« L’empire de Nixon contre-attaque »
Auteur
Sidney Blumenthal

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Sidney Blumenthal est ancien assistant et conseiller spécial du président Bill Clinton. Il est l’auteur de The Clinton Wars. Il a été éditorialiste du New Yorker, du Washington Post et de New Republic. Il est désormais éditorialiste au Guardian sur les questions de politique états-unienne et le correspondant à Washington de Salon.Com.
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Source
The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Nixon’s empire strikes back », par Sidney Blumenthal, The Guardian, 9 juin 2005.
Résumé La révélation de l’identité de « Gorge profonde », Mark Felt, ancien numéro deux du FBI, semble corroborer la version selon laquelle l’histoire du Watergate est la victoire du journaliste solitaire et de sa source mystérieuse. En réalité, la question de savoir qui était « Gorge profonde » a masqué la vraie question : qu’était « Gorge profonde ». Il s’agissait en réalité d’une opération secrète du FBI contre Nixon qui menaçait les positions bureaucratiques de ses dirigeants.
Le grand plan de Nixon était de concentrer les pouvoirs exécutifs en une présidence impériale, politiser la bureaucratie et invoquer la sécurité nationale pour mener une guerre partisane, organiser des purges et construire sa grande majorité. Cette intention politique est confirmée par William Safire dans ses mémoires et par Nixon lui-même dans les siennes. Aujourd’hui, la politique de George W. Bush va au delà des rêves de Nixon. Le président se place au dessus du droit, a organisé la purge de la CIA, fait abattre la séparation de l’Église et de l’État par le Département de la justice, fait enterrer les analyses scientifiques par l’Agence de protection de l’environnement et soumet notre diplomatie au Pentagone.
Sans surprise, les trois architectes de cette politique ont commencé leur carrière sous Nixon ( Donald Rumsfeld et Dick Cheney) ou fut l’un de ses collaborateurs ( Karl Rove). Ensemble, ils ont muselé le Sénat et la presse ; pire encore, ils ont fait de la presse leur complice, comme ce fut le cas avec le New York Times et les armes de destruction massive irakiennes.
Face à cela, la révélation de l’identité de « Gorge profonde » n’est que nostalgie.

« Les médias américains sont malades »
Auteur
Claude-Jean Bertrand

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Claude-Jean Bertrand est professeur émérite à l’Université Paris II, à l’Institut français de la presse. Il est spécialiste des médias et de leur déontologie, sur lesquels il a publié une vingtaine d’ouvrages.
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Source
Izvestia (Fédération de Russie)
Référence « АМЕРИКАНСКИМ СМИ ТРЕБУЕТСЯ ЛЕЧЕНИЕ », par Claude-Jean Bertrand, Izvestia, 1er juin 2005.
Résumé Si les médias d’un pays démocratique sont malades, c’est que l’on ne peut pas dire que ce pays est en bonne santé. Cette crise des médias du pays le plus puissant du monde est notable depuis 1995, quand pendant 18 mois, l’attention de tous les médias américains était dirigée vers le meurtre de la femme d’un célèbre footballeur. Ensuite ils sont passés à l’intrigue entre Monica Lewinsky et le président Bill Clinton. Comme ces médias pensent qu’ils doivent assurer un niveau de rentabilité d’au moins 25 %, toute leur énergie est concentrée sur le divertissement de l’auditoire. Après les évènements du 11 septembre, leur tâche a quelque peu changé : ne pas faire chavirer la barque. La vieille tradition qui consiste à informer les gens et poser des questions gênantes au pouvoir passe désormais pour archaïque.
Prenons le cas de cette histoire de maltraitance du Coran à Guantanamo qui a provoqué la mort de 15 personnes en Afghanistan. Cette histoire m’a rappelé le scandale qu’avait provoqué Janet Cooke, cette journaliste qui avait reçu le prix Pulitzer pour un reportage sur un toxicomane de 8 ans d’un quartier noir. L’histoire était inventée de toutes pièces, la journaliste fut déchue de son prix et renvoyée du Washington Post. Son invention était très proche de la réalité du ghetto et elle ne nuisait à personne, elle est quand même devenue un symbole de « mauvaises » pratiques journalistiques.
Pourquoi me suis-je souvenu de cette histoire ? Seulement parce que récemment, la faute des journalistes a été commentée universellement alors que les coupables des vrais crimes restent impunis. Newsweek a été condamné pour avoir déclenché une humeur anti-américaine. Qui est juge ? Certains politiciens qui ont menti sans aucun scrupule pour commencer cette guerre bienfaitrice en Irak, qui a déjà coûté des milliers de vies ?
Le dernier scandale en date dans le monde des mass-médias américain concerne deux tabloïds, appartenant à Rupert Murdoch, qui ont publié des photos de Saddam Hussein en sous-vêtements. Pourquoi se soucierait-on des sentiments du tyran renversé ? Ce n’est pas cela le plus important. Le Sun londonien et le New York Post ne sont pas des journaux mais de la lecture récréative servant parfois de machine à propagande. L’éthique pour eux n’a pas de sens.
La fonction fondamentale de la presse dans une démocratie est de signaler les abus de pouvoir de la part du gouvernement. A cause du choc causé par le 11 septembre 2001, du patriotisme aveugle, de l’influence des conservateurs, et plus important, à cause de la volonté de satisfaire aux attentes des actionnaires, les médias américains ont cessé d’incarner le quatrième pouvoir.

« La voie juste vers la démocratie arabe »
Auteurs
Madeleine K. Albright, Vin Weber
Source
Washington Post (États-Unis)
Référence « The Right Path to Arab Democracy », par Madeleine K. Albright et Vin Weber, Washington Post, 8 juin 2005.
Résumé L’administration Bush a raison de soutenir la démocratisation du monde arabe. La vraie question est : comment faire ? Si on exerce trop de pressions, on donne l’impression d’imposer notre volonté, si on n’en fait pas assez, on donne l’impression de soutenir la liberté partout sauf dans le monde arabe. Il faut trouver le bon équilibre.
Ces derniers mois, nous avons co-présidé une commission du Council on Foreign Relations appelée « In support of Arab Democracy : Why and How ». Nous avons conclu qu’il fallait favoriser l’évolution plutôt que la révolution. Il faut avoir une approche pays par pays, pas une approche globale. Il y a trop de diversité dans le monde arabe pour permettre une solution unique. Il faut encourager les dirigeants arabes à faire des réformes et les dénoncer quand ces réformes ne sont que poudre aux yeux.
Il faut soutenir les groupes démocratiques non-violents, ne pas exclure les islamistes du processus et rassurer les minorités. Il faut aider au développement de médias indépendants dans le monde arabe, qui pourraient nuancer la mauvaise image des États-Unis. Notre diplomatie publique doit davantage insister sur la réforme démocratique. Il faut récompenser les pays qui se réforment via des aides économiques.

« L’effondrement de l’économie américaine est inévitable »
Auteur
Immanuel Wallerstein

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Professeur d’Histoire et politologue, Immanuel Wallerstein dirige le centre Fernand Braudel à l’université de Binghamton (État de New York). Iil enseigne également à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris. Il a été président de l’Association internationale de sociologie (AIS) (1994-1998) et est chercheur associé à l’université Yale. Il a commencé en tant qu’expert en affaires post-coloniales africaines, pour se distinguer ensuite comme historien et théoriste de la macroéconomie capitaliste globale. Son compagnonnage avec les mouvements « anti-systémiques » lui a valu de devenir une éminence grise des mouvements anti-globalisation avec Pierre Bourdieu et Noam Chomsky.
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Source
Strana.ru (Fédération de Russie)
Référence « Коллапс американской экономики неизбежен », par Immanuel Wallerstein, Strana.ru, 1er juin 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Pendant tout le temps où l’Union Soviétique a existé, la menace qu’elle aurait constituée était l’argument principal de Washington pour que les pays occidentaux et du tiers-monde se rangent à ses côtés. Cet argument a été largement utilisé, avec succès, jusqu’à ce que l’URSS disparaisse. Les pays vassaux des États-Unis ont ensuite pu se sentir libres d’agir indépendamment des États-uniens, particulièrement les alliés en Europe et en Asie orientale. La soit-disant guerre contre le terrorisme est incontestablement le nouvel argument américain pour convaincre tous les pays de suivre ses volontés.
Les hausses et baisses des indicateurs économiques de mois en mois ne sont pas importants. Si on regarde les fondamentaux, on constate une énorme dette gouvernementale et un gigantesque déficit de la balance des paiements. On ne voit pas où prendre l’argent pour payer ces dettes. Le déficit de la balance des paiements est comblé momentanément par les investissements venants du Japon, de Chine et de Corée du Sud, mais cela ne durera pas. L’administration Bush se refuse à augmenter les impôts et une dévaluation du dollar signifierait la cessation de paiement.
Le problème actuellement, c’est que les États-Unis ont une dette tellement énorme envers la consommation mondiale que lorsque la chute adviendra, elle aura des répercussions sur le monde entier. Non pas que qui que ce soit se réjouisse de l’effondrement de l’économie États-unienne, mais cet effondrement est néanmoins inévitable. La question est de savoir quels pays ou régions vont en souffrir le plus.
Je pense qu’après l’Irak et l’Afghanistan, les États-Unis n’ont plus assez de ressources humaines et financières, ni d’énergie, pour attaquer d’autres objectifs. Certaines personnes dans l’administration y sont favorables, mais les militaires et le peu d’alliés qui leur restent ne sont guère prêts à les soutenir.
Je pense qu’en soutenant les « révolutions de velours » dans les pays d’ex-URSS, l’un des buts des États-uniens est d’affaiblir la communauté européenne par l’incorporation rapide de nouveaux pays qui créeront des difficultés économiques.
D’après moi, l’ordre mondial et les alliances géopolitiques les plus probables dans les 20 années à venir sont d’abord celles du pôle asiatique avec pour centre la Chine, le Japon, la Corée et les autres pays de la région. Ensuite les conglomérats non-civilisés : États-Unis, Chine et Japon contre l’Europe, la Russie et probablement l’Inde. Le Royaume-Uni devra faire un choix difficile. Les modèles d’opposition Nord-Nord, Est-Ouest et Nord-Sud agissent en simultané.
Ce n’est pas mon affaire de donner des conseils en géopolitique au gouvernement russe. Le but principal pour le pays est de renforcer sa position dans le système mondial et sur le plan intérieur. Elle doit se choisir des alliés dans différentes directions. A mon avis la politique étrangère de la Russie actuellement connaît déjà un certain succès.

« Se retirer d’Irak »
Auteurs
George S. McGovern, Jim McGovern

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George S. McGovern est ancien sénateur démocrate du Dakota du Nord. Il a été le candidat à l’élection présidentielle de 1972 contre Richard Nixon.
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Ancien assistant de George McGovern (pas de liens de parenté), Jim McGovern est député démocrate du Massachusetts depuis 1996. Il s’est illustré dans la lutte contre l’embargo en direction de Cuba et s’est rendu à plusieurs reprises dans ce pays.
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Source
The Boston Globe (États-Unis)
Référence « Withdraw from Iraq », par George McGovern et Jim McGovern, Boston Globe, 6 juin 2005.
Résumé Nous nous sommes opposés à la Guerre d’Irak et quand la guerre a commencé, nous avons espéré que notre analyse était mauvaise. Ce n’était malheureusement pas le cas. Il faut à présent que les États-Unis retirent leurs troupes de ce bourbier où nous sommes entrés sur la foi de mensonges.
Malheureusement ni la Maison-Blanche, ni le Congrès ne se prononce sur la durée du maintien de nos troupes en Irak. Paul Wolfowitz a parlé d’au moins dix ans de présence et même des parlementaires opposés à la guerre estiment aujourd’hui que nous devons rester dans le pays. Nous ne sommes pas d’accord. C’est notre présence qui alimente la violence, comme c’était le cas au Vietnam.
On ignore encore après les élections quels groupes sont déterminés réellement à travailler ensemble mais une chose est sûre : aujourd’hui Washington ne contrôle rien dans le pays. Il faut que nous retirions immédiatement 30 000 hommes et nous devons continuer ce processus au fur et à mesure de la formation de nouvelles troupes irakiennes. Nous devons travailler avec l’ONU pour nous désengager au mieux. Il n’y a pas de garanties que notre retrait entraînera une amélioration de la situation, mais ce qui est sûr c’est que notre présence ne permettra pas l’arrêt de la violence.
Après deux ans en Irak, nous avons perdu 1600 hommes et creusé un déficit énorme. Le statu quo n’est pas acceptable.

« Le mot en "i" »
Auteurs
Ralph Nader, Kevin Zeese

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Figure de la défense des consommateurs aux États-Unis, Ralph Nader a été candidat indépendant à l’élection présidentielle états-unienne en 2000 et 2004. Il fut le seul candidat qui remet en cause la version officielle des attentats du 11 septembre et les liens entre Israël et les États-Unis. Il est l’auteur de The Good Fight : Declare Your Independence and Close the Democracy Gap.
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Source
The Boston Globe (États-Unis)
Référence « The ’I’ word », par Ralph Nader et Kevin Zeese, Boston Globe, 31 mai 2005.
Résumé L’impeachment de George W. Bush et Dick Cheney devrait être au centre du discours politique dominant. Le compte rendu d’un rendez vous entre George W. Bush et Tony Blair à l’été 2002 démontre que l’administration Bush a trafiqué les rapports des services de renseignement pour justifier l’invasion de l’Irak. Bill Clinton a dû subir une procédure d’impeachment pour parjure concernant ses relations sexuelles. Une guerre d’occupation est un fait autrement plus grave.
Au moment du déclenchement de la guerre, les rapports de l’ Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) ou les anciens rapports des services de renseignement démontraient déjà que l’Irak n’avait pas d’armes de destruction massive. Même Colin Powell le disait en février 2001. George Tenet a supplié l’administration Bush de ne pas utiliser les rapports de la CIA pour justifier une guerre. La Defense Intelligence Agency (DIA) a également dit à Bush qu’il n’existait pas de preuves de la présence d’armes de destruction massive en Irak. Tous les services de renseignement étaient au diapason. Cela n’a pas empêché le président d’affirmer en septembre 2002 que l’Irak pouvait lancer des armes chimiques ou biologiques en 45 minutes.
Pour cela, une procédure d’impeachment doit être lancée.

« La révolte irakienne diffère des précédentes »
Auteur
Steven Metz
Source
Référence « Iraq revolt differs from past ones », par Steven Metz, Korea Herald, 6juin 2005.
« Insurgency can’t win, but it can stymie democratic development », Taipei Times, 6juin 2005.
« Understanding Iraq’s armed theater », Daily Star, 8 juin 2005.
Résumé Comme nous l’a appris Sun Tzu, la victoire dans une bataille passe par la connaissance de l’adversaire. C’est cette connaissance qui nous fait défaut en Irak, face à l’insurrection.
Par certains aspects, l’insurrection irakienne est identique à celles qui l’ont précédé au XXième siècle. Comme toutes les insurrections, son échec ou son succès dépendra de sa capacité à mobiliser du soutien dans la population. Plus important, l’histoire nous rappelle qu’une fois qu’une insurrection a atteint une taille critique, il faut des décennies pour s’en débarrasser. En outre, comme dans d’autres insurrections, les insurgés utilisent des moyens horribles pour intimider la population et pousser le gouvernement à la faute.
Toutefois, l’insurrection diffère des autres car elle mêle la passion religieuse au radicalisme politique. Contrairement à ce qui s’est passé au XXième siècle, les insurgés ne sont pas soutenus par une puissance mais ils s’inscrivent dans une insurrection mondiale, dont les membres sont liés par l’islamisme et dont fait partie Al Qaïda. Elle est capable de frapper en dehors de son territoire. Cette insurrection regroupe en réalité trois groupes distincts : les jihadistes, les anciens ba’asistes et les partisans de la domination sunnite. Ces trois groupes ne sont pas commandés par un commandement central. Ces trois composantes ont un objectif nihiliste : détruire le nouveau gouvernement irakien.
La bonne nouvelle est qu’une telle insurrection ne peut pas « gagner », la mauvaise nouvelle est qu’il est difficile de vaincre un réseau désorganisé. Leur défaite ou leur victoire dépendra de trois facteurs : la volonté du gouvernement irakien, la réaction de la population chiite et la poursuite ou non du financement de l’insurrection par la Syrie et l’Arabie saoudite.

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