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Tribunes et décryptages - 29 avril 2005
Vladimir Poutine très courtisé
Décryptage
La politique de re-nationalisation des ressources naturelles russes, la hausse des cours du pétrole et la politique états-unienne au Proche-Orient ont fait de la Russie une alternative pour les pays qui s’inquiètent des vues de Washington dans la région. La visite de Vladimir V. Poutine en Égypte, en Israël et dans les territoires palestiniens est donc l’occasion pour ces pays, tous très dépendants des États-Unis, de s’affranchir un peu de la tutelle états-unienne en développant les relations bilatérales avec Moscou.
En Russie, les réactions des responsables russes à cette visite ne sont pas encore publiées. Prudent, on préfère attendre son dénouement. Cela n’empêche pas toutefois les responsables égyptiens de faire une entreprise de charme en direction de l’opinion russe. Ainsi, dans une interview à Vremya Novostyey, le directeur du journal gouvernemental égyptien Al-Ahram, Ibrahim Nafie, déplore que la Russie et l’Égypte n’aient plus la proximité de l’époque Khrouchtchev-Nasser. Il affirme que les deux États ont tout à gagner à développer leurs relations. Il estime que son pays est le leader du monde arabe et que si la Russie souhaite peser sur la région, cela passe par un développement des relations entre Le Caire et Moscou. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Abul Gheit, va plus loin dans une interview à Nezavissimaïa Gazeta. Il demande que la Russie s’associe à l’Égypte dans la résolution du conflit israélo-palestinien et aide l’Égypte à développer un programme nucléaire civil tout en demandant à Israël de signer le Traité de non-prolifération. Sans citer les États-Unis, il affirme que son pays et la Russie ont tout à craindre de ceux qui instrumentalisent la démocratisation. Alors que les textes des néo-conservateurs concernant Le Caire se multiplient, l’Égypte demande l’aide de Moscou pour échapper à une éventuelle « révolution colorée ».
Les risques de ce type de « révolution » sont bien moindres en Israël, mais Tel-Aviv souhaite également se rapprocher de la Russie dont elle dépend dans le domaine de l’énergie. La visite de Vladimir Poutine intervient également à un moment où l’on craint en Israël que Tel-Aviv se retrouve désormais totalement inféodé aux décisions états-uniennes et ne jouisse plus de la marge de manœuvre dont il disposait lors du premier mandat de George W. Bush.
Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères israélien, Ron Prosor, se réjouit dans Ha’aretz de la première venue d’un chef d’État russe en Israël de l’Histoire. Deux mois après avoir plaidé pour un rapprochement d’Israël avec l’OTAN, l’auteur réclame un développement des relations bilatérales israélo-russe. Il constate les différends concernant l’Iran et la vente de missiles à la Syrie, mais souhaite que ces questions soient dépassées par le développent des relations commerciales. Faisant un parallèle entre la situation dans les territoires palestiniens et en Tchétchénie, il invite également Moscou à s’associer à Israël dans une lutte commune contre le « terrorisme » et au nom d’un héritage culturel commun. Toutefois, pour beaucoup d’Israéliens, la Russie apparaît encore comme le pays des persécutions. Nickolai Butkevich, directeur de l’Union of Councils for Jews in the Former Soviet Union, et Yosef I. Abramovitz, PDG de Jewish Family & Life, se livrent à un difficile exercice diplomatique dans le Jerusalem Post. Les deux auteurs louent les prises de positions de Vladimir Poutine contre l’antisémitisme, mais s’inquiètent de la croissance des groupes skinheads en Russie. Tout en se montrant très cordiaux envers l’invité d’Israël, ils dévient de la question de l’antisémitisme pour affirmer que la situation pour les juifs russes serait meilleure si les partis pro-occidentaux étaient davantage développés dans le pays et si le pouvoir russe était moins centralisé, bref, si les souhaits de Washington concernant l’évolution de la Russie se réalisaient.
La Syrie a achevé cette semaine le retrait de ses troupes du Liban. Au lendemain de ce départ, Le Figaro publie trois tribunes s’en réjouissant dans des termes proches. Tous ces textes partent du même postulat de départ : le retrait syrien est une victoire, mais il faut aller plus loin et ne pas faire cesser la pression contre Damas et ses alliés au Liban. En effet, pour ceux qui rêvent d’utiliser la situation au Liban pour renverser le régime syrien, il y a un risque que l’alliance entre Paris et Washington pour obtenir ce départ ne cesse dès le dernier soldat syrien parti.
Pour le porte parole du général Michel Aoun, Farès Louis, il ne faut pas croire que le combat soit fini. Le départ des troupes n’est qu’un début et il maintient que la Syrie n’a pas totalement abandonné son souhait d’annexion. Il appelle à un rassemblement des Libanais et à une refonte des institutions du pays sans préciser le régime qu’il appelle de ses vœux.
L’analyste atlantiste libanais, Antoine Basbous, ancien porte-parole des milices pendant les massacres de Sabra et Chatila, regarde pour sa part du côté du Hezbollah. Le désarmement de la résistance libanaise doit désormais être la prochaine étape. Il faut faire pression sur ce parti pour qu’il démantèle sa branche militaire. Selon lui, le Liban n’est plus menacé et la militarisation de cette structure ne s’impose pas. Il appelle la communauté internationale à exiger ce désarmement et à continuer ses pressions sur Damas pour renverser Bachar El Assad. L’ambassadeur israélien en France, Nissim Zvili, s’en prend également au « parti de Dieu ». Présentant le Hezbollah comme un groupe agressant Israël et menaçant le processus de paix israélo-palestinien, il appelle la communauté internationale à forcer le Hezbollah à rendre les armes. Il réitère également une demande israélienne ancienne concernant la mise du parti chiite libanais dans la liste des organisations terroristes établie par l’Union européenne.
Toutes ces analyses tiennent pour acquis que c’est la Syrie qui est derrière l’assassinat de Rafic Hariri et qu’elle est aujourd’hui derrière les attentats de Beyrouth. Ces affirmations gratuites visent à pousser la France à continuer à affaiblir les ennemis d’Israël.
Réseau Voltaire
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29 avril 2005
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CentCom : Contrôle du « Grand Moyen-Orient »
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Le président Poutine trouvera un moyen d’influencer Israël »
Auteur
Ibrahim Nafie
Source
Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence « Президент Путин найдет способ воздействовать на Израиль », par Ibrahim Nafie, Vremya Novostyey, 27 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Khrouchtchev est venu en Égypte en Mai 1964 et ce fut un évènement grandiose. L’URSS avait construit le barrage d’Assouan pour les Égyptiens, et le leader soviétique était venu assister à la cérémonie d’inauguration. Ce fut un symbole de notre coopération, ce barrage permit à l’Egypte de résoudre de nombreux problèmes. La foule acclamait les leaders partout où ils passaient. D’autres présidents étaient présents, comme l’irakien Abdel Salam Aref. Ils voulaient tous s’entretenir avec la délégation soviétique.
Cette visite est différente ; tout a changé, Krouchtchev était resté plusieurs semaines en Égypte, alors que Vladimir Poutine ne reste même pas 24 heures. À l’époque, Krouchtchev avait remis l’étoile de héros de l’Union Soviétique au président Gamal Abdel-Nasser et à son vice-président Abdel Hakim Amer. La visite actuelle est importante, essentiellement pour la résolution du problème palestinien. Il faut utiliser ce moment opportun. Les Arabes espèrent que Poutine va réussir à influencer Israël et les convaincre de respecter le plan international de résolution du conflit.
Il n’y a pas de base américaine sur le sol égyptien. Je le dis sans fausse modestie, l’Égypte est le leader du monde arabe. Un conflit impliquant Israël aurait un effet des plus négatifs sur notre pays. Indépendamment de nos bonnes relations avec Washington, nous voulons développer nos relations avec les Russes. L’Égypte reçoit un peu plus de deux milliards d’aide militaire des États-Unis et Israël trois milliards. Cette décision a été prise après la signature en 1979 des accords de paix entre Israël et l’Égypte. Nous souhaitons aussi développer la collaboration militaire avec la Russie.
Il n’y a pas actuellement de politicien susceptible de concurrencer Hosni Moubarak, je pense qu’une majorité d’Égyptiens se prononcera en sa faveur lors des premières élections au suffrage universel qui auront lieu cet automne.

« L’Egypte attend de Poutine le nucléaire civil »
Auteur
Ahmed Abul Gheit
Source
Nezavissimaïa Gazeta
Référence « ЕГИПЕТ ЖДЕТ ОТ ПУТИНА МИРНЫЙ АТОМ », par Ahmed Abul Gheit, Nezavissimaïa Gazeta, 27 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Le président Hosni Moubarak s’est déjà rendu à quatre reprises à Moscou. Mikhaïl Fradkov et Sergueï Lavrov sont venus en Égypte l’année dernière. Nous essayons de renforcer la coopération bilatérale sur le plan culturel et économique, pour élever le niveau de nos relations politiques. Le Caire et Moscou coordonnent activement leurs positions sur les problèmes globaux et régionaux majeurs. Avant tout la question palestinienne, la situation en Irak et la lutte contre le terrorisme international. Il est important de noter que nos positions sur ces problèmes sont pratiquement identiques.
La Russie est devenue le troisième pays par la quantité de touristes qui visitent l’Égypte, ils ont été 700 000 en 2004 contre 586 000 en 2003. Des négociations sont actuellement en cours pour une collaboration dans le domaine du nucléaire civil ; nous consultons des spécialistes à ce sujet. Hosni Moubarak s’était prononcé dès 1990 pour un Proche-Orient sans nucléaire. Nous continuons à penser que les armes nucléaires constituent un danger pour la région. L’Égypte exige d’ailleurs que l’Israël, le seul pays du Proche-Orient n’ayant pas signé les accords sur la non-prolifération, la rejoigne et ne soit pas un obstacle à ce Proche-Orient sans arme nucléaire. L’Égypte est aussi attentive au respect par les Iraniens des accords sur leur programme civil.
Pour combattre le terrorisme, il est indispensable d’agir sur le plan sécuritaire mais aussi dans les sphères politique, économique et sociale. Le terrorisme n’a pas de religion ni d’ethnie, c’est un phénomène global qui menace toute la planète. Nos deux pays sont convaincus du fait que ce combat exige un renforcement de l’association de tous les pays du monde et une activation de l’ONU. Il faut arrêter les doubles standards envers ce phénomène, il est inadmissible de mélanger combat contre les terroristes et défense des Droits de l’homme. La coopération doit être renforcée pour l’échange de terroristes et l’on ne doit pas leur accorder l’asile politique.
La modernisation de l’Égypte a commencé il y a plus d’un siècle, ce processus continue en adéquation avec les spécificités socioculturelles du pays et a une vitesse permettant de garantir la sécurité et la stabilité. La récente modification de la constitution est un grand pas en avant. Il y a de nombreuses initiatives, comme le projet de « grand Moyen-Orient », le partenariat avec l’Europe ou le document signé au sommet de Tunis. L’utilisation de l’idée de « démocratisation du monde arabe » comme slogan ne correspond pas à la réalité et contredit elle-même la démocratie. Ce processus doit venir de l’intérieur et il est indissociable des problèmes régionaux, avant tout israélo-palestiniens. La violence et le terrorisme sont un problème en Irak, ainsi que la volonté par certaines forces de propager la guerre interethnique ou interconfessionnelle. Le processus politique doit continuer, afin de résoudre le problème de la présence de forces étrangères.

« Une visite historique »
Auteur
Ron Prosor
Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « A historic visit », par Ron Prosor, Ha’aretz, 26 avril 2005.
Résumé Le drapeau blanc-bleu-rouge flottant dans les rues de Jerusalem est la preuve d’une visite historique, celle de Vladimir Poutine. C’est la première visite d’un dirigeant russe en Israël. La mort de Yasser Arafat a transformé le climat dans la région et c’est pour cela que nous avons eu plus de visites de dirigeants étrangers ces derniers temps. Toutefois, cette visite n’est pas une visite de plus, c’est un événement. Non seulement c’est la première visite d’un chef d’État russe, mais en soi la venue d’un représentant de la Russie est importante car la Russie est une puissance influente dans la région. Via les liens que Moscou a avec les pays arabes, la Russie a grandement contribué à la stabilité régionale. La Participation de la Russie au Quartet diplomatique est un symbole de ce statut.
Les dialogues entre Israël et la Russie touchent de nombreux sujets et sont marqués par l’ouverture et la franchise. Israël n’a pas caché son hostilité à la vente d’armes à la Syrie. Dans le même temps cependant, nos deux pays sont confrontés au terrorisme et essayent de le combattre dans le cadre démocratique. Malheureusement, la Russie ne semble pas comprendre que la façon dont nos deux pays combattent le terrorisme est la même. Il existe toujours un fossé entre nos perceptions des politiques iraniennes, même si Moscou s’est rapproché de notre point de vue.
Nos relations économiques bilatérales sont bonnes et se fondent sur des éléments culturels. Plus d’u million d’Israéliens sont originaires de Russie ou d’ex-URSS. Aujourd’hui, le montant de nos échanges s’élève à 1,2 milliards de dollars par an, sans compter le pétrole. Poutine est désireux de combattre l’antisémitisme dans son pays mais beaucoup reste à faire. Beaucoup de sujets seront abordés et Poutine sera accueilli en ami.

« Aller au delà des images »
Auteurs
Nickolai Butkevich , Yosef I. Abramovitz
Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « Getting beyond images », par Nickolai Butkevich et Yosef I. Abramovitz, Jerusalem Post, 28 avril 2005.
Résumé La visite de Vladimir Poutine en Israël est historique. Aucun dirigeant du Kremlin n’était jamais venu en Israël depuis 1948 et aucun de ses prédécesseurs n’avaient fait autant de gestes en direction de la communauté juive russe. Il n’y avait jamais eu autant de liberté religieuse pour les juifs en Russie et cela est largement dû à Poutine.
Toutefois, les menaces demeurent. Poutine, en contradiction avec sa rhétorique pro-juive, a accordé une grande audience dans les chaînes de télévision gouvernementales à des partis antisémites comme le parti de Jirinovski et au bloc de la mère patrie. Par contre, Yabloko et l’Union des forces de droite, qui militent tous deux pour plus de tolérance religieuse, n’ont pas eu accès aux médias et ont été éliminés de la Douma, où ils ont été remplacés par des partis extrémistes. Si l’on ajoute les voix du parti communiste, à la rhétorique antisémite également, aux voix recueillies par ces partis, on observe que 33 % des Russes ont voté pour un parti antisémite. Dans ce contexte, rien d’étonnant que 19 députés de la Douma aient envoyé en janvier une lettre au procureur général de Russie où ils qualifient la religion juive de religion « satanique » et où ils prétendent que les juifs tuent rituellement les enfants chrétiens.
Poutine a condamné l’antisémitisme, mais jamais nominalement les antisémites, de peur sans doute de s’aliéner définitivement leur électorat. L’antisémitisme demeure important en Russie et beaucoup de crimes antisémites ont lieu sans que les auteurs soient inquiétés. On constate une explosion du nombre de groupes néonazis en Russie depuis 2000, et il y aurait entre 15 et 20 000 skinheads en Russie selon la police, 50 000 selon certaines organisations.
On s’est focalisé sur l’antisémitisme en Europe occidentale, mais le problème en Russie est inquiétant. Compte tenu de la concentration des pouvoirs, que se passera-t-il en 2008 si le pouvoir est pris par un nationaliste antisémite à Moscou ? Israël doit accueillir Poutine en ami, mais il ne doit pas oublier les failles de sa politique.

« Un Liban uni, pont entre l’Orient et l’Occident »
Auteur
Farès Louis
Source
Le Figaro (France)
Référence « Un Liban uni, pont entre l’Orient et l’Occident », par Farès Louis, Le Figaro, 27 avril 2005.
Résumé La visite de Vladimir Poutine en Israël est historique. Aucun dirigeant du Kremlin n’était jamais venu en Israël depuis 1948 et aucun de ses prédécesseurs n’avaient fait autant de gestes en direction de la communauté juive russe. Il n’y avait jamais eu autant de liberté religieuse pour les juifs en Russie et cela est largement dû à Poutine.
Toutefois, les menaces demeurent. Poutine, en contradiction avec sa rhétorique pro-juive, a accordé une grande audience dans les chaînes de télévision gouvernementales à des partis antisémites comme le parti de Jirinovski et au bloc de la mère patrie. Par contre, Yabloko et l’Union des forces de droite, qui militent tous deux pour plus de tolérance religieuse, n’ont pas eu accès aux médias et ont été éliminés de la Douma, où ils ont été remplacés par des partis extrémistes. Si l’on ajoute les voix du parti communiste, à la rhétorique antisémite également, aux voix recueillies par ces partis, on observe que 33 % des Russes ont voté pour un parti antisémite. Dans ce contexte, rien d’étonnant que 19 députés de la Douma aient envoyé en janvier une lettre au procureur général de Russie où ils qualifient la religion juive de religion « satanique » et où ils prétendent que les juifs tuent rituellement les enfants chrétiens.
Poutine a condamné l’antisémitisme, mais jamais nominalement les antisémites, de peur sans doute de s’aliéner définitivement leur électorat. L’antisémitisme demeure important en Russie et beaucoup de crimes antisémites ont lieu sans que les auteurs soient inquiétés. On constate une explosion du nombre de groupes néonazis en Russie depuis 2000, et il y aurait entre 15 et 20 000 skinheads en Russie selon la police, 50 000 selon certaines organisations.
On s’est focalisé sur l’antisémitisme en Europe occidentale, mais le problème en Russie est inquiétant. Compte tenu de la concentration des pouvoirs, que se passera-t-il en 2008 si le pouvoir est pris par un nationaliste antisémite à Moscou ? Israël doit accueillir Poutine en ami, mais il ne doit pas oublier les failles de sa politique.

« Les dilemmes du Hezbollah »
Auteur
Antoine Basbous
Source
Le Figaro (France)
Référence « Les dilemmes du Hezbollah », par Antoine Basbous, Le Figaro, 27 avril 2005.
Résumé L’heure de vérité approche à grands pas pour le Hezbollah. Pourra-t-il sauver son statut de « résistant » après le retrait syrien, alors qu’il a été re-qualifié en « milice » à désarmer ? Aujourd’hui, le Liban n’a plus de territoires occupés par Israël puisque l’ONU a tranché, et les fermes de Chebaa doivent être rendues à la Syrie. Ce jugement condamne le parti de Dieu à désarmer et cela gène autant Damas que Téhéran, qui perdrait ainsi un outil stratégique. Le Hezbollah devra surtout se priver de son armement lourd. Ce désarmement est surtout gênant pour Damas qui a toujours veillé à instaurer des forces parallèles au gouvernement libanais afin d’entretenir le désordre. C’est ce que la Syrie avait fait avec l’OLP dans les années 70. C’est ce qui avait conduit aux invasions israéliennes.
Toutefois, aujourd’hui, les temps ont changé. La Syrie est contrainte de partir sous les huées de sa « colonie » libanaise et elle laisse derrière elle les statues de la famille Assad vandalisées par la population des zones où elles sont été imposées. Les Libanais garderont un souvenir exécrable de cette armée de pilleurs syriens, qui les a terrorisés. L’assassinat de Hariri a brutalement accéléré l’achèvement de l’occupation syrienne, qui prélevait au Liban 4 milliards de dollars par an, en moyenne. La dette publique du pays du Cèdre s’élève aujourd’hui à près de 40 milliards de dollars. Jusque-là l’opposition libanaise n’avait pas osé défier le Hezbollah. Tous les dirigeants politiques redoutent les hommes du charismatique chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Ce dernier rencontre désormais un vrai dilemme : doit-il privilégier ses périlleuses « alliances » régionales au détriment de la réelle aspiration de sa communauté à vivre dans un Liban libre et indépendant ?
Plusieurs défis attendent le Hezbollah :
Sa survie après la chute prévisible de son principal parrain. Né d’un « PACS » au début des années 80 entre l’idéologie khomeyniste et le régime allaouite, le Hezbollah ne pourra pas survivre longtemps à la dépression syrienne. Pire, la perspective d’organiser des élections libres en Syrie, dans la foulée de la lente démocratisation des pays de la région, condamnera les Alaouites (11% de la population) à céder le pouvoir à l’écrasante majorité sunnite. Le croissant chiite sera interrompu à Damas. Le Hezbollah deviendra aussitôt orphelin et perdra son hégémonie artificielle. Car, ne l’oublions pas, ce courant représente seulement une partie de la communauté chiite, laquelle compte près du quart de la population libanaise.
La révision de son projet idéologique. Les Libanais sont reconnaissants au Hezbollah d’avoir chassé Israël, mais ils ne se reconnaissent pas dans l’idéologie de ce parti. Le Hezbollah veut exporter son savoir faire aux radicaux Palestiniens pour mener une guerre d’usure contre Israël dont les Libanais ne veulent pas. Ils estiment avoir suffisamment payé pour les autres en sacrifiant leurs vies et leurs intérêts, pour laisser à chaque État arabe le soin de se débrouiller. Le Hezbollah va devoir tenir compte de cela, réviser son idéologie et donc se couper de son parrain iranien. S’il accepte de devenir exclusivement libanais, il rejoindra la dynamique de libération nationale, incarnée par les autres communautés. Ce serait dommage pour lui d’avoir autant contribué à la fin de l’occupation israélienne et d’apparaître comme un obstacle à la fin de la colonisation syrienne.
Le futur statut du Hezbollah commande son avenir. Aujourd’hui, le Hezbollah doit se désarmer et se débarrasser à la fois de ses armes et de son illusoire projet jihadiste.
Bachar el Assad a d’abord répondu aux pressions de l’ONU en pratiquant la politique de la terre brûlée, en faisant commettre des attentats à ses partisans. Ce faisant, il s’est isolé. Pour que Damas lâche prise, il serait beaucoup plus efficace d’exercer des pressions en Syrie même, où le régime a perdu sa raison d’être et vient de perdre son prestige ainsi une large partie de ses ressources financières, jusque-là prélevées au Liban. Le Hezbollah serait bien inspiré de méditer le nouveau rapport des forces, pour muer et rejoindre le consensus patriotique.

« L’autre moitié du problème »
Auteur
Nissim Zvili
Source
Le Figaro (France)
Référence « L’autre moitié du problème », par Nissim Zvili, Le Figaro, 27 avril 2005.
Résumé L’assassinat de Rafic Hariri, qui a déclenché le retrait syrien, a réveillé les consciences sur un fait : l’inféodation du Liban à la Syrie. Toutefois, cette situation ne doit pas faire oublier l’autre moitié du problème : la domination du Hezbollah dans ce pays. Le Liban ne sera libre que si l’on s’attaque aux deux aspects du problème. Unis contre Israël pour déstabiliser la région, l’Iran des ayatollahs et la Syrie d’inspiration baasiste, à première vue opposés, se servent du levier du Hezbollah pour maintenir la tension. Il leur sert de bras armé sans qu’ils aient à s’investir directement. De plus, pour l’Iran, le Hezbollah est aussi un instrument d’exportation de la révolution islamique.
Pour parvenir à appliquer son programme intégriste et antisémite, le Hezbollah joue sur le tableau social via ses actions caritatives et sa chaîne Al-Manar, se déguise en parti politique. Mais le Hezbollah a beau se déguiser en parti respectable, il demeure un organe qui possède une branche armée opérante et des buts de guerre limpides : la destruction d’Israël. Existe-t-il au monde un « parti » représenté au Parlement qui a la capacité de frapper partout dans le monde et qui commet des attentats à l’étranger ? La plupart des Libanais en ont « ras le bol » de se voir imposer par la Syrie et le Hezbollah une hostilité éternelle envers Israël.
Depuis 2000, l’Iran et la Syrie ont renforcé la capacité militaire et financière du Hezbollah, et les chiites libanais agissent depuis sur deux fronts dans le but de contrecarrer toute initiative allant dans le sens de l’apaisement. Le Hezbollah menace Israël avec ses missiles et équipe les terroristes palestiniens. De surcroît, depuis l’élection de Mahmoud Abbas, le Hezbollah tente de faire déraper le processus en cours entre Palestiniens et Israéliens. Au lendemain du sommet de Charm el-Cheikh, des membres des services de sécurité palestiniens ont rapporté que le Hezbollah représente actuellement la menace la plus grave à la trêve signée avec les Israéliens.
La majorité des Libanais aspire à une indépendance politique et territoriale, comme le stipule la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU. Pudique, l’ONU ne les nomme pas mais évoque cependant très clairement l’Iran (« les milices non libanaises »), le Hezbollah (« les milices libanaises ») et la Syrie (« les forces étrangères »). Les pressions internationales ont permis le retrait syrien après l’assassinat de Rafic Hariri, mais rien n’a encore été fait contre le Hezbollah. Le Hezbollah étant aujourd’hui ce qu’il est, son inscription sans détour dans la liste européenne des organisations terroristes serait un signal clair et sans ambiguïté de la détermination européenne à aller vers la paix et établir la stabilité dans cette région du globe. Par la suite, le Hezbollah aura toujours la possibilité d’opérer une véritable mue. Il lui suffira de désarmer ses milices et d’accepter l’autorité de l’État.

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