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Tribunes et décryptages - 27 mai 2005
Les alibis arabes de l’équipe Bush

Décryptage

L’historien Wiliam Dalrymple rappelle dans le Guardian que la propagande britannique a toujours su s’inventer des ennemis et souvent les associer à la France. Les temps n’ont pas changé depuis la description du pacifique et moderniste sultan de Mysore comme un tyran. Seules les cibles ont changé.

La persistance du discours colonial se retrouve dans de nombreux textes d’auteurs arabes servant d’alibi aux think tank néo-conservateurs. Une voix arabe amie de Washington qui n’est pas inutile après le tollé qu’a provoqué l’article de Newsweek sur les profanations du Coran à Guantanamo.
Fouad Ajami poursuit son œuvre de justification a posteriori de la politique du président Bush. Dans le Wall Street Journal et le Daily Star, il affirme que la démocratisation du monde arabe est en marche depuis que les États-Unis ont envahi l’Irak. Bien sûr, l’action militaire n’est pas la meilleure méthode, mais pour ceux qui attendent en vain de puis si longtemps des réformes qui viennent de l’intérieur, ce qui se passe aujourd’hui est une délivrance. Un raisonnement typiquement colonialiste, qui se postule que l’on peut violenter les indigènes pour leur Bien, et que reprend en partie le roi Abdallah II de Jordanie dans le Washington Post. Dans un entretien, le souverain se réjouit de l’intervention étrangère en Irak et des pressions exercées sur la Syrie. Voilà un monarque bien agréable pour Washington.
Saad Edddin Ibrahim est une valeur qui monte. Mis en scène par le cabinet sioniste Benador Associates et diffusé par l’agence de George Soros, Project Syndicate, il est désormais candidat à la présidence de son pays. Soutenu par les réseaux d’influence états-uniens, ses articles sont largement repris dans la presse internationale. Se posant comme un modérateur, il assure que les islamistes ne sont pas dangereux lorsqu’ils sont associés au pouvoir, car ils finissent par se dissoudre dans la vie parlementaire et se normaliser. Sa tribune est publiée par le New York Times, l’International Herald Tribune, le Taipei Times, The Australian, le Korea Herald, le Jerusalem Post, le Jordan Time et peut d’autres encore qui ont pu nous échapper. À propos du retrait israélien de Gaza, il conseille de ne pas détruire les habitations des colons juifs pour ne pas choquer l’opinion publique, mais de ne pas non plus les donner aux Palestiniens qui y verraient une victoire. Il faut donc les confier à une tierce partie écrit-il dans Ha’aretz, le Daily Star et le Washington Times. Bref, voilà l’homme idéal pour l’Empire : il peut s’appuyer sur les islamistes sans paraître pour autant islamiste lui-même, et peut aider Israël sans paraître trop cruel vis-à-vis des Palestiniens.

Die Welt publie un entretien avec le grand mufti d’Égypte. Cheikh Ali Gomaa souligne que le défunt pape Jean-Paul II s’était ouvert à l’islam. Il craint que son successeur, Benoît XVI, ne soit au contraire un partisan du choc des civilisations.
Enfin, dans le même quotidien, le général Ehud Barak apporte son soutien au plan de retrait de Gaza. Mais c’est pour mieux critiquer le maintien de quelques colonies ici et là dans la défense sera de plus en plus difficile et onéreuse. Il faut se préparer à une troisième Intifada et terminer le Mur au plus tôt, déclare-t-il. L’ancien Premier ministre partage les objectifs de son successeur, mais diffère sur les plans pour y parvenir.

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27 mai 2005

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 CentCom : Contrôle du « Grand Moyen-Orient »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Un essai de construction impériale de l’ennemi »

Auteur William Dalrymple

Journaliste et écrivain britannique, William Dalrymple est un spécialiste du sous-continent indien. Il est membre de la Royal Society of Literature et de la Royal Asiatic Society. Il est l’auteur de White Mughals.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence

« An essay in imperial villain-making », par William Dalrymple, The Guardian, 24 mai 2005.

Résumé

À la fin des années 90, les partisans de la ligne dure qui voulaient un changement de régime à l’Est ont trouvé un allié puissant au gouvernement. Le nouveau président était conservateur, agressif anti-français et voulait faire de son pays une puissance globale sans rivales. Il pensait qu’il fallait s’attaquer à ces régimes musulmans contre lesquels la presse britannique se déchaînait. Il était temps de renverser Tipu, le sultan de Mysore. Nous étions alors en 1798. Henry Dundas, venait d’être nommé ministre et président de la Compagnie des Indes et avec le gouverneur général Richard Welleskey, ils décidèrent de convaincre l’opinion du bien-fondé de leur politique de renversement de Tipu.
Dans la presse de l’époque, Tipu fut présenté comme un tyran agressif, oppressant son peuple et hostile au Royaume-Uni. Cet essai dans la construction d’un méchant à combattre sert de modèle encore aujourd’hui. On sait désormais que Tipu était un dirigeant lettré, moderne et tolérant qui voulait rassembler les princes d’Inde contre l’hostilité britannique et moderniser son pays avec l’aide des ingénieurs français. Il participa grandement à l’instauration d’un syncrétisme islamo-hindou porteur de tolérance.
Cette histoire rappelle la façon dont la propagande impérialiste à l’ancienne fait son retour sous George W. Bush et Tony Blair. Malgré 25 ans de travail d’Edward Saïd, l’orientalisme n’est pas mort et il peut compter sur les éditorialistes d’aujourd’hui comme il pouvait compter sur ceux d’hier pour sa propagation.


« Le pays de Bush »

Auteur Fouad Ajami

Fouad Ajami est professeur d’études moyen-orientales à la Johns Hopkins University. Contributeur régulier du magazine Foreign Affairs il est l’auteur de Dream Palace of the Arabs : A Generation’s Odyssey.

Sources Daily Star (Liban), Wall Street Journal (États-Unis)
Référence

« Bush Country », par Fouad Ajami, Wall Street Journal, 22 mai 2005.
« We have George W. Bush to thank for the Arab democratic spring », Daily Star, 23 mai 2005.

Résumé

Un marchand koweïtien m’a dit récemment que George W. Bush a « libéré un tsunami sur cette région ». Cet homme en a assez d’attendre une réforme venant de l’intérieur, il voulait que la situation change et si cela devait passer par une aide extérieure, qu’il en soit ainsi. Un ami jordanien m’a affirmé que ce qui se passait actuellement au Liban était possible car les manifestants savaient que les États-Unis ne tolèreraient plus une répression comparable à ce qui a eu lieu à Hama en Syrie. Lors de mon voyage dans le monde arabe, je me suis rendu dans le pays de Bush : partout les Arabes sont conscients que cette vague de démocratisation à laquelle ils assistent , ils la doivent aux États-Unis et à leurs actions en Irak.
Le poids de la puissance états-unienne, historiquement du côté de l’ordre dominant, est aujourd’hui en faveur de la libéralisation de la région. Aujourd’hui, un président conservateur offre à son pays une rédemption wilsonienne. Ce changement de politique s’illustre dans les rapports avec Hosni Moubarak. Autrefois, il était l’homme de l’Amérique sur le Nil et il était vu comme un rempart contre l’islamisme. Cela lui a permis de rejeter la politique de Washington en Irak et de marquer son opposition à celle sur la question israélo-palestinienne. Ce faisant, il a alimenté l’anti-modernisme et l’antiaméricanisme dans son pays. Aujourd’hui, les États-Unis exigent de lui une ouverture politique du pays et cela a permis l’apparition de mouvements contestant son règne.
Les États-Unis ont compris que la recherche de la stabilité via le soutien aux dictateurs ne marchait pas et avait conduit au 11 septembre. Face aux islamistes, les Arabes laïques savent que l’exigence de la souveraineté n’est plus adéquate. Ils savent qu’ils sont isolés dans le monde et qu’il leur faut renoncer à certaines vieilles aspirations. C’est bien sûr l’Irak qui a été le début de ce changement d’optique. Malgré les bombes, le mouvement démocratique s’y développe tout comme une presse libre. Ce à quoi on assiste dans le monde arabe est similaire au printemps des peuples de 1848 en Europe. La révolution démocratique se propage de pays en pays. C’est George W. Bush qui a initié ce mouvement.


« Au final, l’Irak réussira »

Auteur Abdallah II de Jordanie

Abdallah II de Jordanie est roi de Jordanie.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence

« In the End, ’Iraq Will Succeed’ », par Abdallah de Jordanie, Washington Post, 21 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Nous aimerions régler notre différend avec Ahmed Chalabi. C’est ce que nous a demandé Jalal Talabani et nous cherchons une solution. Le problème est que le différend est d’ordre économique, pas politique, il doit de l’argent au peuple jordanien, pas à son gouvernement. Il faudra donc trouver une compensation pour les Jordaniens.
Je pense qu’au finale, l’Irak réussira et deviendra un pays indépendant et capable. Les Irakiens ont mûri ces derniers mois. L’élément déterminant a été l’élection du 30 janvier, un événement qui a été au-delà de mes attentes. Le vrai baromètre de la situation en Irak sera l’élection de décembre, après la rédaction d’une constitution. L’insurrection est partiellement le fruit des éléments étrangers, mais il y a également des ba’asistes et des membres des services de sécurité de Saddam Hussein. Il faut isoler ces groupes dans la société sunnite en la convainquant de participer à l’avenir du pays. Je pense que nous y parviendrons et qu’il n’y aura pas de guerre civile.
Je pense que la politique de l’administration Bush en faveur de la démocratie est utile. Elle engendre le débat. En Jordanie, nous sommes engagés dans un processus de réformes et nous les accélérons. Concernant le Liban, je pense que le pays doit avant tout appartenir aux Libanais et je suis heureux du retrait syrien. Damas a compris que la situation avait changé.
Je suis assez optimiste sur la question israélo-palestinienne, mais il faut clarifier ce qui adviendra après le retrait de Gaza et concernant la « feuille de route ». J’en ai parlé avec George W. Bush et nous étions d’accord sur la création d’un État palestinien viable. Mahmoud Abbas fait le maximum concernant le terrorisme, mais il a besoin d’aide. Les Israéliens devraient faire des gestes. Aider économiquement les Palestiniens est la meilleure façon de réduire l’influence du Hamas. Si on règle le problème israélo-palestinien, les terroristes pourront moins facilement recruter dans le monde arabe.


« L’islam peut voter si on le laisse faire »

Auteur Saad Eddin Ibrahim

Ancien détenu politique égyptien, Saad Eddin Ibrahim est professeur à l’université américaine du Caire. Il est secrétaire général de l’Egyptian Independent Commission for Electoral Review et membre de l’International Institute for Strategic Studies. Il est expert du cabinet Benador Associates.

Sources Jerusalem Post (Israël), Jordan Times (Jordanie), International Herald Tribune (France), New York Times (États-Unis), Taipei Times (Taïwan), Korea Herald (Corée du Sud), The Australian (Australie)
Référence

« Islam Can Vote, if We Let It », par Saad Eddin Ibrahim, New York Times, 21 mai 2005.
« Islam can vote, if we let it », International Herald Tribune, 24 mai 2005.
L’auteur a repris les mêmes arguments sous une forme abrégée dans :
« The Middle East enjoys a springtime of democracy », Taipei Times, 23 mai 2005.
« Democracy’s not a devil for Islamists », The Australian, 23 mai 2005.
« Middle East’s springtime of democracy », Korea Herald, 24 mai 2005.
« The new Islamists », Jerusalem Post, 24 mai 2005.
« Mideast’s springtime of democracy », Jordan Times, 26 mai 2005.

Résumé

Lors des dernières élections municipales en Arabie saoudite, la première expérience démocratique de la nation, certains se sont inquiétés des scores réalisés par les islamistes face à leurs rivaux laïques. En fait, nous avons vu une tendance similaire en Turquie, au Maroc, en Irak et on peut également s’attendre à un phénomène identique au Liban, en Palestine ou en Égypte. Il faut observer cette tendance, mais cela ne doit pas inciter à la panique. En effet, cela fait 30 ans que j’observe les évolutions de cette mouvance et je note une évolution significative poussant ces partis à devenir des mouvements musulmans démocratiques, suivant un processus comparable à celui qui a entraîné la création de partis démocrates-chrétiens en Europe.
Pour comprendre cette évolution, il faut se souvenir que dans les régimes autoritaires, les seuls endroits où une parole politique contestataire est possible sont les mosquées. Cela a permis aux islamistes d’entrer dans la vie politique et de développer les mouvements théocratiques qui avaient déjà un poids dans la société en fonction de leur action caritative. Perçu comme plus efficaces et honnêtes que le pouvoir en place, les dirigeants de ces mouvements ont fini par gagner en popularité même chez les Arabes laïques. Aujourd’hui, deux tiers des 1,4 milliards de musulmans dans le monde vivent sous la direction de gouvernements démocratiquement élus où les islamistes sont des acteurs majeurs.
Les islamistes doivent avoir les mêmes droits de participation aux élections que les autres. Si on les en empêchent, ils deviennent des groupes armés et peuvent jouir de l’aura du martyre. Au contraire, leur intégration dans les systèmes politiques les rends plus pragmatiques. Nous ne devons pas nous attendre à ce qu’ils se transforment en un jour, mais leur intégration dans un cadre légal et politique strict permet leur transformation.
Pour y parvenir, les États-Unis doivent adopter une approche plus pacifique, s’inspirant du projet de « Grand Moyen-Orient » ou de l’initiative de Barcelone de l’Union européenne. Le modèle est le processus d’Helsinki de 1975 qui a eu tant de retombées positives avec l’URSS.


« L’effet des serres »

Auteur Saad Eddin Ibrahim

Ancien détenu politique égyptien, Saad Eddin Ibrahim est professeur à l’université américaine du Caire. Il est secrétaire général de l’Egyptian Independent Commission for Electoral Review et membre de l’International Institute for Strategic Studies. Il est expert du cabinet Benador Associates.

Sources Ha’aretz (Israel), Daily Star (Liban), Washington Times (États-Unis)
Référence

« The greenhouse effect », par Saad Eddin Ibrahim, Ha’aretz, 13 mai 2005.
« What to do with Gaza blocs », Washington Times, 16 mai 2005.
« Make the Gaza pullout a springboard for peace », Daily Star 24 mai 2005.

Résumé

Si tout va bien, les Israéliens auront bientôt quitté Gaza, mais on ignore encore ce qui sera fait des colonies abandonnées. À l’origine, ces bâtiments devaient être détruits, mais cela ne semble plus être l’option privilégiée et il faut réfléchir à ce qui a le plus de chances d’élargir la fenêtre d’opportunité.
Les partisans de la destruction estiment que ces logements luxueux ne correspondent pas aux besoins des Palestiniens qui ont une population nombreuse et pauvre. Il faudrait donc les remplacer par de grands blocs d’habitation. Si les riches palestiniens les occupent, les tensions sociales augmenteront ou bien le Hamas les prendra pour en faire le symbole de sa victoire. Toutefois, une telle destruction coûterait 18 millions de dollars d’après une étude de l’Aspen Institute et donnerait une mauvaise image à Israël. Au contraire, donner ces colonies à l’Autorité palestinienne pour en faire un lieu symbolique de la paix aurait de nombreux bénéfices.
On pourrait aussi imaginer l’implication d’une troisième partie qui rachèteraient ces terrains pour y faire travailler des Palestiniens dans les serres. En outre, le passage par un intermédiaire faciliterait le processus. Une organisation comme Seeds of Peace pourrait faire l’affaire, mais d’autres ONG ou agence de l’ONU peuvent également convenir.


« Nous sommes dans le même bateau »

Auteur Ali Gomaa

Le cheikh Ali Gomaa est le grand mufti de la République d’Égypte.

Source Die Welt (Allemagne)
Référence

« Wir sitzen im gleichen Boot », par Ali Gomaa, Die Welt, 14 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Le monde musulman attend du nouveau pape qu’il poursuive la ligne de son prédécesseur qui s’était ouvert à l’islam, il était tolérant. On peut parler d’un renouveau de la pratique religieuse qui est très importante dans le monde dans lequel nous vivons. Des études ont montré que ce qui est enseigné à propos de l’islam en Allemagne est déformé. Lors d’attentats suicides, les médias parlent tout de suite de terroristes musulmans alors que l’on ne précise pas de religion quand le terroriste n’est pas musulman. La vérité, c’est que les terroristes sont nos ennemis communs, ils nous ont touchés avant vous, souvenez-vous de la mort d’Anouar El Sadate. Nous sommes dans le même bateau. L’Occident doit arrêter ses généralisations, on ne peut pas ostraciser 1,3 milliards de personnes pour les forfaits de quelques uns. Il y a de nombreuses lois islamiques qui interdisent les attentats suicides.
Il n’y a pas de déclaration concrète de la part de Mohammed Al Tantawi (cheikh de l’université Al-Azhar) au sujet de la Palestine car les religieux musulmans considèrent que ce conflit est politique et non religieux. La démocratie existe en Égypte depuis 150 ans et nous nous orientons vers une démocratisation du monde, mais nous avons des problèmes internes qui nous imposent d’autres priorités. Nous avons par exemple 36 % d’analphabètes, un taux de chômage élevé et une forte croissance démographique. Ce sont des obstacles sur le chemin de la démocratie.
Je suis d’accord avec Al Tantawi quand il dit que le gouvernement français a le droit d’interdire le port du voile. Il a d’abord dit que porter le voile est un devoir religieux et qu’aucun politicien ne devrait avoir le droit de l’en empêcher. Il a ensuite reconnu que chaque pays est souverain et décide par lui-même. Les musulmans sont dans une situation d’urgence à cause de cette loi. Elle autorise les femmes a enlever leur voile.


« Il y aura une troisième Intifada »

Auteur Ehud Barak

Ancien général, chef du renseignement militaire et chef d‘État major de l‘armée israélienne, Ehud Barak a été ministre de l‘Intérieur (1995), ministre des Affaires étrangères (1995-1996) et Premier ministre (1999-2001) travailliste israélien.

Source Die Welt (Allemagne)
Référence

« Es wird eine dritte Intifada geben », par Ehud Barak, Die Welt, 20 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Le retrait est un pas important dans la bonne direction, mais il est frileux. On doit le soutenir, mais dire clairement que cela ne résoudra rien. C’est seulement la première page d’un livre qui comporte de nombreux chapitres dont certains seront mortels. Après ce retrait, on verra que les scénarios évoqués par Moshe Yaalon (chef d’état-major ayant démissionné) et Avi Dichter (ancien chef du Shin Beth) vont se réaliser. J’espère qu’Abu Mazen saura détruire l’infrastructure terroriste. Il est cependant possible que le Hamas gagne en puissance dans les mois qui viennent. Le terrorisme peut renaître en Judée Samarie, à Gaza. Sharon obtient de la reconnaissance pour avoir trouvé une solution qui est en contradiction avec ce qu’il a dit depuis des dizaines d’années. Les Palestiniens vont considérer ce retrait comme une victoire. Ils vont dire que Sharon a capitulé et Abu Mazen va essayer d’obtenir de nouvelles concessions et d’isoler Sharon. Nous devons terminer le Mur en quelques mois, cela pour la sécurité nationale. Nous devons ensuite évacuer les colonies à l’Est de la clôture. Simultanément il faudra mener une guerre sans compromis contre le terrorisme des deux côtés de cette clôture, sans fermer la porte à la reprise du processus politique.
Il était possible il y a trois ans de construire le Mur avec le soutien et un financement américain. Nous aurions été en mesure de garder Ariel et Maaleh Adumim ainsi que d’autres positions importantes à l’intérieur du Mur. Nous aurions économisé 35 milliards de shekels (6,3 milliards d’euros) et préservé de nombreuses vies. Les citoyens ne savent pas que 60 % de la barrière est inachevée, les terroristes peuvent s’infiltrer. Nous devons terminer cette construction, même au prix d’un conflit avec les Européens et même avec les États-Unis. Israël est le pays le plus fort dans un périmètre de 1500 km à la ronde et je suis persuadé qu’il peut devenir une des nations les plus puissantes de la planète. Si nous obtenons des frontières claires, nous libèrerons une énorme énergie bloquée jusqu’à présent. Le problème fondamental est le suivant : il n’y a aucune chance de pouvoir installer des frontières à l’Est du Mur. Sharon n’a pas le courage d’aller le dire aux habitants de ces colonies et il prend donc le risque de perdre aussi les plus gros territoires (en Judée Samarie). C’est un bon tacticien, mais il n’a pas de stratégie.
Après le retrait, Sharon va se tourner vers la droite et dire qu’il faut préserver la Judée Samarie de la gauche qui veut tout abandonner. Il peut modifier l’opinion israélienne, mais pas celle des Palestiniens. Il y aura une troisième Intifada. Des compagnies entières vont devoir protéger des colonies de plus en plus petites, les mères vont demander pourquoi leurs enfants doivent mourir. Sharon comprendra un jour ce qu’il aurait déjà dû avoir compris. Des centaines de gens vont mourir et des milliards vont être dépensés pour que nous soyons en définitive contraints de revenir à un tracé qui est pire que celui qui était encore possible.


 



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