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Tribunes et décryptages - 7 juin 2005
Haro médiatique sur le non « populiste »
Décryptage
Bien qu’attendu, le « non » français au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) a provoqué un flot de commentaires indignés dans la presse internationale. Comme ce fut le cas pendant la campagne, les opposants au texte ont bien peu d’espace médiatique pour donner leur point de vue sur leur victoire. Ils doivent laisser aux partisans du traité le quasi-monopole de l’analyse des raisons et des conséquences du vote.
La responsable des Verts français favorables au non, Francine Bavay, est l’une des rares à pouvoir s’exprimer et à se réjouir du rejet du texte. Dans le Tageszeitung, elle affirme que le « non » français est avant tout un non de gauche, anti-libéral et européen. Elle espère que ce résultat permettra aux autres formations politiques rejetant ce texte en Europe de pouvoir ouvrir le débat dans leur pays.
En France, le TCE avait été soutenu par la quasi intégralité des éditorialistes. Ce positionnement unanime avait provoqué un agacement chez les partisans du non et des appels à plus de pluralisme dans les médias. Le refus du TCE peut être en partie interprété comme un rejet des élites françaises, aussi bien politiques que médiatiques, mais ce n’est, bien évidemment, pas ainsi que ces derniers souhaitent que ce vote soit interprété. Restant fidèle à la ligne rhétorique qui a fait consensus chez les journalistes soutenant le « oui », ils prétendent que le camp rationnel, européen et démocrate a perdu face aux pulsions irrationnelles, populistes et xénophobes des électeurs.
Incarnation presque caricaturale des réactions des éditorialistes après le vote, le directeur de la rédaction du quotidien Libération, Serge July, enrage contre le choix des électeurs français dans les colonnes de son journal. Il s’en prend violemment aux hommes politiques et organisations de gauche ayant rejeté le texte et les accuse de compromissions avec l’extrême droite. Tous les partisans du « non » peuvent être selon lui rangé sous la bannière d’un même populisme qu’il dénonce, le confondant avec la démagogie. Cet éditorial a donné lieu à un abondant courrier de lecteurs dénonçant ses propos. De son côté, le directeur du Monde, Jean-Marie Colombani regrette qu’on ait donné la parole au peuple pour ratifier ce texte et dénonce lui aussi un « non » xénophobe et anti-européen. Pour l’auteur, la seule façon de répondre à ce vote est de mettre en place les politiques libérales préconisées par Nicolas Sarkozy et Tony Blair. Ainsi, loin de se remettre en cause, les élites médiatiques exigent une poursuite du programme politique défini par le texte que les Français viennent de rejeter. Ils minimisent leur propre défaite en en rendant responsable Jacques Chirac et sa décision d’organiser un référendum.
Cette approche est partagée par l’éditorialiste du Washington Post, David Ignatius. Dans un texte repris par le Korea Herald, il affirme que c’est au seul Jacques Chirac que les Français ont dit non. Il appelle donc de ses vœux un changement à la tête de l’État et l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy.
Pour les cercles libéraux et atlantistes frustrés par le référendum, le ministre de l’Intérieur français semble être l’ultime recours.
Dans le Corriere Della Sera et El Periodico, le ministre italien des Affaires étrangères, Gianfranco Fini regrette lui aussi l’issue du vote français. Il estime toutefois que le processus de ratification ne doit pas prendre fin et que le « non » français ne doit pas être assimilé à un veto. L’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher, soutient lui aussi une poursuite de la ratification dans Der Tagesspiegel. Plus explicite que M. Fini, il espère que 20 États ou plus accepteront ce texte et qu’il sera alors possible de contraindre la France à organiser un nouveau référendum. Depuis la publication de ces tribunes, le rejet néerlandais du TCE et l’annonce britannique d’un report du référendum au Royaume-Uni a affaibli cette option.
L’ex-ministre britannique des Affaires européennes, Denis MacShane, demande cependant au gouvernement Blair de continuer à faire campagne pour le TCE. Dans le Times de Londres, il affirme que le « non » français est un rejet de la politique de Jacques Chirac. Les Britanniques pour leur part auraient tort de rejeter un traité qu’ils ont largement marqué de leur empreinte. Selon l’auteur, jamais l’influence britannique n’a autant été présente dans un texte européen. On se souvient cependant que le même Denis MacShane avait affirmé exactement le contraire aux lecteurs du Figaro en février dernier. Mais à l’époque, il fallait convaincre les électeurs français.
La Prix Nobel de littérature autrichienne, Elfriede Jelinek, affiche également son mépris pour le choix français dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. La plupart des électeurs ne savent pas pourquoi ils ont voté non affirme-t-elle de façon péremptoire. Tous les éléments de la constitution auraient pu être re-négociables, selon elle, et l’adoption de ce texte aurait permis un nouvel élan pour l’Europe.
Enfin, en Russie, Vremya Novostyey donne la parole à deux politologues déplorant le résultat du vote français. Pour Olga Boutorina, du MGIMO (Institut d’État des Relations Internationales de Moscou), ce texte aurait permis à la Russie d’avoir un seul interlocuteur. Toutefois, à quelque chose malheur est bon : le résultat du vote français démontre aux pays de l’ancienne aire soviétique que la construction européenne est un processus fragile et que se tourner vers l’Union européenne pour tourner le dos à la Russie est peut-être un calcul hasardeux. Nadejda Arbatova, du Mouvement « La Russie dans l’Europe unie », déplore que ce rejet empêche l’instauration d’un système de protection des minorités qui aurait pu contraindre les pays baltes à respecter les droits des minorités russophones. Elle estime également que ce texte offrait à la Russie la possibilité d’une adhésion future via des successions de partenariat.
Réseau Voltaire
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7 juin 2005
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Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Nous offrons notre non aux autres Européens »
Auteur
Francine Bavay
Source
Die Tageszeitung (Allemagne)
Référence « Unser Nein schenken wir jetzt den anderen Europäern », par Francine Bavay, Die Tageszeitung, 31 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé J’étais convaincu que le non l’emporterait en France parce que la politique libérale exaspère les Français depuis longtemps. Ils ont pu voter non parce qu’ils se sentent Européens, ils sont pour une politique solidaire avec les autres pays d’Europe. Le non est majoritaire en France et au sein de la gauche. Beaucoup d’amis européens nous ont aidés dans la campagne. Nous avons lancé un appel européen des Verts pour le non. Ils sont heureux que notre succès leur ait offert la possibilité d’organiser des débats dans leur pays. Les élus verts allemands au Bundestag et au parlement européen se sont prononcés en faveur du traité, mais aucun référendum interne au parti n’a été organisé. Les verts français avaient proposé d’organiser un référendum dans tous les partis verts européens. Je suis désolée que cela n’ait pas fonctionné.
L’extrême droite s’est affaiblie, ce ne sont pas eux qui ont fait campagne. Il faut noter que le non français n’est pas nationaliste. C’est une excellente nouvelle. Il y a eu une mobilisation citoyenne pour la construction européenne. C’est la première fois que les citoyens réfléchissent à propos de l’Union européenne et disent : c’est notre bien commun. Nous offrons notre non aux autres Européens. Nous allons demander en juin au Conseil européen de revoir la Constitution en conséquence. Les passages qui n’ont pas leur place dans une constitution doivent disparaître, c’est à dire l’ensemble de la troisième partie à propos des domaines politiques de l’Union européenne. La première doit être raccourcie, la charte des droits fondamentaux doit être complétée.
On parle actuellement de grave crise européenne mais on aurait pu dire la même chose quand Jacques Chirac a décidé de ne pas respecter le pacte de stabilité. Gerhard Schröder l’a également fait et le Conseil européen les a entendus. Les partisans de la Constitution ont réagi en autistes, ils devraient respecter les électeurs, au lieu de cela, ils disent que rien n’est possible. Ceux qui disent cela devraient changer de métier. Ce référendum n’était pas un vote de politique intérieure. Les gens veulent une nouvelle Europe ; le gouvernement va continuer une politique libérale. Ce qu’il nous faut, c’est une véritable volonté de construire l’Europe et de trouver un espace de solidarité.

« L’impasse »
Auteur
Jean Marie Colombani
Source
Le Monde (France)
Référence « L’impasse », par Jean-Marie Colombani, Le Monde, 30 mai 2005.
Résumé Le non français à la Constitution européenne n’est pas un accident. Il est l’aboutissement d’un débat comme il y en a eu peu dans l’histoire de ce pays. Les citoyens ont pris connaissance des principaux articles et des commentaires des partisans des deux camps, mais ils ne se sont pas livrés à un exercice d’exégèse en se prononçant pour ou contre le traité constitutionnel en raison de tel ou tel de ses 448 articles. Une constitution est un contrat passé entre les citoyens et les termes de celui-ci importent moins que ce qu’il promet. Le rejet du traité constitutionnel révèle, d’abord, qu’une majorité de Français n’a pas, ou n’a plus, envie de l’Europe. Le non avait pour message : peu importe les motifs, pourvu que l’on vote non.
Ce scrutin a été organisé par un homme qui restera dans la postérité comme le Docteur Folamour de la politique française, utilisant contre lui la dissolution puis le référendum. L’enjeu concernait avant tout une idée, une idée à abattre. Par nationalisme, par xénophobie, par dogmatisme ou par nostalgie, les tenants du non voulaient se débarrasser de cette Europe qui barre l’horizon, qui dérange les habitudes, qui impose des changements. D’autres, qui n’étaient pas anti-européens, se sont laissés convaincre qu’on pouvait changer l’Europe. En vérité, la seule Europe possible est celle qu’on est prête à faire ensemble. C’est un édifice fragile fondé sur un compromis que la France vient de rompre.
Le non est aussi la victoire d’une protestation tous azimuts. Comme si nous devions vivre désormais dans une démocratie du mécontentement généralisé. Au premier rang des mécontentements, il y a le chômage. L’Europe en a fait les frais alors qu’elle a aidé à sauver des millions d’emplois. Il est vrai que les délocalisations sont un fait réel et, pour ceux victimes de ces mouvements, les conséquences sont terribles. Toutefois, on ne voit pas par quel tour de passe-passe le fait d’avoir voté non pousserait nos amis européens à se lancer dans un vaste plan anti-chômage, comme l’a dit Henri Emmanuelli. La Grande-Bretagne et les pays scandinaves ont montré que les pays pouvaient influencer leur propre marché du travail en améliorant le coût et la qualité du travail.
Que retenir des différentes protestations, voire de l’envie d’en découdre exprimée par les vainqueurs du 29 mai ? Au quel des porte-parole du non faut il accorder le plus de crédit ? Faut-il considérer, avec Nicolas Sarkozy, que la victoire du non impose des réformes « vigoureuses », que l’on ne pourra sauver le « modèle social » français en le réformant en profondeur ? Ou faut-il n’avoir pour seul mot d’ordre que le statu quo, puisque la crainte du changement est, elle aussi, au cœur du non ? Et quelle partie du message faire prévaloir, au chapitre de l’identité française : celui des souverainistes ou celui des socialistes ? La peur du chômage a entraîné une nouvelle dénonciation de l’étranger. Le président d’Attac s’en est même pris dans ces colonnes à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce. A de tels propos, on mesure la ferveur européenne et internationaliste des tenants du non « de gauche ». La gauche est durement touchée par ce résultat qui fait éclater le consensus européen datant de François Mitterrand. Quoi qu’ils en disent, en effet, les anti-européens de gauche n’ont pas seulement additionné leurs voix avec celles de Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers. Ils ont mêlé leurs voix et parfois partagé leurs arguments. La gauche française risque d’être paralysée par la question européenne pendant longtemps, comme l’a été le parti travailliste britannique avant l’arrivée de Tony Blair.
La droite sort moins ébranlée, car elle a été suivie par 80 % de son électorat. Le changement de gouvernement pourrait lui donner une nouvelle impulsion. Reste l’essentiel : quelle politique pour répondre au non ? De quelque manière que l’on interprète la vague protestataire, elle signifie que le système français ne marche pas. Il est plus que temps d’en prendre acte et d’y porter remède. Si on veut trouver du mérite à ce triste non, alors faisons-en la fin du consensus en faveur du statu quo et souhaitons que le changement redonne à la majorité des Français le désir de l’Europe.

« Chef-d’œuvre masochiste »
Auteur
Serge July
Source
Libération (France)
Référence « Chef-d’oeuvre masochiste », par Serge July, Libération, 30 mai 2005.
Résumé L’électorat de gauche a poussé des cris de peur, d’angoisse et de colère dans les urnes à l’occasion du référendum face à la course folle du monde et face à l’incurie des hommes qui nous dirigent depuis plus de deux décennies. Des dirigeants en ont profité et à l’arrivée nous avons eu un désastre général et une épidémie de populisme qui emportent tout sur leur passage : la construction européenne, l’élargissement, les élites, la régulation du libéralisme, le réformisme, l’internationalisme, même la générosité.
Tous les référendums emboîtés les uns dans les autres ont été perdus par l’Europe. La xénophobie d’un Le Pen à qui des hommes de gauche ont étrangement emboîté le pas a fait échouer le référendum sur l’élargissement. La France d’en bas a voulu sanctionner ceux qui plaident pour un système de décision autorisant l’émergence d’une Europe politique lors du référendum sur les élites. La France d’en haut et la France d’en bas, c’est le duo bien connu de toutes les périodes populistes. Nous avons nagé en plein délire quand toute la classe politique a accepté de délayer à longueur d’argumentaires les tracts d’Attac voulant rompre avec le capitalisme, aujourd’hui rebaptisé libéralisme. On a dit non au référendum sur le libéralisme. Le mensonge sur la renégociation a donné à la France l’impression d’exister. En réalité, ou la France revotera ou l’Europe politique, c’est fini, parce que le risque du renoncement de l’ambition politique européenne est en plein essor. On a dit non également au référendum sur le social alors que la Constitution européenne devait le renforcer en Europe.
Il fallait pour faire ce chef d’œuvre masochiste, outre les habituels souverainistes, une classe politique élevée par des autruches, portée aux mensonges depuis de nombreuses années, des incompétents notoires à la barre, dont un Président en exercice, et des cyniques en acier trempé dont un ancien Premier ministre socialiste. Les Français savent d’expérience que notre pays va mal. Malheureusement, il va encore plus mal ce matin.

« L’échec de la direction de Chirac »
Auteur
David Ignatius
Sources
Washington Post (États-Unis), Korea Herald (Corée du Sud)
Référence « Chirac’s Failure To Lead », par David Ignatius, Washington Post, 30 mai 2005.
« French voters cannot have it both ways », Korea Herald, 31 mai 2005.
Résumé Le vote de la France contre le traité constitutionnel européen est avant tout une protestation contre les forces de la globalisation économique. Les électeurs du non ont cru qu’en rejetant un amendement technique au règlement européen, ils pouvaient rejeter un futur menaçant. Les élites françaises qui soutenaient le oui sont défaites.
Ce non est un rejet du texte, de l’Europe, du mode de vie libéral et de Jacques Chirac. La peur de l’avenir reste toujours une force politique importante. L’Europe va continuer comme avant, mais les politiciens européens vont passer encore plus de temps à freiner face à la mondialisation, plutôt que de l’expliquer à leur population.
Chirac sera la première victime du vote du 29 mai. Ses erreurs vont plus loin que le choix de passer par la voie référendaire, ce qui n’était pas obligatoire. La vraie faute de Chirac est qu’en dix ans de présidence, il n’a pas appris aux Français que des changements étaient nécessaires pour préserver leur mode de vie. Chirac n’a pas osé dire aux Français qu’ils ne pouvaient pas maintenir leur niveau de vie et conserver le fonctionnement rigide du marché du travail.
C’est en revanche ce qu’a compris le probable successeur de Chirac, Nicolas Sarkozy. Malheureusement, les Français se méfient du « modèle anglo-saxon » proposé. Que les Français disent non à Chirac est compréhensible, mais ils doivent dire oui à un homme politique qui leur permettra de construire un pont vers l’avenir.

« Quo vadis Europa ? »
Auteur
Gianfranco Fini
Sources
El Mundo (Espagne), Corriere Della Sera (Italie)
Référence « ¿Quo vadis Europa ?, par Gianfranco Fini, El Mundo, 31 mai 2005.
« L’Europa non si ferma : il no non diventi un veto », Corriere Della Sera, 31 mai 2005.
Résumé Il ne fait aucun doute que le vote français du 29 mai est un grave coup d’arrêt au processus d’intégration européenne. Il ne faut pas minimiser son impact, mais rien ne sert non plus de le dramatiser. Il est en revanche essentiel de comprendre les raisons de ce vote. Des éléments nationaux ont joué, mais l’élément déterminant est une profonde incompréhension du modèle européen proposé.
L’accélération de l’élargissement, le mal-être de certains secteurs économiques, la méfiance vis-à-vis des réformes libérales et la peur croissante provoquée par la pression migratoire sont des facteurs qui ont poussé l’un des pays fondateurs à dire non. Ces craintes ont été renforcées par la tendance qui consiste à accuser Bruxelles dès qu’il faut prendre une décision difficile. Il nous faut aujourd’hui affronter une situation délicate qui peut s’aggraver si le référendum hollandais est négatif.
L’Italie a choisi de passer par la voie parlementaire pour ratifier ce texte, ce qui est parfaitement démocratique. La proposition visant à organiser un référendum sur ce texte n’a pas de sens. Il faut poursuivre le processus de ratification et le vote français ne doit pas être un veto. Lors du conseil européen du 16 juin, il faudra analyser la situation, mais ce n’est qu’à la fin du processus de ratification qu’il faudra faire les comptes. Le non français ne marque par la mort du second traité de Rome. Nos électorats demandent plus d’Europe pour faire face aux nouveaux défis. C’est également ce que souhaitent nos alliés états-uniens et nos voisins. L’Union européenne doit avoir une structure légale forte mais aussi des valeurs. Le non français peut relancer cet aspect dans les opinions publiques.

« Surtout ne pas se résigner »
Auteur
Hans-Dietrich Genscher
Source
Der Tagesspiegel (Allemagne)
Référence « Nur nicht resignieren », par Hans-Dietrich Genscher, Der Tagesspiegel, 31 mai 2005.
Résumé La France s’est prononcée contre ! Est-ce définitif ? Cela dépend du comportement de l’Europe. Naturellement le non français est un coup du sort, ce ne sera une catastrophe que si l’Europe se résigne. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait une volonté profonde chez les électeurs de faire subir un échec au gouvernement. Le fait que ce gouvernement a été modifié prouve bien qu’on a reconnu la situation à la tête de l’État, même si c’était trop tard et de façon imparfaite.
La France n’est pas une exception ; l’Europe sert toujours de bouc émissaire pour la politique nationale. On parle de « Ceux de Bruxelles » comme s’il s’agissait d’un pouvoir extra-européen alors que tout ce qui se décide ne peut l’être qu’avec l’accord des États membres. Que va-t-il se passer maintenant ? Le conseil européen a d’importantes décisions à prendre dans deux semaines. Une volonté ferme d’aller de l’avant prouvera mieux que n’importe quels mots : l’Europe continue. Elle a laissé derrière elle les erreurs du passé, les volontés de domination, les croyances aveugles, la résolution militaire des problèmes internationaux. Cette nouvelle culture de vie en commun est une réalité depuis longtemps. Au lieu du droit du plus fort, c’est l’autorité du droit et la responsabilité du plus fort envers le plus faible qui prévalent. Cela doit aussi être l’attitude de l’Europe dans la création d’un nouvel ordre mondial plus juste.
Le processus de ratification doit se poursuivre. D’abord pour pouvoir tirer un bilan, comme il est précisé dans le traité, s’il est ratifié par au moins 20 pays membres. La France aura alors la possibilité de revenir sur sa décision, avec aussi la chance d’un nouveau référendum. En tant que proche partenaire de la France, l’Allemagne ne devrait pas exprimer son opinion verbalement mais dans les faits. Les partis, au Bundestag qui va bientôt être renouvelé, doivent montrer qu’ils sont clairement favorables aux décisions déjà prises par le conseil européen et qu’ils auront une position commune lors des décisions financières du conseil en juin. Pendant ce sommet européen, personne ne doit penser d’abord aux élections et au combat électoral à venir en Allemagne en se démarquant de la position commune. C’est dans l’intérêt de l’Europe et de l’Allemagne.

« Maintenant, voyons le désordre qui va suivre »
Auteur
Denis MacShane
Source
The Times (Royaume-Uni)
Référence « Now see what a mess will follow », par Denis MacShane, Times, 31 mai 2005.
Résumé Après le « non » français, les eurosceptiques britanniques étaient aux anges. Les Français n’avaient jamais été aussi populaires au sein du parti conservateur. L’Histoire jugera toutefois ce vote d’une façon très différente.
Après cinq décennies passées à tenter de sortir l’Europe de ses vieux démons populistes, protectionnistes et nationalistes, ils reviennent en force et cela peut avoir de graves conséquences pour l’intérêt national britannique. Un instant de réflexion permettra de comprendre qu’il est impossible de concilier à la fois le racisme d’un Jean-Marie Le Pen et la haine du commerce des trotskistes et des syndicats de la fonction publique. Toutefois, les Français de droite et de gauche qui ont rejeté ce texte ont raison sur un point : le traité constitutionnel est excessivement britannique. Pour la première fois depuis 50 ans, la Grande Bretagne a conduit la rédaction d’un traité européen. Valéry Giscard d’Estaing était la figure publique des rédacteurs mais le vrai maître d’œuvre a été John Kerr.
Il n’aurait jamais fallu appeler ce traité constitution. C’est un texte qui ne dictera pas les politiques nationales des États, mais personne à paris n’est assez brave pour admettre que les problèmes français sont causés par la politique suivie au niveau national et non par Bruxelles. Le refus français permettra aux forces protectionnistes et nationalistes en France de se déchaîner, ce qui nuira à l’Europe.
Le « non » français est grave mais il ne doit toutefois pas empêcher le gouvernement de se poser la question du rapport britannique à l’Europe.

« Une leçon fatale »
Auteur
Elfriede Jelinek
Source
Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne)
Référence « Fataler Denkzettel », par Elfriede Jelinek, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 31 mai 2005.
Résumé C’est une véritable catastrophe que le référendum se soit passé ainsi en France. Le meilleur de cette Constitution c’était déjà qu’elle existe, elle aurait pu entraîner une force fédératrice et une mobilisation. Il aurait été grand temps. De nouvelles élections ont toujours lieu au cours desquelles les électeurs veulent donner une leçon à leur propre gouvernement. Tous les détails de cette constitution auraient été re-négociables dans un processus politique commun.
C’est faire preuve de peu de jugement que de rejeter la Constitution dans son ensemble. Avec une part de chauvinisme de droite et une part de discours sur la lutte des classes, qui n’a pas sa place ici, dans ces conditions, n’importe quelle Constitution aurait été rejetée. Je pense qu’à partir de maintenant, les médias nationaux devraient consacrer la moitié de leurs informations à l’Europe, la deuxième restant réservée aux questions nationales. La majorité des citoyens qui ont voté ne savent même pas sur quoi, c’est à mes yeux le problème.

« La décision de la France est mauvaise pour la Russie »
Auteur
Olga Boutorina
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Directrice de la chaire d’intégration européenne du MGIMO (Institut d’État des Relations Internationales de Moscou) et vice-présidente de l’association de recherches européennes.
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Source
Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence « Для России решение Франции плохо », par Olga Boutorina, Vremya Novostyey, 31 mai 2005.
Résumé La décision de la France est mauvaise pour la Russie car si la Constitution avait été adoptée, alors le nombre de négociateurs avec lesquels la Russie doit traiter aurait été réduit au minimum. L’Union européenne aurait eu une politique unifiée et consolidée sur de nombreuses questions intérieures et étrangères. Notre ministre des Affaires étrangères aurait pu composer un seul numéro de téléphone et rencontrer une seule personne pour se mettre d’accord avec l’Union européenne : le responsable de la direction des Affaires étrangères.
Les suites de ce référendum vont éclairer la réalité du processus politique actuel en Europe. Ce processus peut continuer uniquement s’il répond aux intérêts de tous les pays. La France trouve actuellement que son investissement dans le travail d’intégration ne lui rapporte pas toujours. Les nouveaux membres, particulièrement nos voisins, vont comprendre que l’intégration européenne n’est pas si simple. Les élites politiques de ces pays seront plus à même d’évaluer les perspectives, les risques et les limites de la construction européenne. Le résultat du vote en France va leur enlever les lunettes roses et faire s’évanouir leurs rêves. Ils doivent tirer les conclusions d’eux-mêmes, Moscou ne doit pas les pousser dans le dos.

« Selon certains, le résultat négatif du référendum en France est positif pour la Russie »
Auteur
Nadejda Arbatova
Source
Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence « Есть мнение, что негативные итоги референдума во Франции выгодны России », par Nadejda Arbatova, Vremya Novostyey, 31 mai 2005.
Résumé Selon certains, le résultat négatif du référendum en France est positif pour la Russie car selon eux, plus il y a de désaccords au sein de l’Europe, plus la marge de manœuvre est grande pour Moscou. Je ne suis pas d’accord. Une Union européenne forte est d’un intérêt stratégique pour nous et pour cela il faut une Constitution. Elle est basée sur des principes favorables à la Russie. On y défend par exemple le principe de la protection des minorités nationales : l’Union européenne se serait intéressée de plus près au problème des minorités en Lituanie et en Estonie. Dans cette Constitution, on soutient l’idée de l’élargissement ainsi que d’autres choses fondamentales qui sont importantes pour la démocratisation de la Russie et le développement de la coopération internationale.
Certains nouveaux pays ont des griefs historiques contre la Russie et créent des problèmes pour notre intégration à l’Union européenne. La Constitution offre la possibilité d’inclure la Russie dans ces plans d’intégration. Nous avons besoin d’une nouvelle « feuille de route » technique et de nouvelles bases juridiques. La principale difficulté entre la Russie et l’Union européenne n’est pas la confrontation de deux systèmes de valeur différents, c’est la crise d’un système de relations dans lesquelles les objectifs ne sont pas définis. Parler d’une entrée dans l’Union européenne est prématuré bien sûr, mais sur le long terme, je ne vois pas de raison pour que la Russie, si elle est florissante et démocratique, ne devienne pas membre. La Constitution l’aurait permis.

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