|

|
 |
|
Tribunes et décryptages - 20 avril 2005
Les alliances turques en débat
Décryptage
La Turquie occupe une position centrale entre le Caucase, le Proche-Orient et l’Europe mais, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le jeu des puissances lui interdit tout développement dans ces trois zones. La Turquie a voulu, par le passé, jouer de sa culture musulmane pour se tourner vers les États arabes, mais a essuyé un refus ; elle a espéré bénéficier de l’effondrement de l’URSS pour se tourner vers les populations turcophones d’Asie centrale, mais en a été empêchée par le Pentagone. Aujourd’hui, elle entend prioritairement entrer dans l’Union européenne mais Ankara ne ménage pas pour autant ses efforts diplomatiques dans les autres régions qu’elle longe. Et ce d’autant plus, que les Turcs trouvent désormais des partenaires chez les Arabes depuis qu’ils se sont éloignés d’Israël et de Washington.
En janvier 2004, Bachar El Assad se rendait en Turquie pour tenter de réchauffer des relations tendues depuis des décennies en raison d’un conflit territorial sur la province d’Hatay toujours revendiquée par la Syrie. Cette visite venait également concrétiser un rapprochement né de l’opposition commune des deux pays à l’invasion de l’Irak. La semaine dernière, le président turc Ahmed Necdet Sezer s’est rendu à Damas, provoquant la colère de Washington qui cherche à isoler les Syriens en utilisant le Liban.
Quotidien libanais, filiale du New York Times, le Daily Star lance un débat sur l’interprétation à donner à cette visite. Les participants sont cependant d’accord dès le départ pour se montrer rassurant pour Washington. Pour le professeur Philip Robins, la visite du président turc à Damas n’a pas d’importance : il s’agit d’une apparence de réchauffement due à une maladresse diplomatique états-unienne. En voulant trop s’opposer à cette visite l’administration Bush l’a favorisée. Que Washington simule un grand respect pour la Turquie et tout rentrera dans l’ordre. Omer Taspinar de la Brookings Institution et Emile el-Hokayem de l’Henry L. Stimson Center ne veulent pas réduire ces liens à un simple impair diplomatique. Il y a en effet un intérêt stratégique pour les deux pays dans un rapprochement : la question kurde. Si Washington agite le séparatisme kurde en Irak, il y aura un rapprochement fort entre ces deux pays et la Syrie rompra son isolement. Par contre si le nouveau président irakien, le kurde Jalal Talabani, se montre rassurant et que les liens de la Turquie avec l’Union européenne se développent, Damas se retrouvera à nouveau seul. Une fois encore, l’Union européenne est vue par les auteurs atlantistes comme un moyen d’arrimer des États à « l’Occident ».
Toutefois, l’adhésion turque à l’Union européenne est conditionnée à sa reconnaissance du génocide arménien.
Cette question empoisonne également les relations turco-arménienne et revient sur le devant de la scène à l’occasion du 90ème anniversaire du déclenchement de cette déportation meurtrière. Dans Die Welt, Vartan Oskanian, ministre des Affaires étrangères arménien, réclame que l’Europe conditionne l’adhésion turque à la reconnaissance du génocide. Dans le Boston Globe et l’International Herald Tribune, l’analyste du Council on Foreign Relations, David L. Philips, se réjouit de la proposition de compromis de l’International Center for Transitional Justice : obtenir à la fois la reconnaissance du génocide par la Turquie et le renoncement à des réparations des Arméniens.
Un tel accord ne conviendrait pas en tout cas au directeur du centre arménien de Moscou, Smbat Karakhanian, qui rappelle les prétention territoriales arméniennes dans la Gazeta SNG. Il dénonce l’occupation de territoires arméniens historiques par la Turquie et exige que Moscou abroge le traité de 1921, signé avec Mustafa Kemal, qui reconnaît la souveraineté d’Ankara sur ces terres. Quatre jours plus tard, dans le même quotidien, l’auteur analyse l’importance du Caucase pour les États-Unis dans l’optique d’une future offensive contre l’Iran. Il observe le déploiement des troupes états-uniennes en Azerbaïdjan et l’organisation de ses élections par des spécialistes des révolutions colorées. Les États-Unis pourraient également développer leur implantation en Arménie en faisant miroiter leur influence sur la Turquie pour régler un certain nombre de questions.
Autre voisine de la Turquie, la Géorgie a été un des premiers pays à connaître une révolution colorée, présentée par les médias occidentaux comme une grande avancée démocratique. Toutefois, aujourd’hui, ses premiers partisans affichent leur déception. Autrefois associé de Mikhail Saakashvili dans la « révolutions » des roses, le dirigeant du Parti travailliste géorgien Shalva Natelachvili, commente la venue de George W. Bush dans son pays le 10 mai dans Vremya Novostyey. Il demande à ce que le président états-unien ne s’affiche pas trop avec Saakashvili, président qu’il dépeint comme un dictateur, bien pire que Chevarnadze. Ce texte est diffusé alors même que les relations entre la présidence géorgienne et l’administration Bush se sont tendues en raison de la volonté de la Géorgie d’intégrer son économie à celle de la Russie. Le 16 mai prochain, Shalva Natelachvili aura l’occasion de renouveler son appel aux États-Unis devant le Nixon Center.
Aux États-Unis, la Maison-Blanche éprouve quelques difficultés à faire accepter ses nominations aux postes clés de la nouvelle administration. Après l’imbroglio autour de la nomination du remplaçant de Tom Ridge à la tête du département de la Sécurité de la patrie, c’est la validation par le Sénat de la nomination de John Bolton au poste d’ambassadeur à l’ONU qui pose problème. Le diplomate ontroversé reçoit dans la presse l’aide de ses amis politiques.
Son ancien collègue à l’USAID, l’ancien émissaire spécial de George W. Bush en Amérique latine, Otto Reich, s’insurge contre l’attitude du Sénat US (qui l’avait déjà censuré lorsque l’administration Bush avait voulu faire de lui le secrétaire d’État aux affaires hémisphériques). Dans le Wall Street Journal, il demande la réforme du mode de nomination, sans préciser quelle méthode il préconise pour échapper aux « débats politiciens ».
Toutefois, pour les défenseurs de John Bolton, ces textes de soutien sont surtout l’occasion de rappeler leur animosité contre un système international qui brime l’expression de l’impérialisme états-unien. Pour Franck Gaffney, les sénateurs doivent avant tout se souvenir que John Bolton est un fidèle de la politique de George W. Bush et que c’est cette politique qu’il défendra à l’ONU comme il l’a défendu au département d’État. Les anciens fonctionnaires du département de la Justice Eric A. Posner et John C. Yoo vont encore plus loin : la mission de Bolton devra être la destruction de l’ONU. Cette organisation sert trop souvent à leur yeux de forum politique international de contestation de la politique de Washington et, crime de lèse-majesté, considère toutes les nations comme égales. Bolton doit affirmer cet objectif haut et fort et cesser de se cacher derrière des affirmations consensuelles et politiquement correctes pour passer devant la Commission des Affaires étrangères.
Cette assistance médiatique n’a pas été suffisante, le Sénat décidant de repousser à une date ultérieure sa décision.
Réseau Voltaire
|
 |
|

20 avril 2005
Outils

Imprimer
Envoyer
Toutes les versions de cet article :

Español
English
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
|
 |
« Les avertissements de Bush à la Turquie étaient stupides »
Auteur
Philip Robins
|
Philip Robins est professeur de relations internationales à l’université d’Oxford au St. Antony’s College. Il est l’auteur de Suits and Uniforms : Turkish Foreign Policy Since the Cold War.
|
Source
Daily Star (Liban)
Référence « Bush’s warning to Turkey was stupid », par Philip Robins, Dail Star, 19 avril 2005.
Résumé Dans son traitement de la visite du président turc en Syrie, l’administration Bush a eu la main lourde et a oublié que la gestion des relations avec la Turquie est faite à 80 % de représentation. La visite en Syrie n’avait pourtant rien de déterminant et semblait devoir être purement protocolaire. Il s’agissait de la réponse à la visite en janvier 2004 de Bachar El-Assad à Ankara. Toutefois, bien qu’ils n’aient pas de pouvoirs, les Turcs tiennent à ce que leur président soit respecté.
Les Turcs n’ont pas envoyé leur président en gage de solidarité avec Damas mais plutôt pour exprimer les inquiétudes d’Ankara face à la situation au Liban, tout en conservant des relations bilatérales convenables. Malheureusement, Washington a publiquement exigé de la Turquie que la visite n’ait pas lieu, une annonce publique qui interdisait toute maladie diplomatique pour renoncer au voyage. Dès lors, les 70 millions de Turcs ont voulu que cette visite ait lieu à tout prix, il n’était plus question de faire marche arrière. Les relations entre Ankara et Washington se sont dégradées.
Les États-Unis doivent se souvenir qu’il faut toujours traiter la Turquie avec un respect exagéré pour sa souveraineté nationale et sa dignité. Cette leçon s’applique à d’autres pays et les États-Unis l’oublient trop souvent.

« La Syrie aime Ankara mais est-ce que la relation durera ? »
Auteurs
Omer Taspinar, Emile el-Hokayem
Source
Daily Star (Liban)
Référence « Syria loves Ankara but will the relationship last ? », par Omer Taspinar et Emile el-Hokayem, Daily Star, 19 avril 2005.
Résumé En 1998, la Turquie rassemblaient ces troupes à la frontière avec la Syrie afin de faire cesser l’aide de cette dernière au PKK dans le Kurdistan turc. Cette menace poussa Damas à expulser Oçalan, qui fut arrêté par la suite à Nairobi. C’était alors les beaux jours de la coopération Turquie-Israël-États-Unis. Aujourd’hui, Ankara fait surtout les gros titres pour la montée de son antiaméricanisme et du sentiment anti-israélien. Il n’y a qu’à voir les meilleures ventes de livres : la plus grosse vente est un roman sur une guerre entre la Turquie et les États-Unis et le deuxième est Mein Kampf.
Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que la Turquie se rapproche de la Syrie et de l’Iran, un rapprochement amorcé lors de la Guerre d’Irak. La Syrie cherche des alliés ; ce qui est plus surprenant, c’est que la Turquie y ait répondu favorablement. En fait, la Turquie a toujours été davantage tournée vers l’occident que vers l’Orient et le monde arabe. Elle ne se tourne vers le Moyen-Orient qu’à cause du problème kurde et de la politique des grandes puissances dans la région. La montée de l’antiaméricanisme est liée à la croyance que Washington veut créer un Kurdistan indépendant en Irak. Cela a poussé la Turquie vers la Syrie, qui a aussi un problème kurde. De son côté, damas se sent encerclé et ne veut pas tout devoir à l’Iran, car leurs intérêts stratégiques ne correspondent pas toujours. La Syrie espère que la Turquie pourra plaider en sa faveur, du fait de son adhésion à l’OTAN et de ses liens avec Washington.
Ce rapprochement n’est donc dû qu’aux politiques états-unienne dans la région et pourrait vite cesser si Jalal Talabani démontrait que les Kurdes veulent rester Irakiens. Ankara se détournera également de la Syrie si elle se rapproche vite de l’Union européenne.

« La Turquie doit reconnaître le génocide »
Auteur
Vartan Oskanian
Source
Die Welt (Allemagne)
Référence « Die Türkei muß Genozid anerkennen », par Vartan Oskanian, Die Welt, 20 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Il y a 90 ans, le 24 avril 1915, commençait le génocide des Arméniens dans la Turquie ottomane. Pour des motifs politiques, un État a décidé d’exterminer un peuple entier. Les Turcs ont essayé de se débarrasser de la question arménienne, profitant du tumulte de la Première Guerre mondiale. 1,5 millions d’Arméniens ont été tués, des centaines de milliers ont dû fuir leurs zones de peuplement. C’est un devoir moral de ne pas oublier nos ancêtres assassinés. Ce génocide n’a toujours pas été condamné par le pays ou il a été pensé et exécuté. Sur le plan juridique, nous exigeons que la mort des victimes soit enregistrée et que les coupables soient nommés. On est toujours passible de poursuite en Turquie aujourd’hui si on associe le mot de génocide à l’extermination des Arméniens.
Nous voulons souligner la portée universelle de ce crime contre l’humanité. Les institutions internationales, dont le Parlement européen, ont demandé à la Turquie de se confronter à son passé, ces tâches noires restent virulentes tant que les Turcs ne les expient pas. C’est un problème de politique intérieure turque ; le comportement vis-à-vis de ce génocide est révélateur du système de valeur d’une société. Quelques intellectuels turcs commencent à exiger de leur peuple qu’il prenne ses responsabilités, je salue leur courage. Le processus d’adhésion de la Turquie à l’U.E. peut faire évoluer les relations entre nos deux pays. Pour l’instant l’U.E. s’apprête à intégrer un pays qui bloque la frontière arménienne depuis plus d’un siècle et qui pose des conditions inacceptables pour son ouverture. L’Europe doit convaincre la Turquie qu’il est indispensable qu’elle reconnaisse le premier génocide du XXième siècle et que son comportement jusqu’à présent est contraire aux valeurs de l’Europe.

« Des signes encourageants pour la Turquie et l’Arménie »
Auteur
David L. Phillips
Sources
International Herald Tribune (France), The Boston Globe (États-Unis)
Référence « Hopeful signs for Turkey, Armenia », par David L. Phillips, Boston Globe, 19 avril 2005.
« Hopeful signs for Turkey and Armenia », International Herald Tribune, 20 avril 2005.
Résumé Alors que les Arméniens se rassemblent ce week-end pour commémorer le 90ième anniversaire du génocide arménien, ils débattent de l’avenir des relations turco-arméniennes et des conditions d’une éventuelle réconciliation. Depuis 90 ans, les relations turco-arméniennes ont été définie par l’inimitié et la méfiance. La Turquie rejette toujours le terme de génocide pour désigner les évènements de 1915 et préfère insister sur le contexte de guerre de l’époque et affirmer que la déportation des Arméniens était motivée par des questions de sécurité.
En 2001, un héroïque groupe de Turcs et d’Arméniens a décidé de se rassembler dans la Commission de réconciliation turco-arménienne. L’objectif n’était pas de remplacer la diplomatie officielle mais de souligner les conditions de naissance des conflits afin d’y remédier. Toutefois, l’ombre du génocide plana sur tous leurs travaux. Les Turcs et Arméniens de cette commission ont alors décidé de demander l’avis de l’International Center for Transitional Justice. Celui-ci déclara, à la satisfaction des Turcs, qu’en raison de l’antériorité des évènements à la définition légale du génocide, Ankara n’aurait pas à verser des compensations financières ou territoriales, mais le centre réaffirma les intentions génocidaires de l’Empire ottoman, une déclaration qui contenta les Arméniens.
Cet avis contente tout le monde et il devrait être utilisé par les gouvernements pour servir de base à une réconciliation. Il faudra ensuite parvenir à développer les échanges commerciaux et ouvrir les frontières. L’administration Bush doit aider à cela.

« Sur la dénonciation du traité russo-turc »
Auteur
Smbat Karakhanian
Source
Gazeta SNG (Fédération de Russie)
Référence « О денонсации русско-турецкого Договора », par Smbat Karakhanian, Gazeta SNG, 14 avril 2005.
Résumé On parle beaucoup en ce moment de formation de la société civile dans le droit et d’intégration dans la communauté internationale. Pour le respect des lois et normes internationales, il est très important de rétablir une justice historique. La résolution des problèmes géopolitiques et stratégiques sera impossible sans résoudre la question des territoires arméniens de la Russie d’avant la révolution. L’accord du 16 mars 1921 entre la république socialiste soviétique de Russie et le gouvernement de la Turquie kémaliste est un bel exemple de violation du droit des peuples. Il faut rappeler que depuis l’été 1920, il y avait deux gouvernements en Turquie : l’un à Ankara, dirigé par Mustapha Kemal (Atatürk) ; l’autre reconnu internationalement a ce moment là, le gouvernement de Constantinople.
Dans la première partie du traité, la Russie reconnaît de fait la supériorité des décisions turques sur les conventions internationales et les principes adoptés par l’ONU. Dans la deuxième partie, il est question de la Mer Noire et des détroits, de nombreux articles de ce traité ne sont plus appliqués. A la page 8, la Russie reconnaît comme faisant partie des " territoires turcs " la zone contrôlée par les kémalistes en mars 1921. Il n’y avait pas et il n’y a toujours pas de justification à cela dans le droit international.
La province du Nakhitchevan faisait partie de la 1ère République d’Arménie depuis 1918, et depuis 1828 de la partie arménienne de la Russie tsariste. Le mont Ararat (sur lequel l’arche de Noé se serait échouée) faisait partie de cette province, la Turquie se l’est approprié. Le Nakhitchevan est ensuite devenu, à partir du 9 février 1924, une république autonome au sein de la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan. Cet accord est en contradiction avec la convention de Vienne " sur le droit des traités internationaux ". Les droits des peuples russes, arméniens, kurdes et grecs n’ont pas été respectés et ce traité doit être annulé ou revu. Il est aussi contraire à la déclaration des Droits de l’Homme faite par l’ONU en 1948.
Nous souhaitons, avec le club national arménien Miabanutiun, la mise en place d’un programme de résolution par étapes du problème. La première serait un accord russo-turc incluant un droit au retour pour les descendants des habitants de ces régions, ensuite, le droit de rétablir nos monuments historico-culturels, la création d’une entité économique ainsi que la restauration des églises chrétiennes antiques.

« Le bond transatlantique vers la Transcaucasie »
Auteur
Smbat Karakhanian
Source
Gazeta SNG (Fédération de Russie)
Référence « Заокеанский бросок в Закавказье », par Smbat Karakhanian, Gazeta SNG, 18 avril 2005.
Résumé Nous sommes actuellement les témoins de la stratégie états-unienne pour prendre le contrôle des voies de communication et d’acheminement du gaz et du pétrole du bassin des mers Noire et Caspienne. Ce qui, avant, servait à protéger les oléoducs et les installations, est utilisé désormais pour établir un contrôle militaire et stratégique total de la région. Un plan de militarisation est en marche. Bien sûr les amis états-uniens n’oublient pas de rappeler que ses partenaires recevront immanquablement une aide politique et internationale.
L’un des buts est de contrer les velléités nucléaires de l’Iran. Il a été prévu de créer deux bases militaro-navales à côté de Bakou et sur la rive kazakh. De gros bâtiments militaires contrôleront la route qui relie les ports du Sud aux ports du Nord de la Caspienne et peuvent aussi servir à bloquer les ports iraniens. Contrairement aux déclarations officielles du président azéri, il est clair que son pays n’a pas pu résister aux demandes et propositions de Donald Rumsfeld. L’état major de l’opération Caspian guard forme des soldats, il y a de nouveaux radars et de nouvelles installations de télécommunication ont été installées, dont le rayonnement couvre l’Iran, l’Arménie ou les rives russes de la Caspienne. Il y a des conflits en sommeil dans la région, en Géorgie et en Azerbaïdjan par exemple. L’utilisation des hommes et des bases pourra se faire sans l’aval de l’ONU. Ce sont les mêmes stratèges qu’en Yougoslavie ou en Irak qui sont à l’œuvre.
Il ne faut pas oublier qu’il y a des élections législatives en Azerbaïdjan cette année, elles seront décisives pour le pouvoir actuel et pour l’avenir du programme des stratèges occidentaux. Des hommes d’expérience venus d’Ukraine et de Géorgie doivent prêter main forte. L’argument des politiciens occidentaux pour un rapprochement de l’Arménie et de l’OTAN, c’est le rôle de garant de cette dernière vis-à-vis de l’Union européenne. Le centre analytique " Stratfor " (Strategic Forecasting) a recommandé aux Arméniens de changer radicalement de politique extérieure et de se joindre aux États-Unis. Dans ce cas les États-uniens promettent à Erevan d’utiliser l’OTAN comme plate-forme de discussion avec la Turquie.

« Les Américains et les Russes ont fait une erreur en misant sur Saakashvili »
Auteur
Shalva Natelachvili
Source
Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence « Американцы и русские ошиблись, поставив на Саакашвили », par Shalva Natelachvili, Vremya Novostyey, 13 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Tout d’abord, George W. Bush, doit comprendre qu’il est l’hôte de toute la Géorgie et de tout ses citoyens. Le président américain ne rend pas une visite personnelle à Saakashvili comme notre président veut le faire croire. Bush sait qu’il y a deux pôles en Géorgie : les groupes de Saakashvili et les membres du Labor. Il m’a écrit deux fois chaleureusement. Il doit admettre que Saakashvili a discrédité les valeurs occidentales, celles de la démocratie. Il est pratiquement devenu un dictateur qui dirige le pays à l’aide d’un clan corrompu, comme son prédécesseur, Chevardnadze. Quand la révolution a eu lieu à Tbilissi en novembre 2003, selon les résultats des élections, c’est nous qui devions prendre le pouvoir. L’institut Gallup nous donnait 76% des votes mais le spectacle a été joué. Aujourd’hui les gens ont compris le pourquoi du comment.
La chute du président dans les sondages est vertigineuse, il admet avoir perdu 25% de ses 63% d’origine. En réalité, il a 14% d’avis favorables et moi 26%. Il n’a rempli aucune de ses promesses, le Lari a été dévalué, ce qui fait que les retraites n’ont pas vraiment augmenté, tout est à vendre et 200 000 personnes ont perdu leur emploi. Si ces personnes n’étaient pas dans notre camp, désormais elles le sont. La situation est à nouveau révolutionnaire. Le gouvernement n’est pas uni, il est composé de groupes qui défendent leurs intérêts, c’est ce qui a conduit au meurtre de l’ancien président Zourab Jvania.
Pour l’instant, nous essayons de rassembler l’opposition et d’unir les différents groupes, mais la situation pourrait vite devenir incontrôlable. Les élections présidentielles auraient du avoir lieu en ce mois d’avril si Chevardnadze n’était pas parti ; j’avais été désigné candidat en octobre 2003 et c’est toujours valable. Vladimir Poutine ne nous a pas consultés et ce n’est pas juste, de ce point de vue les Américains sont plus rusés, ils envisagent différentes possibilités, c’est la raison de leur efficacité dans l’aire post-soviétique. C’est en tant que diplômé de l’académie diplomatique du ministère des affaires étrangères d’URSS que je dis ça.
C’est cruel et amoral de la part du nouveau pouvoir ne pas verser de retraite à l’ancien président, mais c’est aussi amoral de pleurer pour Edouard Ambrossievitch (Chevardnadze), alors qu’avec sa fortune il pourrait nourrir 100 000 retraités.

« John Bolton contre les couards moraux »
Auteur
Otto Reich
Source
Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « John Bolton vs. the Moral Cowards », par Otto Reich, Wall Street Journal, 14 avril 2005.
Résumé Les auditions de la Commission des Affaires étrangères du Sénat autour de la nomination de John Bolton à l’ONU permettent de mettre à jour la campagne pour le discréditer. Elles démontrent également la nécessité de réformer le processus de confirmation des nominations au sénat, un objectif aujourd’hui si politisé qu’il s’est éloigné de sa définition constitutionnelle.
Aujourd’hui, on accuse John Bolton d’avoir bloqué la carrière d’un agent de renseignement, que nous appellerons ici " M. Smith ", car il désapprouvait ses conclusions. Une bonne part de ces accusations sont en fait liés à des actions que j’ai menées, et non pas Bolton, et qui ont été présentées de façon détournée. Je me suis en effet plaint à plusieurs reprises du travail de Smith à ses supérieurs. J’aurai aimé témoigner pour le dire mais on a refusé de m’écouter. Bien souvent, les auditions au sénat sont l’occasion de mener des assassinats politiques en démolissant un candidat. J’en ai fait les frais en 2001. Moi aussi j’ai dû subir les rumeurs lancées par des couards moraux.
Ce dont on accuse Bolton, c’est d’avoir voulu obtenir des renseignement fiables et de se plaindre d’un analyste qui politisait ses rapports. Bolton est quelqu’un de compétent qui mérite d’être confirmé au poste où on l’a assigné. Cette affaire illustre le triste fonctionnement des confirmations de postes au sénat et rappelle qu’en temps de guerre, nous avons à remplacer tous les membres des services de renseignement qui nuisent aux autres par leur mauvais travail.

« Le vote Bolton »
Auteur
Frank J. Gaffney Jr.
Source
Washington Times (États-Unis)
Référence « The Bolton vote », par Frank J. Gaffney Jr., Washington Times, 19 avril 2005.
« Où est le vieux Bolton quand on a besoin de lui ? »
Auteurs
Eric Posner, John C. Yoo
Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Where’s the Old Bolton When We Need Him ? », par Eric A. Posner et John C. Yoo, Los Angeles Times, 19 avril 2005.
Résumé John Bolton a déclaré un jour que si les dix étages supérieurs du siège de l’ONU disparaissaient, ça ne ferait pas une grosse différence. Mais dans les auditions de cette semaine au Sénat, il a promis de " forger une relation plus forte entre les États-Unis et l’ONU " et de " restaurer la confiance " entre Washington et le corps international. Ce charmant John Bolton est précisément ce dont nous n’avons pas besoin à l’ONU. Nous avons besoin du vieux Bolton.
L’ONU n’a que rarement été capable d’obtenir le consensus des membres de son Conseil de sécurité dans son histoire et les principaux succès diplomatiques des États-Unis ne sont pas passés par l’ONU. Le problème vient du droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité, un système qui les met sur un pied d’égalité avec les États-Unis, ce qui n’est pas le cas d’ordinaire. Si l’ONU doit continuer à être un forum politique d’opposition aux États-Unis, les diplomates américains devraient la marginaliser plutôt que la renforcer.
L’ONU ne parvient pas à prévenir les désastres humanitaires, éliminer les menaces à la paix régionale et à arrêter les États partisans du terrorisme. Les grands traités internationaux qui fonctionnent (OMC, Union européenne, OTAN) ont peu à voir avec l’ONU. Les États-Unis doivent se souvenir que l’ordre du jour aux Nations Unies doit être sa démolition et que parfois cela se fait plus facilement de l’intérieur.

|
|
|
 |
 |
|
 |