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Tribunes et décryptages - 25 avril 2005
Israël : vers un rééquilibrage entre Washington et Moscou

Décryptage

Israël s’inquiète de sa place dans la stratégie états-unienne de remodelage du Proche-Orient depuis la fin de la Guerre d’Irak.
L’ancien chef du Mossad et ancien conseiller de sécurité nationale d’Ariel Sharon, Efraim Halevy, affirme dans une longue tribune publiée par Ha’aretz que les Israéliens doivent comprendre que la relation entre les États-Unis et leur pays a changé. Washington se prépare à occuper durablement le Proche-Orient et l’Irak n’est sans doute que le commencement. L’Arabie saoudite pourrait suivre. Aujourd’hui, l’évolution des relations israélo-palestiniennes ne dépend absolument pas des négociations entre les belligérants, mais des relations de Washington avec les exécutifs des deux pays et des intérêts politiques états-uniens. Si par le passé, Israël bénéficiait d’une grande autonomie et pouvait se permettre beaucoup de choses, aujourd’hui seuls les intérêts des États-Unis comptent et Tel-Aviv n’a plus son destin en main.
L’analyste Patrick Seale n’est pas aussi affirmatif dans Dar Al-Hayat et Gulf News. S’il partage beaucoup des analyses d’Efraim Halevy, il diffère sur un point essentiel : si les États-Unis souhaitent bien dicter leur politique à Israël, ils font face à un obstacle en la personne d’Ariel Sharon. Celui-ci a bien compris ce qui était en train de se dérouler et il parie que les États-Unis n’oseront pas l’affronter tant que le retrait de Gaza ne sera pas effectué. Il faut donc profiter de ce moment pour développer l’emprise israélienne en Cisjordanie et imposer une situation de fait conforme aux vœux de Tel-Aviv. Ce point de vue est confirmé par l’interview accordée par le Premier ministre israélien au Jerusalem Post. S’il avoue à demi-mot avoir accepté le retrait de Gaza sous la contrainte, il minimise les pressions états-uniennes contre l’extension des colonies : si Washington proteste effectivement contre ces développements, cela ne dépare pas de ses positions habituelles depuis 1968. Il n’y a rien de nouveau et il ne faut pas s’inquiéter. Ariel Sharon se montre ferme : les grandes colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie seront annexées en cas d’un accord final comme d’autres territoires. Ainsi, malgré les demandes de Washington, le Premier ministre ne compte pas changer de politique. Toutefois, il se montre rassurant pour sa population et affirme que ce n’est pas ces sujets de discordes qui viendront nuire aux bonnes relations israélo-états-uniennes. C’est toutefois dans ce contexte de tensions avec les États-Unis qu’Ariel Sharon accueille Vladimir Poutine en Israël. Il se montre à nouveau très accueillant pour le président russe, jouant de ses origines, mais demande à la Russie un rapprochement avec Tel-Aviv en retour.

Le Premier ministre israélien n’est pas seul dans cette entreprise de charme. En quelques jours, ce n’est pas moins que trois hauts responsables israéliens qui viennent défendre un rapprochement israélo-russe dans la presse russe. Le ministre des Affaires étrangères israélien Silvan Shalom, répond à une interview dans Vremya Novostyey, son prédécesseur Shimon Peres répond à Novyie Izvestia et enfin le député du Likoud Yuval Shteinitz à Nezavissimaïa Gazeta.
Tous les trois développent un argumentaire étrangement similaire : de par les racines de nombreux citoyens israéliens, la Russie et Israël ont une proximité naturelle qui doit se développer encore et notamment dans le domaine commercial. Toutefois, les représentants israéliens s’inquiètent de la familiarité de la Russie avec la Syrie et l’Iran, ils appellent Moscou à renier ces liens et tentent de faire le rapprochement entre la lutte d’Israël contre la résistance palestinienne et l’action de la Russie en Tchétchénie.
Compte tenu de la nouvelle attitude de Washington à son encontre et de la dépendance croissante d’Israël vis-à-vis du pétrole russe, il devient important pour Tel-Aviv de développer ses liens avec Moscou.

Réseau Voltaire




25 avril 2005

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Pays
 Palestine/Israël

Thèmes
 CentCom : Contrôle du « Grand Moyen-Orient »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« L’arrivée de la Pax Americana »

Auteur Efraim Halevy

Efraim Halevy est l’ancien chef du Mossad (1998-2003) et l’ancien conseiller de sécurité nationale d’Ariel Sharon.

Source Ha’aretz (Israel)
Référence

« The coming Pax Americana », par Efraim Halevy, Ha’aretz, 22 avril 2005.

Résumé

Bachar El Assad est arrivé au pouvoir en Syrie en raison de la mort prématurée de son frère. Il a remplacé tous les alliés de son père au poste clé par de nouveaux dirigeants, mais il les a également choisis dans la communauté allaouite. Il n’est donc pas plus en sécurité que son prédécesseur, car son pouvoir ne s’appuie que sur 20% de la population du pays. Au temps d’Hafez El Assad, la Syrie s’appuyait sur l’URSS puis, quand elle s’est effondrée, Damas a choisi de soutenir Washington. C’est ainsi que la Syrie a été du côté états-unien lors de la Première Guerre du Golfe. En retour, Washington a joué les intermédiaires lors des négociations israélo-syriennes, toutefois ces négociations ont échoué. Bachar El Assad a choisi de suivre la politique inverse de celle de son père. Lors de la dernière guerre, il a soutenu l’Irak et Damas a permis à des milliers de combattants de traverser sa frontière. La Syrie s’est également rapprochée de l’Iran et est tellement intervenue au Liban qu’elle a réussi à s’opposer à sa traditionnelle alliée française. À cause de cette politique, Bachar El Assad pourrait bientôt perdre le pouvoir. Dans les mois à venir, le Liban sera au centre de l’attention internationale et les jours du régime allaouite sont comptés.
Il s’agit d’une conséquence de la nouvelle politique états-unienne dans la région. Toutefois, si la Syrie est une preuve de la sagesse de cette politique, le cas de l’Arabie saoudite est plus problématique. Les femmes y sont toujours privées de droit, le chômage est élevé et le gouvernement des 5000 princes nourrit le fondamentalisme. Pourtant, Washington ne parvient pas à construire une politique vis-à-vis de Riyad. L’une des inquiétudes des États-Unis, quand ils ont envahi l’Irak, était que le feu de la révolution ne s’étende pas à l’Arabie saoudite. Les États-Unis sont face à un dilemme : ils veulent une alimentation en pétrole continue, continuer à entretenir de bonnes relations avec l’Arabie saoudite mais ils savent que chaque jour qui passe sans réforme aggrave les risques de renversement des Séoud par un gouvernement extrémiste. Si les choses se détériorent, les États-Unis devront s’impliquer davantage et probablement que l’Irak ne sera pas le dernier pays à nécessiter une présence militaire. Tout semble indiquer que Washington devra rester longtemps dans la région.
Martin Indyk a proposé qu’une force d’interposition états-unienne s’installe entre Israël et l’Autorité palestinienne. William Kristol a rappelé de son côté que l’implication des États-Unis en Europe avait duré 60 ans et qu’au Proche-Orient elle pourrait durer une génération. Toutefois, la politique états-unienne repose sur une démocratisation ; or, toute instauration de démocratie dans les pays du Golfe entraînerait la chute des gouvernements, car ceux-ci reposent sur des minorités. À part l’Égypte et la Jordanie, peu de pays de la région ont une identité nationale dépassant l’identité tribale. Si une démocratisation avait lieu, ces pays seraient gouvernés par des entités tribalo-religieuses. La démocratisation ne permettrait pas à ces pays de lutter contre Al Qaïda. Ironiquement, le pays qui, toute proportion gardée, a les élections les plus libres est l’Iran, le pays qui est également le plus dangereux. Toutefois, ce pays est aujourd’hui isolé et tente de se soustraire d’une situation difficile par la tromperie. Mais les pays négociant avec lui sont méfiants et il y a de bonnes chances aujourd’hui d’endiguer la menace iranienne.
L’influence états-unienne se manifeste également dans le conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui, on note qu’il n’y a pas vraiment de négociations entre Israéliens et Palestiniens, les négociations ont lieu entre Washington et chacun des deux camps. Les États-Unis sont l’arbitre exclusif de la situation et rien ne nous permet d’affirmer qu’à l’avenir ils ne privilégieront pas les options saoudiennes, égyptiennes ou palestiniennes dans le traitement du conflit, même si cela ne convient pas à Israël. Cela dépendra davantage de l’évolution de la région et des politiques états-uniennes, que des négociations entre belligérants. Notre destinée dépend des prochaines campagnes dans la région.


« A quel point la crise israélo-états-unienne est-elle sérieuse ? »

Auteur Patrick Seale

Patrick Seale est un analyste et auteur réputé sur le Proche-Orient. Contributeur régulier à Gulf News. Il a notamment publié des ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Syrie et une biographie d’Abu Nidal.

Sources Gulf News (Émirats arabes unis), Dar Al-Hayat (Royaume-Uni)
Référence

« How Serious is the U.S.-Israeli Crisis ? », par Patrick Seale, Dar Al-Hayat, 22 avril 2005.
« How serious is the American-Israeli crisis ? », Gulf News, 22 avril 2005.

Résumé

Bien que des deux côtés, on fasse tout pour masquer les querelles, des tensions apparaissent dans la relation israélo-états-unienne. La principale source de friction est la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, en violation de la " feuille de route ". malgré les demandes de George W. Bush, Ariel Sharon continue les extensions de colonies.
Le Premier ministre israélien fait le pari que, compte tenu des crises suscités par le désengagement de Gaza, la Maison-Blanche n’osera jamais pousser trop loin ses demandes de peur que cela ne compromette le plan de retrait. Pourtant, les États-Unis veulent, en plus de Gaza, un démantèlement des 45 colonies illégales de Cisjordanie et appliquer la " feuille de route ". or, Sharon refuse ces deux points. Au contraire, il s’appuie sur la situation pour développer la colonisation autour du Mur en Cisjordanie. Pour Sharon c’est une course contre la montre, il souhaite développer l’emprise israélienne sur les territoires au maximum avant le début de négociations. De son côté, Bush souhaite régler la question israélo-palestinienne pour effacer la guerre d’Irak. Sharon, lui, veut consolider l’avantage géostratégique israélien.
Israël a perdu Paul Wolfowitz au Pentagone et Douglas J. Feith devrait quitter ses fonctions cet été. À Washington on considère qu’Israël n’a plus de menace directe. Au contraire, on pense que les objectif de Washington serait plus facilement atteints si Israël normalisait ses relations avec les États arabes. L’Iran pourrait également renoncer plus facilement à son programme nucléaire si Israël acceptait de faire du Proche-Orient une zone dénucléarisée, comme le demande Mohammed ElBaradeï.


« Sharon parle au Post »

Auteur Ariel Sharon

Ancien général et ministre de la Défense israélien responsable des massacres de Sabra et Chatilla au Liban, Ariel Sharon est Premier ministre israélien.

Source Jerusalem Post (Israël)
Référence

« Sharon speaks to the ’Post’ », par Ariel Sharon, Jerusalem Post, 22 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Aux États-Unis, j’ai déclaré que l’atmosphère actuelle en Israël était proche de la guerre civile, mais cela ne veut pas dire que je pense qu’elle éclatera. Jusqu’à aujourd’hui, le dialogue avec les colons était impossible, mais maintenant que la question du référendum a été rejetée et que mon budget est adopté, les colons ont compris qu’il n’y aurait pas de retour en arrière possible et ils ont accepté de discuter. J’ai souvent expliqué aux dirigeants des colons les bénéfices pour la nation de ce désengagement, mais je ne les ai pas convaincus car ils ne souhaitent pas quitter Gaza.
J’ai passé un accord sur ce point avec les Américains, car je leur fait plus confiance qu’aux Palestiniens et nous nous sommes entendus sur le fait que le terrorisme devait totalement cesser pour que nous allions plus loin qu’un désengagement de Gaza. Si le terrorisme ne cesse pas, nous en resteront à ce seul retrait et si jamais des actes de terrorisme sont commis depuis Gaza, notre réponse dans ces territoires sera dure. Aujourd’hui, les États-Unis nous soutiennent dans notre souhait de nous défendre préventivement et de maintenir les grands blocs de populations israéliens dans notre territoire. Certes, Washington s’oppose à l’extension des colonies, mais il s’agit de la position traditionnelle des États-Unis depuis 1968 et notre différend sur ce point n’a pas mis à mal notre relation.
La frontière finale séparant Israël d’un État palestinien devra être sûre. Nous devrons donner des territoires à l’ouest de la barrière de sécurité mais nous en conserverons à l’Est de cette limite. Toutefois, cela sera discuté lors des négociations finales ; en attendant, nous ne projetons de nous retirer d’aucun endroit en Cisjordanie.
Pour que la " feuille de route " soit appliquée, il faut un arrêt du terrorisme. Mahmoud Abbas y travaille, mais les résultats sont insuffisants. Il n’a pas mis fin à la production d’armes dans les territoires et ne s’est pas attaqué aux structures terroristes. Il existe encore des risques pour nous. Parce qu’il participe aux élections, on peut craindre que l’Union européenne ne cesse de considérer le Hamas comme une organisation terroriste. Pour ma part, je pense que ce groupe reste une organisation terroriste, même avec des élus au parlement.
Je suis optimiste pour l’avenir, il y a des progrès depuis la mort de Yasser Arafat. Nous travaillons avec Abbas mais les États-Unis ne nous force pas à faire de concessions. Pourtant, nous savons que nous devrons faire des sacrifices difficiles. Toutefois, je ne sacrifierai jamais la sécurité d’Israël, ni le berceau de l’État juif, nous n’abandonnerons jamais Hebron. Les colons doivent le comprendre et ils doivent quitter leur foyer à Gaza pour le bien du plus grand nombre. Si nous ne quittons pas Gaza, nous serons soumis à de grandes pressions et ce sont toutes les colonies qui seront en danger.
Lors de la venue de Poutine en Israël, nous discuterons de toute une série de questions allant de l’antisémitisme en Russie aux ventes d’armes dans la région. La Russie est un pays de 147 millions d’habitants, à ce niveau c’est plus un continent qu’un pays. Il a un grand potentiel également du fait de ses ressources naturelles et c’est quelque chose que j’ai bien compris.
Aujourd’hui, l’Iran développe des armes nucléaires mais ce n’est pas un problème palestinien, c’est un problème mondial et nous n’avons pas à le régler seul. L’Iran est un pays où les modérés parlent de détruire Israël et qui soutient le terrorisme. Avec la Syrie et le Hezbollah, ils menacent Abu Mazen.


« Israël pose deux conditions à la Russie »

Auteur Silvan Shalom

Silvan Shalom est le ministre des Affaires étrangère d’Israël et vice-Premier ministre.

Source Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence

« Израиль ставит России два условия », par Silvan Shalom, Vremya Novostyey, 20 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Le volume des échanges commerciaux entre nos deux pays est de 1,3 milliards de dollars, sans tenir compte de la coopération dans le domaine pétrolier. C’est plus que le volume d’échange entre la Russie et tous les pays arabes réunis. Avec le président Vladimir Poutine, nous allons discuter de l’allègement des démarches pour le visa touristique vers Israël pour les Russes, des rapatriements de Russes qui continuent. Nous allons aussi aborder le problème du terrorisme et des pays qui le soutiennent. Nous saluons la décision russe d’appeler la Syrie à retirer ses troupes du Liban, conformément à la résolution 1559 de l’ONU. Si Israël a demandé à la Russie de ne pas vendre de missiles " Strelets " aux Syriens, c’est que ce pays continue à soutenir le terrorisme. La Syrie soutient ouvertement le Hamas, le Jihad Islamique et le mouvement terroriste iranien du Hezbollah.
Pour jouer un rôle dans le processus de paix au Proche-Orient, la Russie devra remplir deux conditions : soutenir des politiciens raisonnables et une diplomatie favorisant la paix, et lutter contre les extrémistes qui considèrent toujours Israël comme leur " ennemi sioniste ". Mahmoud Abbas ainsi que les dirigeants égyptiens et jordaniens sont raisonnables, alors que la Syrie et l’Iran sont des pays extrémistes. Depuis un an et demi ou deux, l’Iran possède des missiles de moyenne portée capables d’atteindre l’Europe et la Russie. Nous souhaitons que la Russie fasse en sorte que l’Iran n’accède pas à l’arme nucléaire.
Le Département d’État états-unien a estimé que l’antisémitisme a pris un caractère inquiétant en Russie et en Biélorussie, mais en fait c’est dans toute l’Europe. L’exemple le plus frappant a été la lettre de députés de la Douma demandant l’interdiction des organisations juives. Je ne sais rien concernant Vladimir Goussinsky et Leonid Nevzlin qui sont l’objet d’un mandat d’arrêt international et qui vivent en Israël. Malgré les divergences politiques, plus d’un million d’Israéliens ont des racines russes et nous sommes spirituellement proches. Nous espérons que la visite de Poutine chez nous et la participation de Moshé Katzav aux commémorations du 9 mai à Moscou rapprocheront encore plus nos deux pays.


« Je choisis l’âme russe »

Auteur Shimon Peres

Prix Nobel de la paix en 1994, Shimon Peres est ancien Premier ministre israélien (1995-1996) et ancien ministre des Affaires étrangères. Il est l’actuel chef du parti travailliste et député à la Knesset. Depuis janvier 2005, il est vice-Premier ministre du gouvernement d’union nationale israélien.

Source Novyie Izvestia (Fédération de Russie)
Référence

« Я выбираю русскую душу », par Shimon Peres, Novyie Izvestia, 25 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

La visite de Vladimir Poutine est une première, celles de Eltsine et Gorbatchev n’étaient pas gouvernementales. Cela témoigne du changement de l’attitude politique russe au Proche-Orient. Nous fermons une page de notre Histoire et en ouvrons une autre où figure la Russie, avec sa volonté de paix sans position unilatérale. C’est le régime communiste qui est tombé avec l’effondrement de l’URSS, pas la Russie. Elle demeure un État riche en ressources, au potentiel énorme. Après une période difficile, la Russie panse les plaies de ses erreurs, mais elle est en voie de rétablissement, c’est une question de temps. Les relations russo-israéliennes sont particulières, pas seulement parce qu’une partie de notre population vient de là-bas. Si je devais choisir entre le pouvoir de la raison anglo-saxonne et le pouvoir de l’âme russe, je choisirais l’âme russe.
Je connais Sharon depuis 60 ans, nous avons toujours considéré que la création d’un État palestinien est incontournable. Les négociations de paix se font toujours de deux côtés, avec l’adversaire et avec son propre peuple. Aujourd’hui le peuple nous demande pourquoi nous faisons des concessions, mais sans cela il est impossible d’avancer. En Palestine nous avons gagné, mais nous évacuons car nous ne voulons pas être des envahisseurs. Il n’y a rien de définitif en politique mais l’Histoire ne revient pas en arrière.
Nous souhaitons que le problème du nucléaire en Iran soit résolu par le monde entier. Nous ne souhaitons pas la création d’une nouvelle zone de conflit. De nos jours, l’espace qui sépare les pays n’est plus géographique mais balistique. Le plus grand danger serait de voir des missiles à tête nucléaire entre les mains de régimes odieux. Israël ne cache pas qu’elle voit en l’Iran une grande menace pour le monde entier et pour elle-même. Pour ce qui est d’éventuelles mesures militaires de notre part, je dois préciser qu’il ne faut pas beaucoup d’effort pour commencer une guerre, mais qu’il en faut beaucoup pour l’arrêter.
Aujourd’hui le monde n’est plus divisé entre Est et Ouest ou entre Nord et Sud, mais entre terreur et anti-terreur. Il est désormais évident pour tout le monde que de la Tchétchénie à l’Irak, il s’agit d’un front antiterroriste commun. Nous n’avons pas d’autre choix que de faire face ensemble à la menace internationale.


« Poutine va renforcer le processus de paix au Proche-Orient »

Auteur Yuval Shteinitz

Yuval Shteinitz et député israélien du Likoud et président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset. Représentant de l’aile la plus dure de son parti, il s’était prononcé pour le bannissement de Yasser Arafat et la dissolution de l’Autorité palestinienne.

Source Nezavissimaïa Gazeta
Référence

« ПУТИН УСИЛИТ МИРНЫЙ ПРОЦЕСС НА БЛИЖНЕМ ВОСТОКЕ », par Yuval Shteinitz, Nezavissimaïa Gazeta, 21 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Nos deux pays ont les mêmes intérêts et sont victimes des mêmes menaces. Un cinquième de la population israélienne est originaire d’ex-URSS. C’est la culture russe qui a eu la plus grande influence sur la culture israélienne. Tout cela pour dire que nos relations gouvernementales sont basées sur des contacts humains. Le fait que Vladimir Poutine visite aussi l’Autorité palestinienne et l’Égypte lors de sa tournée ne soulève aucun mécontentement en Israël. Nous sommes en paix avec l’Égypte et Poutine appelle les Palestiniens à combattre le terrorisme. Si, en plus, la Russie est prête à accorder une aide financière, nous ne pouvons que nous en féliciter.
Je suis moins optimiste qu’après la mort de Yasser Arafat. Il avait été proposé de désarmer le Hamas et le Jihad Islamique avant le cessez-le-feu. Comme promis, nous évacuons le secteur de Gaza. La violation par les Palestiniens du premier point de la " feuille de route " peut cependant nous amener à agir à nouveau contre les terroristes, si la direction palestinienne continue à les couvrir.
Les relations de la Russie avec l’Iran et la Syrie étaient au centre de notre rencontre avec Sergueï Lavrov. Nous sommes persuadés que l’Iran espère passer aux travers des obstacles dressés par les États-Unis, par la Russie, l’Union européenne et l’Agence Internationale à l’Energie Atomique (AIEA) pour terminer dans quelques années son programme nucléaire. En ce moment, Téhéran prépare des missiles Shahab-5 dont la portée est de 5000 km. Tous les spécialistes vous diront qu’au-delà de 1500 km de portée, le seul intérêt est de pouvoir y placer des charges nucléaires. L’idéologie fondamentaliste du régime iranien est proche de celle d’Al Qaida et des extrémistes tchétchènes. Il est important de faire revenir les matières fissiles de Bushehr en Russie. Nous avons eu quelques signes positifs mais nous ne sommes pas tranquillisés. La Syrie nous inquiète, bien que nos interlocuteurs nous aient convaincus que les missiles vendus à Damas ne finiront pas entre les mains du Hezbollah.


 



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