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Déclaration de Barack Obama sur la mort d’Oussama Ben Laden

| Washington D.C.
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Bonsoir. J’annonce ce soir, au peuple américain et au monde, qu’Oussama Ben Laden, le leader d’Al-Qaïda et le terroriste responsable de la mort de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents, a été tué au cours d’une opération menée par les États-Unis.

Il y a près de 10 ans, un beau jour de septembre a été assombri par le pire attentat jamais mené contre le peuple américain dans notre histoire. Les images du 11 septembre sont à jamais gravées dans notre mémoire nationale : des avions détournés traversant un ciel limpide de septembre ; les Tours jumelles s’effondrant sur elles-mêmes ; une fumée noire s’élevant du Pentagone ; l’épave du Vol 93 à Shanksville dans l’État de Pennsylvanie, où les actions de citoyens héroïques ont empêché que plus de douleur et de destruction ne se produisent.

Pourtant, nous savons que les pires images sont celles qui n’ont pas été vues par le monde. La chaise vide au dîner. Les enfants qui ont dû grandir sans leur mère ou leur père. Les parents qui ne sentiront plus l’étreinte de leurs enfants. Près de 3.000 citoyens ont péri et ont laissé un vide immense dans nos cœurs.

Le 11 septembre 2011, lors de notre affliction, le peuple américain s’est uni. Nous avons offert notre aide à notre prochain et nous avons fait don de notre sang aux blessés. Nous avons réaffirmé les liens qui nous unissent ainsi que notre amour envers la communauté et envers notre pays. Nous étions, ce jour-là, tous unis, telle une grande famille, quel que fût le lieu de notre origine ; le Dieu que nous vénérions ; la race ou l’ethnie à laquelle nous appartenions.

Nous étions aussi tous déterminés à protéger notre nation et à traduire en justice les auteurs de cet horrible attentat. Nous avons vite compris que les attentats du 11 septembre avaient été menés par Al-Qaïda, une organisation dirigée par Oussama Ben Laden, qui avait ouvertement déclaré la guerre aux États-Unis et était résolu à tuer des innocents dans notre pays et dans le monde entier. Nous sommes donc partis en guerre contre Al-Qaïda pour protéger nos citoyens, nos amis et nos alliés.

Au cours des 10 dernières années, grâce au travail incessant et héroïque de nos forces armées et de nos experts en lutte contre le terrorisme, nous avons fait de grands progrès dans cette lutte. Nous avons déjoué des attentats terroristes et renforcé notre sécurité intérieure. En Afghanistan, nous avons renversé le gouvernement des talibans, qui avaient donné refuge et fourni un appui à Al-Qaïda. À travers le monde, nous avons travaillé avec nos amis et nos alliés afin de capturer ou de tuer des dizaines de membres d’Al-Qaïda, y compris certains de ceux qui avaient participé au complot du 11 septembre.

Oussama Ben Laden a toutefois évité la capture et s’est échappé au Pakistan après avoir traversé la frontière afghane. Dans le même temps, Al-Qaïda a poursuivi ses opérations le long de cette frontière et, à travers ses satellites, dans le monde entier.

Aussi, peu après ma prise de fonctions, j’ai demandé à Leon Panetta, le directeur de la CIA, de faire de la mort ou de la capture de Ben Laden la priorité de notre guerre contre Al-Qaïda, alors même que nous poursuivions nos opérations plus générales en vue de perturber, de démanteler et de vaincre son réseau.

En août dernier, après des années de travail opiniâtre de nos services de renseignement, j’ai reçu une information sur une piste pouvant mener à Ben Laden. Cette piste n’était pas absolument sûre. Il a fallu plusieurs mois pour remonter ce fil. J’ai rencontré mon équipe de sécurité nationale à plusieurs reprises pour réunir davantage de renseignements sur la localisation possible de Ben Laden dans un complexe de bâtiments en plein cœur du Pakistan. Finalement, la semaine dernière, j’ai jugé que nous avions assez d’informations pour agir, et j’ai autorisé une opération destinée à capturer Ben Laden et à le présenter devant la justice.

Aujourd’hui, sous ma direction, les États-Unis ont lancé une opération ciblée contre ce complexe à Abbottabad, au Pakistan. Une petite équipe d’Américains a mené cette opération avec un courage et une habileté extraordinaires. Aucun Américain n’a été blessé. Ils ont pris soin d’éviter qu’il n’y ait de victimes civiles. Après un échange de coups de feu, ils ont tué Oussama Ben Laden et ont récupéré son corps.

Pendant vingt ans, Ben Laden a été le chef et le symbole d’Al-Qaïda et il n’a pas cessé de comploter des attentats contre notre pays, nos amis et nos alliés. La mort de Ben Laden constitue la réussite la plus importante à ce jour dans les opérations que nous menons contre Al-Qaïda.

Toutefois, sa mort ne marque pas la fin de nos efforts. Al-Qaïda continuera sans aucun doute à préparer des attaques contre nous. Ici, comme à l’étranger, il nous faudra rester vigilants et nous le resterons.

Ce faisant, nous devons aussi réaffirmer que les États-Unis ne sont pas en guerre contre l’islam et ne le seront jamais. J’ai clairement souligné, tout comme le président Bush l’a fait au lendemain du 11 septembre, que notre guerre ne visait pas l’Islam. Ben Laden n’était pas un dirigeant musulman, mais bien l’assassin d’innombrables musulmans. La vérité est qu’Al-Qaïda en a massacré des quantités dans de nombreux pays, y compris dans le nôtre. Sa fin devrait être saluée par tous ceux qui croient en la paix et en la dignité humaine.

Au cours des dernières années, j’ai indiqué à plusieurs reprises que nous entreprendrions des actions au Pakistan si nous savions où se trouvait Ben Laden. C’est ce que nous avons fait. Il est toutefois important de noter que notre coopération dans l’antiterrorisme avec le Pakistan a contribué à nous conduire jusqu’à Ben Laden et au complexe dans lequel il se cachait. En fait, Ben Laden avait aussi déclaré la guerre au Pakistan et ordonné des attentats contre le peuple pakistanais.

Ce soir, j’ai appelé le président Zardari et mes collaborateurs ont également parlé à leurs homologues pakistanais. Ils ont déclaré que c’est un grand jour, un jour historique pour nos deux pays. Durant la période à venir, il est essentiel que le Pakistan continue de lutter avec nous contre Al-Qaïda et ses membres.

Ce combat, le peuple américain ne l’a pas choisi. Il est venu sur nos rives et il a commencé avec le massacre insensé de nos concitoyens. Après près de dix années de service, de lutte et de sacrifices, nous connaissons bien le coût de la guerre. Ces efforts sont pour moi un fardeau permanent à chaque fois que, en tant que commandant en chef, je dois signer une lettre adressée à une famille qui a perdu un être cher ou que je regarde dans les yeux un soldat grièvement blessé.

Oui, les Américains comprennent le coût de la guerre. Cependant, en tant que nation, nous ne tolérerons jamais que notre sécurité soit menacée, et nous ne resterons pas inertes lorsque nos concitoyens se font assassiner. Nous ne cesserons jamais de défendre nos citoyens, nos amis et nos alliés. Nous resterons fidèles aux valeurs qui nous définissent. Et en des nuits telles que celle-ci, nous pouvons dire aux familles qui ont perdu des êtres chers à cause du terrorisme d’Al-Qaïda : justice est faite.

Ce soir, nous remercions les membres innombrables des agences de renseignement et de lutte contre le terrorisme qui ont travaillé sans relâche pour atteindre ce résultat. Le peuple américain ne voit pas leur travail et il ignore les noms des personnes qui l’ont accompli. Mais ce soir, ils ressentent la satisfaction de leur travail et le résultat de leur quête de justice.

Nous remercions les hommes qui ont entrepris cette opération, parce qu’ils sont l’exemple même du professionnalisme, du patriotisme et du courage sans égal de ceux qui servent notre pays. Ils font partie d’une génération qui a porté le gros du fardeau, depuis ce jour de septembre.

Enfin, je souhaite dire aux familles qui ont perdu des êtres chers le 11 septembre 2001 que nous ne les avons jamais oubliées, et que notre engagement de faire tout notre possible pour empêcher une autre attaque sur notre sol n’a jamais faibli non plus.

Ce soir, rappelons-nous le sens de l’unité qui a prévalu le 11 septembre. Je sais que ce sentiment s’est parfois effrité. Mais le succès d’aujourd’hui témoigne de la grandeur de notre pays et de la détermination du peuple américain.

La mission de sécuriser notre pays n’est pas achevée. Pourtant, ce soir nous rappelle une fois de plus que l’Amérique peut accomplir tout ce qu’elle décide d’entreprendre. C’est la trame de notre histoire, qu’il s’agisse de la recherche de la prospérité pour notre peuple ou de la lutte pour l’égalité de tous nos citoyens ; de notre engagement à défendre nos valeurs à l’étranger ou de nos sacrifices pour faire de ce monde un lieu meilleur.

Rappelons-nous que nous pouvons accomplir ces choses non pas seulement pour des raisons de richesse ou de puissance, mais à cause de ce que nous sommes : une seule nation bénie de Dieu, indivisible et vouée à la liberté et à la justice pour tous.

Merci. Que Dieu vous bénisse. Et que Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique.

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