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Tribunes et décryptages - 1er juillet 2005
Le Wall Street Journal, arme contre l’ONU

Décryptage

Plus que jamais, le Wall Street Journal apparaît comme une arme au service des néo-conservateurs pour exercer une pression sur Kofi Annan et lui faire endosser la totalité de leur plan de « modernisation » de l’ONU, dont il rechigne encore à adopter certains détails. Semaine après semaine, l’éditorialiste Claudia Rosett y distille des accusations personnelles contre le secrétaire général de l’organisation et son fils. Et lorsque M. Annan s’aventure à exercer son droit de réponse dans les colonnes du quotidien financier, Madame Rosett y voit un argument de plus pour que les États-Unis cessent de financer l’ONU : les plaidoiries du secrétaire général seraient écrites par son équipe de communication, laquelle est partiellement payée par la contribution états-unienne à l’organisation.
Pourtant, les efforts de Kofi Annan pour assumer sa fonction tout en se justifiant virent au pathétique : à chaque intervention, le secrétaire général lâche du lest et se rallie un peu plus aux revendications des néo-conservateurs qui le harcèlent. Il masque ses reculades en rappelant que l’ONU doit aussi s’occuper de la lutte contre la pauvreté et de quelques autres idéaux, mais le cœur n’y est plus, les principes fondamentaux sont passés par pertes et profits. M. Annan a déjà accepté que les États ne soient plus ni égaux ni souverains, que l’Assemblée générale soit privée de ses principales compétences et que la commission des Droits de l’homme soit accaparée par des « experts ».
Dans ce contexte, certains ne supportent pas les arguments de mauvaise foi maniés par les néo-conservateurs. Par exemple, le journaliste Alain Gresh souligne dans Gulf News que l’affaire de la corruption du programme pétrole contre nourriture cache des scandales bien plus graves, à commencer par celui de l’embargo lui-même.
Quoi qu’il en soit, devant la pseudo-modernisation qui s’annonce, chacun dans la communauté internationale tente de tirer son épingle du jeu. Ainsi, l’ambassadeur Henrik Schmiegelow appelle les lecteurs de l’Asahi Shimbun à soutenir l’entrée de son pays et du leur au Conseil de sécurité, même s’ils ne doivent pas y disposer du droit de veto : mieux vaut un strapontin que pas de siège du tout.

Dans la presse française, les gaullistes continuent de s’entredéchirer entre partisans de l’indépendance nationale et atlantistes. Le Premier ministre, Dominique de Villepin, s’appuie sur le rejet du Traité constitutionnel (dont il fut pourtant officiellement partisan) pour feindre de tendre la main à Tony Blair en proposant la réduction de l’Union politique à cinq États : l’Allemagne, la Grande-Bretagne (appellation qu’il préfère à celle, trop impérialiste à son goût, de Royaume-Uni), l’Espagne, l’Italie et la France. Tout cela dans Le Monde sans remettre en cause la rhétorique d’usage sur « les valeurs communes » et en évitant d’évoquer les divergences d’intérêts.
Dans Le Figaro, le député atlantiste Pierre Lellouche déplore le bruyant divorce de Jacques Chirac et de Tony Blair et tente de réconcilier cet improbable couple. Pour ce faire, il souligne que la France et le Royaume-Uni mènent ensemble de grands projets industriels et ne peuvent donc se séparer sans s’appauvrir mutuellement. Pire, insiste-t-il, la France serait la plus touchée des deux, car sa monnaie, l’euro, en serait grandement perturbée, tandis que la livre britannique résisterait. Cependant, cet argument n’est pas démontré dans la durée et souligne a contrario que Londres reste plus ancrée dans le Commonwealth que tourné vers l’Union.

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1er juillet 2005

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 Droit international

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« La Turtle Bay Tea Party »

Auteur Claudia Rosett

Ancienne membre du comité éditoriale du Wall Street Journal, Claudia Rosett est membre de la Foundation for the Defense of Democracies et de l’Hudson Institute.

Source Wall Street Journal (États-Unis)
Référence

« Turtle Bay Tea Party », par Claudia Rosett, Wall Street Journal, 30 juin 2005.

Résumé

Depuis que les États-Unis menacent de ne plus donner de fonds à l’ONU, Kofi Annan plaide ne faveur de la réforme. Il l’avait déjà fait en 1997 et en 2002. Aujourd’hui, M. Annan se répend dans la presse dans des tribunes décrites par sa large équipe de communication payée en grande partie par les contribuables états-uniens. Aujourd’hui, il s’attribue les progrès en Irak dans le Washington Post alors qu’il présentait cette guerre comme « illégale », il y a quelques mois et refuse de rendre hommage aux forces de la Coalition.
Mais donnons à M. Annan, le bénéfice du doute et supposons que, cette fois, il est sérieux concernant la réforme. Peut-être a-t-il enfin retenu les leçons du scandale « pétrole contre nourriture » ? Peut-être va-t-il s’inspirer des travaux de la Task Force sur la réforme de l’ONU de Newt Gingrich et George Mitchell et de l’UN Reform Act d’Henry J. Hyde ? Toutefois, il faut bien qu’on comprenne quelque chose à propos de l’ONU. Tout ce qui compte pour cette organisation, c’est l’argent. Cela peut paraître surprenant pour une organisation qui est fondée sur le principe marxiste de redistribution, mais c’est ainsi.
L’ONU a beau prétendre vouloir se réformer, elle demande encore plus de fonds. Aujourd’hui, elle réclame que 0,7 % du PNB des pays riches aille à l’aide au développement. Cela revient à faire payer 82 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis. Une partie de ces fonds sera utilisé par l’ONU pour faire du lobbying et se payer des tribunes libres. Les Européens savent que ce sont les États-Unis qui paieront l’essentiel et ils soutiennent ce plan. Comme, ils l’ont fait à Boston en 1773, lors de la Boston Tea Party, les États-Unis doivent jeter à la mer le plan Annan.


« Nous restons unis »

Auteur Kofi Annan

Kofi Annan est secrétaire général de l’Organisation des nations unies (ONU).

Source Wall Street Journal (États-Unis)
Référence

« United We Stand », par Kofi Annan, Wall Street Journal, 26 juin 2005.

Résumé

Aujourd’hui, nous célébrons le soixantième anniversaire de la signature de la Charte de l’ONU en 1945 alors que le débat sur la « réforme » de l’ONU fait rage. Pendant 60 ans, les États-uniens, conservateurs et libéraux, ont attendu beaucoup de l’ONU et nous avons échoué à répondre à ces attentes.
À Washington, le débat s’est centré autour de deux documents : le rapport de la Task Force sur la réforme de l’ONU de Newt Gingrich et George Mitchell et sur l’UN Reform Act proposé par Henry J. Hyde et adopté par la Chambre des représentants. Ces deux documents se recoupent sur bien des points et rejoignent les propositions que j’ai moi-même faites. Ce n’est pas une surprise, le désir de changement est l’argument partagé. Tous veulent une gestion plus transparente, une Assemblée générale plus préoccupée par les questions immédiates que par les vieilles résolutions, une réforme de la Commission des Droits de l’homme, la création d’une Commission sur la reconstruction des pays en guerre et des règles de conduite plus strictes dans les opérations de maintien de la paix.
La différence entre le projet Hyde et les autres se situe dans les méthodes employées pour obtenir cette réforme et sur la vision du monde. Pour M. Hyde, la réforme ne peut advenir que par la menace de suppression de la contribution états-unienne. C’est une erreur de procéder ainsi. Les contributions des États sont le fruit d’un traité international signé par des États souverains. La seule façon de réformer est de négocier. Comme le recommande le plan Gingrich-Mitchell, il faut former de grandes coalitions pour soutenir les réformes.
Concernant la vision du monde, bien sûr il faut lutter contre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, mais il faut aussi s’intéresser à la pauvreté, aux maladies, à la dégradation de l’environnement... etc. Ces sujets, nous devons les étudier ensemble. C’est dans cette optique que nous devons nous retrouver en septembre.


« Quand un scandale en cache un autre »

Auteur Alain Gresh

Alain Gresh est l’ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique.

Source Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence

« When one scandal hides another », par Alain Gresh, Gulf News, 28 juin 2005.

Résumé

Un scandale a mobilisé l’attention du Congrès états-unien. De 1996 à 2003, le programme « pétrole contre nourriture » aurait permis à Saddam Hussein de détourner des millions et des responsables de l’ONU auraient empoché de fortes sommes. Ces accusations méritent une enquête. Cependant une large part des informations nécessaires sont disponibles publiquement depuis 1996. La liste des participants à ce programme était diffusée tous les semestres par la Commission ad hoc du Conseil de sécurité. Comme ce programme était sous la surveillance du Conseil de sécurité, si l’ONU est responsable pour ne pas avoir vu les fraudes, Washington l’est tout autant.
Concernant ce programme, on pourrait aussi discuter des dizaines de milliards de dollars détournés des contrats irakiens par la Commission de compensation de l’ONU. Celle-ci a prélevé 30 % des bénéfices pétroliers de l’Irak pour « rembourser » de pauvres sociétés comme la Kuwait Oil Company. 200 millions de dollars ont encore été prélevés à cet effet en avril 2005 alors que l’Irak était en train de négocier des aides.
Mais pour moi, le vrai scandale, c’est le système de sanctions mis en place en 1990 et qui s’est poursuivi après la libération du Koweit. Cette situation provoqua des conséquences dramatiques pour la population et généralisa la corruption et la délinquance. Les classes moyennes s’exilèrent et l’Irak ne s’en est toujours pas remis. Ces sanctions n’ont servi à rien, le monde le savait, mais il n’y a pas mis fin. Aujourd’hui, la reconstruction de l’Irak pourrait être bien plus efficace si on faisait appel à certaines entreprises européennes compétentes, mais Washington est décidé à punir la « vieille Europe ». Qui sera puni ou même jugé pour ces fautes ?


« L’Allemagne s’engage à réformer l’ONU »

Auteur Henrik Schmiegelow

Henrik Schmiegelow est l’ambassadeur d’Allemagne au Japon.

Source Asahi Shimbun (Japon)
Référence

« Germany committed to reforming the U.N. », par Henrik Schmiegelow, Asahi Shimbun, 30 juin 2005.

Résumé

Un rapport commandé par le secrétariat général de l’ONU recommande une réforme de l’ONU. L’Allemagne soutient les propositions de réformes afin de rendre l’ONU plus efficace pour combattre le terrorisme, le crime organisé et la pauvreté et pour développer les Droits de l’homme, la bonne gouvernance et la protection de l’environnement. L’Allemagne a promis de porter son aide aux pays en développement à 0,7 % de son PNB en 2015.
Berlin estime que la composition du Conseil de sécurité de l’ONU ne représente plus les équilibres mondiaux. L’Allemagne est candidate à un siège de membre permanent avec le Japon, le Brésil et l’Inde. Ces quatre pays se sont rassemblés en 2004 à l’invitation de Junichiro Koizumi dans le Groupe des 4 (G4) et de nombreux plans de réformes estiment que son entrée dans le Conseil de sécurité est logique.
L’Allemagne comprend les arguments contraires à son entrée dans le Conseil de sécurité. En Europe, l’Italie demande que l’Union européenne ait un siège. Il s’agit d’un objectif de l’Allemagne à long terme, mais ce n’est pas d’actualité. On me demande pourquoi l’Allemagne et le Japon, deux pays vaincus lors de la Seconde Guerre mondiale, devraient aujourd’hui siéger au Conseil de sécurité. Nos pays ne sont plus ce qu’ils étaient dans les années 40. Nous sommes aujourd’hui des économies florissantes qui contribuent financièrement et militairement à la paix dans le monde. L’ONU bénéficierait de l’expérience de ces deux puissances non-nucléaires.


« Une nouvelle Europe politique »

Auteur Dominique de Villepin

Ancien secrétaire général de l’Élysée (1995-2002), ancien ministre français des Affaires étrangères (2002-2004) et de l’Intérieur (2004-2005), Premier ministre (2005-2007).

Source Le Monde (France)
Référence

« Une nouvelle Europe politique », par Dominique de Villepin, Le Monde, 29 juin 2005

Résumé

L’Europe est en crise en dépit de la volonté des peuples d’aller de l’avant. La France veut avancer dans la voie tracée par Jacques Chirac. Partout autour de nous, les États s’organisent pour tirer le meilleur parti de la mondialisation et pour renforcer leurs positions stratégiques. Nous ne pouvons pas rester à l’écart de ce grand mouvement de réorganisation de la planète. C’est un impératif pour notre sécurité, pour la maîtrise de notre avenir économique et pour la défense de nos valeurs.
Soit nous nous donnons les moyens de construire cette nouvelle Europe politique, soit nous nous résignons à faire de notre continent une vaste zone de libre-échange gouvernée par les règles de la concurrence. Pour construire l’Europe politique, nous devons nous faire les porteurs de projets concrets :
- Il faut construire une gouvernance économique européenne. Je propose donc d’ouvrir un dialogue entre l’Eurogroupe et la Banque centrale européenne afin de définir, dans le respect de l’indépendance de la BCE, une véritable gouvernance économique européenne pour les pays de la zone euro. Nous devons aussi réfléchir aux grandes questions de demain, comme l’augmentation des prix du pétrole et nos réserves stratégiques.
- Il faut conserver une agriculture indépendante en matière d’approvisionnement agricole. Notre agriculture, la deuxième au monde, nous a donné une puissance économique considérable. Seule, la Politique agricole commune (PAC) nous permettra de relever les défis dans ce domaine à l’avenir.
- Il faut, tout en conservant la PAC, développer une politique de recherche. Je propose la création en France d’un ou deux instituts européens d’études et de technologies. Ces instituts rassembleront sur les mêmes sites les meilleurs chercheurs internationaux, des laboratoires de recherche, des entreprises innovantes. Ils seront ouverts à tous les États européens qui le souhaitent.
- Il faut développer la sécurité européenne via la coopération policière et judiciaire. Le G5 (l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie et la France) en est le fer de lance. Sur la défense, les progrès accomplis ces dernières années doivent servir de base à des coopérations encore plus étroites.
- Il faut développer la démocratie européenne. Nous avons besoin du soutien des peuples européens. Depuis plusieurs années, notre identité se construit dans l’adhésion à des valeurs communes. Je propose donc d’ouvrir avec nos partenaires européens une réflexion sur la création d’un véritable service civil européen, qui donnerait à chaque jeune Européen l’opportunité de s’engager dans le domaine humanitaire ou de la sécurité civile dans un autre pays que le sien.
Le président de la République française a ouvert la voie au Conseil européen de Bruxelles en acceptant un compromis sur le budget, comme il avait accepté un compromis sur la PAC en 2002. L’Europe ne doit pas subir, mais se placer résolument en initiative. L’Europe est aujourd’hui devenue le laboratoire des nouvelles idées politiques, économiques et sociales du monde. Laissons-la s’exprimer. Avec elle l’histoire recommence.


« La meilleure manière de rebondir »

Auteur Pierre Lellouche

Pierre Lellouche est député UMP de Paris, membre de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale et président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN.

Source Le Figaro (France)
Référence

« La meilleure manière de rebondir », par Pierre Lellouche, Le Figaro, 30 juin 2005.

Résumé

Un mois après, la défaite au référendum constitutionnel a été célébrée dans la plus pure tradition gauloise. Quand le Premier ministre, Dominique de Villepin, a invité tous les partis politiques représentés au Parlement européen, une polémique est née de la présence du Front national à Matignon et on a oublié de parler d’Europe. Pourtant les sujets ne manquent pas.
Les semaines qui ont suivi le référendum ont été lourdes de menaces : « non »hollandais, échec du sommet européen de Bruxelles, divorce avec fracas entre Jacques Chirac et Tony Blair, remise en cause de la Politique agricole commune (PAC), contestée par les Britanniques (mais aussi par les Brésiliens et bon nombre de pays émergents du tiers-monde), querelle sur le budget, les perspectives financières et la « ristourne » à accorder à la Grande-Bretagne...etc. Si l’on continue comme cela, inévitablement, la querelle se transformera en crise de confiance dans les institutions monétaires et la Banque centrale européenne, pour atteindre l’euro. Dans cette situation, les seules nouvelles permettant de se réjouir sont apportées par les technologies de pointe et par nos industriels : l’Airbus A380, Galileo, ITER (projet important auquel j’ai pu contribuer en tant qu’émissaire du gouvernement et qui permettra de relever le défi posé par l’assèchement des ressources énergétiques).
La technologie, voilà sans doute la meilleure manière, pour notre pays, de rebondir. Une manière en tout cas plus noble et plus efficace que celle qui consiste à crier haro sur l’ennemi héréditaire : l’Anglais. D’autant que Tony Blair, devenu un peu rapidement l’objet de tous nos ressentiments, prend en ce 1er juillet la présidence de l’Union européenne. D’autant plus que les six prochain mois seront décisifs soit l’Europe restera en panne, dans l’impasse où nous l’avons nous-même si brillamment menée (car, que je sache, M. Blair n’est pour rien dans l’échec du référendum constitutionnel chez nous) ; soit elle repartira, mais pour cela nous aurons bien besoin de l’aide du Premier ministre britannique.


 



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