Réseau Voltaire
« Revue de presse Syrie » #61

Les courriels des Assad

Le premier anniversaire de la « Révolution syrienne » a été l’occasion d’une double action de communication.
- Côté gouvernemental, on a organisé de vastes manifestations dans les principales villes du pays. Elles ont drainé des foules considérables, marquant par contraste un soutien ultra-majoritaire. C’était l’occasion pour le Pouvoir d’affirmer que, même s’il reste encore des groupes armés disséminés dans le pays (principalement aux frontières du Liban-Nord et de la Turquie), il a emporté la victoire militaire et diplomatique.
- Côté OTAN, tout bilan de l’année écoulée a été écarté au profit de la médiatisation de 3 000 courriels attribués au couple Bachar et Asma el-Assad. Ces documents ont été remis au Guardian qui n’y a pas décelé d’erreur évidente et à décidé d’en publier 34. Sur cette base, la presse européenne dresse un portrait du couple présidentiel comme deux tourtereaux totalement déconnectés de la réalité, et manipulés en sous-main par des conseillers iraniens.

Ce message est celui qu’ABC avait déjà tenté de diffuser en truquant au montage l’interview du président syrien par Babara Walters, en décembre 2011. Faute de parvenir à diaboliser Bachar el-Assad, l’Office of Global Communications voudrait le faire passer pour une potiche. Identiquement, le Bureau a renoncé à diaboliser Asma el-Assad, puis a tenté de la présenter comme opposée à son époux et prisonnière au palais présidentiel, pour maintenant la décrire en frivole Marie-Antoinette.

On observera que les journalistes qui s’indignaient des interceptions d’e-mails par le Groupe Murdoch approuvent la méthode pourvu qu’elle soit utilisée contre les Assad. Surtout, les déontologues qui s’inquiétaient de la fiabilité des documents publiés par Wikileaks, utilisent et commentent sans se poser de questions les matériaux divulgués par le Guardian.

Or, une enquête de contextualisation aurait rapidement montré que certains de ces courriels sont des faux : par exemple, depuis le renforcement des sanctions, il est impossible ‑même en utilisant des proxys‑ de faire ses courses sur Amazon et autres depuis la Syrie.

Au demeurant, cette campagne de propagande est destinée au seul public européen. Elle est peu reprise en Amérique du Nord et partiellement dans le Golfe, les médias des pétro-monarchies ne pouvant pas s’indigner devant le train de vie attribué à Asma el-Assad, qui ne dépenserait pas en un an ce que le moindre prince saoudien dépense en une journée.

+

• Un drone a été abattu à Homs en février. Pour Christophe Ayad du Monde, c’est bien sûr un engin syrien acheté à l’Iran qui a été détruit par les rebelles. Le journaliste admet cependant que des drones israéliens et états-uniens surveillent la région, mais il ne reconnaît pas aux Syriens la capacité de les abattre.

• En total décalage avec la presse russe, Alain Barluet du Figaro estime que la Russie s’agace de l’intransigeance syrienne. C’est un classique depuis des mois d’annoncer un possible lâchage russe de la Syrie. Comme si Moscou était embarrassé par la répression syrienne alors que la Russie ne cesse de répéter qu’il n’y a pas de répression politique en Syrie, mais une ingérence militaire étrangère.

• Le quotidien catholique français La Croix consacre un dossier à la Syrie sans une ligne sur les massacres de chrétiens par les rebelles et la confiscation de leurs biens par l’Armée « syrienne » libre.

The Irish Times observe que la dérive militaire de la contestation syrienne l’a progressivement coupée de la population et l’a conduite dans une impasse. Junge Welt, le seul quotidien anti-impérialiste en Europe occidentale, se réjouit de cette évolution qui se transforme en triomphe pour le gouvernement el-Assad comme l’ont montré les manifestations du 15 mars.

• Maria Golovnina s’extasie dans The Scotsman devant l’action de Rami Abdulrahman, un restaurateur de Coventry qui, avec un ami, anime l’Observatoire syrien des Droits de l’homme. À deux personnes, sans aucun soutien logistique, mais grâce à de nombreux contacts en Syrie, ils parviennent depuis un an à informer quotidiennement la presse occidentale sur les crimes du gouvernement syrien. La journaliste a omis de demander au restaurateur londonien comment il pouvait mieux savoir ce qui se passait en Syrie que la Mission d’observation déployée sur tout le territoire durant un mois par la Ligue arabe.

• Éternel partisan de la guerre, le néoconservateur Max Boot tourne en dérision les atermoiements du Pentagone. Dans le Washington Post, il explique que la crainte du département de la Défense qu’une intervention militaire plonge la Syrie dans une guerre civile n’a pas lieu d’être, puisqu’elle est déjà en guerre civile.

• Jonathan Spyer remarque dans le Jerusalem Post qu’en quelques jours l’armée nationale syrienne a repris le contrôle des places fortes des rebelles (Homs, Idlib, Deraa). Mais cette victoire militaire pour aussi décisive qu’elle soit ne suffira pas car le feu couve sous la cendre et se rallumera.

• Selon la FAO, 1,4 million de Syriens risquent d’être victimes d’une crise alimentaire, rapporte le Times of Oman.

• Le Khaleej Times reproduit un tribune libre de John Podesta et Ken Guide. Les animateurs du think tank du président Obama soulignent que la guerre de Libye a montré les limites des armées européennes. La question syrienne rend plus urgente une réforme de l’OTAN et une augmentation des budgets militaires européens.

Les dessins du jour

JPEG - 38.1 ko
© The National

Un an après, les rebelles sont entièrement encerclés par des chars. La rébellion continue, mais sans aucune perspective, montre The National. Paradoxalement le quotidien émirati reconnaît que l’armée ne cherche pas à réprimer l’opposition, mais à la contenir.

JPEG - 24.6 ko
© The Saudi Gazette

Pour The Saudi Gazette, Kofi Annan ne peut pas croire Bachar el-Assad lorsque celui-ci déclare que tout va bien : il a maquillé la Syrie avec du sang. Le problème, c’est que , au contraire, Kofi Annan semblait satisfait de ses premiers contacts avec le président syrien, tout en étant déçu par sa méfiance.

Documents joints

 
(PDF - 15 Mo)
 

Articles sous licence creative commons

Vous pouvez reproduire librement les articles du Réseau Voltaire à condition de citer la source et de ne pas les modifier ni les utiliser à des fins commerciales (licence CC BY-NC-ND).

Soutenir le Réseau Voltaire

Vous utilisez ce site où vous trouvez des analyses de qualité qui vous aident à vous forger votre compréhension du monde. Ce site ne peut exister sans votre soutien financier.
Aidez-nous par un don.

Comment participer au Réseau Voltaire ?

Les animateurs du réseau sont tous bénévoles.
- Auteurs : diplomates, économistes, géographes, historiens, journalistes, militaires, philosophes, sociologues... vous pouvez nous adresser vos propositions d’articles.
- Traducteurs de niveau professionnel : vous pouvez participer à la traduction des articles.

Rupture du G-20 à Brisbane
Rupture du G-20 à Brisbane
par Alfredo Jalife-Rahme
Du « plan Yinon » à la « stratégie Yaalon »
L’expansionnisme israélien et la balkanisation du Levant
Du « plan Yinon » à la « stratégie Yaalon »
par Alfredo Jalife-Rahme
Washington va-t-il confier le monde arabe à Riyad et Téhéran ?
« Sous nos yeux »
Washington va-t-il confier le monde arabe à Riyad et Téhéran ?
par Thierry Meyssan
Poutine quitte le G20
Poutine quitte le G20
par Andreï Sorokin, Réseau Voltaire International
 
Le Pentagone met au point des lasers contre les drones
Le Pentagone met au point des lasers contre les drones
Réseau Voltaire International
 
Asian Games : Poutine-Obama 2-0
« L’art de la guerre »
Asian Games : Poutine-Obama 2-0
par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire International
 
Horreur à Rakka
Horreur à Rakka
Réseau Voltaire International
 
Beijing, le crépuscule asiatique post-Bretton Woods
Beijing, le crépuscule asiatique post-Bretton Woods
par Ariel Noyola Rodríguez, Réseau Voltaire International
 
Renzi sur le drone de l'émir
« L’art de la guerre »
Renzi sur le drone de l’émir
par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire International