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Tribunes et décryptages - 26 avril 2005
Les Ouighours instrumentalisés
Décryptage
Le professeur canadien d’histoire militaire Gwyne Dyer analyse dans Inosmi.Ru la périlleuse stratégie des néo-conservateurs en Asie : jouer les Indiens contre les Chinois. Il s’agit d’une idée absurde qui, si elle était menée à bien, obligerait la Chine à se renforcer et conduirait inévitablement à la guerre généralisée. Pourtant, on assiste pour le moment à un autre scénario : les adversaires d’hier tentent de normaliser leurs relations et de créer un pacte régional. Le Pakistan, l’Inde et la Chine sont à la recherche d’une coopération mutuelle.
Der Standard a interrogé deux éminents professeurs à propos des tensions entre la Chine et le Japon. Il n’est pas certain que l’on en apprenne beaucoup sur le sujet lui-même, mais les réponses sont éclairantes sur la vision occidentale du sujet.
Le professeur Orville Schell psychanalyse le complexe maniaco-dépressif de l’âme chinoise. Les manifestations anti-Japonais seraient le symptôme d’un manque de confiance en soi, malgré la croissance économique actuelle, et du traumatisme passé. Bref, vu de la faculté de journalisme de Californie, les Chinois sont toujours pitoyables.
Ottmar Höll, quant à lui, est censé défendre le point de vue opposé. Mais en définitive, il exonère les Japonais de toute responsabilité et rejette, lui aussi, la culpabilité sur les Chinois. Cependant son explication est inverse : les Chinois sont décidément trop orgueilleux et sont incapables de présenter leurs excuses car ils ne veulent pas perdre la face. Reste à savoir pourquoi les Chinois devraient présenter leurs excuses d’avoir été massacrés par les Japonais.
Les Ouighours sont à l’Asie centrale ce que les Kurdes sont à l’Asie mineure. Ils n’ont pas d’État à eux et vivent sur un territoire riche en pétrole à cheval sur plusieurs États. En l’occurrence, ces turcmènes sont musulmans sunnites et vivent en Chine, au Kirghizstan et au Kazakhstan. La NED/CIA tente de les instrumentaliser pour déstabiliser la région, faire main basse sur son pétrole et affaiblir la Chine. Selon Nury Turkel, de l’Association ouighoure états-unienne, la « révolution des tulipes » au Kirghizstan est une occasion pour eux d’accéder quelque part au pouvoir. C’est aussi l’occasion, concède-t-il dans Inosmi.Ru, de porter la contestation dans le Xinjiang chinois. Son point de vue est étayé par son ami Alim Seytoff qui se réjouit dans le Wall Street Journal de la libération de Rebiya Kadeer, prisonnière politique emblématique de sa cause et lauréate d’un prix décerné par la NED/CIA en 2004.
De son côté, dans un entretien à Irin accordé avant la « révolution des tulipes », le leader ouighour kirghize Rozimuhammed Abdulbakiev se livre à un exercice difficile de communication : il assure n’être qu’à la recherche de l’affirmation pacifique de l’identité culturelle de son peuple et être à tort qualifié par Pékin de séparatiste. Dans le même temps, il exige le droit à l’autodétermination et stigmatise l’oppression dont son peuple serait victime en reprochant au gouvernement chinois la politique qu’il applique dans toute la Chine.
Le journaliste Timour Aliev observe dans les Izvestia qu’après le démantèlement de l’URSS et le basculement de plusieurs nouveaux États dans le camp atlantiste, la Russie perd un à un tous ses accès à la Mer Noire et dans la Baltique. Si ce processus se poursuit, elle se retrouvera dans la situation d’avant Pierre Ier, sans accès maritime. Dans ces conditions, elle ne peut plus envisager de se retirer de Géorgie et fait traîner la fermeture de ses bases.
Enfin, Andrei Grozin, de l’Institut des pays de la CEI, observe dans Strana.Ru que la répression de la minorité russe et le flirt du Turkmenistan avec l’Occident sont une réaction paradoxale du pays à la pression extérieure : à la fois durcir le régime et se rapprocher de ceux qui exigent sa démocratisation. Cependant, sur le long terme, il est peu probable que le Turkmenistan se sépare de la Russie avec laquelle elle partage des intérêts stratégiques.
Réseau Voltaire
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26 avril 2005
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Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Qui a besoin de l’Amérique ? »
Auteur
Gwynne Dyer
Source
Inosmi.ru (Fédération de Russie)
Référence « Кому нужна Америка ? », par Gwynne Dyer, Inosmi.ru, 19 avril 2005.
Résumé « Nous avons plus ou moins réussi à trouver un accord concernant les paramètres politiques et les principes régissant une solution du problème frontalier ». Cette déclaration est une bonne nouvelle pour ceux qui espèrent que leurs enfants ne seront pas les victimes d’une Troisième Guerre mondiale. C’est une déclaration du responsable du Conseil national de sécurité indien, M.K. Narayanan, lors de la visite du Premier ministre chinois, Wen Jiabao. Il faudra encore plus d’un round de négociations pour parvenir à un tracé définitif des frontières communes de ces pays en Himalaya et ce ne sera pas suffisant pour qu’une confrontation entre ces deux puissances émergeantes de dernière génération soit exclue. Cela ne les a cependant pas empêché de signer un accord sur la liberté de commerce et un traité de sécurité commune.
Ce processus a pris une dimension nouvelle car l’administration Bush essaye de rallier l’Inde à son camp clairement dirigé contre la Chine. Condoleezza Rice a récemment déclaré au Premier ministre indien que les États-Unis sont prêts à « aider l’Inde à se transformer au XXIième siècle en l’une des plus grandes puissances mondiales ». Les US sont prêts à vendre aux Indiens des hélicoptères de dernière génération qui leurs permettraient de dominer les Chinois et les Pakistanais dans les airs. La Maison-Blanche espère obtenir un accord militaire commun en Asie. Les néo-conservateurs ont une haute estime de leurs talents stratégiques et espèrent faire revivre la méthode Kissinger-Nixon d’il y a 30 ans. À l’époque, Nixon s’était rapproché de la Chine pour encercler l’URSS, désormais l’adversaire stratégique est la Chine et l’alliance se fait avec l’Inde.
Cette stratégie va inciter la Chine à augmenter sa puissance militaire. Au début du siècle, l’Angleterre et la France s’étaient alliés à la Russie pour contrer l’Allemagne, le résultat fut la Première Guerre mondiale. Les analogies ne sont jamais totales, mais le parallèle est évident. Si New Delhi succombe aux promesses états-uniennes, elle provoque la Chine et les espoirs de paix entre l’Inde et le Pakistan s’évanouissent. La bonne nouvelle de cette semaine, c’est que New Delhi ne semble pas vouloir aller dans le sens des néo-conservateurs et préfère la voie du compromis.

« Puissance mondiale avec syndrome de persécution : pitié de soi, made in China »
Auteur
Orville Schell
Source
Der Standard (Autriche)
Référence « Weltmacht mit Opfersyndrom : Selbstmitleid, made in China », par Orville Schell, Der Standard, 25 avril 2005.
Résumé Une lutte a lieu actuellement pour l’âme de ce grand pays qu’est la Chine. Deux forces et deux attitudes vis-à-vis du monde extérieur sont opposées. D’un côté la révolution économique a transformé la Chine en puissance commerciale et en facteur de sécurité militaire, de l’autre son passé et sa mentalité l’enferment dans un sentiment d’injustice à son égard. Les mouvements anti-japonais sont une manifestation de ce vieux syndrome psychologique de faiblesse qui habitait déjà la Chine au XXième siècle. Sa puissance économique grandissante et son niveau de vie qui augmente permettent d’espérer que les Chinois trouveront la possibilité d’enterrer leur passé. La réalité est autre, derrière l’image du « miracle chinois », les habitants ne semblent pas pouvoir surmonter ce syndrome de persécution. Les dirigeants chinois s’accrochent au vieux paradigme de leur pays comme victime, comme « patient asiatique », menacé par des puissances impériales comme le Japon qui va la « découper comme un melon ». L’occupation japonaise a été d’autant plus mal vécue qu’elle était le fait d’asiatiques et non d’occidentaux. Le confucianisme du Japon était perçu par les réformistes chinois comme un frein au développement.
Il est certain que cette occupation fut sanglante, que les réparations et les excuses se font toujours attendre, néanmoins la Chine n’a pas beaucoup d’intérêt 60 ans plus tard à brusquer son principal partenaire commercial. Les dirigeants chinois ont trouvé l’occasion dans cette colère du peuple de rassembler la population et de légitimer son pouvoir. Ce fut déjà le cas lors du bombardement de l’ambassade chinoise à Belgrade en 1998 ou lors de la collision entre un avion espion américain et un jet chinois au dessus du Pacifique. La colère de la population est exploitée. On pourrait dire de la Chine comme de bien d’autres pays qu’elle a une personnalité maniaco-dépressive. Une grande part de la force émotionnelle de la révolution maoïste venait déjà de ce sentiment d’injustice. Ce rôle de victime offre la possibilité d’expliquer les problèmes de la Chine, mais il est dangereux car la Chine se focalise sur ses anciennes faiblesses, plutôt que sur ses nouvelles forces. Le Japon n’est plus une puissance militaire impériale et la dernière chose dont la Chine a besoin, c’est d’être prisonnière de son passé.

« La Chine et le Japon sont-ils sur la voie de la réconciliation ? »
Auteur
Otmar Höll
Source
Der Standard (Autriche)
Référence « Sind China und Japan auf dem Weg zur Versöhnung ? », par Otmar Höll, Der Standard, 22 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Le Premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, s’est excusé pour le passé meurtrier de son pays, je pense que c’est sincère. Les Japonais souhaitent tout, sauf un conflit violent avec la Chine. Il est clair que du point de vue de la politique intérieure du Japon, un examen de l’histoire s’impose. Aucun consensus n’a été trouvé pour l’instant au sujet des massacres en Chine, c’est pour cela qu’en même temps que le Premier ministre présente des excuses, il est possible pour des parlementaires de se rendre au temple Yasukuni à Tokyo et d’honorer des criminels de guerre. Les deux pays sont dans une situation précaire car il faut absolument « sauver la face ».
Ce type de conflit est typique quand les rapports de force relatifs dans une région évoluent. Avec l’Indonésie et la Malaisie, la Chine et le Japon font partie de la région la plus dynamique économiquement. Si ces pays coopèrent, la région sera l’une des plus puissantes au monde dans 20 ou 30 ans. Les dirigeants de ces pays le savent, c’est pour cela qu’ils ne souhaitent pas de conflit. Ce conflit gène les États-Unis qui ont besoin de ces deux pays pour les épauler dans leurs négociations au sujet du programme nucléaire nord-coréen. Le rôle d’arbitre des États-uniens dans la région restera important pour les prochaines années, l’UE ayant un rôle de médiateur et de désamorçage des conflits.
La réconciliation sera possible si le passé est exhumé avec des symboles clairs, les excuses à la Chine sont trop timides. Les images qui me viennent à l’esprit sont celles des gouvernements sociaux-démocrates dans l’Europe des années 60 et 70. Willy Brandt s’agenouillant à Varsovie, Kohl et Mitterrand la main dans la main. La Chine et le Japon ont aussi besoin de cela, une franche poignée de main des deux dirigeants suffirait.

« La révolution des tulipes est un avertissement à la Chine »
Auteur
Nury Turkel
Source
Inosmi.ru (Fédération de Russie)
Référence « ’Революция тюльпанов’ - предупреждение Китаю », par Nury Turkel, Inosmi.ru, 21 avril 2005.
Résumé La « révolution des tulipes », troisième « révolution colorée » après la « révolution orange » de 2004 en Ukraine et la « révolution des roses » de 2003 en Géorgie, a fait naître de grands espoirs pour le futur de plus de 10 millions d’Ouïgours qui vivent au Turkestan Oriental (Xinjiang). Cette région s’appelle actuellement « Région Autonome Ouïgour du Xinjiang ». C’est un territoire important d’un point de vue stratégique et géopolitique. C’est avec attention que les Ouïgours ont suivi sur Radio Free Europe les évènements de Bichkek au Kirghizstan et le départ d’ Akaïev pour Moscou. Cet évènement est le seul depuis longtemps à avoir apporté de l’espoir aux Ouïgours qui vivent sous le joug de Pékin, mais aussi à ceux qui subissent des persécutions en Asie centrale et particulièrement au Kazakhstan, l’un des principaux centre de leur diaspora.
Les Ouïgours sont turcomans et musulmans sunnites. Ils sont culturellement très liés à d’autres groupes ethniques qui vivent en Asie centrale. La plus célèbre dissidente, Rebiya Kadeer, est sortie de prison il y a un mois. Il est certain que la révolution au Kirghizistan va avoir une influence sur la situation au Turkestan Oriental. Après le 11 septembre, Pékin a utilisé le prétexte du combat contre le terrorisme pour justifier sa répression. Les prisonniers politiques sont nombreux, la torture courante et la peine de mort est appliquée pour des crimes politiques. On ferme des mosquées, l’utilisation de la langue ouïgoure est interdite et même des fonctionnaires et des membres du parti sont victimes de la répression.
De nombreux pays d’Asie centrale se sont alliés à Pékin dans ces actions, dans le but de renforcer leurs liens économiques. Pour les Chinois, il s’agit de renforcer le contrôle strict de cette région riche en ressources énergétiques. De nombreux Ouïgours réfugiés au Kirghizistan ont disparu, certains ont été déportés en Chine, le Premier ministre chinois avait d’ailleurs félicité Akaïev pour sa collaboration dans la lutte contre « le séparatisme et le terrorisme au Turkestan oriental ». La situation a déjà évolué et mon organisation a été invitée à une rencontre avec le nouveau gouvernement kirghize par une ONG basée à Vienne. Nous espérons que les Ouïgours pourront participer à la direction du pays au Kirghizistan, comme le veut la démocratie et comme nous le voyons aujourd’hui en Irak, en Afghanistan et dans d’autres pays. De nombreux Kirghizes, désormais au pouvoir, faisaient partie de la plate-forme anti-chinoise quand ils étaient dans l’opposition.
Il est trop tôt pour mesurer toutes les conséquences du renversement d’Akaïev dans la région, mais il est certain qu’une des tâches principales du nouveau gouvernement kirghize est la modification des relations avec Pékin. Les nouveaux dirigeants doivent savoir mieux que quiconque que les évènements récents au Kirghizistan sont un sérieux avertissement à tous les régimes dictatoriaux de la région, en premier lieu la Chine, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan.

« La libération d’une personnalité ouighoure est une victoire sur la tyrannie »
Auteur
Alim Seytoff
Source
Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Uighur’s Release Is a Victory Over Tyranny », par Alim Seytoff, Wall Street Journal, 24 mars 2005.
Résumé Peu importent les motivations de Pékin, la libération de Rebiya Kadeer, une prisonnière politique ouighoure majeure, est une victoire de la liberté sur la tyrannie. Sa libération est la preuve de l’efficacité des campagnes internationales. Elle a été saluée par l’administration Bush, les organisations de défense des Droits de l’homme et les communautés d’exilés ouighours. Toute le monde est heureux qu’elle ait été libérée après six ans d’emprisonnement pour « révélation de secret d’État ». À son arrivée à Washington, elle a déclaré qu’elle poursuivrait son combat.
Mme Kadeer a été longtemps vue positivement par Pékin en raison de son action philanthropique, mais tout a changé quand, en 1996, son mari a quitté la Chine pour partir aux États-Unis et a commencé à critiquer Pékin pour sa politique à l’encontre des ouighours. Elle a été déchue de ses fonctions officielles et on lui a demandé de divorcer, ce qu’elle a refusé. En 1999, elle a été arrêtée alors qu’elle allait rencontrer un membre d’une délégation du congrès états-unien. Elle fut condamnée à 8 ans d’emprisonnement pour « divulgation de secrets d’État à des étrangers », mais lors du procès les pièces à conviction était des coupures de presse accessibles à tous. Cette condamnation était en réalité un avertissement aux Ouighours : peu importe votre richesse ou votre influence, vous pouvez être arrêtés si vous ne servez pas les intérêts de Pékin.
Mme Kadeer a été libérée trois jours avant la visite de Condoleezza Rice en Chine, peut-être dans le cadre d’un accord avec Washington. Cette libération n’est pas la marque d’une changement de politique de la Chine, mais c’est quand même une victoire morale des Ouighours. Nous devons continuer à nous battre pour le droit de notre peuple à la liberté.

« Interview avec le président de la société nationale ouighoure »
Auteur
Rozimuhammed Abdulbakiev
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Rozimuhammed Abdulbakiev dirige l’Ittipak, la société nationale des Ouighours du Kirghizistan.
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Source
Irin (Nations Unies)
Référence « Interview with the chair of national Uyghur society », par Rozimuhammed Abdulbakiev, Irin, 17 février 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Notre organisation, Ittipak, a plusieurs objectifs : la préservation de la culture et de la langue ouighoure au Kirghizistan, la protection des Droits de l’homme, mais aussi le soutien d’une société ouverte. Nous souhaitons la paix et l’harmonie ethnique dans le pays. Le problème est que des responsables officiels et des médias nous ont déjà présenté comme des criminels et cela nuit à la vie de tous les jours des Ouighours ici. Nous avons aussi un problème lié à la disparition de notre langue.
Nous sommes considérés comme une organisation séparatiste par Pékin, mais pour le pouvoir totalitaire qui sévit là-bas, toute organisation s’opposant à lui est séparatiste. Nous sommes des citoyens kirghizes, mais nous ne sommes pas insensibles aux souffrances des Ouighours en Chine. Ils sont opprimés par les Hans qui limitent le nombre des naissances et s’attaquent à notre langue. Nous pensons que les Ouighours ont le droit à l’autodétermination et cela est interprété par Pékin comme du séparatisme.
Nous avons des contacts discrets avec la population ouighoure en Chine. Les gens ne viennent pas nous voir facilement car ils craignent des mesures de rétorsions.

« La Russie dans ses frontières antépétroviennes »
Auteur
Timour Aliev
Source
Izvestia (Fédération de Russie)
Référence « РОССИЯ В ГРАНИЦАХ РУСИ ДОПЕТРОВСКОЙ », par Timour Aliev, Izvestia, 21 avril 2005.
Résumé À la mi-avril a eu lieu à Tbilissi la dernière rencontre russo-géorgienne concernant la date de retrait des troupes russes. D’après l’ultimatum du parlement géorgien, la Russie doit fixer une date définitive pour le démembrement de ses bases avant le 15 mai, sinon Tbilissi la fixera elle-même. Il y a en ce moment deux bases militaires russes en Géorgie : en Adjarie et à Akhalkhali , en tout 3 000 soldats. Le départ est prévu depuis 1999 et l’accord d’Istanbul. La question de la date est ouverte et litigieuse, la Géorgie accorde trois ans, la Russie en veut onze.
Ce départ est politiquement justifié, la présence militaire russe n’a aucune influence sur la situation interne du pays. Le nouveau gouvernement géorgien a écarté le leader adjar Aslan Abachidze malgré la présence de troupes russes à Batoumi. Economiquement, le départ n’est pas une bonne chose, l’expérience du départ d’Allemagne est encore prégnante. D’après les militaires, ce retrait coûtera 300 millions de dollars. Il y a une autre raison qui fait que la Russie a intérêt à faire durer les négociations sur ces bases. L’attention est détournée de l’Abkhazie et de la présence de son contingent là-bas. Il n’est pas souhaitable pour elle de perdre son influence sur cette république tant qu’elle n’a pas clarifié son statut vis-à-vis de Moscou. Résoudre ce problème est impossible comme le prouve le rejet du projet de loi sur « l’opportunité d’intégrer au sein de la Fédération de Russie un nouveau sujet ». La Russie ne peut pas se permettre de perdre l’Abkhazie, sinon elle perdra encore un accès à la Mer Noire, après Batoumi, Odessa et Sébastopol. Mourmansk au nord et Novorossisk au sud ne sont pas les meilleurs points stratégiques pour des bases navales. Avec les autres pays de la Mer Noire qui s’apprêtent à intégrer l’OTAN, et les ports de la Baltique hors de son contrôle, la Russie se retrouverait pratiquement dans la situation de la Russie d’avant Pierre Ier, sans accès à la mer.

« Si l’Occident accentue sa pression, le meilleur ami du Turkmène sera le Russe »
Auteur
Andrei Grozin
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Andrei Grozin est directeur du département d’Asie centrale et Kazakhstan à l’Institut des pays de la CEI.
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Source
Strana.ru (Fédération de Russie)
Référence « Если Запад усилит давление, "лучшим другом туркмен" окажется Россия », par Andrei Grozin, Strana.ru, 20 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Niazov a annoncé la tenue d’élections en 2009, il a aussi annoncé que ce sont des compagnies états-uniennes (Berrington Ltd.) et anglaises (Trinity Commercial Enterprises Ltd.) qui vont construire la ligne de chemins de fer du Karakoum Magistral. Il s’agit d’une tactique d’enrobage appliquée lorsque la pression de l’Occident s’accentue. C’est la même politique que dans la première moitié des années 90. Les relations russo-turkmènes étaient au plus bas, c’est à l’époque que le fameux « blocus gazier » a eu lieu à cause des problèmes de Gazprom. Le Turkmenbachi voulait faire rentrer de grosses compagnies occidentales dans le pays, mais quand les relations avec les acheteurs russes se sont envenimées, elles ont fui. Aujourd’hui, à cause de ce qui s’est passé en Kirghizie, on parle de démocratie et de possibilités d’investissements. On va sans doute recommencer à parler du pipeline transafghan, au grand plaisir des compagnies occidentales. Cependant, si l’Occident accentue sa pression, le Turkménistan se tournera vers la Russie, telle est la politique de Niazov ces dernières années.
La fermeture de médias russophones et l’interdiction de s’abonner à des publications étrangères sont une conséquence de la situation que l’on observe dans le pays depuis 2002. Le pays construit son système médiatique avec ses propres conceptions de la sécurité. Ce rideau de fer à Achkhabad doit être insupportable pour certains, il concerne les journaux, la télévision et Internet. Paradoxalement, le seul journal russophone « Neutre Turkménistan » ressemble à la Pravda de la fin des années 70 pour ce qui est du pluralisme et de l’analyse. Ces fermetures sont dirigées vers la presse occidentale, on en a l’explication dans la presse russe. Le nationalisme est en vogue chez les masses turkmènes. Des voix qui défendent l’exclusivité turkmène et sa supériorité sur les autres ethnies se font entendre. Toutes les minorités, même la russe, ont des droits limités, l’enseignement dans les langues nationales a disparu.
D’un point de vue logique, le blocus informationnel de la Russie est absurde, mais pour un gouvernement se conçoit comme une forteresse assiégée, c’est normal. Il veut localiser les populations européennes critiques envers sa politique et les faire quitter le pays. S’il ne peut s’en séparer, il va les placer dans une réserve, les assimiler progressivement, c’est ce qui se passe actuellement avec l’information.

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