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Tribunes et décryptages - 30 juin 2005
Interrogation sur l’avenir azéri
Décryptage
L’Azerbaïdjan est dans une période d’instabilité aussi bien sur le plan interne que sur le plan régional. Le pays est en conflit ouvert avec l’Arménie depuis de nombreuses années au sujet du Nagorny-Karabakh, les morts ont déjà été nombreux. Les observateurs font part depuis quelques mois d’un regain des activités militaires du côté azéri, d’un renforcement de ses capacités militaires et de formulations agressives de la part de nombreux politiciens.
Les tentatives d’ingérence de certains pays occidentaux en Transcaucasie ont semble-t-il donné des ailes aux forces de droite les plus violentes qui redoublent d’énergie pour essayer par tous les moyens d’étouffer l’Arménie. Ce pays, réduit à sa portion congrue depuis le début du siècle, est l’objet d’une vindicte de la part de ses voisins et ennemis traditionnels turcs et azéris. Les atermoiements européens au sujet de la Turquie ne sont pas étrangers au regain d’intérêt turc pour son étranger proche. Dans GazetaSNG (la gazette de la CEI), Smbat Karakhanian, le très nationaliste président du club national arménien de Moscou, Miabanutiun, dénonce les efforts conjoints des Turcs et de l’OTAN pour prendre le contrôle du Caucase et obtenir l’évacuation des dernières bases russes situées en Arménie. Malgré les vieilles rancœurs, l’Est de la Turquie souffre de la fermeture de la frontière avec l’Arménie depuis dix ans. Ce sont tous les liens avec des partenaires commerciaux naturels du Caucase qui en pâtissent. Il n’y a toujours pas de relation diplomatiques entre les deux pays. Les Turcs jouent un jeu dangereux en essayant d’étendre leur influence dans toutes les directions, OTAN, Union européenne, Caucase sans faire la moindre concession. L’illégalité du tracé des frontières avec l’Arménie est probablement à l’origine de ces réticences ; le moindre changement de discours pourrait avoir des conséquences énormes pour ce pays qui doit faire face aussi à un nouvel État potentiellement fort à ses frontières : le Kurdistan irakien et les revendications que ce pays ne manquera pas d’émettre dans un avenir proche.
Etibar Mamedov, secrétaire du parti de l’indépendance nationale azéri et l’une des principales personnalités de l’opposition azérie, fait part dans le quotidien Day.Az de son inquiétude quant au déroulement des élections législatives à venir dans son pays. Cet article est repris par le journal GazetaSNG, illustration de l’intérêt suscité actuellement par cette région que certains déclarent déjà perdue pour les Russes. Pour lui, l’alternance deviendra inévitable dès que des dissensions se feront plus nettes au sein de l’élite dirigeante. Cela ne saurait tarder à moins que des réformes d’envergure ne soient menées. La volonté de focaliser l’attention des citoyens sur un potentiel nouveau conflit avec l’Arménie au sujet du Karabakh participe sans doute de la volonté du pouvoir de trouver un prétexte pour créer une sorte d’état d’urgence qui lui permettrait de se maintenir au pouvoir sans avoir à se soucier de la légalité. Le président azéri se trouve mis sous pression par les États-uniens qui, dans le cadre de leur démocratisation du « Grand Moyen-Orient », s’efforcent d’anticiper une alternance qui semble incontournable tant l’insatisfaction grandit dans le pays. Lié pour des dizaines d’années aux compagnies pétrolières trans-nationales grâce au « contrat du siècle », l’Azerbaïdjan se trouve être désormais un polygone militaire états-unien dont trois des frontières sont communes à la Russie, à l’Iran et à l’Arménie, seule la quatrième étant sécurisée car partagée avec les alliés traditionnels Turcs. Comme souvent désormais dans cette « ceinture verte » autour de la Russie, seule les questions de stratégie régionale et mondiales semblent devoir compter, alors que la volonté du peuple se trouve reléguée au second rang et qu’il se retrouve otage d’intérêts militaires et corporatistes. La course semble lancée pour ces élections et celui qui réussira à convaincre Condoleezza Rice de l’adouber officiellement a de grandes chances de l’emporter. Néanmoins, il est fort possible que tout cela n’ai lieux que pour donner une illusion de démocratie et que les jeux ne soient faits d’avance. Le président azéri, Aliev, fort de son soutien US et de son contrat du siècle pourrait en plus bénéficier d’un éclatement de la République d’Iran qui comporte une importante minorité azérie.
L’ancien conseiller de sécurité nationale états-unien, Zbigniew Brzezinski, et son ancien assistant pour le Moyen-Orient, William B. Quandt analysent dans le Washington Post et Gulf News les déclarations de George W. Bush à l’occasion de la visite de Mahmoud Abbas à Washington. Ils se réjouissent du retour du président états-unien à la position traditionnelle de son pays concernant le statut final à rechercher entre Israéliens et Palestiniens : un retour aux frontières de 1967. En effet, le président états-unien avait affirmé en avril 2004, que ces frontières ne pouvaient plus être celles délimitant les deux territoires et qu’il faudrait tenir compte de la « réalité du terrain », c’est à dire des implantations de colonies. Aujourd’hui, Washington a changé de stratégie et entend se faire obéir d’Israël, une attitude qui réjouit les deux démocrates.
Dans le Daily Star, le chercheur de l’U.S. Institute of Peace et ancien conseiller d’Al Gore, Scott Lasensky, estime qu’Israéliens et Palestiniens sont tout prés d’une solution finale. Toutefois, pour y parvenir, les États-Unis doivent soutenir l’intégration du Hamas dans l’Autorité palestinienne afin de rendre le processus de paix viable. Il faut également poursuivre les pressions sur Israël pour qu’il accepte d’affronter les colons et de démanteler les colonies de Cisjordanie. Il prévient toutefois que le Hamas ne devra plus commettre d’attentats.
Face à ce revirement états-unien, Ariel Sharon utilise le désengagement de Gaza comme un moyen de gagner du temps et de consolider l’emprise israélienne sur la Cisjordanie. Cette question fait débat dans Ha’aretz.
Le collaborateur de Yossi Beilin, Daniel Levy, dénonce l’instrumentalisation du retrait de Gaza par Ariel Sharon. Selon lui le Premier ministre israélien va s’efforcer de faire traîner indéfiniment les discussions avec les Palestiniens sur le retrait de Gaza, montant en épingle tous les problèmes. Si on ne peut que souscrire à cette analyse, on est beaucoup plus dubitatif face à la solution proposée par l’auteur, empreinte de l’ambiguïté qu’on trouve fréquemment chez les rédacteurs de l’initiative de Genève. En effet, prétendant affronter cette manœuvre, l’auteur appelle l’Autorité palestinienne et le Quartet international à accorder plus de concessions à Israël. Pour empêcher Israël de faire traîner le processus, il faut offrir davantage à Tel Aviv.
L’ancien conseiller d’Ariel Sharon, Zalman Shoval, offre une parfaite illustration de l’utilisation du désengagement de Gaza pour empêcher toute négociation avec les Palestiniens. L’auteur affirme qu’il est plus que probable que les Palestiniens vont assimiler le retrait de Gaza à une victoire du terrorisme. Il faut donc qu’Israël s’attende à une vague d’attentat ou d’actions violentes des Palestiniens, ce qui interdira toute relance du processus de paix.
Ce débat exaspère Meron Benvenisti. Pour lui, il ne s’agit que d’un faux débat, une opposition entre des groupes sionistes qui s’accordent sur l’essentiel, qui ont toujours soutenu les colons et qui se moquent du sort des Palestiniens. Toutefois, ce débat a un avantage, il démontre aux Israéliens que les arguments des adversaires et des partisans du désengagements reposent sur les mêmes bases, permettant de démythifier l’affrontement aux yeux des Israéliens.
Réseau Voltaire
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30 juin 2005
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Thèmes
Nouvelle Guerre froide : la stratégie antirusse
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Equilibre des forces et organisation au Sud-Caucase »
Auteur
Smbat Karakhanian

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Smbat Karakhanian est président du club national arménien de Moscou, Miabanutiun.
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Source
Gazeta SNG (Fédération de Russie)
Référence « Баланс сил и организаций на Южном Кавказе », par Smbat Karakhanian, Gazeta SNG, 28 juin 2005.
Résumé L’alliance Atlantique-Nord prolonge, à travers divers programmes, la préparation de « plate-formes extérieures » pour des groupes militaires mobiles au sud du Caucase. D’après les stratèges de l’OTAN, ces bases et garnisons, doivent permettre de mettre en application la décision du sommet de Budapest de 1997. Selon cette dernière, le déploiement de forces internationales doit se faire avec l’accord de toutes les parties en conflit au Nagorny-Karabakh. C’est pour cela qu’est menée une politique de pression sur les dirigeants arméniens pour qu’ils refusent la présence de forces russes sur leur sol. Le vice-secrétaire général de l’OTAN Robert Simons a déclaré : « si l’Arménie se déclare opposée à la présence de force russes sur son territoire, elle aura le soutien de l’OTAN sur cette question ».
Ce n’est pas la première fois que l’OTAN propose sa médiation. Certaines conditions doivent cependant être réunies. La Turquie, membre fondateur et actif de l’OTAN, n’a pas établi des relations avec la Transcaucasie uniquement dans ce cadre mais aussi selon ses propres plans. Les politiciens turcs ne cachent pas que la résolution prise par le Bundestag concernant le génocide arménien ne va pas arranger les relations avec Erevan. Sans nier son rôle au côtés de l’Empire Ottoman pendant la Première Guerre mondiale, l’Allemagne a confirmé la réalité des faits et a rappelé au gouvernement turc le caractère indispensable d’une reconnaissance de son histoire. Les Turcs cependant se réservent le droit de semer la discorde entre ses voisins. C’est ce qu’ils ont essayé de faire dernièrement au sein de la commission de l’assemblée du Conseil de l’Europe, quand les changements constitutionnels en Arménie ont été évoqués. La délégation turque a proposé de modifier le préambule de la Constitution arménienne et de valider les frontières du pays avec tous ses voisins. L’Arménie n’a pas pu participer au vote alors que les Turcs et les Azéris ont pu proposer leurs idée des frontières de l’Arménie. La proposition a été rejetée mais avec une seule voix de différence.
Visiblement, les leaders de l’OTAN ne sont pas dérangés par ces incidents et l’engagement de la Turquie. Ce pays d’un côté exerce un blocus de l’Arménie et de l’autre essaye de former un bloc militaire avec la Géorgie et l’Azerbaïdjan.
La Russie est un membre fondateur de l’Organisation du Traité de Défense Collective (OTDC) et elle est très liée historiquement avec notre région. Notre frontière avec la Turquie est toujours gardée par des soldats russes. Il est indispensable d’établir dans la région une base de l’OTDC. Après le départ des soldats russes de Géorgie en 2008, l’Arménie sera le seul pays où les Russes sont présents. De cette façon, les spécialistes de l’OTDC pourront échanger avec leurs collègues de l’OTAN sur les problèmes de sécurité régionale. C’est la seule manière d’assurer la sécurité de la région et son développement selon les exigences modernes. C’est aussi le seul moyen qui pourrait permettre de faire avancer les négociations de paix au Karabakh.

« Tant qu’il n’y aura pas de division au sein de l’élite dirigeante, les chances d’une prise du pouvoir par la rue sont infimes »
Auteur
Etibar Mamedov
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Etibar Mamedov est secrétaire du Parti de l’indépendance nationale azéri (National Independence Party of Azerbaijan (AMIP)) et l’un de ses fondateurs, il est l’une des principales personnalités de l’opposition azérie.
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Source
Gazeta SNG (Fédération de Russie)
Référence « Пока не произойдет разделение внутри самой правящей элиты, шансы на приход к власти с улицы ничтожно малы », par Etibar Mamedov,Gazeta SNG, 24 juin 23005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé La situation interne de l’Azerbaïdjan est tendue en ce moment en raison de l’approche des élections législatives. On a l’impression que les différentes forces politiques du pays sont en train de se jauger pour voir qui est le plus fort. La pression des organisations internationales sur le pouvoir continue comme avant, la différence c’est qu’elles ne fermeront pas les yeux comme auparavant. Elles ne veulent plus des caprices du pouvoir. Le monde a changé et l’Azerbaïdjan ne peut pas rester étranger au processus de démocratisation. La marche vers la démocratie a commencé sous le patronage des États-Unis. Les histoires de stabilité invoquées par le pouvoir azéri depuis des années ne suffiront plus, Condoleezza Rice a insisté sur le fait que les États-Unis ne sont plus prêts à échanger la stabilité contre la démocratie. Les États-Unis mettent actuellement en place un système global de sécurité et sans démocratie, ce système ne verra pas le jour. Je ne pense pas que le pouvoir azéri soit assez stupide pour ne pas saisir la gravité de la situation dans le monde. Je me rendrai bientôt aux Etats-unis pour éclaircir cette situation.
Tout va dépendre de l’attitude du pouvoir pendant ces élections. Si une situation révolutionnaire se crée, je serai à nouveau du côté du peuple. Cela est évitable si les élections ont lieu normalement. Je pense que les précédents échecs en Azerbaïdjan étaient dus à l’absence d’opposition au sein même de l’élite dirigeante. Il y a des gens dans cette élite qui jugent que les réformes sont indispensables. Tant qu’ils se contentent de parler on ne fait pas attention à eux, mais s’ils montrent les dents, alors on leur accordera de l’intérêt. Sans division au sein des élites, il n’y aurait pas eu de révolution de velours en Géorgie ni en Ukraine. J’ai entendu dire que le ministre du développement économique Farkhad Aliev voulait endosser le maillot de démocrate et d’opposant et rééditer l’exploit de Yushchenko et Saakashvili. Je ne sais pas si c’est vrai mais un homme qui a raté les privatisations et qui est impliqué dans la corruption ne peut pas être à la tête du peuple.
J’ai choisi le bloc « Yes » car il est représentatif de toutes les couches de la société. Je suis toujours d’avis que toutes les forces d’opposition du pays doivent s’unir pour les législatives. La commission électorale est à l’origine des fraudes qui ont eu lieu lors des précédentes élections, elle doit être remplacée. Malheureusement le pouvoir ne veut faire aucun compromis dans ce domaine.
Je pronostique un soulèvement dans le pays. Nous sommes pour le respect de la loi par toutes les parties. Nous devons rester dans le cadre constitutionnel, c’est une responsabilité envers le pays et le peuple. Je pense que le chef du gouvernement ne contrôle ni la situation ni dans le pays ni dans son équipe, chacun de ses ministres se prend pour le président. Si le président prend ses fonctions au sérieux, il doit commencer des réformes et se séparer de membres corrompus de son entourage. Je ne vois rien de tel pour l’instant.

« Un tournant pour la paix au Proche-Orient »
Auteurs
Zbigniew Brzezinski, William B. Quandt
Sources
Gulf News (Émirats arabes unis), Washington Post (États-Unis)
Référence « From Bush, Mideast Words to Act On », par Zbigniew Brzezinski et William B. Quandt, Washington Post, 23 juin 2005.
« Turning point in Middle East peace », Gulf News, 24 juin 2005.
Résumé La déclaration de George W. Bush lors de sa récente rencontre avec Mahmoud Abbas mérite qu’on s’y attarde. Elle a fait réagir en Israël, mais pas aux États-Unis. Il a déclaré que le statut final d’Israël et de la Palestine devrait « être le fruit d’un accord entre les différentes parties et les changements aux lignes d’armistice de 1949 devront être le fruit d’un accord mutuel ». Il a également demandé à Israël de ne prendre aucune décision contrevenant aux obligations de la « feuille de route ». Il a enfin affirmé qu’il fallait préserver le caractère contigu de la Cisjordanie et qu’il fallait des moyens d’accès importants entre la Cisjordanie et gaza. Si le président s’en tient à ces déclarations, il peut faire un pas important en faveur de la paix israélo-palestinienne, de la démocratisation du Moyen-Orient et dans la lutte contre le terrorisme islamiste.
Il y a 38 ans, Israël prenait le Sinaï, la Cisjordanie, Jérusalem Est et le Golan. Au même moment, sans débat préalable, Lyndon Johnson décida qu’Israël pourrait conserver ces terres tant que les Arabes ne feraient pas la paix avec Israël. Cette approche de « paix contre territoire » fut ensuite reprise dans la résolution 242 de l’ONU. Johnson déclara également que le statut final devrait être proche des frontières de 1967. Pourtant, dans une lettre adressée à Ariel Sharon en avril 2004, Bush avait déclaré qu’il faudrait tenir compte de la réalité du terrain et qu’on ne pourrait pas revenir aux frontières de 1967.
Lors de la visite de Mahmoud Abbas, George W. Bush est revenu à la ligne traditionnelle des États-Unis. C’est une nouvelle bienvenue. Mais quelle version croire ? Nous le saurons bientôt. Mais aujourd’hui, tout pousse à ce que le président suive la position traditionnelle de Washington.

« Pour consolider la trêve, les États-Unis doivent dialoguer avec le Hamas »
Auteur
Scott Lasensky
Source
Daily Star (Liban)
Référence « To consolidate the truce, the U.S. must dialogue with Hamas », par Scott Lasensky, Daily Star, 28 juin 2005.
Résumé Alors qu’Israéliens et Palestiniens se préparent à se rencontrer à la fin du mois, le défi le plus urgent pour les États-Unis est d’aider les deux côtés à gérer ceux qui rejettent le désengagement de Gaza et l’intégration des islamistes dans le processus politique. Il y a dix ans, quand le processus d’Oslo a commencé à s’effriter, l’idée répandue était que les Palestiniens devaient tout faire pour affronter le Hamas, mais qu’Israël devait éviter la confrontation avec les colons. Aujourd’hui, l’OLP a lancé un processus de partage du pouvoir avec le Hamas tandis que Tel-Aviv dit « non » aux colons et en évacue des milliers.
Sans le Hamas, une large part de la population palestinienne serait mise sur la touche, nuisant à la légitimité des institutions palestiniennes. Israël, de son côté, ne peut plus prendre de gants avec une population qui s’oppose à la solution des deux États en construisant des colonies. Les États-Unis doivent soutenir l’Autorité palestinienne et Israël dans cette voie. Toutefois, si le Hamas reprend les attentats, l’AP et Israël devront riposter. Le soutien de Washington renforcera Ariel Sharon face aux colons, mais le Premier ministre israélien doit cesser de soutenir la colonisation en Cisjordanie. Washington doit adopter une politique économique et sécuritaire pour inciter à un gel des colonies.
Nous sommes proches de la solution des deux États, nous ne devons pas laisser passer cette chance.

« Après Gaza, davantage de Gaza »
Auteur
Daniel Levy
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Ancien conseiller politique de Yossi Beilin, Daniel Levy a été membre de l’équipe de négociateur d’Oslo et de Taba. Il a participé aux négociations de l’initiative de Genève. Il est le fils de l’émissaire personnel de Tony Blair au Proche-Orient, Lord Michael Levy, l’un des principaux bailleurs de fonds du Parti travailliste britannique.
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Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « After Gaza, more Gaza », par Daniel Levy, Ha’aretz, 24 juin 2005.
Résumé Il semble que durant les 53 jours restant avant le désengagement de Gaza, chaque colon sera interviewé par un média israélien ou un autre. L’obsession de la dimension humaine de ce retrait est compréhensible, mais le silence assourdissant sur ce qui adviendra par la suite est un problème. La stratégie d’ Ariel Sharon dans ce plan de désengagement n’est pas étudiée. Appelons-la « Après Gaza, davantage de Gaza ». Voilà à quoi elle ressemble : le désengagement de Gaza et du Nord de la Cisjordanie est très compliqué et il faut régler un tas de questions avec l’Autorité palestinienne. Comme les discussions ont commencé (intentionnellement ?) très tard, il est douteux que tout soit terminé en 53 jours. Cela va prendre des mois pour tout régler.
Pendant cette période de flottement et de discussion, l’opposition ne peut pas combattre le gouvernement, on ne peut pas organiser d’élections anticipées et les seuls points qui seront discutés seront ceux en lien avec le retrait de Gaza. En gros, nous aurons un processus de paix miniature dont les termes seront encadrés par Sharon : pas de « feuille de route », pas de nouveau désengagement, pas de discussion sur le statut final. Pour Sharon, c’est bien joué, mais pas pour Israël.
Une telle tactique ne fera que renforcer le Hamas au détriment de l’Autorité palestinienne. Cette stratégie doit être contestée par les réalistes à la Knesset, par le Quartet international et par l’Autorité palestinienne. Il faut que l’Autorité palestinienne revoie ses demandes sur le statut final, le Quartet doit redéfinir la feuille de route pour l’adapter aux nouvelles réalités et une grande coalition des réalistes doit se constituer à la Knesset.

« Deux scénarios pour le jour d’après »
Auteur
Zalman Shoval

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Zalman Shoval est ancien ambassadeur israélien aux Etats-Unis et ancien président du Likoud mondial. Il est conseiller d’Ariel Sharon.
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Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « Two scripts for the day after, par Zalman Shoval, Ha’aretz, 27 juin 2005.
Résumé Beaucoup d’Israéliens ont pu lire l’affrontement entre Moshe Ya’alon et Avi Dichter sur les politiques de sécurité après le désengagement de Gaza. Toutefois, si les opinions des deux hommes diffèrent concernant les effets du désengagement à court terme, elles se rapprochent fortement quand ils étudient les échecs d’Oslo, de Camp David et de Taba et sur le développement qu’on peut attendre à long terme.
Aujourd’hui, on peut considérer qu’il y a deux scénarios envisageables pour le lendemain du désengagement. Pour les optimistes, les Palestiniens croient majoritairement que le terrorisme a échoué et qu’aujourd’hui, il y a une chance de restaurer l’économie et de construire une entité politique avec le soutien des États-Unis. Pour les pessimistes, au contraire, les Palestiniens déclencheront une vague d’attentats dès le retrait de Gaza et feront tout pour obtenir davantage. C’est la stratégie qu’a utilisé Yasser Arafat avant et après Camp David. Ya’alon et Dichter estiment que ce scénario est le plus probable car malgré les faits, les Palestiniens considèrent que le désengagement est une victoire du terrorisme. Cela les desservira, mais cette conclusion logique n’a pas effleuré les extrémistes.
Il faudra analyser comment Mahmoud Abbas combat le terrorisme. En fonction de son action, il faudra tirer les conclusions.

« Rien de plus qu’une querelle interne sioniste »
Auteur
Meron Benvenisti

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Meron Benvenisti est ancien vice-maire de Jerusalem. Il est l’auteur de et écrivain de Sacred Landscape : Buried History of the Holy Land Since 1948.
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Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « Nothing more than an internal Zionist spat », par Meron Benvenisti, Ha’aretz, 30 juin 2005.
Résumé Plus on approche de la date du désengagement de Gaza, plus cet « événement historique » apparaît pour ce qu’il est : c’est une lutte interne, limitée, intra-tribale, judéo-sioniste entre deux camps opposés sur l’évacuation de Gaza mais uni dans leur vision des colonies comme une valeur suprême, une part de l’âme juive. Pour un des camps, cette vision s’applique à toutes les colonies ; pour l’autre, aux seules colonies avec une importance géostratégique. Mais les deux camps s’accordent sur le caractère sacré des colonies.
La majorité des Israéliens est indifférente à cette question et ne prend pas part à cette dispute entre pro et anti-désengagement. Elle commence par contre à identifier les manipulations des deux camps. La lutte judéo-sioniste est particulièrement éclairante sur ce point. Il ressort clairement de ce combat que pour chacun des deux camps, chaque juif en Israël est un pionnier, un combattant, pas seulement un citoyen. Ils considèrent également que tous les colons ont été « envoyés » par le gouvernement israélien dans les territoires. Partant de là, le gouvernement leur doit assistance et protection. Personne n’ose imaginer qu’Israël fasse comme la France à la fin de la Guerre d’Algérie : chaque colon reste ou part de Gaza s’il le veut. De même, les maisons des colons seront détruites car on n’envisage pas qu’une maison détenant une part de l’âme juive puisse être occupée par des Arabes.
Pour la question du désengagement, on se concentre sur le sort des quelques milliers de colons, pas du tout sur celui des 1,5 millions de Palestiniens. Le monde est prié d’applaudir le grand sacrifice d’Israël et de payer pour le rendre possible. Ce n’est pas comme ça qu’on arrivera à la paix.

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