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Tribunes et décryptages - 3 mai 2005
Levée de bouclier contre le retrait de Gaza

Décryptage

Depuis les années 90 et l’effondrement de l’URSS, la tactique des États-Unis vis-à-vis de la Russie vise à l’empêcher de redevenir « un empire », pour reprendre l’expression de Zbigniew Brzezinski. Pour cela, Washington a soutenu, et soutient encore, l’adhésion des anciens pays du bloc communiste dans l’OTAN et dans l’Union européenne. Cette stratégie est désormais étendue aux anciennes républiques soviétiques, telles que l’Ukraine ou la Géorgie.
La Biélorussie fait figure d’exception dans ce paysage car elle a, jusqu’ici, résisté aux tentatives de déstabilisation et parce qu’elle affiche sa volonté claire de se rapprocher toujours davantage de la Russie. Le président biélorusse, Aleksandr Loukachenko, a déclaré lors de la remise des lettres de créance du nouvel ambassadeur russe à Minsk qu’il espérait qu’il serait le dernier à occuper ce poste car la réunification est en marche. Sur le site Strana.ru, le célèbre politologue biélorusse Alexandre Fedouta ne partage pas cet optimisme. Il pointe un certain nombre de problèmes empêchant la Biélorussie de s’unir à la Russie. D’après lui, l’économie biélorusse est trop centralisée par rapport à celle de sa grande voisine. En outre, l’attrait de Loukashenko pour le pouvoir l’empêche de prendre les mesures nécessaires à l’unification s’il pense qu’elles pourraient le desservir. Aussi le politologue se montre réservé sur une possible union en 2008 pronostiquée par Pavel Borodine, le secrétaire d’État de l’Union Russie-Bélarus.
Le « containment » russe ne passe pas que par l’Europe, cette stratégie est également appliquée dans le Caucase où les anciennes Républiques soviétiques subissent des « révolutions colorées » et où les Russes font face à la guerre en Tchétchénie. Ce conflit est présenté en Occident comme une guerre d’indépendance, mais pour les Russes, il s’agit d’une entreprise de déstabilisation étrangère. C’est ce point de vue qu’Ilya Chabalkine, porte-parole du Commandement des Forces russes du Nord Caucase et général du FSB, énonce, toujours dans Strana.ru. Il accuse l’Arabie saoudite et le Royaume-Uni de financer et d’aider les mercenaires étrangers qui combattent les forces armées russes. Prenant l’exemple d’un journaliste britannique tué en Tchétchénie et dont personne n’a réclamé le corps, il affirme que le MI-6 est présent dans la région.

La presse britannique ne relaye pas ces accusations graves, et ce d’autant moins qu’elle est aujourd’hui fixée sur la campagne des élections législatives du 5 mai prochain.
Le quotidien de la gauche britannique, le Guardian, poursuit ses attaques contre Tony Blair en donnant la parole à ses adversaires lors de la guerre d’Irak. George Galloway, à la tête de la Respect coalition, affirme qu’on ne peut pardonner à Blair le massacre dont il est responsable. Il appelle donc les électeurs à empêcher la prochaine guerre, à laquelle les Britanniques devraient s’associer en cas de réélection des alliés de George W. Bush, en rejetant le vote travailliste. Il estime d’ailleurs que même si les travaillistes gagnaient, Blair perdrait son poste au profit de Gordon Brown. Le Premier ministre britannique se défend dans The Independent. Il réaffirme que la guerre d’Irak était justifiée puisqu’elle a permis la chute d’un tyran. Toutefois, sachant qu’il ne peut plus convaincre les électeurs sur ce point, il passe vite à un autre argument : s’il n’est pas réélu, les conservateurs prendront le pouvoir. Or, non seulement ils auraient agis comme lui en Irak, du propre aveu de leur dirigeant Michael Howard, mais en plus ils auraient une politique économique que les électeurs redoutent. Dans ses conditions, le New Labour doit être considéré comme un moindre mal. « Au secours, la droite revient » tient lieu de justification.
De son côté, le quotidien français Libération diffuse un texte écrit par Salman Rushdie avant la publication du programme travailliste dans The Telegraph. Il affirme que la guerre d’Irak est grave, mais ne le dissuadera pas de voter travailliste. Selon lui, le Premier ministre a certes causé un massacre -il n’aurait pas dû suivre George W. Bush-, mais il était de bonne foi et il ne doit pas être condamné pour ça. Il affirme en revanche que si les travaillistes gardent leur projet condamnant les incitations à la haine religieuse, alors ils auront cédé aux islamistes et ils ne devront plus compter sur sa voix. Ce projet a été réintroduit dans le programme travailliste et a permis au New Labour pour obtenir le soutien du Conseil des musulmans de Grande-Bretagne malgré la guerre d’Irak. Avant ce ralliement, les sondages annonçaient que les travaillistes étaient près de perdre la moitié de leurs électeurs musulmans au profit du parti libéral-démocrate.

Loin de ce débat où les partisans du Premier ministre britannique enjolivent la situation en Irak, l’archevêque de Bassora, Gabriel Kassab affirme dans une interview accordée au quotidien autrichien Die Presse que la guerre n’a pas amélioré le sort des Irakiens. Malgré la levée de l’embargo de l’ONU, les populations d’Irak n’ont pas vu de changement dans leur vie quotidienne hormis la montée de l’insécurité.

Autre allié de George W. Bush, Ariel Sharon fait lui aussi face à des difficultés politiques dans son pays. Cependant, le Premier ministre israélien n’est cette fois pas menacé par la gauche, mais par son extrême droite. En effet, pour certains extrémistes parmis les extrémistes, le plan de retrait de Gaza est une abomination. Car, bien qu’il serve les intérêts sionistes, puisqu’il organise unilatéralement un échange de territoires pour rendre Israël plus sûr, il passe par l’abandon de territories conquis.
Daniel Mandel, du Middle East Forum, publie un texte dans le Boston Globe où l’on reconnaît la pâte de son maître, Daniel Pipes, y compris dans le style et la construction. Il affirme que le retrait de Gaza serait un soutien tacite aux « terroristes » et il appelle l’administration Bush à y faire barrage. Natan Sharansky, ministre de la Diaspora et de Jérusalem, proche de l’administration Bush, a claqué la porte, refusant de cautionner ce plan. Le Jerusalem Post publie sa lettre de démission. Fidèle à la rhétorique « démocratique » qu’il a enseigné à l’administration Bush, il estime que l’Autorité palestinienne aurait dû se démocratiser avant tout retrait de territoire et prétend ne plus pouvoir cautionner l’action du gouvernement.
L’analyste arabe britannique, Khalid Hroub, dénonce l’hypocrisie de la rhétorique de la démocratisation dans le Daily Star. Il n’y a pas de démocratisation. Les pays arabes se rapprochent d’Israël pour plaire à Washington contre l’avis de leurs peuples. Les États-Unis affirment favoriser les élections, mais n’acceptent que celles qui aboutissent aux victoires de leurs candidats et prétendent soutenir la liberté de la presse tout en censurant Al Jazeera quand les reportages de la chaîne ne leur sont pas favorable. La démocratisation n’est qu’une farce qui ne deviendra crédible que lorsque Washington aura cessé de soutenir l’occupation israélienne des territoires palestiniens ; l’occupation étant l’incarnation même du mépris de la volonté populaire. Dans le même quotidien, l’ancien sous-secrétaire à la Défense états-unien, Edward S. Walker, balaye ces arguments : les États-Unis font le Bien, leur politique est altruiste, mais les Arabes ne la comprennent pas car ils restent coincés dans des stéréotypes paranoïaques. Il convient donc de donner une meilleure image des États-Unis en favorisant les échanges entre les élites et les leaders d’opinion arabes et les États-Unis. Bref, il faut davantage investir dans la formation des élites atlantistes arabes de demain.

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3 mai 2005

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Pays
 Palestine/Israël

Thèmes
 Nouvelle Guerre froide

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Loukachenko ne veut pas payer le prix de l’intégration »

Auteur Alexandre Fedouta

Docteur en philologie, Alexandre Fedouta est un célèbre politologue biélorusse.

Source Strana.ru (Fédération de Russie)
Référence

« Лукашенко не захочет отвечать за срыв интеграционного процесса », par Alexandre Fedouta, Strana.ru, 30 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Loukachenko a déclaré qu’il espérait que le nouvel ambassadeur russe dans son pays soit le dernier, parce que l’union avec la Russie est en bonne voie. Il est en campagne électorale et il a l’intention de gagner les élections prévues pour le 20 juin 2006. Pour gagner, il lui faut réussir cette intégration, malheureusement il n’y a pas d’avancée réelle et visible. Poutine et Loukachenko ont parlé d’union mais ils ont précisé qu’il n’était pas question d’une monnaie commune et Loukachenko a donné à l’écran l’impression de ne pas vouloir s’engager ou de rejeter la paternité de cette idée. Personne n’a encore expliqué publiquement les différentes conceptions de l’acte constitutionnel et je doute que cela se fasse avant les commémorations du 8 mai. Les deux parties ont conscience que le processus peut échouer.
Loukachenko a tout fait pour que ce soit Poutine qui paye le prix de cette intégration si elle vient à échouer. C’est lui qui a coupé le gaz, d’après le président biélorusse, c’est Poutine qui s’est conduit « comme un terroriste » vis-à-vis du peuple frère quand il a demandé une concrétisation de cette question de l’intégration. Le véritable problème réside dans l’intégration des économies, dans la compatibilité des modèles économiques. Pour la Russie, cela signifie revenir en arrière, vers la centralisation alors qu’elle ne peut pas se permettre de revenir au socialisme. La Biélorussie peut faire un pas vers la Russie mais Loukachenko ne veut pas que l’économie de son pays lui échappe des mains.
Pavel Borodine a pronostiqué une union en 2008 avec à sa tête le président actuel de la Russie. Je ne sais pas dans quelle mesure il est compétent pour répondre dans ce cas précis, mais je sais que ses pronostics se réalisent rarement.


« Les mercenaires éliminés ces derniers temps étaient des citoyens turcs, canadiens, algériens et anglais »

Auteur Ilya Chabalkine

Ilya Chabalkine est porte-parole du Commandement des Forces russes du Nord Caucase et général du FSB.

Source Strana.ru (Fédération de Russie)
Référence

« Уничтоженные в последнее время наемники - граждане Турции, Канады, Алжира и Великобритании », par Ilya Chabalkine, Strana.ru, 29 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Les États-Unis viennent de reconnaître officiellement qu’il y a des mercenaires étrangers en Tchétchénie, financés aussi de l’étranger. C’est ce que nous disons depuis longtemps. Nous ne connaissons pas leur nombre exact, mais plus d’une dizaine d’instructeurs étrangers ont été éliminés. Ils venaient essentiellement de Turquie, du Canada, d’Algérie et du Royaume-Uni. Les pays arabes comme l’Arabie saoudite et l’Algérie sont les plus présents en Tchétchénie. D’après nos données, des ressortissants de 52 pays ont séjourné dans le pays depuis le début de l’insurrection. Le dernier Afghan abattu, Abu Saïax, avait combattu avec Khattab au Tadjikistan. Les Saoudiens et les Jordaniens occupent les échelons supérieurs, au milieu on trouve des Algériens ou des Européens d’origine algérienne, ensuite viennent les Turcs, les Africains et les Pakistanais qui sont des spécialistes en explosifs, des snipers ou autres. La présence de ces étrangers est due au fait que ces actions terroristes sont financées de l’étranger et qu’il ne s’agit pas d’une guerre véritable.
Ils utilisent des courriers pour franchir les frontières avec des petites sommes, 1000 ou 2000 dollars, qu’ils réunissent ensuite. Le conseil des Cheikh (l’organe de direction des Frères musulmans, basé en Arabie saoudite) donne entre 500 000 et 2 millions de dollars toutes les deux ou trois semaines selon les besoins. Les mercenaires étrangers ne sont pas tous des wahhabites, il y a aussi des croyants traditionnels que l’on a trompés et qui ne connaissaient pas la situation en Tchétchénie. Ils sont souvent recrutés dans les mosquées en Europe, à Londres par exemple, ensuite ils sont entraînés et tous dotés d’une spécialité militaire.
Je pense que les services spéciaux étrangers leurs apportent une aide technique et logistique. On le voit à leurs méthodes. L’un des mercenaires tués, appelé Abou Yakoub, avait été capitaine dans les forces armées en Arabie saoudite et membre des services spéciaux, c’est simplement ensuite qu’on a déclaré qu’il avait été renvoyé. D’anciens militaires turcs ont aussi été supprimés. En 2002, un journaliste anglais avait été tué avec une bande armée en tentant de pénétrer en Tchétchénie ; ni sa famille ni le gouvernement anglais ne l’ont jamais reconnu. Je soupçonne fortement qu’il ait été un membre des services secrets.


« Ce sont les derniers jours de Blair »

Auteur George Galloway

George Galloway est député de Glasgow et commentateur pour le Scottish Mail.. Il a été exclu du New Labour suite à son opposition à la politique étrangère de Tony Blair et à une campagne de diffamation organisée par le groupe de presse Hollinger.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence

« These are Blair’s last days », par George Galloway, The Guardian, 3 mai 2005.

Résumé

La première fois que j’ai traité Tony Blair de menteur, le journaliste de la BBC n’en est pas revenu. Nous étions au printemps 2002. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord avec moi. Quel que soit le résultat de l’élection, nous assistons aux derniers jours de Tony Blair. Il est aux abois et il s’apprête à être remplacé par Gordon Brown à la tête des travaillistes.
Blair a menti et plus de 100 000 personnes en sont mortes. C’est le grotesque prix du sang de la « relation spéciale » de Blair avec George W. Bush. Depuis, aucune des actions entreprises en Irak n’a mené à autre chose qu’à une impasse ou n’a réussi à faire reculer la résistance à l’occupation. L’avalanche de fuites dans la presse britannique démontre qu’au sein même de l’establishment britannique, beaucoup considèrent que Blair doit payer pour ce qu’il a fait. Il a menti au Parlement mais aussi à l’armée, c’est un traître.
Si tous les caniches du parti travailliste sont réélus, pourquoi apprendraient-ils de nouveaux tours ? Quel sera le poids de la démocratie ? Dans quelle nouvelle guerre la « relation spéciale » nous entraînera-t-elle ? Aujourd’hui, on nous affirme que la guerre est peut-être illégale mais qu’elle a permis de chasser un tyran. C’est oublier un peu vite les morts, les crises ethniques et religieuses et la poussée fondamentaliste que la guerre a provoqué. La Guerre d’Irak est la pire calamité dans notre politique étrangère de notre histoire récente. Blair restera historiquement lié à l’Irak et à sa trahison.


« Cette élection porte sur des questions plus importantes que la guerre ou moi »

Auteur Tony Blair

Tony Blair est le Premier ministre travailliste britannique.

Source The Independent (Royaume-Uni)
Référence

« This election is about more than the war - or me », par Tony Blair, The Independent, 3 mai 2005.

Résumé

Ce journal et beaucoup de ses lecteurs ont connu un grand désaccord avec moi à propos de l’Irak. Ce différend sera sans doute pour une grande part dans la décision que prendront certaines personnes lors du vote de jeudi. Je réalise que beaucoup pensent que l’action militaire en Irak était erronée, mais je ne m’excuserai pas car je considère toujours avoir eu raison d’avoir pris cette décision. J’ai pensé que participer à cette guerre était la meilleure solution pour la Grande Bretagne, la région ainsi que le monde et je le crois toujours. Compte tenu de ses violations répétées des résolutions de l’ONU, j’avais le choix entre renverser Saddam Hussein et le maintenir au pouvoir. J’ai choisi de le renverser et après une semaine d’attaque des conservateurs sur ce sujet, Michael Howard a admis qu’il aurait fait pareil que moi.
Charles Kennedy a déclaré qu’il aurait choisi l’autre option. Cela n’aurait fait que renforcer Saddam Hussein et affaiblir la communauté internationale. Aujourd’hui, il serait toujours au pouvoir à Bagdad. Quoi qu’en dise Charles Kennedy toutefois, cette élection ne concerne pas que la guerre. La grande question est : quel gouvernement voulons-nous ? Quelle politique choisirons-nous pour nos vies ? Les conservateurs n’ont pas de projets, mais ils essayent de le masquer derrière les attaques. Ils espèrent gagner le pouvoir en convainquant les électeurs travaillistes de s’abstenir ou de voter pour les Libéraux. C’est une tentation que des lecteurs de ce journal ont peut-être. Les sondages ne comptent pas car il suffit qu’un électeur travailliste sur dix suive ce mouvement pour que nous ayons un gouvernement conservateur. Voter pour les Libéraux, c’est voter pour un gouvernement conservateur.
Je sais que beaucoup de vos lecteurs ne veulent pas d’un gouvernement Howard.


« L’honneur perdu du roi Tony Blair »

Auteur Salman Rushdie

Salman Rushdie est auteur et essayiste. Il a longtemps vécu sous le coup d’une condamnation à mort du pouvoir religieux iranien pour son ouvrage Les Versets sataniques.

Source The Telegraph (Inde)
Référence

« King Tony’s Reign », par Salman Rushdie, The Telegraph, 14 avril 2005.
« L’honneur perdu du roi Tony Blair », Libération, 3 mai 2005.

Résumé

Les Britanniques sont fascinés par les couples royaux et quand les Windsor perdent de leur éclat, ce sont les couples de rock star, de sportifs, d’acteurs ou de milliardaires qui occupent les unes des journaux. La fascination pour les longs règnes semble également s’être étendue au domaine politique et ils semblent aimer qu’un parti occupe longtemps le pouvoir. Aujourd’hui, le nouveau parti travailliste de Tony Blair s’apprête à remporter pour la troisième fois les élections avant, peut-être et au grand désarroi de ses adversaires, d’en gagner une quatrième.
La suprématie du roi Blair est des plus remarquables, si l’on considère à quel point cet homme est détesté. Il a été très populaire en 1997, ne l’est plus mais son caractère reste une énigme. Dès le début, nous savions qu’il était un homme contradictoire, chef d’un parti social-démocrate qui ne prononce jamais le mot « socialisme » et qui parle de la liberté de marché en des termes qu’aucun Premier ministre conservateur n’aurait renié, mais qu’aucun dirigeant travailliste n’avait employé avant lui. Cela m’avait vaguement inquiété en 1997, mais nous étions alors en pleine lune de miel avec le New Labour et j’ai préféré ne pas y penser. Aujourd’hui, beaucoup de ses partisans continuent à avoir l’attitude que j’avais en 1997 et lui laissent tout faire.
En 1997, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, il disposait d’une aura de pop-star. Lors de sa première conférence au parti, juste après son élection, The Economist, qui couvrait l’événement, cita un observateur anonyme faisant remarquer que « Blair pourrait annoncer qu’il vient de massacrer son fils, il serait quand même applaudi à tout rompre ». Aujourd’hui, Blair a bel et bien ordonné un massacre et personne ne se lève pour applaudir. Le mystère reste entier : pourquoi a-t-il accepté cette guerre ? Pourquoi a-t-il suivi la politique de George W. Bush et Paul Wolfowitz ? Il semble que Blair ait vendu son âme au diable sans même avoir rien obtenu en retour. C’est une dimension tragique du personnage, il a fait le mal en voulant faire le bien. On pourrait presque éprouver de la sympathie pour lui... s’il avait montré des remords.
On se raccroche désormais au manifeste du Parti travailliste comme un dernier semblant d’espoir. Depuis le 11 septembre, les politiques britanniques et américaines sont liberticides. Si cette tendance devait être poursuivie, il faudrait alors que les partisans travaillistes fassent tout pour déloger Blair du pouvoir. Dans mon cas, la création d’un délit « d’incitation à la haine religieuse » serait la goutte d’eau qui ferait déborder le vase. Il s’agit d’une mesure qui sacrifierait la liberté d’expression et qui n’a pour seul but que de calmer les électeurs musulmans irrités par la guerre en Irak. On pourrait à la limite me persuader de voter pour un Blair fanatique du contrôle (même usé), mais certainement pas s’il est connu pour être de mèche avec les inquisiteurs religieux.
Le New Labour devrait comprendre que les défenseurs de la liberté d’expression constituent un réservoir d’électeurs bien plus important que les islamistes et que jouer la carte communautariste peut se révéler une stratégie dangereuse qui le ferait tomber de son trône.


« Rien n’a changé depuis le début de la guerre »

Auteur Gabriel Kassab

Gabriel Kassab est archevêque chaldéen, catholique, de Bassora.

Source Die Presse (Autriche)
Référence

« Seit dem Kriegsbeginn hat sich nichts geändert », par Gabriel Kassab, Die Presse, 27 avril 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Il y a aujourd’hui plus de liberté, plus de démocratie et de liberté d’expression, ce dont nous avons cruellement manqué depuis des dizaines d’années, mais nous avons aussi perdu beaucoup de choses. Nous avons perdu la sécurité et la stabilité, qui sont indispensables à un peuple pour vivre. Sur les 750 000 Chrétiens d’Irak, 200 000 ont quitté le pays ces dernières années. Il y a aussi le chômage et les attaques terroristes. Nous avons été visés, tout comme des mosquées et nous ne voulons pas être considérés comme une minorité ; notre slogan a toujours été « l’Irak pour tous et tous pour l’Irak ». Il est certain qu’il y a des tendances religieuses radicales en Irak, mais l’Église reconnaît l’islam et nous espérons que la majorité des musulmans réussira à préserver le pays du totalitarisme. Nous acceptons le fait qu’ils représentent 95% de la population et j’ai de bonnes relations avec les musulmans de Bassora. Nous avons peur des extrémistes qui ne connaissent rien à la chrétienté. Il s’agit en majorité d’étrangers, j’ai l’impression que de plus en plus de terroristes s’infiltrent en Irak.
La ville de Bassora est très abîmée, très fatiguée, il y a trop peu de médicaments, pas assez d’eau potable. Nous manquons aussi d’électricité, les écoles et les hôpitaux sont très mal approvisionnés. Rien n’a changé depuis le début de la guerre, et pourtant nous étions victimes de doubles sanctions, celles de l’ONU et celles de Saddam Hussein. Le gouvernement, les occupants militaires sont responsables. Il est inacceptable de laisser des gens par 60 degrés et 80% d’humidité sans eau et sans électricité. Nous avions espéré mener une vie normale après la guerre et nous ne voyons rien venir. La sécurité est légèrement meilleure dans le Sud mais cela peut parfois être très dangereux. Le fait d’avoir un gouvernement devrait nous faire avancer un peu.


« Retraite de Gaza »

Auteur Daniel Mandel

Journaliste et historien australien, Daniel Mandel est directeur associé du Middle East Forum de Daniel Pipes. Il est l’auteur de H.V. Evatt and the Establishment of Israel : The Undercover Zionist.

Source The Boston Globe (États-Unis)
Référence

« Retreat from Gaza », par Daniel Mandel, Boston Globe, 2 mai 2005.

Résumé

Depuis décembre 2003, Ariel Sharon a surpris ses amis et ses ennemis en reprenant à son compte le projet de désengagement de Gaza. Il s’agissait d’une idée qu’il avait combattue quand elle provenait de son adversaire travailliste à l’élection de janvier 2003, moins d’un an auparavant. Pour beaucoup d’analystes, ce retrait va être considéré par les Arabes comme une victoire et comme un signe de faiblesse de la part d’Israël. Si cette analyse est juste, alors le retrait de Gaza est une victoire du terrorisme.
D’après les partisans du plan Sharon, ce retrait permettra de raffermir les défenses d’Israël et de reprendre l’initiative face aux Palestiniens. Il est vrai qu’avec ce retrait, Tsahal ne perdra plus de ressources considérables à protéger des colonies juives isolées, mais elle ne patrouillera plus non plus dans la bande de Gaza et les terroristes y auront les mains libres. Ils se sentiront encouragés, c’est déjà ce que démontrent les déclarations des dirigeants du Hamas. En outre, malgré ce retrait, les pressions internationales sur Israël s’intensifient. En effet, les défenseurs de la « feuille de route » (l’Union européenne, l’ONU, la Russie et le département d’État) ne s’arrêteront que lorsqu’ils auront obtenu la création d’un État palestinien, sans pour autant exiger des Palestiniens quoi que ce soit.
Peu importe les justifications israéliennes, seuls les faits comptent. Aussi, les États-Unis ne devraient pas soutenir une politique qui affaiblit leur meilleur allié au Proche-Orient et renforce les terroristes.


« Pourquoi je quitte votre gouvernement »

Auteur Natan Sharansky

Ancien dissident soviétique, Natan Sharansky est président et fondateur du parti Yisrael B’Alyia Anglos qui a rejoint le Likoud. Ancien ministre de la Diaspora et de Jérusalem du gouvernement d’Ariel Sharon, il a démissionné pour marquer son opposition au plan de retrait de Gaza.

Source Jerusalem Post (Israël)
Référence

« Why I am quitting your government », par Natan Sharansky, Jerusalem Post, 3 mai 2005.

Résumé

Cher Monsieur le Premier ministre,
Je vous écris pour vous faire part de ma démission du poste de ministre de la Diaspora et de Jérusalem dans votre gouvernement. Comme vous le savez, je suis opposé au désengagement de Gaza car je considère que toute concession dans le processus de paix doit être accompagné de réformes démocratiques. Or, le plan de désengagement ne s’accompagne d’aucune réforme démocratique. Il ne fait donc que renforcer le terrorisme. En quoi notre départ de Gaza va-t-il renforcer la démocratie ou aider au démantèlement des organisations terroristes ?
Le principe fondateur du désengagement est la croyance qu’en quittant Gaza, nous allons laisser derrière nous les problèmes de Gaza. Or, le seul vrai moyen de régler ces problèmes est de soutenir une société démocratique palestinienne. Bien sûr, cela prendra du temps. Le retrait de Gaza est une tragique erreur qui gâche l’opportunité offerte par le changement advenu à la tête de l’Autorité palestinienne.
Les évènements en Ukraine, au Kirghizistan, au Liban et en Égypte montrent la force des transformations démocratiques. Pourtant, de façon paradoxale, Israël, seule démocratie de la région, ne croit pas assez en la puissance de la liberté. Outre ces inquiétudes, je redoute la façon dont le gouvernement organise le retrait, car cela divise la société israélienne.
Compte tenu de la solidarité gouvernementale nécessaire, je ne peux plus participer à votre gouvernement, Monsieur le Premier ministre, même si je continue à défendre ce que nous avons fait ensemble.


« Abandonner la Palestine et se concentrer sur la réforme arabe est hypocrite »

Auteur Khaled Hroub

Khaled Hroub est directeur du Cambridge Arab Media Project et auteur de Hamas : Political Thought and Practice.

Source Daily Star (Liban)
Référence

« Abandoning Palestine and focusing on Arab reform is hypocritical », par Khaled Hroub, Daily Star, 3 mai 2005.

Résumé

Les Tunisiens sont descendus dans la rue en février pour protester contre la visite programmée d’Ariel Sharon en Tunisie, en novembre 2005, à l’invitation du président Ben Ali. Cette invitation est une décision non démocratique du pouvoir tunisien, prise contre la volonté du peuple. En la prenant, Ben Ali espérait réduire les pressions des États-Unis après l’élection d’octobre 2004 qui l’a vu réélu avec 95 % des voix par le président sortant grâce à des amendements constitutionnels et à des mesures de sécurité draconiennes. Les Égyptiens, Marocains, Jordaniens, Omanais et Mauritaniens manifestent fréquemment, eux aussi, pour contester la normalisation des relations de leur pays avec Israël afin d’apaiser les États-Unis.
Malgré ces mouvements, l’administration Bush refuse de lier la démocratisation du monde arabe et le règlement de la question israélo-palestiniennne, affirmant qu’il s’agit de deux questions séparées. Pourtant, pour beaucoup d’Arabes, la démocratisation ne pourra advenir qu’après le règlement de la question palestinienne. Tant que cette question ne sera pas réglée, la « démocratisation » sera perçue comme une politique hypocrite. Les raisons de ce scepticisme arabe sont à aller chercher dans les paradoxes de la politique américaine : les États-Unis veulent des gouvernements démocratiques, mais comment réagiraient-ils à un gouvernement islamiste issu des urnes ? Ils soutiennent les médias libres dans le monde arabe, mais ils tentent de censurer Al Jazeera. Enfin, ils soutiennent l’occupation israélienne alors qu’une occupation est par essence antidémocratique.
Les régimes arabes ont bien compris pour leur part qu’en normalisant les relations avec Israël, ils pouvaient résister aux pressions états-uniennes et instaurer des régimes à la jordanienne ou à la marocaine, c’est à dire des régimes adoptant des réformes cosmétiques pour emballer des règles autoritaires.


« Quelques idées pour un meilleur dialogue états-uno-arabe »

Auteur Edward S. Walker

Ancien vice secrétaire d’État pour les affaires proche-orientales et ancien ambassadeur à l’ONU, aux Émirats arabes unis, en Égypte et en Israël, Edward S. Walker est président Middle East Institute.

Source Daily Star (Liban)
Référence

« Some ideas for better U.S.-Arab dialogue », par Edward S. Walker, Daily Star, 3 mai 2005.

Résumé

Depuis deux ans, les chercheurs du Middle East Institute de Washington et du Al Ahram Center du Caire travaillent ensemble pour examiner les crises dans les relations états-uno-arabe. Nous avons souvent découvert que nous avions des valeurs et des objectifs nationaux communs. Pourtant, notre dialogue est souvent marqué par la colère, la frustration et l’incompréhension, preuves de tensions développées entre nos sociétés. Pour nos amis arabes, cette situation est la conséquence des politiques états-uniennes en Irak et en Palestine, mais en réalité ce n’est pas la seule cause. Nos cultures respectives et nos stéréotypes croisés nous poussent à la méfiance réciproque.
Cette méfiance est observable dans la politique de démocratisation du monde arabe. Les États-Unis pensent agir positivement, mais les Arabes pensent que cette politique vise à développer davantage l’influence américaine et israélienne dans la région. Toutes nos politiques dans la région sont suspectes a priori pour les Arabes. Pourtant, il y a des questions qui exigent notre coopération. Mais cela ne pourra pas avoir lieu tant que les Arabes nous croiront sourds à leurs préoccupations, et tant que nous les verrons comme liés au passé et accusant toujours les autres de leurs problèmes. Cette difficulté de compréhension ne se règlera pas que par la diplomatie publique.
Il faut multiplier les échanges entre chercheurs, universitaires, politiciens, dirigeants d’ONG, etc. Les médias devraient faire des échanges pour produire des reportages sur chacun des deux mondes et des deux cultures. Les mondes du divertissement devraient également s’intéresser l’un à l’autre. Il faut également mettre en place un dialogue interreligieux.


 



Pays
FMI
FMI


ONG
AFL-CIO
AFL-CIO


« 11 septembre, la faillite des médias » par David Ray Griffin


« La guerre contre la vérité », par Nafeez Mossadeq Ahmed


« Pétrole : la fête est finie ! », par Richard Heinberg


 

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