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Tribunes et décryptages - 28 avril 2005
L’affaire des visas allemands

Décryptage

The Washington Times ouvre dans ses colonnes un débat sur l’embargo contre Cuba, ce qui représente en soi une évolution notable : les choses ne vont plus de soi, la politique choisie devient discutable. Si la représentante républicaine de Floride, Ileana Ros-Lehtinen, poursuit sans surprise ses imprécations contre le gouvernement castriste, qu’elle accuse de pratiquer la torture, Sarah Stephens du CIP montre que, quoi que l’on pense de Cuba, l’embargo est une erreur. Le débat quitte la question quasi-religieuse du caractère maléfique ou non du régime communiste pour entrer dans celui du réalisme : seuls les États-Unis continuent à penser que Cuba est une dictature et se privent de commercer avec l’île. Pendant ce temps, le reste du monde en général et la Chine en particulier fait de bonnes affaires.

Le Premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, revient d’un voyage officiel en Chine où il est allé signer de nombreux contrats commerciaux en attente depuis des mois. La presse a eu le bon goût de ne pas remarquer que le président Chirac avait négocié ces contrats l’an dernier, sans les conclure, puis qu’il était parvenu à faire lever l’embargo européen sur les ventes d’armes à Pékin, et que son Premier ministre était venu récolter les fruits de cette politique. Quoi qu’il en soit, M. Raffarin se fend d’une tribune dans Le Monde pour annoncer qu’il a aussi discuté de la défense de l’industrie textile française face au déferlement de produits chinois autorisé par les accords de l’OMC. C’est l’occasion pour lui de célébrer l’Union européenne comme partenaire à la dimension de la Chine, et donc de « vendre » le Traité constitutionnel bientôt soumis à référendum.

Le Bundestag vient d’ouvrir une enquête parlementaire sur l’affaire des visas. Le ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer, est accusé d’avoir laissé se développer un trafic de visas qui a permis abusivement à des milliers de personnes, peut-être des dizaines de milliers, d’entrer légalement dans l’espace Schengen.
Le député (CDU) Reinhard Grindel, explique dans le Tageszeitung, qu’il suspecte M. Fischer d’avoir ouvert les vannes par volonté idéologique et d’être resté sourd aux rapports de son administration. De même que « l’enfer est pavé de bonnes intentions », le programme des rouges-verts a conduit en définitive à faciliter le trafic des êtres humains. L’idéal libertaire des soixante-huitard profite aux proxénètes.
L’écrivain très tendance, Wladimir Kaminer, s’insurge dans le Spiegel de cette vague de xénophobie. Les Allemands, qui ont toujours eu peur des hordes de l’Est, cherchent dans cette affaire de nouveaux boucs-émissaires. Désormais, à leurs yeux, les Ukrainiens sont tous des putes et des voleurs, entrés légalement chez eux à la faveur du laxisme des verts. L’eurodéputé vert allemand, Daniel Cohn-Bendit dénonce dans Die Zeit l’attitude de la CDU et affirme que l’ouverture des frontières n’était que la continuité de la politique amorcée avant l’arrivée au pouvoir de la coalition rouge-verte.
Répondant à ses détracteurs, Joschka Fischer fait amende honorable dans le Tageszeitung. Oui, il a commis une erreur. Oui, il a négligé les alertes de ses collaborateurs. Mais il était très occupé sur la scène internationale par des problèmes autrement plus importants.
Observateur distancié, le professeur en sciences des médias Hans-Jürgen Bucher sourit dans le même quotidien de la bête communiquante qu’est devenu M. Fischer. Le ministre incarne la personnalisation de la politique, c’est-à-dire son américanisation. Mais à force, cette assurance en soi ne devient-elle pas contre-productive ? Les Allemands brûlent aujourd’hui l’idole qu’ils ont adoré car trop de Fischer tue l’image de Fischer.

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28 avril 2005

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 EuCom : Contrôle de l’Europe

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« L’avenir des relations américano-cubaines »

Auteur Ileana Ros-Lehtinen

Ileana Ros-Lehtinen est députée républicaine de Floride et préside le sous-comité sur le Moyen-Orient et l’Asie centrale de la Commission des Relations internationales de la Chambre des représentants. Militante anti-castriste, elle est aussi co-rédactrice d’un projet de loi prévoyant des sanctions économiques contre la Syrie et ouvrant la voie à une intervention militaire.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence

« The future of Cuban - American relations », par Ileana Ros-Lehtinen, Washington Times, 26 avril 2005.

Résumé

Dans son second discours inaugural au début de cette année, George W. Bush rappela que la survie de la liberté dans notre pays dépend du succès de la liberté dans d’autres pays. Par essence, nous devons être du côté des opprimés et combattre les oppresseurs. Ce combat doit commencer dans notre propre hémisphère, à 90 miles de nos côtes. Là, le peuple cubain est toujours sous la coupe d’une dictature communiste anachronique, ennemie des États-Unis. Chaque jour, chaque année, des Cubains de tous âges, de toutes races et de toutes croyances sont envoyés en prison pour avoir osé critiquer le régime.
Tous vivent sous la coupe d’un régime terroriste dans des conditions que nous ne pouvons pas imaginer. La plupart des Cubains sont des dissidents qui ont peur d’affronter en face le régime stalinien, les autres sont prêts à tout risquer. Ceux là nous demandent de continuer notre politique et de priver leur dictateur de ressources. Pourtant, certains demandent de lever l’embargo et croient que le tourisme va guider Cuba vers la démocratie. Ils oublient que les hôtels des touristes sont à quelques mètres des geôles cubaines où on torture les hommes et où on viole les femmes. Dans cette île, les parents qui refusent que leurs enfants subissent un endoctrinement communiste peuvent être mis en prison. Ce n’est pas notre politique qui provoque cette situation, c’est celle de Castro.
Nous soutenons l’opposition pacifique au pouvoir cubain. Notre politique l’a renforcée, mais elle ne l’a pas créée. Nous devons l’aider sans faiblir.


« L’isolation est une stratégie obsolète »

Auteur Sarah Stephens

Sarah Stephens est directrice de la Freedom to Travel Campaign, un projet du Center for International Policy.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence

« Isolation is an outdated strategy », par Sarah Stephens, Washington Times, 26 avril 2005.

Résumé

Depuis 45 ans, les États-Unis ont une stratégie pour combattre le gouvernement Castro : isoler Cuba politiquement et économiquement. Mais les temps ont changé avec la chute de l’URSS et la globalisation. Aujourd’hui cette politique a pour seule conséquence de nous empêcher d’exercer une quelconque influence sur l’île.
Regardez les nations qui sont installées à Cuba ! La Chine est installée. Pendant 30 ans, les États-Unis ont tenté de faire quitter l’île à l’URSS et aujourd’hui, la place est occupée par la Chine. Le montant des échanges commerciaux entre ces pays s’élèvent à 400 millions de dollars cette année et un accord entre eux devrait le faire monter à 1,5 milliards d dollars dans les prochaines années. En échange, Pékin exploite le nickel de Cuba ; le nickel est classé comme un minerai sensible par le Pentagone en raison de son utilisation dans des programmes militaires.
Le Venezuela est là bas et Hugo Chavez et Castro discutent régulièrement de l’opportunité de cesser d’alimenter en pétrole les États-Unis. Le Canada est là-bas et ses compagnies pétrolières alimentent l’île. L’Union européenne y est également et s’efforce d’obtenir plus d’ouverture politique à Cuba par la discussion.
Au contraire, les États-Unis limitent les voyages vers Cuba, faisant perdre 400 millions de dollars à leurs compagnies aériennes et empêchant les Américano-Cubains d’aider leurs familles. Cette politique nous fait plus de mal que de bien et nous devons en changer.


« Retour de Chine »

Auteur Jean-Pierre Raffarin

Jean-Pierre Raffarin est Premier ministre français.

Source Le Monde (France)
Référence

« Retour de Chine », par Jean-Pierre Raffarin, Le Monde, 28 avril 2005.

Résumé

La renaissance de la Chine fascine et inquiète l’Europe. La Chine est en train de redevenir cette grande puissance qu’elle était avant 1800 en se basant sur une main d’œuvre bon marché peu qualifiée, mais aussi sur des cadres de haut niveau. L’Europe et la France doivent s’adapter à cette nouvelle donne en développant avec la Chine des relations équilibrées, de puissance à puissance. Nous devons davantage tirer profit des opportunités qu’offrent les nouveaux pôles de croissance mondiale et c’est le sens de ma visite là-bas : aider l’implantation des PME et de nos « champions nationaux ». La Chine est intéressée par la mise en place d’un partenariat. Ce souci de rééquilibrage des échanges nous guide dans la gestion du dossier textile. Les Chinois se sont montrés responsables et annoncent de nouvelles taxes sur leurs exportations. Nous respecterons les règles de l’OMC tout en étant fermes sur la sauvegarde de notre industrie.
Pour discuter avec la Chine, il faut une Europe forte. En 2005, la mondialisation prend une dimension accélérée. À l’émergence rapide de la Chine et de l’Inde viennent en effet s’ajouter un choc pétrolier ainsi que des déficits budgétaires et extérieurs américains considérables, qui fragilisent le dollar. La croissance européenne est soumise à ces chocs à la fois forts et simultanés. C’est le vrai visage de la mondialisation : de nouvelles potentialités de croissance durable, mais aussi des tensions sur les prix des matières premières et les taux de change qui retardent l’Europe. Tous les continents sont touchés par ces phénomènes et la Chine et l’Inde sont partagés entre régions en pleine ascension et celles encore en phase de reconversion.
Dans ce contexte, il faut construire une Europe forte, tout retard se paiera comptant. Grâce à l’euro, nous sommes à l’abri des turbulences monétaires, grâce à l’élargissement, nous avons atteint la « masse critique » nécessaire. Nous devons encore construire l’Europe politique et pour cela nous devons ratifier le traité constitutionnel. Seule l’Europe politique nous permettra de parler d’égal à égal avec les puissants. L’Europe politique nous protégera, mais cette protection ne se justifie qu’à condition de nous permettre d’organiser une stratégie de reconquête industrielle. Face à la mondialisation, le repli sur soi et le protectionnisme conduiraient à une inéluctable marginalisation. Dans cette optique de reconquête, le gouvernement français entend faire de 2005 l’année où les fruits des réformes entreprises depuis trois ans seront récoltés. La France joue aujourd’hui, avec l’Allemagne, un rôle actif pour que l’Europe équilibre sa politique de la concurrence par une politique industrielle plus volontariste. La France œuvre pour une Europe qui soutient et pilote des grands programmes, comme hier Ariane ou Airbus, demain ITER et Galiléo. Nous devons également développer les emplois hautement qualifiés et peu délocalisables chez nous. Tout cela ne se fera pas au détriment de notre politique sociale.
L’Europe politique, le volontarisme industriel et l’adaptation de notre modèle social constituent les axes de réponse que le gouvernement apporte aujourd’hui à la mondialisation. Face aux États-Unis, à la Chine, et bientôt à l’Inde, notre chance sera la force de l’Europe pour éviter la guerre des emplois.


« Fisher était au courant »

Auteur Reinhard Grindel

Ancien journaliste télé à la ZDF, Reinhard Grindel est député CDU au Bundestag.

Source Die Tageszeitung (Allemagne)
Référence

« Fischer hat zugeschaut », par Reinhard Grindel, Die Tageszeitung, 15 février 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Le ministre des Affaires étrangères est désolé de ce que la politique rouge-verte des visas ait entraîné des dérapages, ce n’est pas suffisant pour l’opposition. Les collaborateurs de Fisher, particulièrement à l’ambassade de Kiev, désapprouvaient cette politique laxiste favorisant la criminalité. Nous voulons connaître l’ampleur de la responsabilité et en tirer ensuite les conséquences. Nous voulons savoir ce qu’il savait, ce qu’il a toléré et ce qu’il a ordonné. Il est possible que des fraudes aient eu lieu avant 1998, Kinkel avait déjà allégé les formalités de visa dans le gouvernement Kohl, mais ce sont les rouges-verts qui ont institué le carnet de voyage (relatif à l’assurance) que les criminels ont utilisé comme laisser-passer pour l’Allemagne. Les Verts voulaient sans doute mettre fin à la politique restrictive de l’Union.
On doit trouver les raisons politiques qui ont fait que des femmes ont été plus aisément contraintes à la prostitution. Les services savaient très bien que ces jeunes Ukrainiennes qui recevaient des invitations provenant de « clubs de loisirs » allaient être employées dans des bordels. Je n’arrive pas à croire qu’on ait occulté de telles informations au ministère. Fisher a ignoré de nombreux avertissements : des fonctionnaires, du ministère de l’Intérieur, des collègues français. Je me demande ce que font les femmes vertes. Je comprends qu’il leur faille rester unies, mais il ne faut tout de même pas ignorer la prostitution forcée sous le prétexte de protéger une espèce d’ouverture excentrique au monde et à un parrain.


« L’Allemagne doit sortir du parking souterrain »

Auteur Wladimir Kaminer

D’origine russe et ayant émigré en Allemagne en 1990, Wladimir Kaminer est animateur radio et écrivain à succès, il est l’un des grands noms de l’avant-garde littéraire allemande.

Source Der Spiegel (Allemagne)
Référence

« Deutschland muss raus aus der Tiefgarage », par Wladimir Kaminer, Der Spiegel, 14 mars 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Cette affaire des visas a une incidence sur tous les étrangers. Ils constituaient déjà un sujet sensible, ils sont désormais victimes des dommages collatéraux causés par la tentative de chasser Fischer de son poste. Depuis 15 ans que je suis arrivé de Moscou à Berlin, j’essaye de rapprocher les cultures et aujourd’hui les médias propagent à l’unisson l’idée selon laquelle les Ukrainiens, il y a peu célébrés comme des héros de la démocratie, ne sont qu’une horde de voleurs, de tueurs et de maquereaux. Les Allemands qui ont autant de perspectives que s’ils vivaient dans un parking souterrain représentent un terreau fertile pour ce genre d’idées. Les hordes venues de l’Est avaient joué un rôle important dans la propagande hitlérienne.
Les travailleurs au noir venus d’Ukraine sont très populaires chez ceux qui les exploitent, beaucoup moins parmi les cinq millions de chômeurs. Fischer a fait en sorte qu’aucun soldat allemand n’aille se faire sauter en Irak, c’est plus important que la gestion du consulat de Kiev. Plus le régime des visas sera restrictif, plus la proportion de criminels sera grande. Ils ont de l’argent, pas de scrupules, ils trouveront toujours un moyen. Parmi mes amis, seulement un sur dix environ a obtenu un visa après en avoir fait la demande. Après cette affaire, et grâce à la CDU et aux médias, c’est un sur cent qui recevra un visa. Je propose au gouvernement de fermer tous les consulats à l’Est, l’Allemagne sera plus sûre.
Les victimes de cette affaire sont les Allemands, la campagne a insufflé la peur de l’étranger. Les Allemands préfèrent mourir dans le dénuement plutôt que d’accepter des étrangers qui vont relancer la consommation. Ils ont besoin d’un nouvel ennemi après la chute du communisme : les islamistes, les prédicateurs de haines, les terroristes dormants des pays arabes. Les Vietnamiens sont des revendeurs de cigarettes, les Nigérians des dealers d’héroïne et désormais les Ukrainiens des putes et des voleurs.
J’ai obtenu le statut de réfugié en 1990, en tant que juif d’ex-URSS, nous étions les premiers à ne pas avoir une utilité pratique, au contraire des Italiens et des Turcs dans les usines et des Thaïlandaises dans les bordels. J’ai depuis reçu la nationalité allemande, mais à chacune de mes conférences, il se trouve toujours quelqu’un pour me demander, pas du tout méchamment, « quand rentrez-vous en Russie ? ».


« Les verts doivent arrêter de geindre »

Auteur Daniel Cohn-Bendit

Ancien meneur des manifestations étudiante de mai 68 en France, Daniel Cohn-Bendit est député européen vert co-président du groupe des Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen.

Source Die Zeit (Allemagne)
Référence

« Die Grünen sollten aufhören zu jammern », par Daniel Cohn-Bendit, Die Zeit, 24 février 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

La directive Volmer n’a rien a voir avec l’idéologie verte. Fischer lui même a peu de sympathie pour les gens qui se disent bons. Il s’agit simplement d’une continuité de la politique allemande d’ouverture à l’Europe de l’Est. Tout gouvernement allemand s’est demandé quelle devait être son attitude après la chute du communisme, la première décision importante du gouvernement Kohl fut un accord avec la Pologne et sur pression des défenseurs des libertés, l’ouverture des frontières allemandes au tourisme…
La politique des visas vis à vis de l’Est était trop restrictive, les rouges-verts ont pris les mesures pour faciliter la circulation des personnes, cela a créé une brèche dans laquelle se sont engouffrés les criminels et les passeurs. Bien sur c’est un devoir moral quand on ouvre les frontières de faire en sorte que les trafiquants n’en profitent pas mais je pense que le trafic humain ne se combat pas à l’aide de visas. Pour moi le certificat de solvabilité est dangereux et asocial. Walter Benjamin est mort dans sa fuite devant les nazis parce qu’on le lui avait refusé.
Fischer doit s’expliquer clairement et le plus vite possible sur cette affaire. Ce qu’il ne faut pas c’est que l’on dise que des erreurs ont été commises sans dire lesquelles. Pour leur défense, les verts doivent confronter la CDU à sa propre politique extérieure. En janvier 2005 par exemple, le Parti Populaire Européen (PPE) a proposé un assouplissement du régime des visas pour les Ukrainiens au parlement européen. Cela a été adopté et tous les députés CDU, CSU et FDP l’ont voté. Les verts auraient du s’expliquer il y a 3 mois déjà, quand les faits ont été connus.
Il y a une espèce de réflexe chez les verts à considérer que la pensée sécuritaire est réactionnaire quand elle s’applique à la politique envers les étrangers. C’est un cercle vicieux et le gros problème des verts. On ne peut pas à la fois être le défenseur des Droits de l’Homme et être le chef de la police.


« Comment pouvez-vous savoir ce que je pense ? »

Auteur Joschka Fischer

Joschka Fischer est ancien ministre vert allemand des Affaires étrangères. Il est aujourd’hui professeur à Harvard.

Source Die Tageszeitung (Allemagne)
Référence

« Woher wissen Sie, was ich denke ? », par Joschka Fischer, Die Tageszeitung, 13 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Il ne s’agit ni de la fin de l’union rouges-verts, ni de la chute de celui qui fut un jour le politicien préféré de ce gouvernement. Les temps sont difficiles aussi bien pour la coalition gouvernementale que sur le plan personnel, mais nous avons un contrat de 4 ans avec les électeurs à remplir, pour la rénovation écologique et sociale du pays, et ça, même dans les conditions les plus difficiles. Je ne rejette pas la faute sur mes collaborateurs dans cette affaire de visas. Je suis pour le principe de la responsabilité ministérielle et je reconnais mes fautes. J’ai eu le tort de penser que l’allègement des contrôles pour les visas, engagé par le gouvernement Kohl, pouvait être poursuivi. J’aurais du réagir plus tôt quand le nombre de visas accordés a explosé à Kiev entre 2000 et 2002. Ces excès ne sont cependant pas le résultat de la circulaire Volmer, il s’agit d’une attaque politique.
Je n’ai pas été attentif à ces questions, il y avait à l’époque la guerre au Kosovo, les attentats du 11 septembre, l’Afghanistan, l’élargissement de l’Union européenne. De plus, je n’ai personnellement aucune expérience en matière de droit des visas, je n’étais pas sensibilisé. Les bureaux des compagnies de tourisme et des assurances de voyage impliquées dans ces abus ont été fermés en 2001 et 2002. En 2004, le nombre de visas accordés à Kiev est revenu au niveau de 1998.
Les médias se saisissent de détails comme la criminalisation de la délivrance des visas à Pristina, mais avec trois millions de visas à l’année, on ne peut exclure les erreurs. C’est un travail difficile de jongler entre sécurité et liberté de circuler. Cette liberté de circuler a contribué à la démocratisation de l’Europe de l’Est et cette démocratisation renforce notre sécurité. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que la société multiculturelle est dépassée, elle est une réalité. Victor Yushchenko a intelligemment suggéré de faciliter d’abord la circulation de certains groupes comme les scientifiques, les managers et les étudiants. Je n’ai rien a cacher, je ne sais pas quel impact auront mes explications fin avril, mais je suis pour la vérité, rien que la vérité.


« Trop de Fischer ne tue-t-il pas Fischer ? »

Auteur Hans-Jürgen Bucher

Hans-Jürgen Bucher est professeur en science des médias à l’Université des Trèves.

Source Die Tageszeitung (Allemagne)
Référence

« Die Frage ist, ob so viel Fischer gut ist für Fischer », par Hans-Jürgen Bucher, Die Tageszeitung, 26 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Fischer a été convaincant lors de sa prestation télévisée, moins ennuyeux que prévu, avec tact et aveux. Il avait qualifié un jour le chancelier Kohl de « bouddha en chair ». On a aussi eu l’impression que Fischer s’était donné cet idéal : être le moins possible sensible a son environnement et poursuivre imperturbablement sa stratégie. Il a été offensif, il a attaqué les membres de l’opposition qui participent au gonflement du scandale, parlant de leur double morale, de leur propagande, des coups bas. Après la prestation de l’ancien ministre d’État Volmer (qui a donné son nom à la circulaire) la semaine dernière, on a pu voir qui était le plus habile. Cela a probablement amusé la galerie.
Fischer avait deux stratégies : d’abord il y a eu continuité de la politique des visas du gouvernement Kohl, ensuite, les dirigeants régionaux de la CDU et de la CSU avaient préconisé une politique encore plus libérale. C’est une bonne démonstration de la double morale. Les partisans de Fischer seront satisfaits de sa prestation, ses adversaires seront confortés dans leur idée qu’il est arrogant et prétentieux. Si par « américanisation » de la société on entend personnalisation de la vie politique, alors le personality show appelé « Joschka Fischer » est un bon exemple. La question est de savoir si autant de Fischer est bon pour Fischer. L’américanisation signifie aussi que tout est placé sous le diktat du divertissement. Ce qui sera décisif, c’est le traitement que les médias vont réserver à cette audience. Les plus sérieux critiqueront le fait qu’il n’a rien éclairci de l’affaire, les moins sérieux constateront qu’il a eu besoin de lire ses notes plus d’une fois.


 



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« La fondation Bertelsmann », par Pierre Hillard


L'effroyable imposture 2


« 11 septembre, la faillite des médias » par David Ray Griffin


 

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