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Intervention de Barack Obama à la 65e Assemblée générale de l’ONU

| New York (États-Unis)
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Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Mesdames et Messieurs.

C’est un grand honneur pour moi que de m’adresser à cette Assemblée pour la deuxième fois, près de deux ans après mon élection à la présidence des États-Unis.

Nous savons que cette époque n’est pas une époque normale pour nos concitoyens. Chacun de nous est venu ici avec ses problèmes et ses priorités mais il existe aussi des défis que nous avons en commun en tant que dirigeants et en tant que nations.

Nous sommes réunis dans l’enceinte d’une institution qui est sortie des décombres de la guerre pour unifier le monde dans la poursuite de la paix. Et nous sommes réunis dans une ville qui, pendant des siècles, a accueilli des personnes du monde entier, montrant ainsi que les individus de toutes les couleurs, de toutes les religions et de tous les milieux peuvent construire une communauté et bénéficier des bienfaits de la liberté humaine.

En dehors de cette enceinte, les quartiers de cette grande ville racontent l’histoire d’une décennie difficile. Il y a neuf ans, la destruction du World Trade Center a marqué la naissance d’une menace qui ignore toute dignité ou retenue. Il y a deux ans, une crise financière sur Wall Street a dévasté la vie des familles américaines moyennes. Ces deux événements distincts ont affecté tous les individus partout dans le monde. Des hommes, des femmes et des enfants ont été assassinés par des extrémistes de Casablanca à Londres et de Jalalabad à Djakarta. L’économie mondiale a souffert sous le coup énorme de la crise financière qui a paralysé les marchés et balayé les rêves de millions de personnes sur tous les continents. Et derrière ces mises en cause de notre sécurité et de notre prospérité se profilent des peurs plus profondes : que les vieilles haines et les divisions religieuses reviennent en force, qu’un monde qui est devenu plus interconnecté ait échappé à notre contrôle.

Ce sont là quelques-uns des défis auxquels mon gouvernement s’est trouvé confronté depuis que je suis entré en fonction. Et aujourd’hui, j’aimerais vous dire ce que nous avons fait au cours des 20 derniers mois pour les relever ; ce que nous considérons comme notre responsabilité dans le processus de paix au Moyen-Orient et le genre de monde que nous essayons de construire en ce début de XXIe siècle.

Je commencerai par ce que nous avons fait. En tant que président, ma première priorité a été de sauver notre économie de la catastrophe possible. Et en cette époque où la prospérité est partagée, nous ne pouvions pas faire cela tout seuls. Alors l’Amérique s’est jointe aux autres pays pour stimuler la croissance et la demande qui pouvaient relancer la création d’emplois.

Nous avons entrepris de réformer notre système financier mondial, à commencer ici par celui de Wall Street afin qu’une crise semblable ne puisse plus se produire. Et nous avons fait du G20 le point focal de la coordination internationale parce que dans un monde où la prospérité est plus partagée nous devons élargir le cercle de notre coopération pour y inclure les économies émergentes, les économies de toutes les parties du monde.

Nous avons obtenu des résultats même s’il reste encore beaucoup à faire. L’économie mondiale n’est plus au bord du gouffre et a recommencé à grandir. Nous n’avons pas cédé à la tentation du protectionnisme et nous explorons de nouvelles manières de développer le commerce et les échanges entre les nations. Mais nous ne pouvons pas nous reposer et nous ne nous reposerons pas tant que les semences du progrès n’auront pas porté les fruits de la prospérité non seulement aux Américains mais à tous les peuples de la terre.

S’agissant de notre sécurité à tous, nous menons une lutte plus efficace contre Al-Qaïda et cessons la guerre en Irak. Depuis que je suis entré en fonction, les États-Unis ont rapatrié quelque 100.000 soldats d’Irak. Nous avons fait cela de manière concertée à mesure que les Irakiens assumaient de plus grandes responsabilités pour la sécurité de leur pays,

Nous donnons maintenant la priorité à l’établissement d’un partenariat durable avec les Irakiens dans le cadre de notre engagement de rapatrier les troupes restantes d’ici la fin de l’année prochaine.

En même temps que nous nous retirons d’Irak, nous réorientons nos efforts sur la lutte contre Al-Qaïda pour interdire des zones de refuge à ses affidés. En Afghanistan, les États-Unis et leurs alliés ont adopté une stratégie visant à arrêter l’expansion des talibans et à renforcer les capacités du gouvernement afghan et de ses forces de sécurité afin de leur permettre d’assumer la responsabilité de leur sécurité à partir de juillet prochain. Et partout, du Sud de l’Asie à la Corne de l’Afrique, nous adoptons une approche plus ciblée, qui renforce nos partenaires et démantèle les réseaux terroristes sans déploiement d’importantes forces américaines.

Et comme nous poursuivons les extrémistes les plus dangereux, nous les empêchons aussi d’avoir accès aux armes les plus dangereuses et nous recherchons la paix et la sécurité dans un monde sans armes nucléaires.

Plus tôt cette année, 47 pays ont adopté un plan de travail visant à sécuriser les matières nucléaires vulnérables dans les quatre ans qui viennent. Avec la Russie, nous allons signer le traité de contrôle des armes nucléaires le plus complet depuis des décennies. Nous avons réduit la place des armes nucléaires dans notre stratégie de sécurité. Et ici, aux Nations Unies, nous avons réussi à renforcer le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Dans le cadre de nos efforts en matière de non-prolifération, l’an dernier j’ai tendu la main à la République islamique d’Iran et j’ai répété qu’elle avait des droits et des devoirs en tant que membre de la communauté internationale. Et j’ai aussi dit, dans cette enceinte même, que l’Iran devait être tenu responsable s’il n’assumait pas ses responsabilités. Voilà ce que nous avons fait.

L’Iran est le seul membre du traité sur la non-prolifération qui n’est pas en mesure de démontrer les intentions pacifiques de son programme nucléaire, et cela a des conséquences. Nous avons montré par la Résolution 1929 du Conseil de sécurité des Nations unies que le droit international n’est pas une promesse en l’air.

Je le répète encore : les États-Unis et la communauté internationale essaient de résoudre leurs différends avec l’Iran, et la porte reste ouverte à la diplomatie, si l’Iran choisit de l’emprunter. Mais le gouvernement iranien doit démontrer son engagement clair et digne de foi, et confirmer au monde la nature pacifique de son programme nucléaire.

Alors même que nous luttons contre la prolifération des armes nucléaires, nous nous trouvons confrontés au spectre du changement climatique. Après des investissements élevés dans les énergies propres et l’efficacité énergétique à l’intérieur, à Copenhague nous avons aidé à élaborer un accord où, pour la première fois, tous les grands pays s’engagent à réduire leurs émissions. Nous sommes parfaitement conscients qu’il ne s’agit que d’un premier pas et, regardant vers l’avenir, nous appuierons un processus dans le cadre duquel toutes les grandes économies assumeront leurs responsabilités de protéger la planète en utilisant les énergies propres comme moteur de croissance et de développement.

Les États-Unis ont aussi assumé les responsabilités particulières qui découlent de leur puissance. Depuis l’arrivée de la mousson et de début des inondations au Pakistan, nous avons promis notre aide et nous devons tous aider les Pakistanais à relancer et à reconstruire leur économie. Après le tremblement de terre qui a dévasté aïti Haïti, nous nous sommes joints à la coalition des pays qui réagissaient devant cette catastrophe. Et aujourd’hui, nous saluons les membres de la grande famille des Nations unies qui ont perdu leur vie dans le tremblement de terre et nous nous engageons à aider le peuple haïtien jusqu’à ce qu’il parvienne à l’autonomie.

Au milieu de toutes ces crises, nous avons persévéré dans notre quête de la paix. L’an dernier, je m’étais engagé à tout faire pour atteindre l’objectif de voir les deux États d’Israël et de la Palestine vivre côte à côte, dans la paix et l’harmonie, dans le cadre d’un accord global de paix entre Israël et tous ses voisins. Le route a été cahoteuse au cours des 12 derniers mois, avec peu de sommets et beaucoup de creux mais, ce mois, je suis heureux que nous ayons poursuivi des négociations directes entre les Israéliens et les Palestiniens à Washington, à Charm-el-Cheikh et à Jérusalem.

Je sais pertinemment bien que les pessimistes sont nombreux. Les cyniques disent que les Israéliens et les Palestiniens sont trop méfiants, trop divisés entre eux pour forger une paix durable. Les négativistes des deux côtés vont essayer de faire dérailler le processus, par des discours de haine et par des bombes et des fusils. Certains disent que le fossé entre les deux parties est trop grand, que le risque de rupture des négociations est trop important et qu’après des dizaines d’années d’échecs, la paix n’est tout simplement pas possible.

J’entends la voix de ces sceptiques mais je vous demande de penser à l’autre côté de l’alternative : sans accord, les Palestiniens ne connaîtront jamais la fierté et la dignité d’avoir leur État propre et les Israéliens ne connaîtront jamais la sécurité et la certitude que dégage la proximité d’États stables et souverains déterminés à garantir la coexistence. La dure réalité de la démographie va s’imposer. Plus de sang sera versé et cette Terre sainte restera un symbole de nos différences, au lieu d’être celui de notre humanité commune.

Je refuse d’accepter cet avenir. Nous avons tous à faire un choix. Nous devons tous choisir la voie de la paix et, à l’évidence, cette responsabilité incombe aux parties qui doivent répondre à l’appel de l’histoire. Plus tôt, ce mois, à la Maison-Blanche, j’ai été frappé par les paroles des deux dirigeants israélien et palestinien. « Je suis venu ici aujourd’hui, a déclaré le premier ministre israélien, M. Netanyahu, pour trouver un compromis historique qui permettra à nos deux peuples de vivre en paix, en sécurité et dans la dignité », à quoi le président palestinien, M. Abbas, a répondu : « Nous ferons tous nos efforts et travaillerons avec diligence et sans répit pour que ces négociations atteignent leur but. »

Il faut maintenant mettre ces paroles en action et je pense que les deux dirigeants ont le courage de le faire. Mais la route va être extrêmement difficile et c’est pourquoi je demande aux Israéliens et aux Palestiniens - et au monde entier - de se rassembler derrière l’objectif commun des deux dirigeants. Nous savons que nous rencontrerons de gros obstacles sur le chemin et un d’entre eux approche rapidement. Le moratoire d’Israël sur la construction de colonies a fait une grande différence sur le terrain et amélioré le climat des négociations.

Notre point de vue sur la question est bien connu : nous pensons que ce moratoire doit être reconduit. Nous pensons aussi que les négociations doivent se poursuivre jusqu’à ce qu’elles aient abouti. Le moment est venu pour les deux parties de s’entraider pour surmonter cet obstacle. Le moment est venu d’instituer un climat de confiance - et de se donner du temps - pour faire des progrès substantiels. Le moment est venu de saisir cette occasion avant qu’elle ne disparaisse.

Il faut donc que la paix se fasse entre les Israéliens et les Palestiniens mais il nous incombe à tous de jouer notre rôle dans ce processus. Ceux d’entre nous qui sont amis d’Israël doivent comprendre que la sécurité de l’État juif exige un État palestinien indépendant - un État qui permet aux Palestiniens de vivre dans la paix et la dignité. Et ceux d’entre nous qui sont amis des Palestiniens doivent aussi comprendre que les droits des Palestiniens ne leur seront acquis que par des moyens pacifiques - y compris par le biais d’une réconciliation réelle avec un Israël en sécurité dans ses frontières.

Dans cette salle, je sais que vous êtes nombreux à vous dire amis des Palestiniens. Mais ces déclarations doivent maintenant être appuyées par des actes. Ceux qui ont apposé leur signature sur l’initiative de paix arabe devraient saisir cette occasion pour en faire une réalité en appliquant la normalisation que le document promet à Israël.

Et ceux qui parlent au nom d’un gouvernement palestinien autonome devraient aider l’Autorité palestinienne, politiquement et financièrement, et ainsi aider les Palestiniens à construire les institutions de leur État.

Ceux qui veulent voir une Palestine indépendante doivent arrêter d’essayer de détruire Israël. Après des milliers d’années, les Juifs et les Arabes ne sont pas des étrangers en pays étranger. Et après 60 ans dans la communauté des nations, l’existence d’Israël ne doit pas faire l’objet de discussions.

Israël est un État souverain et la patrie traditionnelle des Juifs. Il devrait être clair que tous les efforts lancés pour entamer sa légitimité se heurteront à l’opposition totale des États-Unis. Et les tentatives faites pour menacer ou tuer des Israéliens n’aident en rien la cause des Palestiniens. Le massacre d’Israéliens innocents n’est pas de la résistance, c’est de l’injustice. Ne vous y trompez pas : lorsque le président Abbas défend son peuple devant le monde entier dans des circonstances particulièrement difficiles, il fait preuve de plus de courage que ceux qui lancent des roquettes contre des femmes et des enfants innocents.

Le conflit entre les Israéliens et les Arabes est aussi vieux que cette institution. Et nous pouvons nous rencontrer l’année prochaine, comme nous le faisons depuis 60 ans, pour faire de longs discours sur le sujet. Nous pouvons lire la liste bien connue des doléances et nous pouvons avancer les mêmes résolutions. Nous pouvons donner plus de poids aux forces du rejet et de la haine et nous pouvons aussi perdre encore plus de temps à faire avancer un argument qui n’aidera pas un seul Palestinien ou un seul Juif à vivre mieux. Nous pouvons faire cela.

Mais nous pouvons aussi dire que cette fois-ci ce sera différent - que cette fois-ci, nous ne laisserons pas la terreur ou la discorde ou les gesticulations ou les mesquineries politiques nous barrer le chemin. Cette fois-ci, nous ne penserons pas à nous mais à cette jeune fille de Gaza qui ne veut pas que l’on mette de plafond à ses rêves ou à ce jeune garçon de Sederot qui veut dormir sans craindre le cauchemar des bombes et des roquettes.

Cette fois-ci nous devrions nous inspirer des leçons de tolérance qui sont au cœur des trois grandes religions qui considèrent le sol de Jérusalem comme sacré. Cette fois-ci essayons de nous fonder sur ce qu’il y a de meilleur en nous. Si nous faisons cela, lorsque nous reviendrons l’année prochaine, nous pourrions avoir un accord qui nous mènera à accueillir un nouveau membre des Nations unies : un État de Palestine souverain, indépendant, vivant en paix avec Israël (Applaudissements).

Il nous appartient de porter le fardeau des défis que j’ai mentionnés - récession, guerres et conflits. Et un sentiment de hâte, voire d’urgence, motive la plus grande partie de nos décisions en matière de politique extérieure. De fait, après des millénaires marqués par des guerres, cette institution reflète le désir de l’humanité de créer une tribune capable de traiter les urgences qui ne manqueront pas de se présenter.

Mais, alors même que nous faisons face aux défis actuels, nous devons aussi avoir la présence d’esprit de regarder au-delà et de nous demander ce que nous essayons de construire dans le long terme. Quel sera le monde dans lequel nous vivrons lorsque les conflits d’aujourd’hui auront pris fin. C’est ce dont je voudrais parler pendant le temps qu’il me reste à cette tribune.

Un des premiers actes de cette Assemblée générale a été d’adopter, en 1948, une Déclaration universelle des droits de l’homme qui commence en disant que « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde ».

L’idée est simple : la liberté, la justice et la paix dans le monde commencent par la liberté, la justice et la paix dans la vie de chaque individu. Et pour les États-Unis, c’est une question de nécessité morale et pragmatique. Comme l’a dit Robert Kennedy, « l’individu, l’enfant de Dieu, est la pierre de touche de toutes les valeurs et toute la société, les groupes, l’État n’existent que pour son bénéfice ». Donc, nous défendons les valeurs universelles parce que c’est ce qu’il faut faire. Mais l’expérience nous a aussi appris que ceux qui défendent ces valeurs pour leurs concitoyens ont aussi été nos plus proches amis et alliés alors que ceux qui niaient ces droits - qu’ils soient terroristes ou gouvernements tyranniques - avaient choisi d’être nos adversaires.

Les droits de l’homme n’ont jamais été acceptés sans difficultés - dans aucun de nos pays ou dans le monde. La tyrannie est toujours présente - qu’elle se présente sous la forme de talibans qui tuent les filles qui essaient d’aller à l’école, d’un régime nord-coréen qui asservit ses propres citoyens ou d’un groupe armé du Congo-Kinshasa qui utilise le viol comme arme de guerre.

Dans les époques de malaise économique, les droits de l’homme posent aussi problème. Aujourd’hui comme dans les récessions précédentes, certains écartent les droits de l’homme au profit de la promesse d’une stabilité dans le court terme ou de la fausse notion que la croissance économique peut exister aux dépens de la liberté. Nous voyons des dirigeants abolir les limites de leur mandat. Nous voyons des mesures répressives à l’encontre de la société civile. Nous voyons la corruption étouffer l’esprit d’entreprise et la bonne gouvernance. Et nous voyons les réformes démocratiques repoussées indéfiniment.

Comme je l’ai dit l’an dernier, chaque pays doit suivre sa voie, fondée sur la culture de ses citoyens. Mais l’expérience nous a montré que l’histoire est du côté de la liberté ; que les économies ouvertes, les sociétés ouvertes et les gouvernements ouverts sont les fondations les plus solides du progrès de l’humanité. En d’autres termes, plus qu’aucune autre forme de gouvernement, la démocratie donne des résultats. Et je suis persuadé que cette vérité ne peut que devenir plus forte dans un monde dont les frontières entre pays s’effacent.

L’Amérique s’efforce de façonner un monde qui encourage cette ouverture parce qu’il ne faut pas que la pourriture des économies fermées ou corrompues occulte l’énergie et l’innovation de l’homme. Nous voulons tous avoir le droit d’éduquer nos enfants, de gagner un salaire décent, de prendre soin de nos malades et d’aller aussi loin que nos rêves et nos forces peuvent nous porter. Mais pour cela, il faut que nos économies utilisent le potentiel de nos citoyens, y compris des femmes et des enfants. Cela veut dire qu’il faut laisser les entrepreneurs lancer leurs entreprises sans avoir à payer de pot de vin ; cela veut dire que le gouvernement doit soutenir les occasions de progrès au lieu de voler ses citoyens. Cela veut dire qu’il faut récompenser le labeur et non la prise de risques inutiles.

Hier, j’ai proposé une nouvelle politique en matière de développement qui permettra de poursuivre ces objectifs en reconnaissant que la dignité est un droit humain fondamental et que le développement mondial est de notre intérêt à tous. L’Amérique s’alliera à toutes les nations qui aident leurs citoyens à sortir de la pauvreté et ensemble nous mobiliserons une croissance tirée par les individus et les marchés émergents du monde entier.

Il n’y a aucune raison pour que l’Afrique n’exporte pas ses produits agricoles et c’est pourquoi notre initiative sur la sécurité alimentaire autonomise les exploitants agricoles. Il n’y a aucune raison pour que les entrepreneurs n’ouvrent pas de nouveaux marchés dans toutes les sociétés et c’est pourquoi, ce printemps dernier, j’ai accueilli un sommet sur l’entreprise, parce que le gouvernement est tenu d’autonomiser les individus, pas de les entraver.

Il en va de même pour la société civile. La marche du progrès est le fait d’individus libres de s’assembler et d’organisations en dehors du gouvernement qui demandent des changements démocratiques, et de medias libres qui tiennent les puissants responsables de leurs actions. Nous avons vu cela, des Sud-Africains se dressant contre l’apartheid aux Polonais de Solidarité en passant par les mères des disparus s’élevant contre la « sale guerre » et les Américains manifestant pour les droits de toutes les races, y compris la mienne.

La société civile est la conscience de nos communautés et l’Amérique offrira toujours son engagement à l’extérieur avec les citoyens en dehors des couloirs du pouvoir. Et nous dénoncerons ceux qui suppriment les idées et nous serons la voix de ceux qui sont sans voix. Nous encouragerons le développement de nouveaux outils de communication pour que les individus puissent parler les uns avec les autres et en sécurité même dans les sociétés répressives. Nous appuierons un Internet gratuit et ouvert afin que les individus aient accès à l’information pour décider par eux-mêmes. Et le moment est venu d’accepter et de suivre les normes qui font avancer les droits de la société civile et garantissent son expansion dans tous les pays et à l’international.

Une société ouverte soutient un gouvernement ouvert mais elle ne peut pas se substituer à lui. Il n’est pas de droit plus fondamental que celui de choisir ses dirigeants et de déterminer sa destinée. Mais ne vous y trompez pas : la démocratie ne prévaudra pas dans le monde parce que les Nations Unies l’auront décidé, elle prévaudra parce que les individus auront leur mot à dire dans la manière dont ils sont gouvernés.

Et il n’existe pas de sol dans lequel cette idée ne peut germer à sa manière comme chaque démocratie reflète le caractère unique de chaque pays. Plus tard cet automne, je vais me rendre en Asie et puis je ferai une visite en Inde qui a rejeté le colonialisme de manière pacifique et créé une démocratie florissante de plus d’un milliard de personnes.

J’irai en Indonésie, le plus grand pays à majorité musulmane du monde, dont les milliers d’iles sont réunies sous la houlette d’un gouvernement représentatif et de sa société civile. Je participerai à la réunion du G20 dans la péninsule coréenne qui offre le contraste le plus frappant entre une société dynamique, libre et ouverte et une autre fermée et asservie. Je terminerai mon voyage au Japon où l’ancienne culture a trouvé la paix et un développement extraordinaire dans la démocratie.

Chacun de ces pays donne vie aux principes démocratiques à sa manière et même si certains gouvernements reviennent sur les réformes nous devons aussi louer un président de Colombie qui a refusé volontairement de se représenter et nous réjouir de la promesse d’une nouvelle constitution au Kenya.

Tous ces progrès ont un point en commun : le principe que le gouvernement a des comptes à rendre à ses citoyens. La diversité au sein de cet hémicycle le montre bien : aucun pays ne possède à lui seul toutes les réponses, mais nous devons, chacun de nous, être responsables devant nos citoyens.

Dans toutes les parties du monde, nous voyons la promesse de l’innovation rendre les gouvernements plus transparents et plus responsables. Et maintenant, nous devons nous fonder sur ces progrès pour aller de l’avant et, l’an prochain, lorsque nous nous retrouverons ici, nous devrons prendre des engagements spécifiques pour promouvoir la transparence, lutter contre la corruption, mobiliser l’engagement civique, pousser les nouvelles technologies de manière à renforcer les fondations de la liberté dans nos pays et vivre à la hauteur des idéaux qui peuvent illuminer le monde.

Cette institution peut toujours jouer un rôle indispensable dans l’avancée des droits de l’homme. Et le moment est venu de saluer les efforts de l’ONU Femmes pour protéger les droits de la femme partout dans le monde (Applaudissements).

Le moment est venu pour tous les États d’ouvrir leurs élections aux observateurs internationaux et d’augmenter leur contribution au Fonds des Nations unies pour la démocratie. Le moment est venu de revivifier le mandat de maintien de la paix de l’ONU afin que ses missions aient les ressources nécessaires pour réussir et afin de prévenir les atrocités comme la violence sexuelle et faire prévaloir la justice parce que ni la dignité ni la démocratie ne peuvent exister sans la sécurité.

Et le moment est venu aussi de rendre cette institution plus responsable parce que les défis du siècle qui commence requièrent que l’on imagine de nouvelles manières de servir nos intérêts communs.

Le monde que l’Amérique essaie de construire n’est pas un monde qu’elle peut construire seule. Pour que les droits de l’homme atteignent ceux qui souffrent sous la botte de l’oppresseur, nous avons besoin que vous vous fassiez entendre. J’en appelle notamment aux pays qui ont échappé à la tyrannie et ont inspiré le monde dans la seconde moitié du siècle précédant - de l’Afrique du Sud à l’Asie du Sud, de l’Europe de l’Est à l’Amérique du Sud. Ne restez pas les bras croisés, ne restez pas silencieux lorsque des dissidents sont emprisonnés et des prisonniers battus. Souvenez-vous de votre histoire, parce qu’une partie du prix de notre liberté consiste à nous battre pour la liberté des autres.

Cette conviction guidera la direction de l’Amérique pendant ce XXIe siècle comme elle nous a guidés pendant plus de deux siècles de tribulations et elle nous orientera face aux défis devant lesquels nous nous trouvons aujourd’hui - guerres ou récessions, conflits ou divisions.

Ainsi, alors même que nous sortons d’une décennie difficile, je reste confiant dans l’avenir - un avenir où l’Irak ne sera dirigé ni par un tyran ni par une puissance étrangère et où l’Afghanistan sera délivré du chaos de la guerre. Un avenir où les enfants d’Israël et de Palestine pourront construire une paix qui n’était pas à la portée de leurs parents. Un avenir où la promesse du développement atteindra les prisons de la pauvreté et de la maladie. Un avenir où les nuages de la récession s’enfuiront devant la lumière du renouveau et où les rêves de progrès seront à la portée de tous.

Cet avenir ne sera pas facile à construire, il y aura des rechutes et des retards. Mais la fondation des Nations unies était en soi un gage de foi dans le progrès de l’humanité. Souvenez-vous - à un moment beaucoup plus difficile que celui que nous vivons, nos prédécesseurs ont choisi l’espoir de l’unité plutôt que la facilité de la division et ils ont promis aux générations futures que la dignité et l’égalité des êtres humains seraient notre cause commune.

Il nous incombe maintenant de tenir cette promesse et si des forces du mal vont mettre notre résolution à l’épreuve, les Américains ont toujours pensé que nous pouvons choisir un meilleur destin, qu’il n’est qu’à regarder au-delà des murs qui nous entourent. Et dans les habitants de tous milieux et de tous pays qui ont fait leur cette ville, nous voyons la preuve que ces occasions sont à la portée de tous, que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise et que les peuples de tous les pays du monde peuvent vivre ensemble dans la paix.

Je vous remercie.

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