Réseau Voltaire
Le monde imaginaire du « Monde »

Déconstruction d’un discours journalistique

« Le Monde » a consacré un éditorial et une page complète pour affubler le Réseau Voltaire de positions ridicules dans son traitement de l’affaire Mohammed Merah. Problème : à la date de publication de la pseudo enquête du « Monde », le Réseau Voltaire n’avait rien publié sur ce sujet. Les positions qui lui sont attribuées par « Le Monde » sont de pure invention et illustrent l’hystérie de la rédaction du quotidien atlantiste à notre égard. Au demeurant, le problème est plus vaste et plus profond qu’il n’y paraît : depuis une décennie, « Le Monde » supporte mal la concurrence intellectuelle non-commerciale de certains sites internet. À défaut de pouvoir leur opposer des arguments, il tente donc de les discréditer par l’injure, en les qualifiant abondamment de « complotistes » ou de « conspirationnistes ». Dans une analyse précise de la production du journal auto-proclamé « de référence », François Belliot dissèque cette rhétorique diffamatoire.

| Paris (France)
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C’est avec stupeur et indignation que j’ai découvert, le 21 juin dernier, l’éditorial du Monde intitulé « L’affaire Merah et les ravages du complotisme » [1], et le dossier associé en page 13 signé Soren Seelow, composé de deux articles : « Voyage au pays des conspirationnistes » [2], et « Tentative de déconstruction d’un discours conspirationniste » [3] [L’ensemble de ces articles est téléchargeable au bas de cette page.]. Je comprends qu’un dossier un tant soit peu développé comporte des errances et des approximations, maintenant, que dans un journal « de référence » comme Le Monde, on puisse relever des erreurs, des mensonges, des outrances, et des amalgames tendancieux dans des quantités aussi prodigieuses, voilà qui est plus inattendu et scandaleux.

Dans un contexte où la méfiance des citoyens envers les médias de masse est grandissante, il m’a semblé à propos de faire une mise au point sur les manquements gravissimes que manifeste ce dossier du Monde prétendant, via les polémiques suscitées par l’affaire Mohamed Merah, faire le procès des prétendus « complotistes », et autres « conspirationnistes ». Je pourrais céder à la tentation, de la même façon que nombre de « journalistes » évoquent les « conspirationnistes » comme une armée de clones sans visages reliés à un cerveau unique, primaire, et antisémite, d’englober dans ma critique l’ensemble des journalistes et contributeurs du Monde. Cependant, je sais que chaque être humain a sa complexité, et qu’il existe (même dans une armée de clones), des nuances entre les opinions. J’ose aussi espérer que certains journalistes au Monde ont été choqués par cette agression en règle d’une grande violence à l’encontre d’une catégorie de citoyens englobés dans le terme de « conspirationnistes ».

Les seules cibles de cet article sont donc l’auteur anonyme de l’éditorial, Soren Seelow, le président du directoire du Monde, Erik Israelewitz, et l’ensemble des 20 membres du conseil de surveillance de ce « journal ».

Comme vous le remarquerez, je parle peu de l’affaire Merah en elle-même dans cet article. Partant du constat que l’ensemble d’auteurs ayant contribué au dossier ne font que la survoler, je me suis senti autorisé à les imiter en me concentrant sur la façon qu’ils avaient choisi de traiter le sujet suivant : « L’affaire Merah et les ravages du complotisme ». J’analyserai dans un premier temps l’éditorial non signé occupant la Une de l’édition du 21 juin du Monde, dont le but est de faire le procès du « complotisme », relativement à l’affaire Merah, éditorial qui ne contient aucun fait, et que des accusations. Dans un second temps je reviendrai longuement sur deux articles de Soren Seelow, le premier en particulier, dont la fonction est apparemment de donner des arguments et des faits à l’appui de ces accusations.

Un éditorial incitant à la haine contre les « conspirationnistes »

La première chose qui frappe à la lecture de cet éditorial est le nombre impressionnant de termes et expressions péjoratifs et insultants à l’encontre des prétendus « complotistes ». Cela commence fort avec le titre qui évoque les « ravages du complotisme ». À la quatrième ligne, l’auteur s’indigne de ce qu‘ « une partie de la blogosphère française se repaît déjà d’infâmes théories conspirationnistes ». Aussitôt après il annonce que « sur nombre de sites fleurissent les théories du complot les plus délirantes ». En bon médecin il met en garde contre cette « pathologie » et avertit : « Ce n’est pas inoffensif ni confidentiel, c’est grave et dangereux ». L’éditorial se conclue dans la même veine moralisatrice tout en accusant à mots à peine couverts les « complotistes » d’être des criminels : « On a trop critiqué le principe des lois mémorielles pour justifier la moindre censure. Ce n’est pas à la loi d’intervenir, mais à la presse de décrypter ces sites, de les prendre au sérieux et de démonter les fariboles qu’ils véhiculent. Parce qu’il y a des fariboles qui tuent. »

Comme si cette sémantique abondante et hostile ne suffisait pas, il n’hésite pas à accuser insidieusement l’ensemble des sites indépendants qui remettent en cause la version officielle de l’affaire Merah d’être mus par l’obsession du complot juif : « Dans un cas comme dans l’autre, les sites désignent le « vrai » responsable : « les Israéliens », le « sionisme international », l’impérialisme occidental anti islamique, etc. C’est la version 2.0 des sinistres Protocoles des sages de Sion : le Complot Juif. »

Conscients peut-être que cette abondante et violente sémantique pourrait donner l’impression qu’il n’est mu que par la haine, et le désir de jeter en pâture à la vindicte populaire toute une catégorie de citoyens, il prend soin péniblement de lui donner un semblant de base solide. Le Monde, dit-il, va procéder à un travail de « décrypt(age) » des sites « complotistes ». « La presse, assure-t-il, a déjà pointé les contradictions des récits de la police ». Il reprend le verbe « décrypter » à la fin de l’éditorial, que suit en bas à droite la promesse d’une «  web enquête ».

En plus de ce vocabulaire « technique », il s’abrite sous l’aile d’un intellectuel en pain d’épice en la personne de Pierre-André Taguieff, qui dans son essai La foire des illuminés aurait « bien montré » le caractère délirant de la pathologie conspirationniste. Avec une grande hardiesse, l’éditorialiste annonce, alors que les juges n’ont pas clos leur enquête, que « la réalité des crimes de Merah ne fait aucun doute ». À titre personnel, je ne tiens pas du tout à prendre le risque, comme il le fait, de me substituer à la justice (tout en adoptant le ton du policier politique). Néanmoins, cet éditorial m’a donné, au moins, l’envie de vérifier la solidité des deux articles pleine page de M. Seelow, dont le dessein est d’appuyer ce réquisitoire envers les dénommés « complotistes ». Ces derniers, prétend l’éditorialiste, « n’ont que faire des détails sur les crimes perpétrés par Mohamed Merah. » Ah bon ? Chiche… Entrons donc dans le « détail » de l’article de M. Seelow, et voyons si, pour commencer, les journalistes du Monde appliquent à eux-mêmes les règles que les gens comme M. Seelow prétend enfreintes sur les fameux « sites conspirationnistes  ».

L’article de Soren Seelow, un tissu d’approximations, d’erreurs, et de mensonges

Pour information, je me dois d’avertir le lecteur que Soren Seelow est le journaliste du Monde qui a été chargé de suivre le siège de l’appartement de Merah par le RAID à Toulouse. En confiant toute la page 13 du numéro du 21 juin à M. Seelow, la direction du Monde pensait donc s’appuyer sur l’un de ses journalistes les mieux informés sur cette question. Cette précaution s’est malheureusement révélée insuffisante.

Je mettrai successivement en lumière les points suivants :
- 1) l’analyse des sites internet réalisée par Soren Seelow est partiale et truquée.
- 2) Les « autorités » sur lesquelles il s’appuie, loin de légitimer l’argumentation de l’article, jettent sur lui le doute et le discrédit.
- 3) Loin de faire la lumière sur l’affaire Merah, sous bien des aspects cet article peut être regardé comme un article « conspirationniste. »
- 4) La façon dont les conspirationnistes sont évoqués est réductrice et tendancieuse.
- 5) la comparaison entre l’affaire Merah, de la VO du 911, et de l’affaire Strauss Kahn n’a aucun sens et est très mal faite.
- 6) Le second article de M. Seelow présente les mêmes erreurs de méthode et de parti pris que le premier

Entrons à présent dans le « détail ».

Une analyse partiale et truquée des sites internet remettant en cause la version officielle de l’affaire Merah

L’éditorial promettait un « décryptage » des sites dits « conspirationnistes  » remettant en cause la version officielle de la mort de Mohamed Merah, tout en annonçant d’emblée que « dans un cas comme dans l’autre  », ils désignaient comme « vrai responsable » «  les Israéliens ». L’article de Soren Seelow devait donc passer en revue l’ensemble des sites « conspirationnistes » et justifier de la façon la plus circonstanciée une accusation aussi précise. C’est ainsi que le journaliste commence par énumérer un certain nombre de sites : « Sott.net, le Réseau Voltaire, Mecanopolis, Oulala.net ou Legrandsoir.info ».

Cette liste semble annoncer une « webenquête » exhaustive, mais… un seul site, finalement est passé au crible, Sott.net, et pour être précis un seul article de Sott.net, rédigé par Joe Quinn [4]. Au vu de la pléthore d’articles perplexes consacrés aux zones d’ombre de l’affaire Merah, jusque dans des quotidiens comme Libération (voir par exemple la Une du numéro du 23 mars), ce n’était pourtant pas le choix qui manquait. M. Seelow a-t-il procédé ainsi par manque de place dans la pleine page mise à sa disposition pour asseoir les fondations de l’éditorial ? Apparemment pas puisque ce journaliste consacre pas moins de 20 lignes à cet article, qu’il cite et commente à trois reprises, et dont il se sert comme fil directeur, comme si Sott.net et cet article en particulier étaient représentatifs de ce qu’il appelle la « complosphère ».

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« Libération » du 23 mars 2012 souligne en Une les zones d’ombres de l’affaire Merah. Le quotidien a t-il eu raison de se poser des questions ou a t-il été contaminé par le « conspirationnisme » ?

M. Seelow, pour justifier sa focalisation sur cet article et ce site explique qu’il « occupe une place de choix dans la complosphère ». J’ai procédé à un petit sondage parmi celles de mes connaissances qui fréquentent à l’occasion les sites d’information alternative indépendants. Je leur ai demandé a) s’ils connaissaient le site Sott.net b) si oui ce qu’ils en pensaient. Résultat : 70/80 % d’entre eux ne le connaissaient pas, et quant à la crédibilité qu’ils lui accordaient, les opinions étaient systématiquement nuancées. Pour résumer, cela revenait à « il y a du bon et du moins bon… » Bref, M. Seelow a délibérément choisi un site certes correctement fréquenté sur la toile en France, mais dont la crédibilité est mitigée auprès de ceux que M. Seelow appelle les « conspirationnistes ». Pour information, le site Alexa indique que Sott.net est au 7 000ème rang en terme de fréquentation en France, quand Legrandsoir.info et le Réseau Voltaire se situent autour du 2-3 000ème (Mécanopolis : 15 000ème)

Classement Alexa au 20 août 2012

DomaineRang internationalRang français
Legrandsoir.info 98 206 2 865
Mecanopolis.org 170 423 15 800
Sott.net 23 446 7 246
Voltairenet.org 19 153 2 068

Suite à la campagne de dénigrement dont son directeur de publication, René Balme, a fait l’objet, le site Oulala.net a été fermé le 21 juin 2012, c’est-à-dire le jour même de la publication de la « web-enquête » du Monde.

Pourquoi avoir choisi Sott.net ? Peut-être parce qu’aucun des autres sites ne pointe la responsabilité d’Israël dans l’affaire Merah ? Bingo ! De fait, ni Legrandsoir.info, ni le Réseau Voltaire, ni Mécanopolis ne pointent cette responsabilité. Pas un article publié par ces trois sites sur les zones d’ombre de l’affaire Merah ne va dans ce sens.

Il faut remarquer d’ailleurs l’absence de lien hypertexte sur le site du Réseau Voltaire, qui s’explique par le fait qu’à la date de rédaction probable de cet article, ce site n’avait pas publié un seul article sur l’affaire Merah (le premier article de M. Seelow date du 19 juin sur Lemonde.fr). Lacune réparée depuis avec une excellente série d’articles en cours rédigée par Jean-Claude Paye et Tülay Umay (1 et 2, le premier article publié le 18 juin), article dans lequel là encore aucune responsabilité d’Israël n’est pointée [5].

Pour justifier l’assertion de l’éditorial selon laquelle tous les sites « conspirationnistes » sont obsédés par le « complot juif  », M. Seelow isole dans l’article de Sott.net le début de phrase suivante : « D’ailleurs - les véritables cerveaux du terrorisme à l’échelle mondiale - les Israéliens… », qui s’inscrit dans un développement sur le terrorisme intellectuel et la pensée unique dans les médias de masse, pour soutenir que l’article tout entier est sous tendu par « l’arrière-plan » que l’on imagine. Cela est léger, d’autant que c’est l’unique occurrence dans un article très long, et que l’auteur, Joe Quinn, ne la relie pas à son analyse de l’affaire Merah dont il fait une analyse par ailleurs fouillée. Ajoutons que ce détail isolé est le seul qui a suffisamment attiré son attention pour le pousser à prendre une position extrêmement engagée, tandis qu’il entre très peu dans les détails troublants de l’affaire Merah évoqués par l’auteur de l’article.

Le cas d’Oulala.net est plus complexe et mérite un développement plus ample. Le site Oulala.net était un site d’information alternative fondé par René Balme il y a une dizaine d’années. Collaboratif et indépendant, ce site présentait, jusqu’à sa fermeture récente, une ligne éditoriale beaucoup plus libre et ouverte que des journaux commerciaux comme Libération ou Le Monde. Or le 31 mai dernier, en pleine campagne pour les élections législatives, une pigiste de Rue89.com, Ornella Guyet, publiait une attaque féroce contre René Balme, le maire de Grigny (Rhône) candidat aux élections législatives pour le Front de Gauche. Dans un article dénonçant « une tache rouge brune dans la campagne du front de gauche » [6], elle l’accusait de collaborer à un site à la « ligne éditoriale complotiste », proche de «  l’extrême droite la plus sale », publiant des textes « à connotation négationniste », « antisionistes », aux « relents homophobes ». Cette campagne lancée par Ornella Guyet a été relayée les jours suivants par des organes de presse comme France Inter [7], Streetpress.com [8], Le Monde [9] , ou Le Figaro [10]. Déstabilisé par ces accusations d’une extrême agressivité, et s’estimant trop mollement soutenu par son parti, René Balme décide de démissionner du Front de gauche à la fin des élections législatives.

René Balme ayant décidé auparavant de fermer le site Oulala.net, les articles qui y ont été publiés sur l’affaire Merah ne sont plus accessibles. Maintenant, il suffit de savoir d’où vient la rumeur pour se convaincre de sa totale inconsistance.

Comme le rapporte Legrandsoir.info, Mme Guyet, dans son « analyse » a soigneusement sélectionné une poignée d’articles sur les près de 6 000 publiés depuis 10 ans qu’existait le site, elle en a délibérément sortis certains du « contexte de l’époque », elle en a outrageusement surinterprétés d’autres pour en faire des parangons de l’extrémisme le plus échevelé, elle n’a pas tenu compte du fait que certains de ces articles avaient par la suite été retirés par le comité éditorial d’Oulala.net. Constatant toutes ces manipulations et le contexte électoral dans lequel elles interviennent, Legrandsoir.info dénonce « une tentative d’assassinat politique qui ne dit pas son nom ». Ayant fait l’expérience cruelle et directe des malversations dont Mme Guyet est spécialiste, les journalistes du Grandsoir.info sont bien placés pour faire cette analyse. Le 28 mars dernier, prenant pour cible ce site d’information indépendant, elle avait écrit un article incendiaire et calomnieux dénonçant «  les dérives droitières d’un site alter » [11]. Une polémique s’était ensuivie avec Acrimed dans laquelle Mme Guyet était rédactrice et membre du Conseil d’Administration [12]. Ornella Guyet ayant refusé de s’expliquer devant le CA d’Acrimed, ses membres se sont penchés sur ses méthodes et ont reconnu cette pigiste multipliait « les erreurs factuelles et amalgames confusionnistes, extrapolations et généralisations abusives », et l’a virée pour dévoiement professionnel. Legrandsoir.info relève pour sa part dans les textes de Mme Guyet « des fausses références, autocitations sous différents pseudos ; faux dossiers montés pour l’occasion et se renvoyant les uns aux autres. »

M. Balme a par ailleurs démonté point par point, le 2 juin sur son blog, et dans son discours de fin de campagne le 6 juin, les calomnies propagées par Mme Guyet [13].

M. Seelow, en publiant son couple d’articles le 21 juin, avait forcément en main tous les tenants et aboutissants de la polémique. Or le site Oulala.net est le seul avec Sott.net sur lequel il en remet une couche dans son premier article : Après avoir cité Rudy Reichstadt, l’une de ses autorités (voir point suivant), qui énonce que « La complosphère est une galaxie rouge/brune, qui s’agrège de l’extrême gauche à l’extrême droite autour d’un fond idéologique anti-impérialiste », il enchaîne : « Une collusion illustrée récemment par le cas René Balme, candidat du Front de gauche aux législatives qui hébergeait sur son site, Oulala.net, des textes d’extrême droite, antisémites et complotistes. »

M. Seelow, plutôt que de rétablir la réputation d’un homme au parcours remarquable, a pris le parti de redonner du crédit à une rumeur infâmante lancée par une « journaliste  » dont les méthodes frauduleuses ont été irréfutablement mises à jour. Il est savoureux, au passage, de remarquer que c’est précisément Legrandsoir.info qui a apporté le plus de lumières dans cette polémique, Legrandsoir.info que M. Seelow ne pouvait évidemment pas mentionner dans ce contexte puisqu’il l’a situé au début de son article (mensongèrement a-t-on vu), dans la liste des sites « conspirationnistes » obsédés, selon l’auteur de l’éditorial, par le « complot juif  ». Ce faisant il aurait été amené à dire du bien du Grandsoir.info et de M. Balme, ce qui était inconcevable puisqu’ils faisaient partie de la charrette de ceux qui étaient condamnés d’avance.

Pour résumer sur ce premier point et la « webenquête » du Monde. L’un de ces sites, le Réseau Voltaire, n’a rien publié sur l’affaire Merah au moment où Le Monde publie son dossier et n’a rien à faire dans cet article. Deux de ces sites, Legrandsoir.info et Mécanopolis ont certes publiés des articles remettant en cause la version officielle de l’affaire Merah, mais aucun n’a publié de texte dénonçant un «  complot juif », comme avancé dans l’éditorial.

Pour le site Oulala.net, M. Seelow a par erreur ou à dessein prolongé une rumeur calomnieuse lancé contre un homme à la réputation établie, rumeur il est vrai relayée par le journal qui l’emploie.

Il n’est finalement allé dans le détail que d’un seul site parmi les 5 énumérés au début du premier article ; circonstance aggravante, il n’est allé dans le détail que d’un seul article de ce site, et l’ensemble de cet article allait si peu dans le sens de la thèse «  Mohamed Merah a été victime d’un coup du Mossad », qu’il a été réduit à en extraire un morceau non représentatif et sorti de son contexte.

Ca commence bien…

Des autorités extrêmement mal choisies

Passons maintenant aux diverses autorités sur lesquelles l’auteur anonyme de l’éditorial et M. Seelow s’appuient pour asseoir leur propos. Elles sont au nombre de trois : l’essayiste Pierre André Taguieff, le directeur du site Conspiracywatch.info Rudy Reichstadt, et le grand reporter de guerre et spécialiste du terrorisme Frédéric Helbert.

À tout seigneur tout honneur, commençons avec Pierre-André Taguieff, à qui l’éditorialiste a fait l’honneur de faire référence en Une. Quand on cite une autorité dans un emplacement aussi royal, c’est qu’on a en lui une absolue confiance, que l’on pense tenir là une pointure incontestable dans son domaine de compétence.

Pierre André Taguieff aurait donc « bien montré », dans son livre La foire aux illuminés, que pour les « conspirationnistes » « les faits n’ont guère d’importance » [14]. Un jugement aussi vague et succinct n’a, si l’on y réfléchit, aucune espèce de poids. À défaut de comprendre ce que montrerait M. Taguieff, maintenant, on peut se pencher sur certains éléments de son CV, qui pourront utilement nous renseigner au moins, sur la légitimité de cet homme à être invoqué comme caution intellectuelle dans ce genre de polémique.

M. Taguieff s’est récemment signalé par des positions d’une grande violence envers Stéphane Hessel, a qui il reprochait d’avoir appelé au boycott des produits israéliens. Il n’a pas hésité à accuser l’homme de n’avoir été, pendant la Seconde Guerre Mondiale, qu’un simple « résistant de bureau » au prétexte qu’il aurait passé l’essentiel de la guerre à Londres (de mai 1941 à mars 1944) [15]. Certes, comme le remarque M. Taguieff, l’homme n’a été un résistant de terrain, que du début avril 1944 au 9 juillet 1944 ; mais dans l’intervalle il a tout de même été arrêté par la Gestapo, qui lui a fait subir le supplice de la baignoire (même forme de torture que celle systématisée à Guantánamo avec l’onction de ses cousins néoconservateurs au pouvoir aux États-Unis), et Le 8 août il a été déporté à Buchenwald, puis par la suite à Dora. Comment interpréter autrement ces positions outrancières sinon que M Taguieff estime que, pour se revendiquer résistant, Stéphane Hessel aurait dû être torturé plus sévèrement et rester prisonnier dans les camps plus longtemps et dans des conditions plus rigoureuses ? M. Taguieff a relayé ces prises de position sur le site Dreuzz.info, auquel il participe en tant que rédacteur, et dans le trombinoscope duquel il s’affiche. Il est intéressant de remarquer que dans la liste des rédacteurs de ce site à l’orientation pro israélienne évidente (M. Taguieff est par ailleurs conseiller du CRIF), apparaît le nom de l’historienne Bat Ye’or, auteure en 2005 du livre Eurabia : l’axe euro arabe [16]. Dans ce livre elle affirme qu’il existe une entente entre les élites européennes et les pays arabes afin de créer une nouvelle unité géopolitique nommé « Eurabie ». L’un des objectifs majeurs du projet serait de battre en brèche l’influence des États-Unis dans la région. Les pays européens rompraient avec l’alliance transatlantique traditionnelle, opèreraient des transferts de technologie massifs de l’autre côté de la Méditerranée, encourageraient l’immigration arabe en Europe et la diffusion de la culture arabo musulmane, et s’aligneraient sur leur politique anti israélienne. Pour certains commentateurs, la ressemblance est saisissante avec le discours antisémite traditionnel. Le journaliste Johann Hari remarque par exemple qu’« il y a des intellectuels britanniques de Droite qui propagent une théorie du complot sur les Musulmans qui ressemble à s’y méprendre à un "Protocole des Sages de Mahomet" du XXIème siècle. Voyez Bat Yeor, une "universitaire" qui explique que l’Europe est à la veille d’être un continent conquis nommé Eurabie ». Monsieur Taguieff a le droit de s’associer avec qui il veut et d’écrire ce qu’il veut, où il veut, sur le ton qu’il veut ; maintenant, c’est évidemment une énorme erreur de la part de l’éditorialiste d’avoir invoqué comme autorité, dans un article dénonçant « les ravages du complotisme » un intellectuel peu sérieux associé à des gens qui défendent des théories complotistes.

Rudy Reichstadt est, comme M. Seelow l’indique, le fondateur du site Conspiracywatch.info, un site qui se propose de dénoncer les « théories du complot » en tous genres. Avant d’enfourcher ce cheval de bataille, l’homme n’était cependant pas aussi hostile que cela à certains angles d’attaque conspirationnistes. Voyez par exemple la façon dont il explique, en 2006, dans la Revue Républicaine l’un des aspects de la stratégie du futur président Sarkozy pour se faire élire : « Il faut toutefois s’arrêter un instant sur l’enjeu que représente la communauté juive dans la stratégie sarkozienne. En avril 2004, en visite à Washington, celui qui était alors ministre de l’Économie et des Finances, n’a pas hésité à répondre favorablement à l’invitation à déjeuner de représentants de l’influent American Jewish Comitee (AJC). Cette visite, qui, selon les termes d’Esther Benbassa, "a eu un impact très fort en France", prend place dans une stratégie de conquête du "vote juif" — aussi contestable que puisse apparaître ce type d’expression — qui ne doit rien à l’improvisation. C’est que "beaucoup de juifs éprouvent de la gratitude pour Nicolas Sarkozy", comme l’affirme Roger Cukierman, le président du CRIF. Le 30 mars 2006, Nicolas Sarkozy s’est ainsi vu décerner le prix de l’homme politique de l’année par l’Union des patrons et professionnels juifs de France (UPJF). Accueilli avec enthousiasme jusque parmi les rangs de l’Hachomer Hatzaïr, association sioniste pourtant classée à gauche, Nicolas Sarkozy doit sa popularité auprès des organisations communautaires juives à ses prises de position fermes sur l’antisémitisme, à son intransigeance sur la délinquance, et à sa démarcation de la ligne traditionnelle des gaullistes en terme de politique étrangère. Il est en effet l’un des rares présidentiables à proposer aussi clairement de réorienter la politique proche-orientale de la France, jugée pro-arabe, en faveur d’un soutien plus franc à l’État d’Israël, comme peuvent en témoigner ses récents propos sur la guerre du Liban.  » [17]

Nicolas Sarkozy entretiendrait des relations privilégiées avec la communauté juive, et se serait appuyé sur des lobbies pro israéliens pour favoriser son élection ? Que cette réflexion sonne étrangement de la part du directeur d’un site qui répète à longueur d’articles que les « conspirationnistes » sont obsédés par l’idée du « complot judéo-maçonnique ».

Par ailleurs, puisque j’ai été amené à évoquer l’affaire René Balme, il est intéressant de noter que M. Reichstadt est l’un de ceux qui a relayé avec le plus d’enthousiasme et le moins de recul critique la campagne de déstabilisation du maire de Grigny. Sur son site Conspiracywatch.info, il a consacré pas moins de 5 articles (1, 2, 3, 4, 5) à cette affaire dans lesquels il renvoie un écho plus que complaisant aux rumeurs calomnieuses lancées sur Rue89.com par cette trouble Mme Guyet dont il a été question plus haut [18].

Le poids de Rudy Reichstadt dans cet article est très important. Dans le premier article M. Seelow le cite à 6 reprises, longuement parfois ; une fois dans le second. Dans ces citations, aucun détail sur rien, simplement des jugements psychologiques vagues, des allusions perfides, des soupçons de collusion avec les tenants du complot judéo maçonnique, des généralisations grotesques, du vent, et du vent mauvais pour résumer. Ce morceau en donnera une idée : « [Les conspirationnistes] n’enquêtent pas, ils collationnent ce qu’ils trouvent et le mettent en scène de façon plausible. Ils agissent par sous-entendus, pointent les zones d’ombre comme autant de preuves et excluent de leur démonstration ce qui les gêne. Il arrive bien sûr que la parole officielle mente, mais les discours conspirationnistes sont eux-mêmes mensongers et manipulatoires. »

Preuve de l’admiration et de la confiance que M. Seelow témoigne à M. Reichstadt, signalons au passage que la présente citation est copiée collée à l’identique dans les deux articles ; à moins que ce ne soit encore un des innombrables indices qui indiquent que nous avons là affaire à un dossier inconsistant et bâclé.

Un trait d’union entre Pierre-André Taguieff et Rudy Reichstadt

Pour en finir avec ces deux «  autorités », je tiens à attirer l’attention sur un point qui leur est commun. Messieurs Taguieff et Reichstadt sont tous deux liés à un think tank nommé le Cercle de l’Oratoire, M. Taguieff en tant que membre, M. Reichstadt en tant que rédacteur dans la revue qui en est l’émanation : Le Meilleur des Mondes [19], dont la raison d’être explicitement affirmée, dans son premier numéro, est de combattre les thèses de Thierry Meyssan et d’Annie Lacroix-Riz. M. Taguieff est par ailleurs membre du comité éditorial de cette même revue et fait partie des personnes les plus relayées par M. Reichstadt sur son site. Le monde est finalement petit, chez les anticonspis…

Le Cercle de l’Oratoire, fondé peu après les attentats du 11 septembre 2001, a pour vocation la défense de la politique étrangère étasunienne. C’est ainsi que le Cercle de l’Oratoire a été un ardent promoteur de la très controversée invasion de l’Irak en 2003. On peut le qualifier de «  néoconservateur », au sens étasunien du terme, dans la mesure où le Cercle de l’Oratoire est lié au think tank étasunien Project for a New American Century (PNAC), qui regroupe des personnalités comme Paul Wolfovitz, Richard Perle, Dick Cheney, Donald Rumsfeld. Des membres de ce think tank avaient signé en 1999 un manifeste intitulé Reconstruire les défenses de l’Amérique, dans lequel était exposé un projet de domination mondiale des États-Unis au XXIème siècle par la voix militaire.

Frédéric Helbert

M. Seelow cite à trois reprises dans son premier article une autorité que pour le coup on peut qualifier de pertinente, en la personne du grand reporter et spécialiste du terrorisme Frédéric Helbert. Depuis le tout début l’homme suit l’affaire de près et communique régulièrement sur son blog sur les évolutions et rebondissements de l’affaire [20]. Première citation : « On est dans une histoire où tous les officiels mentent. La communication est totalement verrouillée. C’est du pain béni pour les complotistes ! » Deuxième citation : « Aucune de ces balles n’a atteint Merah ni un seul membre du groupe d’assaut [...] On peut supposer que les policiers susmentionnés sont tombés en état de choc lorsqu’ils ont réalisé que trois cents cartouches tirées avec des armes automatiques dans un 38 m2 avaient toutes manqué leur cible ». Troisième citation : « Le récit officiel de l’assaut est incohérent. Six à sept minutes de mitraillage dans 40 m2, 300 cartouches, 28 impacts de balles sur le corps de Merah, c’est difficile à croire. J’ai moi-même du mal à comprendre. Rien n’a été clairement expliqué, et ça ressort comme une hydre. Quand on ne sait pas, on invente. À quoi il faut ajouter que la mère de Merah n’a pas pu voir le corps de son fils, qui était dans un cercueil plombé. Et ça, les complotistes adorent... » Nous ne comprenons sans doute pas le français de la même façon. Ce que ces citations veulent dire, à mon humble avis, c’est que Frédéric Helbert n’accorde qu’une crédibilité très mince à la version officielle de la mort de Mohamed Merah. M. Seelow sur ce coup fait d’ailleurs peut-être une erreur factuelle ; commentant la seconde citation il dit en effet : « Cette affirmation est fausse ; près de trente impacts de balles ont été retrouvés sur le corps de Merah, qui portait un gilet de protection. » En effet depuis une photo du cadavre a été publiée qui, si elle est authentique, le contredit absolument, et je serais curieux de savoir s’il est d’accord avec ce qu’en a dit depuis M Helbert sur son blog, à savoir que : « En prétendant apporter une "pièce" (cette photo), qui permettrait d’en finir avec les théories complotistes, ou de clore tout débat sur les conditions de l’assaut final du tueur au scooter, le magazine Entrevue, loin d’atteindre son but, ouvre un nouveau chapitre sur les mystères, les contradictions flagrantes, et les invraisemblances de la version officielle quant à l’issue de l’assaut lancé il y a un peu plus de trois mois contre le tueur jihadiste d’enfants et de militaires. » L’homme est allé encore plus loin quelques jours plus tard en suggérant la possibilité d’un mensonge d’État, et en affirmant que Claude Guéant avait sans doute, en considération de nouvelles informations (les fameux enregistrements divulgués par « 7à8 », qui eux aussi ne sont pas encore authentifiés), menti. Je partage la perplexité de Frédéric Helbert, que M. Seelow a été décidément bien mal inspiré d’invoquer comme autorité.

Un article à la sémantique conspirationniste

Les trois citations qu’il fait de Frédéric Helbert en donnent déjà une petite idée : la version officielle est tellement bancale qu’il est obligé, à son corps défendant, de semer le doute dans l’esprit des lecteurs. Dès la première phrase M. Seelow concède que l’affaire comporte des « zones d’ombre », et que «  les services de renseignement ont eu "un rôle trouble"  ». Plus loin, il reconnaît que « rien n’interdit de s’interroger sur les innombrables questions laissées ouvertes par cette affaire complexe et les lenteurs de l’enquête  » Il cite le sociologue Pascal Froissard qui dit que «  toute thèse alternative n’est pas délirante. » En effet, « l’appareil d’État nous a abondamment menti par le passé. Tchernobyl, la maladie de Mitterrand, le doute est plutôt sain. » Il évoque justement la réaction d’Yves Bonnet, ancien responsable de la DST, selon qui (sans avancer de preuves, rappelle-t-il) : « Merah a pu être un indicateur de la DCRI  ». Il concède plus loin que « cette suspicion à l’égard de la parole officielle a été largement renforcée par la fantastique confusion qui règne dans cette affaire. »

Frédéric Helbert va infiniment plus loin dans la méfiance et la suspicion à l’égard de la version officielle, mais oui clairement, on sent que dans cette version officielle il y a quelque chose qui dérange M. Seelow, et qu’il ne faudrait pas grand chose, finalement, pour qu’il vire à son tour «  conspirationniste  ».

En même temps on se pose des questions sur la façon dont il fonctionne. Quand la plus solide des autorités sur lesquelles il s’appuie, à savoir M. Helbert affirme ouvertement que dans cette affaire «  tout le monde ment  », il suggère en même temps que tout individu qui émet une interprétation alternative à la version officielle s’appuie sur une méthode faible ou est mue sur des motivations idéologiques douteuses.

Cela n’est pas sérieux. Si tout le monde ment, notre méfiance la plus profonde ne doit-elle pas derechef se mettre en éveil, et n’est-on pas fondé à nourrir la plus méfiance la plus profonde envers les fonctionnaires qui ont menti, ce parfois au plus haut niveau de l’État ? Pourquoi jeter la pierre à je ne sais quels « conspirationnistes  », et ne pas porter la suspicion, plutôt, sur les menteurs en question ?

Une manière réductrice et tendancieuse d’évoquer ceux qui doutent de la version officielle

Je mettais en garde, dans le préambule de cet article contre une manière simplificatrice et injurieuse d‘englober, avec force termes péjoratifs et insultants, toute une catégorie de personnes sous une même étiquette ; je parlais, pour rappel, de la façon dont les « conspirationnistes » sont généralement nommés et évoqués par les journalistes du PAF.

Je suis maintenant obligé de pointer que M. Seelow tombe abondamment dans ce travers dans son article. À sa décharge, certaines des expressions de la liste suivante ne sont pas de lui, mais de Rudy Reichstadt et de Frédéric Helbert. Dans l’ordre donc : « les conspirationnistes », «  la nébuleuse complotiste », « l’idéologie conspirationniste », le « complotisme systémique », « les sites conspirationnistes », « les conspirationnistes » (Reichstadt), « ils… ils… ils… » (idem), «  les complotistes » (Helbert), « l’idéologie conspirationniste » (Reichstadt), « inutile d’être un conspirationniste avéré », «  les conspirationnistes » (Reichstadt)

À vrai dire je tords un peu la vérité en avançant que M. Seelow n’utilise que des expressions vagues et généralisantes, car il lui arrive, dans ce long article, de donner des visages aux « conspirationnistes »… des visages bien choisis : ainsi, si l’on met de côté la citation de Philippe Poutou qui quelques heures après le triple meurtre de l’école juive, suggère que « ce n’est peut-être pas un hasard si ça arrive en pleine campagne [électorale] » et qu’ «  il y a peut-être un calcul politique derrière pour faire diversion par rapport à la crise », les seules personnes ou communautés de personnes nommées pour représenter la «  complosphère  », sont des gens qui remettent en cause la version officielle des attentats du 11 septembre 2001, des citoyens français pouvant être rattachés à la communauté arabo musulmane, ou les deux en même temps. L’éditorial avait déjà pris soin de préciser que « ce message [la remise en cause de la version officielle de l’affaire Merah] était couramment partagée dans le monde arabo musulman », et avait fait dès la première colonne le parallèle avec les sceptiques de la version officielle des attentats du 11 septembre 2001.

M. Seelow se saisit de cette base de travail et la précise à 4 reprises.
- 1) « Dernier exemple en date de ce complotisme systémique, le réalisateur Mathieu Kassovitz, qui avait déjà publiquement mis en cause la version officielle du 11-Septembre, s’est fendu, la semaine dernière, d’un tweet dubitatif (supprimé depuis) sur la culpabilité de Mohamed Merah ; »
- 2) « La prise de position de Mathieu Kassovitz fait suite à la publication, mardi 12 juin, par le quotidien algérien arabophone Echourouk, de la traduction en arabe des propos qu’aurait tenus Merah dans deux vidéos tournées durant l’assaut du RAID. Selon la transcription en français du contenu supposé de ces vidéos, le jeune homme aurait découvert peu avant de mourir qu’il avait été manipulé par les services secrets. "Je suis innocent", affirme-t-il, selon la transcription. »
- 3) « En témoigne ce clip du rappeur Alif (qui se présente lui-même comme le chanteur "le plus boycotté du rap français"), dans lequel il se glisse dans la peau de Merah : "La France m’a pris pour cible et m’a collé une affaire d’État. (...) En période électorale, tous les coups sont permis. (...) Ils m’accusent de tous ces meurtres que je n’ai pas commis. (...) Ce que nous vivons est un deuxième 11-Septembre à la française. (...) J’pisse le sang dans leur complot. (...) Je sais que tuer des enfants est horrible, mais le plus horrible est d’en avoir reçu l’ordre." »
- 4) : « Sur Mecanopolis, Hani Ramadan, le frère de Tariq, défend ainsi la thèse d’un attentat sous fausse bannière, destiné à faire monter l’islamophobie, qu’il met en relation avec la mort de Ben Laden et les attentats du 11-Septembre : "À propos de Mohamed Merah, nous pouvons être sûrs qu’il est l’auteur des crimes de Toulouse et de Montauban. Du moins, aussi sûrs que nous avons la certitude que le corps de Ben Laden gît au fond des mers, écrit le directeur du Centre islamique de Genève. Comment ne pas ressentir un malaise devant la version officielle des faits, en cette période électorale ? Comment ne pas faire la comparaison avec le 11-Septembre ?" »

Le moins que le l’on puisse dire, c’est que ce choix de douteurs n’est pas très habile, et que M. Seelow fait son marché dans une optique bien précise… Évidemment, Mohamed Merah étant, par la force de son nom, de son faciès, et de ses revendications religieuses, propre à jeter le discrédit sur toute une «  communauté », il est naturel que ceux qui se sentent reliés à cette « communauté  » soient plus portés à douter de la version officielle que d’autres. Évidemment, encore, ceux qui doutent de la version officielle des attentats du 11 septembre 2001, connaisseurs qu’ils sont de la fréquente instrumentalisation de l’islamisme radical dans les affaires de terrorisme d’État, sont également plus portés à douter de cette version officielle que la moyenne, maintenant c’est extrêmement réducteur, stigmatisant et dangereux de se borner à n’évoquer comme douteurs que des individus pouvant être reliés à l’une et/ou à l’autre de ces catégories.

Un parallèle grossier et infondé entre les théories alternatives sur l’affaire Merah et celles qui se ont développées pour expliquer les attentats du 11 septembre 2001, et l’affaire Strauss Kahn

Dès la première colonne de l’éditorial, son auteur anonyme énonçait avec assurance que «  comme au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, la "conspirationnite" s’épanou(issai)t sur la toile, son vecteur idéal. », parallèle nullement gratuit, comme on va le voir, puisqu’il va constituer l’un des fils directeurs de l’article de M. Seelow. Le parallèle n’est pas affirmé mais simplement suggéré, à travers les propos des personnes citées comme autorités ou comme «  visages du conspirationnisme  ». Il rapporte ainsi les propos de Hani Ramadan qui se demande « comment ne pas faire la comparaison avec le 11 septembre ? », et de Rudy Reichstadt qui synthétise : « La complosphère s’est engouffrée dans cette affaire avec sa célérité habituelle, dès les premiers jours, comme pour le 11-Septembre. », M. Seelow rappelant dans la foulée que M. Kassovitz, qui a exprimé ses doutes sur la version officielle de l’affaire Merah dans un tweet « avait déjà remis publiquement en cause la version officielle du 11-Septembre. » Je rappelle enfin la fin de l’article on trouve cette référence à une chanson de M. Alif que j’ai déjà citée dans laquelle il lance : « Ce que nous vivons est un deuxième 11-Septembre à la française. »

Les internautes qui découvriraient cet article uniquement par le biais du Monde.fr doivent en outre savoir, pour disposer de toutes les pièces du puzzle, que l’article de M. Seelow était illustré d’un vaste dessin en deux vignettes dans lequel le dessinateur mettait en scène (très sommairement), deux employés de bureau. Sur la première l’un demande : « Il était où Mohamed Merah le 11 septembre 2001 ? » Son collègue confessant son ignorance, dans la seconde, une lueur de folie dans le regard, il spécule : « Bah moi non plus. Étrange, non ? »

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L’effet de ce rapprochement est censé être imparable. Comme les médias de masse martèlent depuis des années que ceux qui remettent en cause la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 sont des gais lurons ou des gens mus par des motifs idéologiques douteux, sans donner l’occasion à ceux-ci d’exposer régulièrement leurs vues dans le cadre de débats vraiment impartiaux et sérieux, la majorité de la population a un préjugé très défavorable et ressent presque de la frayeur quand quelqu’un prétend instiller le doute à ce sujet. En mettant sur le même plan l’affaire Merah et l’affaire du 11 septembre 2001, M. Seelow capitalise sur la méfiance entretenue dans le public par les médias à propos du 11 septembre 2001, pour susciter une méfiance instinctive à l’encontre de ceux qui trouveraient louche de nombreux aspects de l’affaire Merah. L’argument est purement psychologique.

Ce rapprochement aurait à la limite un semblant de pertinence si M. Seelow, dépassant le «  décryptage  » ultra primaire de l’illustrateur de son article, essayait d’expliquer en quoi ces deux affaires d’une grande complexité sont comparables. On peut faire la même remarque sur le rapprochement qu’il fait avec l’affaire Strauss Kahn, qu’il survole d’aussi haut et avec autant de hâte.

Je m’attarde un peu sur le rapprochement 11 septembre/affaire Merah. Je ne veux pas discuter de l’affaire Strauss Kahn que je ne connais pas du tout, mais je peux dire que je connais très bien la version officielle du 11 septembre 2001, et ses innombrables zones d’ombre et incohérences. Si un journaliste du Monde daignait entrer en controverse avec moi sur ce point, assurément je serais comblé.

La version officielle des attentats du 11 septembre 2001, actée par le rapport de la commission d’enquête Kean/Hamilton, dont les conclusions ont été rendues fin 2004, constitue, pour moi et pour bien d’autres, une des plus graves injures collectives jamais faites à l’esprit humain. Il est impensable que M. Seelow ignore qu’aux États-Unis se sont montées d’innombrables associations (pompiers et secouristes, agents de renseignement, pilotes, architectes et ingénieurs, universitaires, etc), demandant la réouverture d’une nouvelle enquête au vu des anomalies abondantes et monstrueuses que cette version comporte. Comme l’a remarqué M. Seelow dans un article, repris, fait exceptionnel, par le site reopen911, les attentats du 11 septembre ont été suivis de la mise en place de lois liberticides qui ont été systématiquement prorogées ces dernières années au nom de la «  guerre contre le terrorisme ».

Les zones d’ombre de cette affaire sont innombrables, parmi lesquelles, l’effondrement de la tour WTC 7 à 17h20, l’impact sur la façade du Pentagone qui ne correspond pas à celui d’un Boeing, l’inexistance de la défense aérienne le jour des attentats, la trajectoire impossible effectuée par le vol AA77, le fait que les pirates de l’air étaient de mauvais pilotes selon les instructeurs, les transactions financières suspectes la semaine précédant les attentats, l’usage de la torture pour obtenir des aveux des prisonniers de Guantánamo. Je ne prolonge pas une liste qui deviendrait vite interminable et réitère ma proposition de débat ou d’échange avec un journaliste du Monde sur ce point.

Je m’étonne que M. Seelow se soit montré aussi sagace dans cet article, et qu’il manifeste, apparemment, dans ce dossier du 21 juin 2012, une confiance aussi appuyée dans la version officielle de cet événement.

Le seul point commun apparent dans cet article entre les attentats du 11 septembre 2001 et l’affaire Merah, finalement, c’est que M. Seelow n’entre que très superficiellement dans le détail de ces deux affaires (et à un degré nul pour la première). Il l’évoque comme il évoque René Balme, Legrandsoir.info, le Réseau Voltaire, en faisant des amalgames sommaires et des insinuations perfides, sans jamais entrer dans le détail. Cette seule remarque suffit à montrer l’inanité totale du rapprochement avec le 11 septembre opéré par M. Seelow et l’auteur anonyme de l’éditorial, et vient enrichir la longue liste d’errances professionnelles que manifeste ce dossier du Monde sur « L’affaire Merah et les ravages du complotisme ».

Le deuxième article de Soren Seelow

Le second article de M. Seelow intitulé «  tentative de déconstruction d’un discours conspirationniste » étant une récapitulation des défauts du premier, je redonderais en l’analysant en détail. Je me contenterai d’une poignée de remarques.

Il est intéressant de déconstruire un discours conspirationniste, mais dans le cadre d’une « web-enquête  » prétendant faire la lumière complète sur l’ensemble des sites «  conspirationnistes », cela est totalement insuffisant. Je pourrais, en imitant M. Seelow, et dans le cadre d’un dossier pointant «  les ravages du journalisme » écrire un article intitulé «  tentative de déconstruction d’un discours journalistique ». Je prendrais pour base de mon « enquête » l’article de M. Seelow et l’éditorial anonyme du Monde, et j’étendrais mon angle à la totalité des journalistes, dans le cadre d’un autre article intitulé « voyage au pays des journalistes  », en avançant que ce sont des gens qui dans leur ensemble (sans aucune nuance) n’hésitent jamais à truquer l’information, qui se moquent des détails, qui sont rendus fous par un arrière plan idéologique obsessionnel, etc. Mais c’est une méthode sale…

M. Seelow a choisi une source anonyme « bloodz97111 » [21] alors qu’il avait à disposition des articles écrits par des gens identifiables, sur les sites mêmes qu’il présente en échantillon au début du premier article. La plupart des « conspirationnistes » sérieux publient sur des sites où des gens relisent et contrôlent leurs articles (ce qui n’a pas l’air d’être fait avec beaucoup de rigueur au Monde…), et ils tiennent souvent à être identifiés. Il avait tout ce qu’il fallait dans les sites énumérés par lui dans l’article précédent mais dont il n’avait « décrypté  » aucun article. Il aurait pu par exemple étudier plus en détail l’article de Sott.net, qui à côté des éléments qu’il a partialement relevés et déformés, pose un certain nombre de questions de bon sens qui demeurent à ce jour sans réponse. Cela lui aurait en outre permis, mais à l’évidence ce n’est pas l’esprit qui l’animait, de faire une présentation beaucoup plus équilibrée de cet article.

Dans le titre de ce second article il évoque « un discours conspirationniste », alors que le titre du précédent évoquait le « pays des conspirationnistes  », ce faisant il opère un amalgame suggérant que le discours qu’il va analyser est représentatif de tous les discours « conspirationnistes », le singulier étant englobé dans le pluriel. Ce faisant, il est vrai, il ne fait que suivre le fil directeur de l’éditorial dont le titre dénonçait les « ravages du complotisme ». Martelage et amalgames en jouant sur les titres ; efficace pour le lecteur paresseux.

Quitte à étudier un seul exemple il aurait fallu que M. Seelow le dissèque profondément, comme je dissèque profondément le dossier du Monde dans cet article. Le minimum eût consisté à en donner sur le site Lemonde.fr une version beaucoup plus détaillée. M. Seelow a préféré faire une analyse orientée et tronquée de la vidéo «  conspirationniste », en ciblant les passages les plus faibles et qui l’arrangeaient. Il relève quelques erreurs dans une vidéo, et suggère trompeusement, puisqu’il ne « décrypte » aucun autre « discours », que la totalité (sans la moindre nuance) des articles et vidéos pointant vers une explication alternative sont des gloubi-boulgas d’erreurs et contrevérités fondés sur des motivations idéologiques. Je suggère à M. Seelow de parcourir cette liste de 72 questions non résolues concernant l’affaire Merah, établie par Hicham Hamza sur le site Oumma.com [22] ]]. Comme cette liste est beaucoup plus étendue que celle donnée par le désormais célèbre bloodz97111, il est statistiquement probable d’y rencontrer plus d’approximations. Ainsi si 10 de ces questions se révèlent fragiles, M. Seelow, en bon journaliste, pourra déduire que les 62 restantes sont dépourvus de pertinence et à dénigrer en vrac.

Comme pour l’article de Sott.net, il est allé chercher dans ce « discours » les rares éléments qui étaient propres à renforcer l’interprétation la plus rassurante de l’affaire Merah.

Pour conclure, comme par hasard, il laisse la parole une dernière fois à M. Reichstadt (c’est la fameuse citation doublée, qui constitue donc la chute de ce second article), que l’on pourrait qualifier de « gourou  » de ce dossier tant il est abondamment cité, et qui comme d’habitude, dans cette citation, fuit le terrain des faits, pour celui des insinuations calomnieuses.

Ainsi M. Seelow, montrant en cela une cohérence dans sa méthode, de nouveau choisit un exemple unique qu’il présente de façon réductrice et orientée. Voulant donner du corps aux généralités de son premier article, il se résout à employer la même méthode, à peine plus étoffée, que pour son analyse de l’article de Sott.net.

Cette dernière remarque me fait penser que le titre du second article aurait pu correspondre dans une certaine mesure au premier, puisque cet article de Sott.net est le seul à y être un peu détaillé.

Bilan

Le moment est venu de faire le bilan de ce long « décryptage ». Je rappelle qu’il n’entrait pas dans mes intentions de trancher dans cette affaire Merah. Des spécialistes comme M. Helbert s’en chargent beaucoup mieux que moi, et je n’avais aucune raison de m’imposer un travail que l’éditorialiste et M. Seelow avaient eux-mêmes négligé.

Maintenant, de la même façon que M. Seelow et M. X prétendaient faire le procès des « conspirationnistes  » à travers cette polémique, il est très facile en retour de faire leur propre procès, puisque, trébuchant presque à chaque ligne, ils donnent toutes les verges pour se faire battre. Résumons : Dans ses deux articles M. Seelow a fait une analyse délibérément partiale et tendancieuse des sites remettant en cause la version officielle de l’affaire Merah ; pour ce faire il s’est appuyé sur des autorités, soit qui n’en sont pas dans ce contexte, soit qui disent le contraire de ce qu’il leur fait dire. Il a contribué à flétrir la réputation de gens au parcours remarquable. Il a présenté les « conspirationnistes  » sous un éclairage grossier et tendancieux. Il a effectué un parallèle trompeur et superficiel entre les doutes sur l’affaire Merah et l’affaire du 11 septembre 2001. Bref le dossier du Monde est bâclé, par endroits mensongers, et non seulement ne manifeste pas assez de solidité intellectuelle pour prétendre donner une interprétation de l’affaire Merah ou des attentats du 11 septembre 2001, mais encore n’a aucune légitimité pour faire par la même occasion le procès des « conspirationnistes  ». On peut aller encore plus loin en avançant que le journal Le Monde, avec ce « pack » comprenant l’éditorial de M. X et les deux articles de M. Seelow, en terme de qualité journalistique est tombé aussi bas que le site « conspirationniste » le plus fragile.

Cette situation paradoxale appelle une interprétation qui ne peut qu’être psychologique : ce dossier du Monde, dans son ensemble, ressemble furieusement à ce qu’on appelle en psychologie une « projection ». On peut parler de projection quand «  le sujet usant de ce mécanisme de défense attribue à autrui des pulsions, pensées, conceptions ou intentions qui sont en fait les siennes. »

Il semble bien que dans ce dossier, M. X et M. Seelow, en prétendant faire le procès des « conspirationniste », ait fait de façon inconsciente leur autoportrait.

De façon extrêmement frappante, il suffit de prendre certaines phrases ou morceaux de phrases dans lesquelles M Seelow critique les méthodes des « conspirationniste » et de remplacer les productions qu’il dénonce par les siennes pour obtenir la fiche complète de ses propres errances et de celles de M. Reichstadt dans ce dossier.

Quand M. Seelow dénonce dans l’article de Sott.net « une démonstration truffée de contrevérités », c’est de l’article qu’il est en train d’écrire dont il parle. Quand il dénonce, avec l’éditorialiste, l’obsession des Israéliens et du grand complot juif, il ne fait qu’étaler sa propre obsession qui consiste à voir des complots anti juifs partout. Quand il rapporte (via Reichstadt) que «  les "conspirationnistes" agissent par sous-entendus, pointent les zones d’ombre comme autant de preuves et excluent de leur démonstration ce qui les gêne. », il résume admirablement sa propre méthode. Quand il dit que pour eux «  l’autorité de la source importe peu », il fait référence à la façon dont il s’appuie sur M. Reichstadt, et dont M. X s’appuie sur M. Taguieff. Quand il cite M Reichstadt disant que « les conspirationnistes se méfient de tout sauf de leur propre méfiance », il veut dire que les journalistes comme lui ne se méfient de rien, sauf de leur propre confiance. Quand il conclut en disant que « Prisonniers de leur idéologie ou de leur réflexes défensifs, "ils sont le contraire d’un esprit libre". », il nous fait part de l’idéologie dont il est prisonnier, de ses réflexes offensifs, et du fait qu’en tant que salarié d’un journal non indépendant, il n’est pas un esprit libre.

Bref, les employés du Monde qui ont composé ce dossier, en voulant montrer la différence de qualité entre la production d’un journaliste du soi-disant quotidien « de référence » à l’étranger, et celles de journalistes citoyens publiant sur des sites d’information alternative, sont parvenus à l’effet exactement inverse. Les sites calomniés et amalgamés nonchalamment à la mouvance antisémite, n’accepteraient jamais de publier un dossier aussi orienté et friable que celui-ci. Je pense en particulier à l’éditorial. Il n’y a finalement que dans des journaux comme Le Monde que l’on peut lire ce genre de trucs incitateurs à la haine. La seule production comparable qui me vient à l’esprit est celle des trolls qui viennent polluer les fils de commentaires des articles de fond rédigés par des plumes de qualité sur des sujets sensibles et publiés sur les sites d’information indépendants.

Je clorai cet article en m’exprimant au nom de tous les prétendus « conspirationnistes  ». Je vous remercie, en particulier M. Seelow, d’être venu nous rendre visite dans notre « pays  » à l’occasion d’un « voyage ». Nous vous avons vu passer en avion, très haut dans le ciel, et à peine vous avions-nous aperçu, que vous aviez disparu. Si vous aviez atterri et si vous vous étiez promené, ne serait-ce que quelques heures, dans les rues de nos villes et les sentiers de nos campagnes, vous auriez constaté que la majorité d’entre nous ne sommes en rien des «  conspirationnistes », mais, pour la plupart, des libres penseurs.

Vous n’avez pas appris grand chose sur les « conspirationnistes », en revanche vous avez beaucoup appris pour vous.

Vous pouvez continuer de dénigrer, de diffamer les gens, de leur interdire de se poser des questions. Encore quelques années, et le journal Le Monde ressemblera à la Pravda d’autrefois. Je plains du fond du cœur les authentiques journalistes qui sont embarqués dans cette galère que semble devenir Le Monde.

Documents joints

 

Je tiens à signaler à l’attention des lecteurs deux parutions récentes du journal Le Monde qui montrent avec éclat, si besoin était, que ce journal n’a pas la moindre légitimité pour faire le procès du « complotisme ».
- 1) A l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, Le Monde a publié un dossier (1, 2, 3) faisant l’éloge de la junte militaire au pouvoir depuis 1992. Certains journalistes du Monde se sont plaint d’avoir été utilisés à leur insu pour participer dossier publicitaire financé par le régime algérien, dont le rôle pendant la guerre civile des années 1990 est extrêmement trouble [23]. Il y a des « fariboles qui tuent », comme l’énonce justement l‘éditorialiste.
- 2) Le Monde a fait une curieuse interprétation de l’attentat qui a récemment décapité le pouvoir syrien. Cet attentat n’aurait pas été fomenté par les rebelles mais par le pouvoir syrien lui-même, dans le cadre d‘une opération sous fausse bannière : «  Parmi les morts, il y a Assef Chawkat et le général Hassan Tourkmani, dont les noms circulaient pour participer à l’après Assad. Le régime a préféré prendre le risque que leur disparition ne démoralise l’armée plutôt que d’être poignardé dans le dos. » Source de cette interprétation, Ayman Abdel Nour. Ayman Abdel Nour, ancien rapporteur du parti Baas, a participé en 2005 à la conférence Axis for Peace organisée par Thierry Meyssan. Par la suite, ce personnage a accepté de travailler pour des think tanks étasuniens liés à la CIA. L’homme vit à présent en Amérique du nord et édite le site Syria4all, dans lequel il prétend, chaque jour, révéler les «  intrigues internes du régime ». Il invente des histoires à dormir debout dans lesquelles il met en scène les terribles haines intestines qui secoueraient de l’intérieur le clan Assad.
Plus rapidement dit Le Monde a fait, avec précipitation et sans recul, une interprétation conspirationniste de l’attentat de Damas en s’appuyant sur une source « complotiste ».

[1] « L’affaire Merah et les ravages du complotisme », éditorial de la rédaction, Le Monde, 21 juin 2012.

[2] « Voyage au pays des conspirationnistes », par Soren Seelow, Le Monde, 21 juin 2012.

[3] « Tentative de déconstruction d’un discours conspirationniste », par Soren Seelow, Le Monde, 21 juin 2012.

[4] « Attaques de Toulouse : la version officielle de la mort de Mohamed Merah est un mensonge », par Joe Quinn, Sott.net, 23 mars 2012.

[5] « De Ben Laden à Merah : de l’icône à l’image » et « Un effet de sidération : de la donation de sens au non sens », par Jean-Claude Paye, Tülay Umay , Réseau Voltaire, 18 juin et 6 juillet 2012.

[6] « Une tache rouge brune dans la campagne du front de gauche », par Ornella Guyet, Rue89.com, 30 mai 2012.

[7] Entretien de François Delapierre avec Pascale Clark, « 5 minutes avec… », France Inter, 1er juin 2012 (7h50).

[8] « Oulala, un conspirationniste chez Mélenchon », par Robin d’Angelo, StreetPress.com, 31 mai 2012.

[9] « Le Parti de gauche embarrassé par un candidat conspirationniste », par Raphaëlle Besse Desmoulières, Le Monde, 7 juin 2012.

[10] « Un candidat conspirationniste investi par le Front de gauche », Le Figaro, 31 mai 2012.

[11] « Le Grand Soir : les dérives droitières d’un site alter », par Marie-Anne Boultoleau (pseudonyme d’Ornella Guyet) et Joe Rashkounine, Article11.info, 28 mars 2011.

[12] « Rue89 découvre l’existence de Oulala.net, présent sur la toile depuis 2001... et de René Balme », par la rédaction de Oulala.net, Legrandsoir.info, 31 mai 2012.

[13] « Droit de réponse à Rue89 » et « Discours de fin de campagne », par René Balme, Rene-Balme.org, 2 et 7 juin 2012.

[14] La Foire aux illuminés : Esotérisme, théorie du complot, extrémisme, par Pierre-André Taguieff, Mille et une nuits, 612 pp., 2005.

[15] « Stéphane Hessel, une courte mise au point sur ce grand méconnu », par Pierre-André Taguieff, Dreuz.info, 28 septembre 2011.

[16] Eurabia : l’axe euro arabe, par Bat Ye’or, Jean-Cyrille Godefroy Editions, 347 pp., 2006.

[17] « Du communautarisme au républicanisme incantatoire : que penser du revirement rhétorique de Nicolas Sarkozy ? », par Rudy Reichstadt, Revue-republicaine.fr, 20 décembre 2006.

[18] « "L’antifasciste" Boutoleau et la très américanophile "Professor" Ornella Guyet », par Union Populaire Républicaine, U-P-R.fr, 14 juin 2011.

[19] Le Meilleur des Mondes, Site internet des Editions Denoël.

[20] Frédéric helbert – Le Blog.

[21] « Mohamed Merah - Les dessous de l’affaire - Complot de l’etat pour la présidentielles ? », par bloodz97111, YouTube.com, 4 avril 2012.

[22] « Les 72 anomalies de l’affaire Mohamed Merah », par Hicham Hamza, Oumma.com, 25 juillet 2012.

[23] Voir Lounis Aggoun, La Colonisation française en Algérie, 200 ans d’inavouable, éditions Demi-Lune

François Belliot

François Belliot Écrivain, administrateur du site Observatoire des mensonges d’État, et coauteur en 2010 avec Charles Aissani d’un pamphlet inversé sur les attentats du 11-Septembre, J’accuse la pandémie conspirationniste. Secrétaire général du Réseau Voltaire France.

 
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