, une maladie transmise à l’homme par la mouche Tsé tsé. Grâce au Plan d’action adopté dans le cadre de cette campagne et soutenu par la BAD, deux pays, le Botswana et la Namibie ont totalement éradiqué la mouche Tsé tsé et le fléau de la trypanosomiase, montrant ainsi que c’est techniquement possible, économiquement justifié et socialement indispensable. Le moment est donc venu pour tous les pays affectés et les partenaires de l’Afrique d’intensifier leurs actions afin de l’enrayer définitivement.

Monsieur Le Président,

Les six mois écoulés ont été caractérisés par un redoublement des efforts en vue de la promotion de la paix et de la sécurité, de l’instauration de l’état de droit, du respect de l’ordre constitutionnel, en vous rappelant que 2010 a été consacrée « Année de la Paix et de la Sécurité en Afrique et que c’est aussi l’année de l’opérationnalisation de la Force africaine en attente, à travers ses cinq brigades régionales.

Un rapport intérimaire séparé sur la mise en œuvre de l’Année de la paix et de la sécurité vous a été soumis.

Monsieur Le Président,

Sur le terrain, force est de reconnaître la persistance de certains conflits, la survenance de crises liées aux élections et la résurgence du fléau des coups d’état. Les progrès enregistrés sont encore ténus et fragiles, comme par exemple en Guinée Bissau, en Côte d’Ivoire ou en République Centrafricaine où les processus de paix et de redressement sollicitent des efforts accrus pour leur parachèvement. Dans ce contexte, j’ai effectué, en mai dernier, une visite à Abidjan et à Ouagadougou, où j’ai eu des entretiens fructueux respectivement avec les Présidents Laurent GBAGBO et Blaise COMPAORE, Facilitateur du Dialogue inter-ivoirien. De même, je me suis rendu en Guinée Conakry entre les deux tours de l’élection présidentielle, pour encourager fortement les Guinéens à faire preuve de retenue et de sens de responsabilité afin de ne pas faire déraper le processus en cours et de parachever de manière exemplaire le retour du pays à l’ordre constitutionnel. Enfin, j’ai été aussi en République démocratique du Congo et en Guinée Bissau pour procéder à des échanges au plus haut niveau.

En Somalie, la précarité de la situation demeure préoccupante bien que le gouvernement fédéral de transition (TFG) n’ait cessé de déployer des efforts de dialogue et de réconciliation avec les autres Parties prenantes somaliennes [comme en témoigne notamment l’Accord signé avec Ahlu Sunna wal Jama’a (ASWJ) le 15 mars dernier.] Quant à l’AMISOM, les problèmes rencontrés sont réels ; et il faut saluer l’arrivée prochaine du bataillon guinéen et la contribution urgente de troupes que l’IGAD a décidé d’apporter pour nous permettre d’atteindre très rapidement et même dépasser l’effectif autorisé de 8000 soldats. D’ores et déjà, la Commission projette les phases suivantes du déploiement de l’AMISOM en termes de mandat élargi, d’effectifs accrus, d’équipements appropriés. [Des efforts complémentaires doivent également bénéficier aux forces du TFG.]

Au Soudan, au lendemain des élections générales d’avril dernier et à moins de six mois du référendum d’auto-détermination pour le sud-Soudan, cette Afrique en miniature vit actuellement une des phases les plus critiques de son histoire. Un contexte historique nouveau est en effet né de la tenue des élections générales, les premières du genre depuis 24 ans. De nouveaux acteurs, légitimés par les élections, sont apparus, et la réalité sur le terrain, notamment sur les plans sécuritaire et politique, a connu des évolutions significatives.

Dans ce contexte, il est aussi crucial que la communauté internationale, au premier rang de laquelle se trouvent l’Union africaine et les Nations unies, continue à coordonner étroitement son action en appui aux différents acteurs soudanais. Pour la région et le continent africain, le succès des processus en cours dans ce pays, est de la plus haute importance car s’ils aboutissent, cela aura un impact positif énorme pour le continent tout entier. S’ils échouent, la région et l’Afrique en seront les premières victimes. Il en découle que toute action internationale sur le Soudan doit prendre en compte les points de vue des Africains et la volonté librement exprimée par les Soudanais eux-mêmes. Il faut réfréner cette tendance croissante à vouloir se substituer systématiquement aux Africains eux-mêmes pour décider de leur destin. L’installation du « Forum Consultatif sur le Soudan » à l’initiative de l’Union africaine, procède de cet esprit.

Aux Comores, la signature le 16 juin dernier de l’Accord pour la gestion de la période intérimaire, constitue une avancée notable dans le processus pour la réconciliation et l’unité nationales et fait suite aux efforts soutenus déployés par l’Union africaine.

A Madagascar, la situation pose un véritable défi à l’Afrique. En effet, aucun progrès n’a été enregistré, malgré les efforts engagés par l’Organisation, la SADC et nos partenaires internationaux.

La période sous examen a été aussi marquée par le coup d’état survenu au Niger le 18 février 2010. Un programme de transition a été élaboré par les autorités de fait. Il a été examiné et adopté par le CPS. Il convient par ailleurs de rappeler ici, la pénurie alimentaire que connaît actuellement le Niger. Un appel avait déjà été lancé aux Etats membres ainsi qu’aux partenaires internationaux à cet égard.

L’amorce de la normalisation des relations entre Djibouti et l’Erythrée, est à saluer, tout comme la réouverture prochaine de la représentation érythréenne auprès de l’Union africaine.

Monsieur Le Président,

Durant la même période, des élections ont été organisées dans les Etats précités. D’une manière générale, ces élections ont été validées. S’agissant particulièrement du cas de la Guinée où le défi d’organiser les élections présidentielles le 27 juin dernier a été relevé avec succès, l’élection au second tour de celui qui sera le premier Président de la République issu d’une compétition pluraliste ouverte pour la première fois dans le pays, depuis 1958, parachèvera le processus de restauration de l’ordre constitutionnel. Je tiens à cet égard, à remercier le Président Blaise COMPAORE, pour les efforts productifs enregistrés dans sa médiation.

Il me plaît pour finir de souligner que la Commission a poursuivi les efforts déployés en vue d’une gestion moderne, efficace, transparente et redditionnelle, en se dotant graduellement des instruments modernes requis, afin de corriger et d’écarter définitivement les erreurs et errements de gestion enregistrés dans le passé.

Monsieur Le Président,

Je ne saurai terminer mon intervention sans remercier toutes les équipes africaines qui ont participé au mondial que la République Sud Africaine a accueilli, organisé et réussi de façon si magistrale. Je remercie particulièrement l’équipe des Black Stars du Ghana pour l’émotion et les joies qu’elle nous a données et pour ses prestations qui nous ont transportés, fait vibrer et rêver. L’Afrique en outre, félicite l’Espagne pour son éclatante victoire. Restant sur cette note de fête et de joie, je souhaite un joyeux anniversaire au Président Nelson Mandela à l’occasion de ses 92 printemps. Many happy returns Madiba !

Je vous remercie de votre aimable attention.

Jean Ping

Jean Ping Ministre des Affaires étrangères du Gabon (1999-2008). Président de l’Assemblée générale des Nations Unies (2004-2005). Président de la commission de l’Union africaine (depuis 2008). Président élu du Gabon (2016-)

 
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