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Déclaration de Barack Obama à la 66e Assemblée générale de l’ONU

| New York (États-Unis)
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Barack Obama
©UN Photo/Marco Castro

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
distingués Délégués,
Mesdames et Messieurs :

c’est pour moi un grand honneur d’être ici aujourd’hui et je voudrais vous parler d’un sujet qui est au cœur des Nations unies, la poursuite de la paix dans un monde imparfait.

Les guerres et les conflits nous accompagnent depuis l’aube des civilisations. Mais au cours de la première partie du XXe siècle, les avancées de l’armement moderne ont mené à des pertes humaines d’une envergure inouïe. Ce sont ces pertes qui ont poussé les fondateurs de cet organisation à bâtir une institution dont l’objectif n’était pas seulement de mettre fin à une guerre mais aussi d’en prévenir d’autres : une union d’États souverains qui chercheraient à prévenir les conflits tout en se penchant sur leurs causes.

Aucun Américain n’a œuvré davantage pour cet objectif que le président Franklin Roosevelt. Il savait qu’il ne suffisait pas de gagner une guerre. Comme il l’a dit lors de l’une des premières réunions tenues sur la création des Nations unies : « Nous devons établir non seulement la paix mais une paix qui soit durable. »

Les hommes et les femmes qui ont bâti cette institution ont compris que la paix allait au-delà de l’absence de la guerre. Une paix durable - tant pour les nations que les individus - dépend d’un sens de la justice et des possibilités, de la dignité et de la liberté. Elle dépend de la lutte et des sacrifices, des compromis et d’un sens d’une humanité commune.

L’une des délégués à la Conférence de San Francisco qui mena à la création des Nations unies l’a très bien exprimé : « Pour beaucoup, dit-elle, tout ce que nous devons faire pour établir la paix (...) est de dire très fort et très souvent que nous aimons la paix et haïssons la guerre. Mais nous avons appris maintenant qu’aussi fort que nous puissions aimer la paix et haïr la guerre, nous ne pouvons pas éviter qu’une guerre nous soit imposée s’il existe des convulsions dans d’autres parties du monde ».

Le fait est que la paix est difficile, mais nos peuples l’exigent. Depuis près de sept décennies, et bien que les Nations unies aient évité une Troisième Guerre mondiale, nous vivons encore dans un monde balafré par des conflits et ravagé par la pauvreté. Tandis que nous proclamons notre attachement à la paix et notre haine de la guerre, il y a dans notre monde des convulsions qui nous menacent tous.

J’ai pris mes fonctions à un moment où les États-Unis menaient deux guerres. En outre, les extrémistes violents à cause desquels nous avions été entraînés dans ces guerres - Oussama Ben Laden et son organisation Al-Qaïda - étaient toujours en fuite. Aujourd’hui, nous avons pris une nouvelle direction.

À la fin de l’année, les opérations militaires des États-Unis en Irak seront terminées. Nous aurons des relations normales avec un État souverain qui est membre de la communauté des nations. Ce partenariat d’égalité sera renforcé par notre appui à l’Irak - à son gouvernement et à ses forces de sécurité, à son peuple et à ses aspirations.

Et tandis que nous mettons fin à la guerre en Irak, notre pays et nos partenaires de la coalition entament la transition en Afghanistan. D’ici à 2014, un gouvernement et des forces de sécurité afghans de plus en plus autonomes s’apprêteront à assumer la responsabilité de l’avenir de leur pays. Et au fur et à mesure qu’ils le feront, nous retirerons nos forces tout en consolidant un partenariat durable avec le peuple afghan.

Qu’il n’y ait donc aucun doute : la guerre est à sa phase descendante. Quand j’ai pris mes fonctions, environ 180.000 militaires américains se trouvaient en Irak et en Afghanistan. D’ici à la fin de l’année, ce chiffre sera réduit de moitié et continuera à décliner. C’est crucial pour la souveraineté de l’Irak et de l’Afghanistan ; c’est également essentiel pour la vigueur des États-Unis alors qu’ils continuent de s’occuper de leurs affaires intérieures.

De plus, nous sommes en mesure de terminer ces guerres sur une position de force. Il y a dix ans, une plaie ouverte d’acier tordu et de cœurs brisés gisait au centre de cette ville. Aujourd’hui, alors qu’une tour nouvelle monte sur le lieu de Ground Zero, symbolisant le renouveau de New York, Al-Qaïda fait l’objet de pressions plus fortes que jamais. Sa direction a été minée. Et Oussama Ben Laden, l’homme qui a assassiné des milliers de personnes dans des dizaines de pays, ne menacera plus jamais la paix dans le monde.

Oui, la décennie a été difficile. Mais aujourd’hui, nous sommes à un tournant de l’histoire et nous avons la possibilité de nous diriger avec détermination sur la voie de la paix. Pour ce faire, nous devons revenir à la sagesse de ceux qui ont créé cette institution. La Charte sur laquelle furent fondées les Nations unies nous appellent « à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales ». Et l’Article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme de cette Assemblée générale nous rappelle que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Ces convictions fondamentales eu égard à la responsabilité des États et aux droits des hommes et des femmes doivent guider nos actions.

Dans cette mission, nous avons des raisons d’espérer. Cette année a été une période de transformations extraordinaires. Des nations toujours plus nombreuses se sont avancées pour contribuer à maintenir la paix et la sécurité internationales. Et de plus en plus d’êtres humains ont revendiqué leur droit universel de vivre dans la liberté et la dignité.

Il y a un an, lorsque nous étions réunis ici à New York, la perspective d’un référendum réussi au Sud-Soudan était en doute. Mais la communauté internationale a surmonté les vieilles divisions pour appuyer l’accord qui avait été négocié pour donner au Soudan du Sud son autodétermination. Et l’été dernier, alors qu’un drapeau nouveau était hissé à Juba, d’anciens soldats déposaient les armes, des hommes et des femmes pleuraient de joie et des enfants pouvaient enfin connaître la promesse d’un avenir qu’ils façonneront.

Il y a un an, la population de la Côte d’Ivoire attendait la tenue d’élections historiques. Et quand le dirigeant au pouvoir a perdu le scrutin mais a refusé d’en respecter les résultats, le monde a refusé de tourner le dos. Les casques bleus étaient harcelés mais n’ont pas quitté leurs postes. Le Conseil de sécurité, mené par les États-Unis, le Nigéria et la France, a décidé de soutenir la volonté du peuple ivoirien. Et aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est gouvernée par l’homme élu à la tâche.

Il y a un an, les espérances du peuple tunisien étaient réprimées. Mais les Tunisiens ont choisi la dignité de contester dans la paix plutôt que de supporter le règne d’une poigne de fer. Un marchand de rue a mis l’étincelle à un feu qui lui a coûté la vie mais qui a attisé un mouvement. Face à la campagne de répression, les étudiants ont épelé le mot liberté. Le poids de la peur est passé des gouvernés aux anciens gouvernants. Et maintenant, le peuple tunisien se prépare à tenir des élections qui le rapprocheront encore plus de la démocratie qu’il mérite.

Il y a un an, l’Égypte n’avait connu depuis près de trois décennies qu’un seul président. Mais pendant 18 jours, les yeux du monde se sont rivés sur la place Tahrir où des Egyptiens de tous milieux - hommes et femmes, jeunes et vieux, musulmans et chrétiens - ont revendiqué leurs droits universels. Dans ces manifestants nous avons vu la force morale de la non-violence qui a illuminé le monde de Delhi à Varsovie, de Selma à l’Afrique du Sud, et nous avons su alors que le changement était parvenu en Égypte et dans le monde arabe.

Il y a un an, le peuple libyen était gouverné par l’un des dictateurs qui étaient restés le plus longtemps au pouvoir dans le monde. Mais face aux balles et aux bombes, et à un dictateur qui menaçait de les abattre comme des rats, les Libyens ont fait preuve d’un courage inébranlable. Nous n’oublierons jamais les paroles du Libyen qui s’est dressé aux premiers jours de la révolution et a déclaré : « Nous sommes libres de parler maintenant. C’est un sentiment que je ne peux décrire. »

Jour après jour, face aux balles et aux bombes, les Libyens ont refusé d’abandonner la liberté. Et quand ils ont été menacés du genre d’atrocités en masse qui souvent se sont produites sans aucune contestation au cours du siècle dernier, les Nations unies se sont montrées à la hauteur de leur charte. Le Conseil de sécurité a autorisé toutes les mesures nécessaires pour prévenir un massacre. La Ligue arabe avait appelé à cet effort ; des pays arabes se sont joints à la coalition dirigée par l’OTAN et qui a barré la route aux forces de Kadhafi.

Dans les mois qui ont suivi, la volonté de la coalition s’est montrée indomptable et celle du peuple libyen ne pouvait lui être refusée. Quarante-deux ans de tyrannie se sont terminés en six mois. De Tripoli à Misrata et à Benghazi, la Libye est aujourd’hui libre. Hier, les dirigeants d’une Libye nouvelle ont pris la place qui leur revient de droit parmi nous, et cette semaine, les États-Unis rouvrent leur ambassade à Tripoli. C’est ainsi que la communauté internationale est censée fonctionner - les nations se dressent ensemble en faveur de la paix et de la sécurité, les individus revendiquent leurs droits. Maintenant, nous avons tous la responsabilité d’appuyer le nouveau gouvernement libyen alors qu’il s’apprête à relever le défi qui est de transformer cette heure de promesse en une paix juste et durable pour tous les Libyens.

Cela a donc été une année remarquable. Le régime Kadhafi est fini. Gbagbo, Ben Ali et Moubarak ne sont plus au pouvoir. Oussama Ben Laden n’est plus de ce monde, et l’idée que le recours à la violence est le seul moyen d’apporter le changement a été enterrée avec lui. Il se passe quelque chose dans notre monde. Ce qui était autrefois n’est pas ce qui sera plus tard. L’étau humiliant de la corruption et de la tyrannie se desserre. Que les dictateurs se le tiennent pour dit. La technologie met un pouvoir entre les mains des gens. Les jeunes expriment leur désaveu accablant de la dictature et ils rejettent le mensonge qui veut que certaines races, religions et ethnies n’aient pas goût pour la démocratie. La promesse consignée par écrit — « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » — est plus près de se réaliser.

Mais gardons ceci à l’esprit : la paix est difficile. La paix est difficile. Le progrès peut être inversé. La prospérité arrive lentement. Les sociétés peuvent se disloquer. Notre succès doit se mesurer en fonction du degré auquel les populations peuvent vivre de manière durable dans la liberté, la dignité et la sécurité. Les Nations unies et leurs États membres doivent faire leur part pour soutenir ces aspirations fondamentales. Nous avons encore du travail à faire.

En Iran, nous voyons un gouvernement qui refuse de reconnaître les droits de son peuple. Et pendant que nous sommes ici réunis aujourd’hui, des hommes, des femmes et des enfants sont torturés, emprisonnés et assassinés par le régime syrien. Des milliers de personnes ont été tuées, dont un grand nombre pendant le mois saint du ramadan. Des milliers d’autres ont fui la Syrie. Les Syriens font preuve de dignité et de courage dans leur recherche de la justice, en manifestant pacifiquement, en restant silencieusement debout dans les rues, en mourant pour les mêmes valeurs que cette institution est censée défendre. La question est claire et nette : Serons-nous solidaires des Syriens, ou de leurs oppresseurs ?

Les États-Unis ont déjà imposé des sanctions sévères contre les dirigeants syriens. Nous avons soutenu un transfert du pouvoir qui répondrait aux aspirations des Syriens. Nombre de nos alliés se sont joints à cet effort. Mais pour le salut de la Syrie, et pour la paix et la sécurité dans le monde, nous devons parler d’une seule voix. Ne pas agir est inexcusable. Le temps est venu pour le Conseil de sécurité des Nations unies de sanctionner le régime syrien et d’être solidaire des Syriens.

Dans l’ensemble de la région, nous devrons répondre aux appels au changement. Au Yémen, des hommes, des femmes et des enfants se rassemblent par milliers chaque jour dans les villes et les places publiques du pays dans l’espoir que leur détermination et le sang qu’ils ont versé viendront à bout d’un système corrompu. Les États-Unis soutiennent ces aspirations. Nous devons travailler avec les voisins du Yémen et nos partenaires à travers le monde pour chercher une voie qui permette une transition pacifique du pouvoir avec le départ du président Saleh et la préparation dès que possible d’élections libres et justes.

Au Bahreïn, des mesures ont été prises dans la voie de la réforme et de la reddition de comptes. Nous les accueillons avec satisfaction, mais d’autres sont encore à prendre. Les États-Unis sont un bon ami du Bahreïn, et nous ne cesserons d’appeler le gouvernement et le principal mouvement d’opposition, le Wifaq, à poursuivre un dialogue constructif capable de faciliter un changement qui soit pacifique et à l’écoute des gens. Nous croyons que le patriotisme qui unit les Bahreïniens doit être plus puissant que les forces sectaires qui veulent les séparer.

Nous croyons que chaque pays doit tracer sa propre voie pour satisfaire les aspirations de son peuple, et les États-Unis ne s’attendent pas à être toujours d’accord avec tous les partis ou tous les individus qui expriment leurs opinions politiques. Mais nous défendrons toujours les droits universels auxquels s’est ralliée la présente Assemblée. Ces droits dépendent de la tenue d’élections libres et justes ; d’une gouvernance transparente et responsable ; du respect des droits des femmes et des minorités ; d’une justice égale et impartiale. C’est ce que mérite notre peuple. Ce sont les éléments d’une paix capable de s’inscrire dans la durée.

En outre, les États-Unis continueront de soutenir les pays qui effectuent une transition vers la démocratie — en multipliant les échanges et les investissements, afin que la liberté soit suivie de possibilités. Nous rechercherons un engagement plus profond avec ces gouvernements, mais aussi avec la société civile — étudiants, entrepreneurs, partis politiques et la presse. Nous avons interdit à ceux qui bafouent les droits de l’homme de venir dans notre pays et nous avons imposé des sanctions à ceux qui les foulent aux pieds à l’étranger. Nous servirons toujours de voix à ceux qui sont réduits au silence.

Je sais, en particulier cette semaine, que pour beaucoup de personnes ici rassemblées une question est la pierre de touche de ces principes, une épreuve pour la politique étrangère des États-Unis : il s’agit du conflit entre les Israéliens et les Palestiniens.

Il y a un an, à cette tribune, j’appelais à la création d’une Palestine indépendante. Je croyais à l’époque, et je le crois encore aujourd’hui, que les Palestiniens méritent d’avoir un État à eux. Mais j’ai également dit que seuls les Israéliens et les Palestiniens pouvaient établir une paix durable. Un an plus tard, malgré les efforts considérables déployés par les États-Unis et d’autres, les parties n’ont pas surmonté leurs différences. Devant cette impasse, j’ai proposé une nouvelle base de négociations au mois de mai de cette année. Cette base est claire, et nous tous ici présents la connaissons bien. Les Israéliens doivent savoir que tout accord va contenir des assurances pour leur sécurité. Les Palestiniens ont le droit de connaître la base territoriale de leur État.

Je sais que le manque de progrès est frustrant pour plus d’un. Croyez-moi, ça l’est pour moi aussi. Mais ce qui est en jeu, ce n’est pas l’objectif que nous visons : c’est la manière dont nous allons l’atteindre. Je suis convaincu qu’il n’existe pas de raccourci pour mettre fin à un conflit qui persiste depuis des décennies. La paix est un travail difficile. La paix ne viendra pas de déclarations et de résolutions à l’ONU. Si c’était aussi facile, cela aurait déjà eu lieu à l’heure actuelle. En définitive, ce sont les Israéliens et les Palestiniens qui doivent vivre côte à côte. En définitive, ce sont les Israéliens et les Palestiniens — pas nous — qui doivent parvenir à un accord sur les questions qui les divisent : celles des frontières et de la sécurité ; celles des réfugiés et de Jérusalem.

En définitive, la paix dépend de compromis entre des gens qui doivent vivre ensemble bien après que nos discours sont terminés, bien après que nos voix sont comptées. C’est la leçon que nous avons tirée de l’Irlande du Nord, où d’anciens antagonistes ont surmonté leurs différends. C’est la leçon que nous avons tirée du Soudan, où un règlement négocié a débouché sur la création d’un État indépendant. Et c’est, et ce sera, la voie vers la création d’un État palestinien — les négociations entre les parties.

Nous recherchons un avenir où les Palestiniens vivent dans un État souverain bien à eux, sans limite à ce qu’ils peuvent accomplir. Il ne fait aucun doute que cette vision échappe aux Palestiniens depuis trop longtemps. Et c’est précisément parce que nous croyons si fermement aux aspirations des Palestiniens que les États-Unis ont investi autant de temps et d’effort à la construction d’un État palestinien et aux négociations qui peuvent aboutir à la création d’un État palestinien.

Mais comprenez bien ceci aussi. L’attachement de l’Amérique à la sécurité d’Israël est inébranlable, et notre amitié pour Israël est profonde et durable. Nous estimons donc que toute paix durable doit reconnaître les préoccupations sécuritaires très réelles qui sont celles d’Israël jour après jour. Soyons honnêtes envers nous-mêmes : Israël est entouré de voisins qui lui ont fait la guerre à maintes reprises. Des citoyens israéliens ont été tués par des tirs de roquette dirigés contre leurs maisons et par des attentats suicides à la bombe dans des autobus. Les enfants d’Israël savent, avant même d’arriver à l’âge adulte, que dans toute la région d’autres enfants apprennent à les haïr. L’État d’Israël, petit pays de moins de huit millions d’habitants, voit autour de lui un monde où les dirigeants de pays beaucoup plus grands menacent de le rayer de la carte. Les Juifs portent le fardeau de siècles d’exil, et de persécutions, et de souvenirs encore frais dans la mémoire des six millions des leurs qui ont été tués uniquement en raison de leur identité.

Ce sont des faits. On ne peut pas les nier. Les Juifs ont forgé un État fructueux dans leur patrie historique. Israël mérite d’être reconnu. Il mérite des relations normales avec ses voisins. Et les amis des Palestiniens ne leur rendent pas service quand ils ignorent cette vérité, tout comme les amis d’Israël doivent reconnaître la nécessité de poursuivre une solution à deux États, avec Israël sécurisé aux côtés d’une Palestine indépendante.

Telle est la vérité — chaque partie a des aspirations légitimes — et c’est en partie ce qui rend la paix si difficile. On ne sortira de l’impasse que lorsque chaque partie aura appris à se mettre à la place de l’autre ; que chaque partie verra le monde à travers les yeux de l’autre. C’est ce que nous devons encourager. C’est ce que nous devons promouvoir.

La présente instance — issue, comme elle le fut, des cendres de la guerre et du génocide, et vouée, comme elle l’est, à la dignité de chaque personne — doit reconnaître la réalité que vivent Palestiniens et Israéliens. La mesure de nos actions doit toujours être de savoir si elles avancent le droit des enfants israéliens et palestiniens à mener une vie de paix, et de sécurité, et de dignité, et de possibilités. Nous ne sortirons vainqueurs de cet effort que si nous encourageons les parties à s’asseoir, à se mettre à l’écoute l’une de l’autre et à comprendre les espoirs et les craintes l’une de l’autre. Tel est le projet auquel l’Amérique est acquise. Il n’y a pas de raccourci. Et c’est ce sur quoi les Nations unies devraient se concentrer dans les semaines et les mois à venir.

Maintenant, alors même que nous affrontons ces problèmes ardus de conflits et de révolutions, nous devons reconnaître et nous rappeler constamment que la paix n’est pas que l’absence de guerre. La vraie paix dépend de la création des possibilités qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. Et pour ce faire, nous devons nous attaquer aux ennemis communs de l’humanité que sont les armes nucléaires, la pauvreté, l’ignorance et la maladie, toutes ces forces qui minent la possibilité d’une paix durable et auxquelles, ensemble, nous sommes appelés à faire face.

Afin d’éliminer le danger de destruction à grande échelle, nous devons converger ensemble sur la recherche de la paix et de la sécurité d’un monde sans armes nucléaires. Au cours des deux dernières années, nous avons commencé à nous engager dans cette voie. Depuis notre Sommet sur la sécurité nucléaire à Washington, près de 50 États ont pris des mesures destinées à empêcher les terroristes et les contrebandiers de mettre la main sur des matières nucléaires. En mars prochain, il se tiendra à Séoul un deuxième sommet visant à faire avancer nos efforts de sécurisation totale de ces matières. Le Nouveau Traité START entre les États-Unis et la Russie va ramener nos arsenaux déployés à leur niveau le plus bas depuis un demi-siècle, et nos deux gouvernements poursuivent leurs discussions sur la façon de parvenir à des réductions encore plus poussées. Les États-Unis ne cesseront de plaider en faveur de l’interdiction aussi bien des essais d’armes nucléaires que de la production de la matière fissile nécessaire pour en fabriquer.

Ainsi, nous sommes partis dans la bonne direction et, dans le cadre de nos obligations, nous avons renforcé les traités et les institutions qui contribuent à enrayer la prolifération de ces armes. Mais à cette fin, nous devons continuer d’exiger des comptes des États qui les bafouent. Le gouvernement iranien est incapable de démontrer que son programme est pacifique, il n’a pas rempli ses obligations et il a rejeté des offres qui lui assureraient de l’énergie nucléaire pacifique. La Corée du Nord n’a pas encore pris de mesures concrètes en vue d’abandonner ses armes et elle poursuit ses actes d’agression contre le Sud. Il existe pour les peuples de ces deux États un avenir de possibilités accrues si les gouvernements s’acquittent de leurs obligations. Mais s’ils se maintiennent sur une voie contraire au droit international, il faudra accentuer la pression qui pèse sur eux et leur isolement. Telles sont les exigences de notre engagement en faveur de la paix et de la sécurité.

Si nous voulons assurer la prospérité du peuple, nous devons promouvoir la croissance qui est le ferment du progrès. À ce propos, n’oublions pas que nous avons accompli des pas énormes au cours des dernières décennies. Des sociétés fermées ont cédé la place à des marchés ouverts. L’innovation et l’entrepreneuriat ont transformé nos conditions de vie et élargi le domaine du possible. Les économies émergentes, de l’Asie jusqu’aux Amériques, ont fait sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Et pourtant, il y a trois ans, nous avons subi la pire crise financière en quatre-vingts ans. Cette crise a fait ressortir une vérité qui s’impose de plus en plus à chaque année qui passe : nos sorts sont liés ; dans une économie mondiale, c’est ensemble que les États s’élèveront, ou failliront.

Aujourd’hui, nous devons affronter les défis découlant de cette crise. La relance est fragile. Les marchés demeurent volatiles. Trop de gens sont au chômage. Trop d’autres doivent se débattre rien que pour joindre les deux bouts. Nous avons agi d’un commun élan afin d’éviter une dépression en 2009. De nouveau, une action urgente et coordonnée s’impose. Ici aux États-Unis, j’ai dévoilé un plan visant à redonner des emplois aux Américains et à stimuler notre économie. Dans le même temps, je me suis engagé à alléger considérablement notre déficit dans le long terme. Nous restons solidaires de nos alliés d’Europe alors qu’ils remanient leurs institutions et s’attaquent aux difficultés financières qui sont les leurs. Dans d’autres pays, les pouvoirs publics ont des défis d’un autre genre à relever, car il s’agit d’orienter leur économie vers une autonomie accrue en stimulant la demande intérieure tout en maîtrisant l’inflation. Aussi allons-nous collaborer avec les économies émergentes qui ont solidement rebondi, de façon à ce que l’amélioration de leur niveau de vie crée de nouveaux marchés qui favorisent la croissance mondiale. Telles sont les exigences de notre engagement en faveur de la prospérité.

Mais pour combattre la pauvreté qui punit nos enfants, nous devons agir avec la conviction que l’un des droits fondamentaux de l’homme est de vivre à l’abri du besoin. Les États-Unis ont adopté comme engagement prioritaire à l’étranger d’aider les peuples à se nourrir eux-mêmes. Aujourd’hui, la famine engendrée dans la Corne de l’Afrique par la sécheresse et par le conflit interpelle notre conscience. Ensemble, nous devons poursuivre notre aide et soutenir les organisations capables de parvenir aux populations en détresse. Et ensemble, nous devons insister pour un accès humanitaire sans entrave qui permette de sauver des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Notre humanité commune est en jeu. Démontrons que la vie d’un petit Somalien est aussi précieuse que celle de tout autre enfant. Telle est l’exigence de notre engagement en faveur de notre prochain.

Afin d’enrayer les maladies qui dépassent les frontières, nous devons consolider nos dispositifs de santé publique. Nous ne cesserons de combattre le sida, la tuberculose et le paludisme. Nous mettrons l’accent sur la santé des mères et des enfants. Et nous devons faire cause commune en vue de prévenir, de dépister et de combattre toute sorte de danger biologique, qu’il s’agisse d’une pandémie telle que le H1N1, d’une menace terroriste ou d’une maladie soignable. Cette semaine, les États-Unis ont conclu avec l’Organisation mondiale de la santé un accord qui les engage face à ce défi. Aujourd’hui, j’invite toutes les nations à se joindre à nous afin d’atteindre l’objectif de l’OMS visant à ce que tous les pays aient les moyens de base, d’ici à 2012, de faire face aux situations urgentes de santé publique. Telles sont les exigences de notre engagement en faveur de la santé des peuples.

Pour sauvegarder notre planète, nous ne saurions différer les mesures qui s’imposent face aux changements climatiques. Nous devons mobiliser les atouts de la science afin de conserver les ressources qui sont limitées. Ensemble, nous devons poursuivre les progrès entamés à Copenhague et à Cancun, afin que toutes les grandes puissances économiques réunies ici aujourd’hui agissent selon les engagements qu’elles ont pris. Ensemble, nous devons transformer les sources de l’énergie qui alimente notre économie et appuyer les pays qui nous emboîtent le pas. Telles sont les exigences de notre engagement envers la prochaine génération.

Enfin, pour garantir à nos sociétés leur plein épanouissement, nous devons permettre à chaque individu de tendre vers le sien. Aucun pays ne peut tolérer la corruption qui ronge le monde tel un cancer. Ensemble, nous devons mobiliser les atouts d’une société et d’une économie ouvertes. C’est pourquoi nous avons réalisé en alliance avec des pays du monde entier le lancement d’un nouveau Partenariat pour un gouvernement ouvert qui nous incitera à la transparence et contribuera au renforcement du pouvoir citoyen. Aucun pays ne doit priver le peuple de ses droits à la liberté d’expression et à la liberté de religion ; de même, aucun pays ne doit retirer à quiconque ses droits en raison de l’orientation de son amour et c’est pourquoi nous devons défendre, partout, les droits des homosexuels, hommes et femmes. Et aucun pays ne peut réaliser son potentiel si la moitié de sa population est incapable de réaliser le sien. Cette semaine, les États-Unis ont signé une nouvelle Déclaration sur la participation des femmes. L’année prochaine, nous devrions chacun annoncer les mesures que nous prenons pour abattre les obstacles économiques et politiques auxquels se heurtent les femmes et les filles. Telles sont les exigences de notre engagement en faveur du progrès humain.

Je le sais, il n’existe pas de ligne droite vers ces progrès, de voie unique du succès. Nous appartenons à des cultures différentes et portons l’empreinte de passés différents. Mais n’oublions jamais qu’alors même que nous sommes réunis ici en tant que dirigeants de gouvernements différents, nous représentons des citoyens qui partagent les mêmes aspirations fondamentales : vivre en dignité et en liberté ; s’instruire et prospérer ; aimer sa famille et son Dieu. Vivre dans le genre de paix qui donne un vrai sens à la vie.

Il est dans la nature de notre monde imparfait que nous soyons obligés de réapprendre continuellement ces leçons. Le conflit et la répression perdureront tant que certaines personnes refuseront d’agir envers leur prochain comme elles voudraient qu’on agisse envers elles. C’est précisément la raison pour laquelle nous avons bâti des institutions telles que celle-ci, où nos destins se trouvent liés, pour nous aider à nous reconnaître en autrui, car ceux qui nous ont précédés ont cru que la paix était préférable à la guerre, la liberté préférable à l’oppression, la prospérité préférable à la pauvreté. Tel est le message qui nous parvient non pas de nos capitales, mais de nos citoyens, de nos peuples.

Lorsqu’on a posé la pierre d’angle de ce bâtiment, le président Truman s’est rendu ici à New York pour déclarer : « Les Nations unies sont essentiellement une expression de la nature morale des aspirations humaines ». La nature morale des aspirations humaines. Pour nous qui vivons dans un monde qui change à une allure vertigineuse, c’est une leçon que nous ne devrions jamais oublier.

La paix est difficile, mais nous savons qu’elle est possible. Ensemble, prenons la résolution de faire en sorte qu’elle soit définie par nos espoirs et non pas par nos peurs. Ensemble, faisons la paix, mais que cette paix, par-dessus tout, soit durable. Je vous remercie.

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