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Intervention d’Alain Juppé au colloque « Printemps arabe »

| Paris (France)
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Dominique Baudis, président de l’Institut du Monde Arabe. acceuille Alain Juppé au colloque « Printemps arabe »
©IMA

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre d’État,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,

Plusieurs d’entre vous m’ont fait part de leur étonnement de me voir passer la totalité de la journée ici, à l’Institut du monde arabe, au milieu de vous. Pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité, je voudrais préciser que ce n’est pas par désœuvrement, mais par choix. Parce que ce qui manque le plus dans la tâche qui est la mienne, c’est évidemment le temps, le temps d’écouter, le temps de réfléchir, le temps tout simplement de s’arrêter et de prendre son temps. Je voudrais vous remercier de m’avoir aujourd’hui donné l’occasion de le faire tout au long d’une journée passionnante.

Je voudrais d’abord vous remercier à nouveau, Monsieur le Président, pour l’accueil que vous nous avez réservé avec vos collaborateurs.

Merci également à l’ensemble des intervenants pour la richesse de leurs réflexions, du temps qu’ils ont consacré, parfois de la passion qu’ils ont apportée à cette journée d’échanges consacrée au « printemps arabe ». Permettez-moi aussi de souligner l’audace du Quai d’Orsay puisque nous avons fait la révolution tout au long de la journée. Nous n’avons pas cessé de parler de révolution, nous l’avons fait avec des révolutionnaires, ce n’est pas souvent l’habitude dans cette vénérable institution qu’est le ministère des Affaires étrangères et européennes. Je voudrais féliciter mes collaborateurs qui ont préparé ce forum et qui l’ont si bien réussi.

Il faut bien le reconnaître, pour nous tous, ce « printemps » a constitué une surprise.

Trop longtemps, nous avons pensé que les régimes autoritaires étaient les seuls remparts contre l’extrémisme dans le monde arabe. Trop longtemps, nous avons brandi le prétexte de la menace islamiste pour justifier une certaine complaisance à l’égard de gouvernements qui bafouaient la liberté et freinaient le développement de leur pays.

Et voilà que soudain, dans la ville de Sidi Bouzid, en dehors de toute mouvance politique ou religieuse, un jeune homme s’immole par le feu.

Voilà que soudain, de proche en proche, la flamme de la liberté se propage dans toute la région. C’est la jeunesse d’Egypte qui se lève, la Libye qui se révolte, les peuples arabes qui se soulèvent contre l’oppression. Ce sont les citoyens qui revendiquent leur dignité et crient leur aspiration à la liberté individuelle, au respect de la personne et à la libre expression de leurs opinions - toutes ces valeurs universelles chères à la France, pas seulement à la France puisqu’elles transcendent les civilisations, les cultures et les frontières et qu’elles font aussi le bien commun de l’Organisation des Nations unies.

Voilà que soudain, le monde arabe renoue avec la tradition d’ouverture, de changement et de modernité qui fut la sienne pendant des siècles. Nous l’avons peut-être un peu oublié.

Je pense à l’immense rayonnement des califats de Damas et de Bagdad, mais aussi du Caire et de Cordoue, quand Averroes, Maïmonide et Ibn Hazm inspiraient le monde et quand les trois grandes religions monothéistes dessinaient ensemble sur la terre andalouse un modèle de coexistence harmonieuse et pacifique.

Je pense aussi à l’extraordinaire mouvement de renaissance que fut la Nahda, ce réformisme éclairé, nourri aux sources de la culture arabe et inspiré des Lumières, qui allait faire émerger dans les pays de la rive sud une élite éduquée et moderne. A Tunis, au Caire, à Beyrouth, à Damas, al Tunisi, al Tahtawi, al Afghani, al Boustani, et plus tard Khalil Gibran, ont fait œuvre de passeurs. À travers leurs lectures, leurs voyages et leurs écrits, ils ont ouvert le monde arabe aux problématiques d’éducation, de place des femmes dans la société ou encore d’organisation de l’État.

Je n’oublie pas, enfin, qu’au tournant des XIXe et XXe siècles et jusqu’à la Seconde guerre mondiale, le monde arabe, ou du moins nombre de ses élites, a eu son âge libéral, avec des mouvements d’inspiration constitutionnaliste, l’amorce de démocraties parlementaires et un pluralisme politique, notamment en Égypte, en Syrie, en Irak et en Tunisie.

Ce « printemps arabe », aucun centre de recherche, aucune chancellerie, aucun spécialiste ne pouvait en prévoir l’ampleur ni le moment, même si des signes avant coureurs existaient - comme si cette région du monde était vouée à rester ensevelie sous une chape de plomb, sans avoir le droit à la liberté ni à la modernité.

Pourtant, depuis longtemps déjà, les participants à notre première table-ronde l’ont bien montré, cet irrépressible mouvement de renouveau était en germe dans l’ensemble des pays de la rive sud.

Il était en germe face aux brimades policières, aux atteintes aux droits de l’Homme et à la corruption.

Il était en germe sous la pauvreté, le chômage et la hausse des prix de l’alimentation, quand le présent n’a pas de sens et l’avenir reste fermé.

Il était en germe sur les ondes et sur la toile, nourri par les médias et les réseaux sociaux, cultivé par une jeunesse dynamique, de mieux en mieux formée et voulant s’ouvrir au monde.

Il était en germe dans la sphère intellectuelle et artistique. Je pense à Abderrahman Charkaoui, dont le roman « La terre », porté à l’écran par le cinéaste Youssef Chahine, décrit la révolte des paysans d’un village du delta. Je pense aussi à Sonallah Ibrahim, dont l’œuvre tout entière développe la satire du régime égyptien. Je pense encore au prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz, aux écrivains Tayeb Salih, Emile Habibi et Kateb Yacine, et à tous ces scientifiques, poètes, musiciens et réalisateurs qui ont été aux avant-postes du combat pour la liberté, la tolérance et la justice.

Ce « printemps arabe » ne doit pas nous faire peur. Si j’ai parlé tout à l’heure d’enthousiasme et d’inquiétude, c’était pour me borner à un constat et non exprimer une conviction personnelle.

Il est le fruit d’un courage hors du commun. Avons-nous oublié le prix de la liberté et de la démocratie, nous qui, il y a 70 ans, nous sommes battus pour défendre ces valeurs ? Avons-nous oublié ce qu’il en coûte de sang versé et de vies sacrifiées quand on s’élève contre la barbarie, quand on défie un tyran comme les libyens le font aujourd’hui ?

Ce « printemps arabe » est le fruit de la responsabilité. J’en veux pour preuve l’attitude des jeunes Égyptiens de la place Tahrir. Je les ai rencontrés le mois dernier, lors de ma visite au Caire. Je les ai écoutés me parler de leurs projets, de leurs espoirs, de leurs craintes. J’ai été impressionné par leur calme, mais aussi par leur refus de se laisser confisquer une victoire qui est celle de leur peuple, et non celle d’un parti ou d’une religion. Je me suis laissé gagner par leur enthousiasme, par leur rêve d’une Égypte réconciliée, démocratique, capable de donner du travail à sa jeunesse. Je me suis dit : « Et si les peuples arabes réussissaient ? ». Aujourd’hui, je suis heureux de saluer ceux d’entre eux qui sont dans la salle. À travers leur détermination et leur maturité politique, ils ont donné au monde une leçon d’écoute, d’ouverture et de dialogue.

Oui, pour nous tous, ce « printemps arabe » est un immense espoir. Mais c’est aussi un immense défi - je crois que notre deuxième table ronde l’a fait apparaître très clairement.

Défi politique, d’abord. Nous devons tous nous mobiliser pour garantir le succès de la transition démocratique.

Le monde arabe est naturellement le premier concerné. Dans tous les pays de la rive sud, de nouveaux acteurs politiques, déterminés et exigeants, apparaissent. Dans tous les pays de la rive sud, les rapports sociaux - je dirais même le contrat social - sont à redéfinir. Désormais, tous les gouvernements savent qu’ils doivent laisser leurs citoyens faire entendre leur voix. Tous savent qu’on ne réprime plus impunément les aspirations légitimes d’un peuple.

Mais chaque situation est unique. Et c’est à chaque peuple, avec son histoire et avec ses spécificités, de prendre son destin en main et de créer son propre modèle.

Certains pays doivent aujourd’hui gérer l’après-révolution - je pense à la Tunisie et à l’Égypte. Ce chemin vers la liberté est un chemin exigeant, qui nécessite de conjuguer l’expression de tous et le respect de chacun, la soif légitime de la démocratie et l’apprentissage patient et nécessaire de la pratique, de sa culture. Car « être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes. C’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté de l’autre » (Nelson Mandela, Le long chemin vers la liberté). Et l’État de droit, ce n’est pas seulement un État qui respecte les droits des citoyens. C’est aussi un État fondé sur une hiérarchie des normes qui doit être respectée par tous. C’est la raison pour laquelle nous avons confirmé notre soutien à la transition en Égypte et l’appui de l’Union européenne à la Tunisie en vue de l’élection d’une assemblée constituante le 24 juillet prochain.

Dans certains pays, portées par ce formidable élan vers la liberté, les autorités ont pris les devants en s’engageant résolument dans un processus d’ouverture, soucieuses d’apporter des réponses aux demandes légitimes de leur peuple. Je pense au Maroc, où le Roi a prononcé un discours courageux, ouvrant la voie à des réformes institutionnelles majeures.

D’autres encore ont fait le choix d’une répression sauvage. C’est le cas en Libye où la communauté internationale s’est mobilisée pour protéger la population. Et sans engager ici un débat sur l’opportunité de l’intervention en Libye, je vous dirais simplement que je me souviens du moment ou j’ai prononcé mon discours devant le Conseil de sécurité des Nations unies ou je lançais cet appel « C’est une question de jours, d’heures ». On savait très bien que les colonnes de Kadhafi fonçaient sur Benghazi et on savait ce qu’il y ferait puisqu’il l’avait annoncé, c’est-à-dire massacrer ses adversaires. Aujourd’hui, il est clair pour tous qu’en tirant au canon sur son propre peuple, Kadhafi a perdu toute légitimité et qu’il doit quitter le pouvoir.

D’autres enfin tergiversent, comme au Yémen ou en Syrie, où la situation est extrêmement préoccupante. Ces pays doivent savoir qu’il n’y a pas d’autre voie qu’un dialogue ouvert, susceptible d’apporter une réponse claire aux aspirations des citoyens, qui doivent pouvoir s’exprimer en toute liberté.

De notre côté, nous devons prendre en compte tous les enjeux qui découlent de ce « printemps arabe ».

Le premier, c’est de garantir le respect des droits fondamentaux de l’Homme. C’est vrai, par le passé, retenus notamment par la crainte de la menace fondamentaliste, nous avons parfois hésité à réagir face à certaines atteintes. Je veux être clair : comme nous le faisons en Libye, nous continuerons à faire preuve de la plus grande fermeté vis-à-vis de toute violation avérée et, en fonction de la gravité de la situation, nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour y mettre un terme. Nous disposons en effet de toute une gamme d’instruments, notamment de sanctions, pour les cas extrêmes et avec une autorisation du Conseil de sécurité.

Cela m’amène à une question sur laquelle je souhaite m’exprimer sans ambiguïté. Notre politique n’a pas pour objectif de conduire à des changements de régime. Nous n’avons pas l’intention de décider de la nature et de la répartition des compétences internes de pays qui sont indépendants. Nous nous exprimons, nous condamnons, nous intervenons sur le seul fondement du droit international et, en particulier, de la mise en œuvre du principe nouveau, adopté en 2005 par l’organisation des Nations unies et inscrit pour la première fois dans une résolution du Conseil de sécurité, je veux parler du principe de responsabilité de protéger, dont je rappelle ce qu’il est : au terme de ce principe adopté par les Nations unies à l’unanimité, les gouvernements ont pour responsabilité de protéger leur peuple contre les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les génocides. Et s’ils ne le font pas, la communauté internationale se reconnaît le droit de se substituer à eux. C’est la raison pour laquelle notre action en Libye se déroule dans le cadre strict posé par les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, ce qui ne nous empêche pas naturellement de demander le départ de Kadhafi, parce que nous considérons que son maintien au pouvoir n’apparaît plus compatible avec la protection des citoyens libyens.

Le deuxième enjeu, c’est d’accompagner les pays de la rive sud dans leur transition démocratique. Il ne s’agit pas d’apporter nos recettes, nous ne sommes pas parfait, mais de proposer notre aide dans un esprit de confiance, d’amitié et d’écoute. Nous pouvons notamment leur faire partager notre expérience et notre expertise en matière de droit constitutionnel, de systèmes politiques, de libertés publiques ou encore de liberté de la presse.

Le troisième enjeu, c’est de changer notre regard sur le monde arabe. Nous, Français, pensions très bien connaître ces sociétés, avec lesquelles nos liens sont anciens et solides. Mais le « printemps arabe » nous a pris au dépourvu et nous a montré que nous en ignorions des pans entiers. Aujourd’hui, nous avons besoin de la vision des entrepreneurs et des responsables associatifs. Nous avons besoin de la vision des artistes et étudiants. Nous avons besoin de la vision des blogueurs, de ceux qui disent « non » et des nouveaux acteurs qui émergent.

C’est tout le sens de ce colloque que j’ai souhaité réunir pour nous permettre de confronter les points de vue, les analyses et les idées.

C’est aussi l’exigence que je m’applique à moi-même : dès ma nomination, je me suis rendu en Egypte pour rencontrer les acteurs de la « journée du 25 janvier ». Je me rendrai très prochainement en Tunisie, berceau de ce « printemps arabe », qui a vocation à être demain un point d’ancrage majeur de la démocratie sur la rive sud de la Méditerranée.

C’est enfin le sens du message que j’ai adressé à nos ambassadeurs dans les pays arabes que j’ai réunis hier à Paris, en leur demandant d’élargir le spectre de leurs interlocuteurs à l’ensemble des acteurs de la société civile. Trop longtemps, nous nous sommes consciemment ou inconsciemment un peu trop limités dans nos contacts, limités aux gens en place si je puis dire. Je crois que nous devons parler, échanger nos idées avec tous ceux qui respectent les règles du jeu démocratique et bien sûr le principe fondamental du refus de toute violence. Et je souhaite que ce dialogue s’ouvre sans complexe aux courants islamiques, dès lors que les principes que je viens d’évoquer, les règles du jeu démocratique, le refus de toute violence sont respectés de part et d’autre.

M. Ben Salem nous a dit tout à l’heure que les islamistes allaient nous surprendre. Chiche ! Surprenez-nous, je ne demande que cela. Et nous allons nous aussi vous surprendre, parce que nous ne sommes pas du tout dans une disposition d’esprit qui consiste à stigmatiser le monde musulman ou la religion musulmane, mais bien au contraire, de dialoguer avec elle. Et je vous fais même une proposition : parlons ensemble de ce qu’est la laïcité, pour vous, pour nous, peut-être pourrons-nous nous retrouver sur un terrain commun. La France dispose d’un formidable outil diplomatique pour y parvenir et je voudrais saluer nos ambassadeurs de la région Afrique du Nord - Moyen-Orient dont j’ai dit qu’ils s’étaient réuni hier à Paris et qui ont assisté avec beaucoup d’assiduité à ce colloque. Nous devons simplement réorienter nos instruments en ce sens, qu’ils soient politiques, économiques ou culturels. Aujourd’hui, c’est toute notre politique à l’égard du monde arabe que nous devons repenser.

Enfin, dernier enjeu : nous réinvestir pleinement pour trouver une issue aux principaux conflits qui demeurent dans la région.

Je pense bien sûr d’abord au conflit israélo-palestinien. Les aspirations du peuple palestinien ne sont pas moins légitimes que celles des autres peuples de la rive sud. Israël, pour sa part, a le droit de vivre en sécurité et en paix. C’est pourquoi, au cours des prochains mois, l’idée d’un État palestinien démocratique, viable, continu, vivant en paix et en sécurité aux côtés de l’État d’Israël, doit quitter le registre de l’incantation pour devenir une réalité. Nous connaissons tous les grands paramètres d’une solution : ils doivent désormais être mis en œuvre. La France ne ménagera pas ses efforts en ce sens.

Je pense aussi à la situation au Liban. Nous avons besoin d’un Liban souverain et libre de son destin, qui soit dans la région un exemple de la vitalité des institutions démocratiques et de la coexistence pacifique entre communautés.

Je pense enfin à la question iranienne. Sur ce point, notre position est claire : le pouvoir iranien doit garantir à son peuple le respect des droits de l’Homme, régler la question nucléaire, conformément à la demande de la communauté internationale, et s’atteler à développer une influence positive dans l’ensemble de la région.

Le deuxième défi auquel nous sommes collectivement confrontés, et c’est peut-être le plus difficile et le plus urgent à relever, c’est un défi économique et social.

Ne nous y trompons pas : si dans six mois, dans un an, nous n’apportons pas de réponses aux attentes des populations, si dans six mois, dans un an, les jeunes demeurent privés de perspectives et les peuples sont plongés dans une pauvreté plus grande encore que celle qu’ils connaissaient jusqu’à présent, rien ne pourra les empêcher de céder à la tentation des extrêmes. Rien ne pourra les empêcher de se jeter dans les bras des radicaux de tout bord.

C’est donc notre responsabilité à tous de conjuguer nos efforts pour faire émerger une zone de stabilité et de prospérité dans cette région du monde. C’est notre responsabilité et notre intérêt à tous d’enrichir encore cette « mémoire des deux rives » née de notre destin commun, de permettre cette « rencontre fondamentale entre l’Orient et l’Occident » que le grand orientaliste français Jacques Berque appelait de ses vœux (D’où je venais).

Bien sûr, nous sommes conscients de l’ampleur de la tâche, dans un contexte budgétaire plus contraint que jamais.

Mais la France a toujours été aux côtés de ses partenaires de la rive sud. Pour les accompagner dans cette période cruciale nous avons décidé d’accentuer notre effort en leur consacrant 20% de l’Aide publique au développement pour les prochaines années, avec trois objectifs complémentaires : le soutien à une croissance créatrice d’emploi, l’accompagnement des mutations sociales et la préservation de la mer Méditerranée. Naturellement, ce soutien devra tenir compte d’objectifs qui s’imposent à nous, comme ceux de notre politique migratoire. J’ai bien entendu les messages qui ont été adressés tout à l’heure, permettez-moi de diverger de l’opinion de ceux qui considèrent que la France est un pays fermé. Quand on accueille chaque année 200.000 immigrants légaux, on est pas tout à fait fermés. Simplement, nous devons les uns et les autres tenir compte de nos contraintes respectives.

Par ailleurs, nous sommes pleinement mobilisés pour que le sud de la Méditerranée conserve une place privilégiée dans le cadre de la politique de voisinage de l’Union européenne. Nous avons obtenu que les deux tiers au moins de l’enveloppe de cette politique continuent à lui être consacrés. Face à l’ampleur des besoins, nous avons également obtenu que l’attribution des aides repose sur une logique plus incitative, sur une conditionnalité intelligente, qui ne subordonne pas l’intervention à la réalisation immédiate de tous les standards démocratiques européens, mais qui tienne compte de l’orientation prise et de la volonté d’atteindre l’objectif, qui encourage la volonté de réforme et pénalise les pays qui ne respectent pas leurs engagements de gouvernance ou de respect des droits de l’Homme. Nous souhaitons à présent que cette politique de voisinage soit un outil majeur de notre partenariat avec la rive sud de la Méditerranée.

Vous le savez, cette initiative prémonitoire lancée en 2008 par le président de la République s’était heurtée au blocage du processus de paix au Proche-Orient, et aujourd’hui se trouve confrontée aux révolutions de la rive sud. Et pourtant nous considérons que cette initiative reste plus nécessaire que jamais. Nous avons décidé de la refonder pour en faire un partenariat équilibré reposant sur des projets concrets.

C’est dans cet esprit que nous allons renforcer le secrétariat de l’Union pour la Méditerranée, avec notamment la nomination prochaine d’un nouveau Secrétaire général.

C’est aussi la raison pour laquelle, au-delà des projets déjà lancés, tels que le plan solaire méditerranéen ou les autoroutes de la mer, nous allons engager de nouvelles initiatives, comme l’Office méditerranéen de la Jeunesse. Je souhaite en effet que la multiplication des échanges entre jeunes soit en effet soit l’une des priorités de l’Union pour la Méditerranée. C’est par des réalisations tangibles que nous pourrons créer des solidarités de fait entre les deux rives. Et permettez-moi de vous lancer un appel : je sais qu’à chaque fois que je parle de l’Union pour la Méditerranée, je suscite des réactions de scepticisme, au nord comme au sud, on nous dit : « cela n’a pas marché, cela ne marchera pas ». Évidemment, si on considère que cela n’a aucune raison de marcher, on n’y arrivera pas. Je pense que c’est nécessaire, je pense que si nous n’arrivons pas à réduire véritablement les écarts de développement entre le nord et le sud des deux rives de notre mer commune, tous nos beaux discours ne serviront à rien, ni sur le plan politique, ni sur le plan de la maîtrise des flux migratoires. L’objectif est bien de permettre aux hommes et aux femmes du sud qui le souhaitent de rester chez eux, d’y travailler, d’y jouir des libertés fondamentales et d’une bonne qualité de vie. C’est cela aussi le sens de tout ce que nous faisons par la politique de voisinage, ou par l’Union pour la Méditerranée, alors aidez-nous, vous, pays du Sud en faisant confiance à ces processus et en nous accompagnant dans ces efforts de relance.

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre d’État,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,

« Si un jour le peuple décide de vivre
Force est au destin de répondre
Force est aux ténèbres de se dissiper
Force est aux chaînes de se briser
 ».

Au cœur de ce « printemps arabe » auquel nous venons de consacrer cette journée, ces vers du grand poète tunisien Abou el Kacem Chebbi résonnent d’un écho particulier.

D’une rive à l’autre, sachons unir nos efforts pour être au rendez-vous de l’Histoire et répondre aux aspirations des peuples. Sachons jouer tout notre rôle, fidèles à nos valeurs communes de liberté, de générosité et de respect des droits de l’homme et de la femme, pour faire émerger avec le monde arabe un espace de paix, de stabilité et d’échange en Méditerranée. Pour ma part, je dois vous dire que je suis plein de confiance et d’espoir.

Je vous remercie.

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