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Tribunes et décryptages - 17 mai 2005
La révolte des commerçants ouzbeks
Décryptage
Après avoir déploré l’immobilisme et le totalitarisme de la Chine maoïste, les États-Unis s’inquiètent du spectaculaire développement politique et économique de la Chine d’Hu Jintao. Pour les néoconservateurs, comm Robert Kagan dans le Washington Post, il n’y a pas de place, dans un monde dominé par les États-Unis, pour l’émergence d’une nouvelle grande puissance. Tôt ou tard, la confrontation deviendra inévitable. Il faut donc, préventivement, contenir les ambitions de Pékin. Au contraire, pour les Européens, comme Jérôme Monod, le plus proche conseiller du président Chirac, la montée en puissance de la Chine est une bonne nouvelle car elle participe au rééquilibrage du monde sur un principe multipolaire. De retour de Boao, il décrit donc dans l’International Herald Tribune ce partenaire comme animé d’intentions pacifiques. Mais en traitant les Chinois comme des ennemis, en les obligera à se comporter comme tels.
En Ouzbékistan, 23 commerçants étaient jugés pour leur appartenance supposée à une organisation terroriste islamiste. Il s’agissait en réalité de membres de la confrérie d’Akram Iouldachev, un intellectuel favorable à la modernisation économique, lui-même condamné à 17 ans de prison pour islamisme et détenu depuis 1999. Sans attendre le verdict, qui ne faisait aucun doute, la population de la vallée de Ferghana a attaqué la prison, le 12 mai 2005, pour libérer Akram Iouldachev et ses amis, laissant s’échapper au passage plus de 2 000 prisonniers. Puis, la foule a attaqué le siège de l’administration régionale. Le président Islam Karimov, venu spécialement sur place, a personnellment dirighé la répression, qui a fait au moins 500 morts à Andijan.
L’historien allemand Reinhard Krumm, qui vit aujourd’hui en Ouzbékistan, assure dans le Tagesspiegel que l’opposition est pacifique, tandis que la dictature est violente. Samih Vaner, de la Fondation française des sciences politiques, ajoute dans Le Figaro que ces accusations d’islamisme ne reposent sur rien. En Ouzbékistan, la plupart des gens sont musulmans et sous la torture, tous avouent être terroristes. D’ailleurs, la revendication du califat est imaginaire, note dans la Gazeta Shirin Hunter du CSIS. Il n’y a pas de candidat à la fonction de calife.
De son côté, l’ambassadeur britannique Craig Murray, qui a payé de sa carrière son entêtement à dénoncer les crimes de Karimov, rappelle dans le Guardian que ce régime despotique est soutenu par la CIA et le MI-6 pour le compte desquels il sous-traite des tortures. Le diplomate avait été relevé de ses fonctions pour s’en être indigné et avait persisté en faisant autopsier en Écosse le corps d’un opposant ouzbek ébouillanté.
Le politologue russe Oleg Panfilov pronostique dans les Izvestia que le pouvoir ne parviendra pas à stopper une révolte qui trouve ses racines dans un échec économique et une répression déjà terrible. Enfin, Alexeï Makarkine compare l’Ouzbékistan de Karimov à la Roumanie des Caucescu. Dans la Gazeta, il affirme que le dictateur fera tout pour s’accrocher au pouvoir et qu’il peut y parvenir en faisant couler le sang. Au demeurant, il ne craint pas la réprobation de la communauté internationale, vu que celle-ci se range aux avis des États-Unis que ceux-ci lui sont redevables de les avoir laissé installer des bases militaires sur place. Un point de vue que confirment les explications embarrassées du porte-parole de la Maison-Blanche, condamnant les violences, mais cherchant à en reporter la responsabilité sur les manifestants.
Réseau Voltaire
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17 mai 2005
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Thèmes
Guerre globale au « terrorisme »
Nouvelle Guerre froide
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« L’illusion de « gérer » la Chine »
Auteur
Robert Kagan
Source
Washington Post (États-Unis)
Référence « The Illusion of ’Managing’ China », par Robert Kagan, Washington Post, 15 mai 2005.
Résumé Il y a eu beaucoup de discussions sur la politique à mener pour « gérer l’ascension de la Chine ». Cette expression elle-même dénote une vision d’une Chine évoluant graduellement et contre laquelle on aura bien le temps de réagir si elle doit devenir une menace. On nous dit par ailleurs que si l’on traite trop vite la Chine en ennemi, alors elle se comportera en ennemi. L’idée même selon laquelle la montée en puissance de la Chine est un phénomène gérable est rassurante, mais l’Histoire des puissances ne plaide pas en faveur de cette hypothèse.
À l’exception de la gestion de l’ascension états-unienne par l’empire britannique, jamais la naissance d’une nouvelle puissance n’a été bien gérée par les puissances établies. Si le cas des États-Unis est une exception, c’est sans doute parce que Britanniques et États-uniens partageaient les mêmes valeurs. Les cas de l’Allemagne et du Japon au XXième siècle sont des exemples historiques bien moins rassurants. Or, nous n’avons aucune raison de nous croire plus intelligents aujourd’hui que les dirigeants de l’époque. Après tout, nous aussi prétendons pouvoir adoucir les nouvelles puissances en faisant du commerce avec elles.
Aujourd’hui, rien ne prouve que la Chine désire intégrer le « système international » si celui-ci ne l’arrange pas. Nous devons comprendre que la nature de l’avènement de la Chine sera avant tout déterminée par les Chinois et non pas par nous. Bientôt, la Chine pourra défier les États-Unis et ses alliés en Asie. Il faut donc une politique d’endiguement du développement chinois, ce qui suppose de considérer Pékin comme un ennemi.

« Les Chinois arrivent. Accueillons-les bien »
Auteur
Jérôme Monod
Source
International Herald Tribune (France)
Référence « The Chinese are coming. Let’s greet them », par Jérôme Monod, International Herald Tribune, 17 mai 2005.
Résumé J’étais récemment en Chine pour participer au Forum de Boao sur « l’avènement pacifique » de la Chine. La question aujourd’hui n’est plus de savoir si la Chine se développe, mais si ce développement sera pacifique. Ne rêvons pas, les énergies renouvelables en Chine seront toujours marginales. La Chine va donc consommer des énergies traditionnelles et elle essayera de s’en procurer partout, par tous les moyens. Elle formera de nouvelles alliances et certaines seront en conflit avec celles de l’Occident. Cela pourrait déstabiliser de nombreuses régions du monde. Rappelons-nous qu’au XIXième siècle les Européens se faisaient la guerre pour les matières premières. Les temps ont changé, pas forcément les tendances.
En fait, tout dépend de l’optique de la Chine. Les nouvelles alliances de la Chine avec l’Inde et l’Europe, ainsi que sa distanciation avec d’autres régions du monde, démontrent que la Chine ne veut pas seulement exister dans le monde, elle veut aussi être au sommet des affaires du monde. La Chine pourrait connaître une montée en puissance solitaire et pacifique, mais elle craint l’isolement et cela représente une menace pour une montée en puissance pacifique.
Il faut constituer un partenariat avec la Chine. Si nous la traitons en ennemi, elle deviendra un ennemi. Il faut aider la Chine à s’intégrer. Les Européens ont un rôle à jouer. Nous avons plaidé en faveur de son entrée dans l’OMC et la France soutient également sa vision d’un monde multipolaire. Il faut apprendre à nous connaître en développant des liens.

« Que cachent les attentats d’Andijan ? »
Auteur
Semih Vaner
Source
Le Figaro (France)
Référence « Que cachent les attentats d’Andijan ? », par Semih Vaner, Le Figaro, 16 mai 2005.
Résumé Une violente insurrection a fait plusieurs dizaines de morts vendredi à Andijan, importante ville de l’est de l’Ouzbékistan, où le président, Islam Karimov s’est rendu en urgence et où l’armée a tiré sur la foule. Ces émeutes font suite à trois attentats suicides à Tachkent contre les ambassades américaine et israélienne. Ces attentats avaient été revendiqués dans des communiqués impossibles à identifier par le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO). Par la suite, deux procès impliquant 31 présumés islamistes, accusés de terrorisme, se sont ouverts dans la capitale et dans le sud du pays. Les accusés auraient « avoué », mais les défenseurs des Droits de l’homme ont dénoncé l’usage de la torture.
Ces attentats sont ils le fait de groupuscules liés à Al Qaïda ou traduisent-ils un malaise plus profond ? Fin mars 2004, des attentats avaient déjà eu lieu, impliquant pour la première fois des femmes kamikazes. La répression des forces de l’ordre avait été sanglante. Le pouvoir en place a accusé le parti d’opposition islamique Hizb-ul-Tahrir, mais ce dernier a nié. Le Hizb-ul-Tahrir prône l’instauration d’un « califat » en Asie centrale et rejette aussi bien la voie démocratique que la violence. Le MOI a alors été accusé, lui dont les membres avaient combattu auprès des talibans. La seule chose dont on soit sûr, c’est le tout-répressif d’Islam Karimov, et l’absence d’espace démocratique ouvre la voie à des mouvements de contestation d’inspiration strictement islamique. A quelques semaines seulement des élections législatives, pas un seul parti d’opposition digne de ce nom n’a été autorisé à s’inscrire officiellement. Une situation économique et sociale désastreuse achève de détériorer le climat.
La Russie est la puissance qui pèse le plus dans la région et donc en Ouzbékistan. Une Asie centrale placée sous l’aile protectrice de la Russie mais où l’Ouzbékistan jouerait un rôle déterminant : tel est le projet plus ou moins tacite, plus ou moins avoué d’Islam Karimov. Malgré l’influence de la culture persane dans le pays, la place de l’Iran y est marginale. La véritable influence viendrait-elle de l’Occident, dans le nouveau monde à tendance unipolaire ? Déjà, Washington installe ses bases et forme les sous-officiers ouzbeks. L’une des questions décisives est liée au tracé des oléoducs et des gazoducs et la part qui reviendrait en la matière à Tachkent, qui ne risque certainement pas d’être tenue complètement à l’écart des consultations et des décisions, puisqu’elle est productrice (en pétrole et gaz) et exportatrice (en gaz). Toutefois, les États-Unis se préoccupent de la situation alarmante des Droits de l’homme et menacent de couper l’aide militaire et économique.
L’évolution de la région dépendra de la réponse à cette question : l’Asie centrale redevient-elle le théâtre d’un nouveau « grand jeu » ? Les développements en Ouzbékistan, comme dans la plupart des autres républiques centrasiatiques, soulignent également la nécessité de la relève d’une nouvelle génération de dirigeants qui n’ont pas les réflexes d’anciens leaders soviétiques.

« En Ouzbékistan, on considère souvent les musulmans ordinaires comme des extrémistes »
Auteur
Shirin Hunter
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Ancienne fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères d’Iran avant la révolution islamique, Shirin Hunter dirige le département des études islamiques du CSIS.
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Source
Gazeta (Fédération de Russie)
Référence « В Узбекистане обычных мусульман часто принимают за экстремистов », par Shirin Hunter, Gazeta, 13 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Le Hizb ut Tahrir est peut-être en contact avec d’autres groupes, ils les a peut-être infiltrés mais d’après moi il ne s’agit pas d’une organisation centralisée ; elle utilise des méthodes différentes à différents endroits. Dans tous les cas, ils sont loin des extrémistes qui incitent au jihad et au meurtre. En Ouzbékistan, on considère souvent les musulmans ordinaires comme des membres du Hizb ut Tahrir. Il est très difficile de savoir qui sont ces extrémistes et qui commet les crimes. Il y a beaucoup de petites organisations inconnues dans la région dont on peut seulement imaginer qu’elles ont des liens avec le Hizb ut Tahrir.
Le califat a déjà existé dans l’histoire de l’islam. Désormais beaucoup comprennent qu’il est impossible de revenir à cette vieille version du califat, à l’époque où l’islam couvrait d’immenses régions. Cette idée du califat est en contradiction avec les idéologies nationales, islamiques et bien d’autres. Le retour de ce rêve du califat est pour moi une réaction à la modernisation qu’a entraînée l’idéologisation de la religion. On se demande qui serait le calife.
À part quelques exceptions, les pays islamiques sont dirigés par des régimes autoritaires de gauche ou de droite. Les gens subissant ce mode de gouvernement voient leur salut dans la religion. Après la révolution iranienne, les pays islamiques ont pris peur et ont essayé de promouvoir un islam officiel dans le but de le contrôler. C’est là que l’islamisation s’est transformée en force politique. Le seul moyen de lutter contre cela consiste à ouvrir le système politique. A ce sujet, l’exemple de Erdogan, qui a parcouru le chemin de la tête d’un parti islamiste jusqu’au poste de Premier ministre, est significatif. Grâce à son rôle, on examine aujourd’hui la possibilité d’intégrer son pays qui s’est modernisé à l’Union européenne.

« Ce sur quoi se fonde le soutien à ce tortionnaire »
Auteur
Craig Murray
Source
The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « What drives support for this torturer », par Craig Murray, The Guardian, 16 mai 2005.
Résumé Les corps de centaines de manifestants pro-démocratie en Ouzbékistan sont à peine froids, mais la Maison Blanche cherche déjà un moyen de les ignorer. Scott McClellan, le porte-parole de la Maison-Blanche, a affirmé qu’il s’agissait de « terroristes islamiques » qui menaient une résistance armée. Il a affirmé qu’ils auraient mieux fait de chercher à obtenir un gouvernement démocratique via des moyens pacifiques que par la violence.
Mais comment faire en Ouzbékistan ? Ici, ce n’est pas la Géorgie, l’Ukraine ou le Kirghizistan. Aux dernières législatives, l’opposition n’a même pas pu présenter de candidats. Il n’y a aucune liberté des médias et au plus fort des violences à Andijan, on ignorait totalement ce qui s’y passait à Tachkent. Que serait-il arrivé aux 23 accusés du procès si la foule ne les avait pas libérés ? En Ouzbékistan, 99 % des accusés sont condamnés et dans les chambres de tortures de Karimov, tout le monde avoue. Une fois qu’on a été condamné, les tortures ne s’arrêtent d’ailleurs pas. On continue à vous torturer pour vous faire signer des déclarations de loyauté au président ou pour impliquer des « complices ». L’ONU ou Human Rights Watch dénoncent ces pratiques, mais la CIA et le MI-6 comptent sur elles pour obtenir des « renseignements » sur Al Qaïda. La plupart de ces informations ne valent rien et j’ai demandé au MI-6 de ne plus les utiliser, sans succès. C’est ce qui a motivé mon départ du Foreign Office.
Karimov est l’homme de George W. Bush dans la région et par conséquent, pas un responsable de l’administration Bush n’appelle à des élections libres. Karimov touche de larges aides financières et il ouvre son territoire aux bases et aux pipelines états-uniens. J’ai rencontré des dirigeants de l’opposition l’année dernière et il ne s’agit pas d’islamistes. Ranger les opposants dans la case « islamiste » contente peut-être Washington, mais la Grande-Bretagne ne devrait pas l’accepter.

« Tachkent s’est privé d’un partenaire de dialogue »
Auteur
Oleg Panfilov
Source
Izvestia (Fédération de Russie)
Référence « ТАШКЕНТ ЛИШИЛ СЕБЯ ПАРТНЕРОВ ПО ДИАЛОГУ », par Oleg Panfilov, Izvestia, 13 mai 2005.
Résumé Le problème de l’Ouzbékistan et d’autres pays d’Asie centrale, de même que pour la majorité des pays de la CEI, c’est qu’ils n’ont pas développé de culture politique tout au long de l’histoire soviétique. Plus précisément, il n’y a jamais eu de dissidents et inévitablement, il n’y a pas de tradition de la discussion politique. L’Ouzbékistan indépendant s’est presque aussitôt constitué en un État au mode de direction autoritaire. L’existence de toute publication ou mouvement politique indépendant dépend du bon vouloir du pouvoir. Tous les leaders des partis d’opposition démocratique ont émigré. Les radicaux islamistes ont remplacé les mouvements libéraux et ils forment le noyau de l’opposition à Islam Karimov. Le président s’est privé de la possibilité de mener des négociations dans une situation telle que celle que l’on observe aujourd’hui. La situation économique et sociale dans la vallée de Ferghana laissait présager un tel développement depuis longtemps.
Il semble que Karimov ait réussi à contenir l’opposition, mais d’autres régions peuvent se joindre au soulèvement. Il lui faut mener des négociations avec des représentants des mouvements intellectuels et religieux raisonnables. Si Karimov essaye de fermer le pays comme l’avait fait le Turkmenbachi, cela ne fera que calmer les protestations pour quelques années tout au plus. La population obtient des informations sur Internet et par les radios étrangères. C’est pour cela qu’il est indispensable de réformer la politique de l’intérieur. Les accusations de terrorisme lancées par Karimov ne rassurent ni la population, ni la communauté internationale. Aujourd’hui beaucoup de gens sont en prison uniquement parce qu’ils ont affirmé que l’islam était leur religion. S’il conserve ces pratiques, le président ouzbek ne sera pas un leader régional et il n’obtiendra aucun soutien international. La présence sur son sol de bases américaines n’est pas une raison pour ne pas tenir compte des critiques à son encontre au sujet de sa politique intérieure et des violations des Droits de l’homme.

« Le régime de Karimov, c’est la Roumanie à la veille de la chute de Ceaucescu »
Auteur
Alexeï Makarkine
Source
Gazeta (Fédération de Russie)
Référence « Режим Каримова - Румыния накануне падения Чаушеску », par Alexeï Makarkine, Gazeta, 13 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Les islamistes sont très actifs en Ouzbékistan et étudient depuis longtemps la manière dont ils pourraient renverser Karimov. Si au Tadjikistan, l’opposition a reçu sa part de pouvoir après la guerre civile, et si au Kirghizistan comme au Turkménistan l’islam n’a traditionnellement jamais joué un grand rôle, l’Ouzbékistan était déjà un des plus grands centres de l’islam au temps de l’Union soviétique, il y avait des madrasas officielles à Tachkent. Comme dans d’autres pays d’Asie centrale, le clanisme joue un grand rôle. Le clan d’Andijan, mortifié, est décidé à prendre sa revanche en s’alliant avec les islamistes. On peut parler d’une certaine exportation de la révolution dans ce cas encore. Les Ouzbeks qui vivent au sud du Kirghizistan ont participé aux évènements dans ce pays et l’on peut parler d’un foyer de contagion, même si elle est exclusivement psychologique. Il est probable que ces actions avaient été planifiées avec l’aide d’organisations islamistes radicales étrangères. On ne peut pas parler de participation de l’Occident ou des États-Unis ; ces pays n’ont pas intérêt à déstabiliser la région proche de l’Afghanistan.
Je comparerais volontiers le régime d’Akaïev avec celui du Hongrois Kadar qui était orienté vers l’Occident. Le régime de Karimov ressemble à la Roumanie à la veille de la chute de Ceaucescu : répression féroce de l’opposition et absence de tout mécanisme de dialogue. Karimov veut échapper par tous les moyens au sort du président roumain et contrairement à Akaïev, il va jusqu’au bout. S’il arrive à contenir et à maîtriser les actions de l’opposition à Andijan puis à les réprimer de toutes ses forces, alors il a une chance de rester au pouvoir pour longtemps. En orient, on respecte la force. Le sang a déjà coulé et c’est l’opposition qui en est responsable. Si Karimov utilise la force, la communauté internationale ne s’en offusquera pas.

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