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Tribunes et décryptages - 9 mai 2005
Tartufferies nucléaires

Décryptage

La renégociation quinquennale du Traité de non-prolifération nucléaire se déroulera tout le mois de mai à l’ONU. Ce traité, mis en place en 1970 interdit à ceux de ses signataires qui ne disposaient pas à cette date d’armes nucléaires d’en développer, mais il leur permet de développer un programme nucléaire civil. En contrepartie, ce texte exige des puissances nucléaires signataires (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) un désarmement progressif. Ce dispositif a favorisé le renoncement à l’arme nucléaire de nombreux États, mais il est aujourd’hui mis à mal. Trois puissance nucléaires n’en sont pas signataires (Inde, Pakistan et Israël) et, se sentant menacé, la Corée du Nord l’a quitté pour pouvoir fabriquer son arsenal. Mais, surtout, les négociations ont peu de chances d’aboutir car la Coalition états-uno-britannique développe son arsenal nucléaire, violant ainsi le traité. Washington a mis en place une nouvelle stratégie nucléaire dans laquelle il s’autorise à utiliser désormais ces armes contre des pays non-nucléarisés et tend à vouloir affaiblir la démarcation traditionnelle entre armes nucléaires et armes conventionnelles. D’après The Independent, le Royaume-Uni n’est pas en reste puisque Tony Blair, a secrètement décidé la construction d’une nouvelle génération d’armes de dissuasion nucléaire pour remplacer l’actuel arsenal britannique, pour un coût total de 10 milliards de livres (15 milliards d’euros). Ces deux pays pourraient donc faire échouer les négociations.
En outre, Washington s’accommode mal de la résistance de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) qui refuse de condamner l’Iran et le prive ainsi d’un motif pour attaquer Téhéran. The Independent publie des extraits de l’allocution d’ouverture de la conférence de New York prononcée par Mohammed ElBaradei, secrétaire général de l’AIEA. Souhaitant sortir des problématiques étroites sur le désarmement et la non-prolifération, il a rappelé que le développement d’armes nucléaires était avant tout une conséquence des tensions internationales : si la loi internationale est respectée et qu’un système de sécurité collective est mis en place, le nombre d’armes pourra diminuer. Ce faisant, il pose la seule vraie question qui vaille : quelle lutte contre la prolifération est possible dans un monde où le droit international et la sécurité collective sont des mots creux ?

Cette problématique est fort peu suivie dans la presse. Le débat se contente d’opposer les partisans d’un désarmement à ceux qui souhaitent voir une développement de la puissance nucléaire états-unienne.
Dans l’International Herald Tribune, l’ancien président états-unien, Jimmy Carter, engage son pays à revoir sa politique et à faire lui-même les efforts de désarmement qu’il prétend imposer aux autres. S’il estime qu’il faut être ferme avec l’Iran, il faut l’être tout autant avec Israël et montrer l’exemple en matière de désarmement. Dans le même quotidien, les ministres des Affaires étrangères de sept pays non-nucléaires (Brésil, Égypte, Irlande, Mexique, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud et Suède) regroupés dans la Coalition pour un nouvel agenda, appellent à une relance du traité en mettant l’accent sur la responsabilité des puissances nucléaires. La seule option pour limiter la prolifération est d’éviter le développement de ces armes par les États en possédant déjà. Se réjouissant diplomatiquement d’un appel de George W. Bush au respect des principes du traité, ils le prennent au mot et demandent qu’il soit entendu.
Dans le Frankfurter Rundschau, le député social-démocrate allemand, Gert Weisskirchen explique à une opinion publique traditionellement hostile à la présence de missiles atomiques états-uniens sur son sol la politique de la coalition rouge-verte au pouvoir. Le gouvernement allemand est lui-aussi hostile à la présence de ces missiles, mais il ne proteste pas et ne demande rien officiellement pour ne pas faire échouer les négociations sur le Traité de non-prolifération. Les Allemands sont donc priés d’être patients. Toutefois, il n’est pas certain que cet argument soit convainquant. Depuis l’enthousiasme des Verts pour le bombardement de la Serbie, les électeurs allemands peuvent douter de la sincérité de leur pacifisme et interpréter leur passivité actuelle comme une approbation de fait de ce qu’ils prétendent théoriquement condamner.
L‘intellectuel états-unien Noam Chomsky se montre beaucoup plus alarmiste dans le Khaleej Times et El Periodico. Pour lui, en développant son arsenal nucléaire, Washington ne fait pas que saper le système international de prolifération, il augmente considérablement les risques d’une confrontation nucléaire. Il rappelle que cette éventualité n’a pas disparu avec la fin de la Guerre froide.

Pour les faucons, le désarmement états-unien est inenvisageable. Le Traité de non-prolifération doit empêcher l’émergence de nouveau compétiteurs, mais les États-Unis ne doivent pas pour autant se priver de développer leur arsenal, conformément à ce qui a été défini dans la nouvelle doctrine nucléaire US de 2002. Sans surprise, c’est le coordinateur des faucons, Franck Gaffney, qui sonne la charge contre les négociations à l’ONU dans le Washington Times. Il les dénonce comme un piège des petits États contre les États-Unis pour les pousser à désarmer. Il appelle l’administration Bush à refuser tout compromis dans ce dossier en agitant les menaces nord-coréenne et iranienne.
Plus subtil, le président du CSIS et ancien vice-secrétaire démocrate à la Défense, John J. Hamre, envisage un compromis possible dans le Washington Post : les États-Unis doivent renoncer à une partie de leur armement vieillissant et le remplacer intégralement par de nouvelles armes plus performantes, plus adaptées aux nouvelles stratégies et moins nombreuses. Ainsi, Washington acceptera techniquement une baisse du nombre de ses armes nucléaires tout en conservant, sinon en augmentant, sa puissance. Un artifice comptable qui n’améliorera en rein la sécurité collective, mais qui permettrait de sauver la face dans la déclaration finale de la conférence.

En marge de cette conférence, l’ancien conseiller de Bill Clinton et John Kerry, Graham Allison, vante le programme Nunn-Lugar de contrôle des installations nucléaires russes aux lecteurs de Vremya Novostyey. S’efforçant de les rassurer, il affirme que la coopération entre la Russie et les États-Unis sur ce sujet est parfaite et n’entrave en rien la souveraineté russe. Toutefois, il n’est pas équilibré pour autant : pendant que ce programme vérifie que le désarmement russe se fait dans de parfaites conditions de sécurité, Washington développe de nouvelles armes.

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9 mai 2005

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Thèmes
 Questions nucléaires
 Droit international

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Le dialogue multilatéral est frustrant, lent et c’est la seule option »

Auteur Mohamed ElBaradei

Mohamed ElBaradei est directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Source The Independent (Royaume-Uni)
Référence

« ’Multilateral dialogue is frustrating, slow, and the only option’ », par Mohamed Elbaradei, The Independent, 04 mai 2005. Ce texte est adapté d’extraits du discours prononcé par l’auteur à l’ONU à l’ouverture de la conférence sur la révision du Traité de non-prolifération.

Résumé

Les États nucléaires continuent de s’appuyer sur les armes nucléaires car ils n’ont développé aucun autre moyen de prévention. Afin d’accélérer l’élimination de toutes les armes nucléaires, il faut mettre au point un système de sécurité collective alternative. Il faut également trouver une alternative pour les États qui se sont mis sous la protection du parapluie nucléaire d’autres puissances.
Dans une ère de globalisation et d’interdépendance, les alliances ne peuvent être que des solutions à court terme. La sécurité ne peut être que collective. Elle ne peut se développer que par le dialogue. Il s’agit d’un processus long et éprouvant, mais c’est notre seule option. Aujourd’hui, nous avons l’occasion de mettre les problèmes sur la table et nous n’avons pas de temps à perdre. Si nous ne travaillons pas maintenant à cette réalisation, nous aurons le même Traité de non-prolifération jusqu’en 2010.
Nous ne règlerons pas tout aujourd’hui, mais nous pouvons lancer la machine.


« L’érosion du Traité de non-prolifération »

Auteur Jimmy Carter

Le pasteur baptiste Jimmy Carter est ancien président des États-Unis (1977-1981). Il a reçu le prix Nobel de la paix 2002 et préside le Carter Center à Atlanta.

Source International Herald Tribune (France)
Référence

« Erosion of the Nonproliferation Treaty », par Jimmy Carter, International Herald Tribune, 2 mai 2005.

Résumé

Alors que commence la conférence de révision du Traité de non-prolifération à l’ONU, on ne peut qu’être frappé de l’indifférence des États-Unis et des autres puissances nucléaires. Dans cette conférence, un groupe d’États moyens a un objectif simple : pousser les puissances nucléaires à prendre les mesures nécessaires pour sauver le Traité.
L’année passé, ces États disposant des capacités pour devenir des puissances nucléaires ont voté une nouvelle résolution pour appliquer les engagements pris, mais les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont refusé ce texte. Il n’existe même pas d’agenda fixé, tant les contradictions sont fortes en matière d’application des promesses des puissances nucléaires et à propos de l’arsenal israélien. Les États-Unis sont les principaux responsables de l’érosion du Traité car ils s’affranchissent des textes en vigueur et développent de nouvelles armes. Ils ont même abandonné le vieil engagement de ne menacer que des puissances nucléaires.
Il faut prendre des mesures :
- Nous devons nous assurer de la sécurité des sites russes.
- Les États-Unis doivent s’engager à s’interdire toute utilisation des armes nucléaires en premier.
- L’OTAN doit moins mettre l’accent sur ses armes nucléaires et les retirer d’Europe de l’Ouest.
- Il faut respecter l’interdiction des tests alors que l’administration Bush va précisément dans le sens inverse.
- Washington doit soutenir un traité interdisant la création et le transport d’uranium et de plutonium enrichi.
- Les États-Unis doivent renoncer au mythe de la défense antimissile.
- Il faut être ferme avec l’Iran, mais aussi avec Israël.
Sans ses mesures, les risques ne feront qu’augmenter.


« Ce qui n’existe pas, ne peut pas proliférer »

Auteur Sept ministres des Affaires étrangères de pays non-nucléaires

Celso Amorim (Brésil), Ahmed Aboul Gheit (Égypte), Dermot Ahern (Irlande), Luis Ernesto Derbez Bautista (Mexique), Phil Goff (Nouvelle Zélande), Nkosazana Dlamini Zuma (Afrique du Sud), Laila Freivalds (Suède).

Source International Herald Tribune (France)
Référence

« What does not exist cannot proliferate », par sept ministres des Affaires étrangères de pays non-nucléaires, International Herald Tribune, 2 mai 2005.

Résumé

Quand le Traité de non-prolifération a été créé, il y a 35 ans, le postulat de départ était que les États sans armes nucléaires, comme les nôtres, devaient renoncer à leur droit d’en fabriquer en échange de la garantie de pouvoir mener des recherches nucléaires civiles. De leur côté, les cinq puissances nucléaires devaient réduire leurs stocks d’armes.
Récemment, nos pays ont formé la Coalition pour un nouvel agenda qui vise à soutenir les perspectives envisagées par ce Traité au moment de sa signature. Lors de la conférence de New York, les signataires pourront observer les efforts faits par les États nucléaires pour remplir leurs obligations. Les pays nucléaires devraient enfin reconnaître que le désarmement et la non-prolifération sont des processus se renforçant mutuellement : ce qui n’existe pas ne peut pas proliférer. La conférence devra se pencher sur l’attitude des États défiant les règles de non-prolifération. La possession d’armes par d’autres nations n’est pas une excuse pour s’affranchir des règles en vigueur. Toutefois, ces défis au traité sont liés à la peur de l’emploi de ces armes par des pays la détiennent.
Nous appelons l’Inde, le Pakistan et Israël à rejoindre le Traité de non-prolifération et les puissances nucléaires signataires à restreindre leur arsenal. Nous nous réjouissons de l’appel de George W. Bush en faveur d’une adhésion plus large aux principes du Traité. C’est ce vers quoi veut tendre l’action de notre coalition.


« Les armes atomiques états-uniennes doivent disparaître du sol allemand »

Auteur Gert Weisskirchen

Gert Weisskirchen est député et porte-parole sur les Affaires étrangères du groupe SPD au Bundestag.

Source Frankfurter Rundschau (Allemagne)
Référence

« Die US-Atomwaffen müssen von deutschem Boden verschwinden », par Gert Weisskirchen, Frankfurter Rundschau, 3 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Le gouvernement rouge-vert va se prononcer pour la stabilisation et la poursuite du processus de démilitarisation lors de la conférence sur la non-prolifération des armes atomiques qui commence à New York. La question était de savoir si Fischer devait demander le retrait de toutes les armes atomiques états-uniennes d’Allemagne à ce moment précis. Il y a aussi des débats à ce sujet aux États-Unis. Leur président veut intensifier son processus d’armement. Il serait bon que notre ministre des Affaires étrangères insiste pour que la course à l’armement atomique cesse. Cette conférence doit déboucher sur un document empêchant la prolifération des armes atomiques.
L’arsenal états-unien en Allemagne n’a plus aucun sens. Nous attendons que les engagements pris par George H. Bush et Mikhail Gorbatchev en 1991-1992 soient respectés. Il s’agissait à l’époque de réduire et démanteler les armes nucléaires tactiques des deux côtés. Cela concerne aussi des armements qui sont toujours en Allemagne, il est grand temps de remplir ces obligations.
Le gouvernement rouge-vert ne se prononce pas plus clairement car il est là pour sauver le Traité de non-prolifération et pour accélérer le désarmement. Les parlementaires sont là pour dire ce qu’il est nécessaire de faire, c’est-à-dire faire disparaître ces armes d’Allemagne. Si Greenpeace manifeste en face du ministère, c’est que cette organisation ne connaît pas bien la position du gouvernement. J’espère seulement que notre ministre va faire bouger les choses à New York. On saura aussi qui s’oppose à ce que ces armes nucléaires quittent l’Allemagne. J’espère que George W. Bush ne va pas démentir ce que son père a signé.


« Un accident sur le point de se produire »

Auteur Noam Chomsky

Noam Chomsky est professeur de linguistique à l’université du Massachusetts. Intellectuel engagé, il a pris depuis longtemps position contre l’impérialisme états-unien.

Sources El Periodico (Espagne), Khaleej Times (Émirats arabes unis)
Référence

« An accident waiting to happen », par Noam Chomsky, Khaleej Times, 2 mai 2005.
« En la Era del terror », El Periodico, 9 mai 2005.

Résumé

Cette semaine, une conférence de l’ONU va regrouper 180 États signataires du Traité de non-prolifération, un traité perçu comme la fondation du seul espoir d’éviter le désastre virtuellement garanti par la logique des armes nucléaires. Or, ce Traité n’a jamais été aussi fragile qu’aujourd’hui, selon l’ancien représentant spécial états-unien pour le contrôle des armes, Thomas Graham. Comme d’autres experts, il reconnaît que la première menace contre ce traité vient des États-Unis, même si les autres puissances nucléaires partagent cette responsabilité.
Ces États, selon le Traité, doivent faire des efforts pour diminuer leur arsenal nucléaire. Au contraire, l’administration Bush cherche à développer le sien. Les États-Unis dénoncent également le protocole accompagnant le Traité de non-prolifération. Auparavant, l’administration Bush avait envoyé John Bolton vers les Européens pour leur expliquer que les négociations sur l’extension de l’interdiction des armes biologiques étaient closes car elles n’étaient plus « conformes aux intérêts des États-Unis ». Rien d’étonnant à ce que ce même Bolton soit aujourd’hui désigné pour devenir ambassadeur à l’ONU.
D’après Michael McGuire, expert de l’OTAN, le système actuel nous mène tout droit à une confrontation nucléaire. Une vision partagée par Sam Nunn. Plus les États développent leur arsenal, plus ils risquent de l’utiliser sur un malentendu.


« Un traité brisé »

Auteur Frank J. Gaffney Jr.

Frank J. Gaffney Jr. est président du Center for Security Policy, le think tank qui rassemble les principaux « faucons » états-uniens. Le Réseau Voltaire lui a consacré une enquête : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ». Il a participé au sommet de Jerusalem.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence

« Broken treaty », par Frank J. Gaffney Jr., Washington Times, 3 mai 2005.

Résumé

Cette semaine, l’ONU a commencé sa conférence quinquennale de révision du Traité de non-prolifération. Cette institution est discréditée et l’administration Bush appelle à sa réforme.
En effet, le Traité de non-prolifération a échoué à empêcher les puissances nucléaires qui aspirent à obtenir la bombe. Les participants à la conférence feindront de l’ignorer comme ils feront mine de ne pas voir que ce traité, autorisant les États à acquérir des technologies nucléaires à des fins « pacifiques », encourage la prolifération. Au lieu de dénoncer ce procédé, les participants vont encore profiter de l’occasion pour protester contre les lenteurs des États-Unis dans leur désarmement. Ils feront pression sur Washington pour l’empêcher de remettre à jour son arsenal nucléaire âgé.
Aujourd’hui, la Corée du Nord est capable d’envoyer des armes nucléaires sur le Japon et, d’après la Defense Intelligence Agency (DIA), sur certaines cibles aux États-Unis. L’Iran ne s’est pas encore retiré du Traité de non-prolifération, mais cela ne saurait tarder. Téhéran utilise le Traité de non-prolifération comme il utilise les négociations avec la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, pour devenir une puissance nucléaire. L’Iran, comme la Corée du Nord, travaille à la construction d’une bombe créant une impulsion électromagnétique pouvant provoquer des dommages catastrophiques aux systèmes électroniques.
Les États-Unis sont une puissance nucléaire légale et nous devons faire comprendre que nous entendons le rester.


« Vers une stratégie nucléaire »

Auteur John J. Hamre

John J. Hamre est ancien secrétaire adjoint à la Défense (1997-1999) et président du Center For Strategic & International Studies.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence

« Toward a Nuclear Strategy », par John J. Hamre, Washington Post, 2 mai 2005.

Résumé

La Guerre froide nous a laissé avec un stock d’armes nucléaires massif dont nous n’avons plus besoin, que nous ne pouvons plus utiliser ou maintenir tel quel. Toutefois, la communauté d’experts s’accroche à l’idée d’une couverture nucléaire pour un futur incertain. Ces mêmes experts demandent désormais la création d’armes nucléaires à forte capacité de pénétration terrestre. Le vrai problème est que nous n’avons aucune stratégie nucléaire cohérente. Avant de décider quoi que ce soit, il faut organiser un débat national sur le rôle des armes nucléaires et leur contribution à notre défense. L’environnement international a changé et nous ne sommes plus dans les années 80 ou 90.
Pour stimuler le débat national, je voudrais présenter une série de remarques :
- Les États-Unis doivent continuer à posséder des armes pour se protéger.
- Nos capacités nucléaires sont surestimées en raison de l’âge de notre arsenal.
- La possession d’un important stock d’armes anciennes est moins importante que celle de quelques d’armes perfectionnées.
- Je pense que nous devrions intégralement retirer du service nos armes anciennes pour les remplacer par de nouvelles, en plus petites quantité.
- En réduisant le nombre d’armes, on réduit la probabilité qu’elles tombent entre de mauvaises mains.
- La Russie devrait nous imiter.
- Il faut accompagner notre nouvelle stratégie nucléaire d’un retour aux principes du Traité de non-prolifération en les adaptant au monde moderne.
- Il est inutile de faire des tests avec nos vieilles armes.
Ces mesures permettraient de faire des économies tout en nous défendant mieux.


« Les garanties concernant l’arsenal nucléaire doivent être tangibles »

Auteur Graham Allison

Ancien directeur de la Kennedy School of Government de l’université d’Harvard, Graham Allison a été assistant du secrétaire à la Défense états-unien pour la Russie et les pays de l’ex-URSS durant le premier mandat de Bill Clinton. Il a été l’un des conseiller de John Kerry pendant la campagne électorale présidentielle états-unienne.

Source Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence

« Гарантии по ядерным объектам должны быть осязаемы », par Graham Allison, Vremya Novostyey, 6 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview

Résumé

Ce n’est pas la première fois que les États-Unis et la Russie organisent des visites réciproques d’experts au sujet de leur arsenal nucléaire. Cela dans le but de renforcer la confiance et d’échanger sur les méthodes de conservation de ces armes. Les experts russes ont par exemple visité une base au Texas où sont détruites les armes états-uniennes. Ils ont étudié le site, consultés les spécialistes et avancé des propositions. Il n’est pas question pour Washington ou Moscou de prendre le contrôle de l’arsenal de l’autre.
Il n’a jamais été question d’une présence de soldats états-uniens sur les bases russes. Poutine ne se sent pas moins concerné que Bush par la sécurité des installations nucléaires, il a simplement hérité d’une grande quantité de matériaux nucléaires à différents endroits. Une partie des infrastructures atomiques était en mauvais état. Pour aider à leur préservation, les États-uniens ont apporté une aide financière et technique. Depuis 1991, le plan Nunn-Lugar fournit plusieurs milliards par an. Il s’agit d’une aide, la Russie contrôle son arsenal elle-même.
Je me suis occupé de ce projet au ministère et je sais que la sécurité est assurée par des personnes en Russie. Chez nous, on fait plus confiance aux systèmes électroniques. Nous avons fourni ce type d’appareillage à la Russie et elle s’est par ailleurs renforcée sur le plan économique, notre programme devrait donc baisser en intensité. Les garanties concernant l’arsenal nucléaire doivent être tangibles. C’était le sens de la demande d’inspection des installations russes formulée par Condoleezza Rice, lors de sa visite à Moscou en avril. Pour que Poutine puisse garantir aux Russes que les États-uniens assurent bien la sécurité de leurs installations et pour que Bush puisse dire de même, les experts doivent pouvoir contrôler les bases.


 



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