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L’administration Bush II
Gordon England, un marchand de canons au Pentagone

Le nouveau numéro 2 du Pentagone, Gordon R. England, n’est pas un idéologue comme son prédécesseur Paul Wolfowitz, mais un homme d’affaires. Il a restructuré et redressé General Dynamics, victime du désarmement du début des années 90, et en a fait le 4e fournisseur des armées états-uniennes. Il devrait pousser les intérêts de la firme, à l’occasion de la prochaine guerre, au détriment de Raytheon et de Northrop Grumman. Plus que jamais, le complexe militaro-industriel impose sa politique à Washington.



7 avril 2005

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Paris (France)

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Pays
 États-Unis

Thèmes
 Régime Bush

Le président George W. Bush a nommé l’homme d’affaires Gordon R. England sous-secrétaire à la Défense en remplacement de Paul Wolfowitz, parti diriger la Banque mondiale [1].

Né à Baltimore, M. England a suivi des études d’ingénieur en électricité à l’université du Maryland et d’administration des affaires à l’université chrétienne du Texas. Il a mené une brillante carrière au sein du complexe militaro-industriel qui l’a conduit à la vice présidence de General Dynamics Corporation de 1997 à 2001. Le géant de l’armement, qui était le leader mondial en la matière lorsque survint l’effondrement de l’URSS, avait été particulièrement touché par le désarmement mondial ; Gordon England se montra particulièrement efficace pour restructurer la firme et le repositionner sur le marché. Elle est aujourd’hui le 4e fournisseur du Pentagone (après Lockheed Martin, Boeing, et Northrop Grumman).

Gordon England entra dès 2001 dans l’administration Bush. D’abord comme secrétaire à la Navy, puis comme secrétaire adjoint à la Sécurité de la patrie, et à nouveau comme secrétaire à la Navy après le suicide de Colin R. McMillan. Disposant de la confiance de Donald Rumsfeld [2], il s’est illustré en réorganisant le système de gestion du personnel des armées. Il a aussi été chargé d’une mission d’audit de la prison de Guantanamo qui a abouti à la libération de 7 % des détenus contre lesquels ne pesaient aucune charge.

Membre de diverses confréries universitaires, Gordon England s’est aussi engagé dans diverses associations charitables allant des Boy Scouts of America à United Service Organizations (fondation de soutien aux troupes). Surtout, il participe aux activités du Jewish Institute for International Affairs (JINSA), une assocation qui promeut les intérêts militaires communs d’Israël et des Etats-Unis. Celle-ci lui a décerné, en octobre 2001, le Prix Henry M. Jackson.

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Éxtrait du catalogue
de General Dynamics
Avion de combat F22
Lance-grenades Striker40
Lance-missiles Avenger

Sur le plan des rapports de forces politiques à Washington, la nomination de M. England conforte la position de Donald Rumsfeld que certains présentaient il y a peu comme proche de la retraite. Le secrétaire à la Défense s’ajoint un manager discret et efficace qui sera moins encombrant que l’idéologue Wolfowitz.

Sur le plan des relations internationales, cette nomination confirme le poids du lobby pro-israélien au Pentagone, alors même que les États-Unis qui ont déployé plus de 100 000 hommes au Proche-Orient n’ont plus autant besoin que par le passé de Tsahal pour contrôler la région.

C’est avant tout à un rééquilibrage du complexe militaro-industriel auquel on assiste. General Dynamics pouvait déjà compter au Pentagone sur le sous-secrétaire à l’armement, Michael Wynne, également ancien vice-président de la firme ; et sur William J. Haynes II, conseiller juridique du secrétariat à la Défense après l’avoir été de M. England à la direction de la firme. Des nominations qui avaient été facilitées par la reconnaissance de Donald Rumsfeld : celui-ci, alors qu’il était administrateur de Gulfstream, avait revendu ses parts à General Dynamics, en 1999, réalisant 3 millions de dollars de plus-value difficilement justifiable. Gordon England devrait être aussi efficace au secrétariat à la Défense qu’il le fut à celui à la Sécurité de la patrie. Lors de son bref passage dans ce ministère, il avait en avait profité pour équiper les gardes-côtes de systèmes informatiques General Dynamics.

La firme est avant tout le fabricant des chars Abrams, emblématiques de la guerre du Golfe. Dans ses versions récentes, il s’agit d’un blindé comparable au Leclerc français, mais particulièrement gourmand en carburant. Il équipe non seulement l’armée US, mais aussi l’Égypte, le Koweït, la Grèce, le Maroc, Oman, la Thailande et Taiwan.
General Dynamics fabrique également des sous-marins nucléaires porteurs d’engins Seawolf équipés de missiles Trident (matériels interdits à l’exportation).

A contrario, le départ de Paul Wolfowitz et celui de Richard Armitage [3] sont des coups rudes pour Raytheon Company qui perd ses lobbyistes attitrés et devra placer de nouveaux pions dans l’administration. De même les départs successifs de Dov Zakheim [4] et de Douglas Feith marquent un recul d’influence de Northrop Grumman Corporation. Lockheed Martin, avec Lynne Cheney et Peter B. Teets, et Boeing avec Richard Perle et James Woolsey, maintiennent leurs positions.

Au fur et à mesure que le plan d’attaque de l’Iran par les États-Unis se précisera, les actions General Dynamics devraient poursuivre leur progression à la hausse à Wall Street. Il reste à la Maison-Blanche à trouver de bons sentiments pour justifier de sa prochaine guerre.



[1] « Paul Wolfowitz, l’âme du Pentagone » par Paul Labarique, Voltaire, 4 octobre 2004.

[2] Voir notre dossier : « Donald Rumsfeld, de la Guerre froide à la Guerre au terrorisme ».

[3] « Richard Armitage, le baroudeur qui rêvait d’être diplomate », Voltaire, 8 octobre 2004.

[4] « Dov Zakheim, la caution du Pentagone » par Paul Labarique, Voltaire, 9 septembre 2004.




 

 



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