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« Tendances de l’Orient »

L’humeur populaire change en Syrie en faveur du retour de l’État

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Le 24 septembre, des jeunes gens de la banlieue de Damas se rendent avec leurs armes et bénéficient d’une amnistie.

La tendance en Syrie

L’humeur populaire change en Syrie en faveur du retour de l’État

Par Ghaleb Kandil

Le vent des changements qui ont eu lieu en Syrie a atteint la structure des comités de coordination formés au début des événements, et qui étaient chargés d’organiser les manifestations. Certains de ces comités ont soutenu l’insurrection armée et ont constitué la colonne vertébrale des groupes armés.
Des informations sûres indiquent que des comités de coordination dans la plupart des régions syriennes ont commencé à prendre des positions appelant les miliciens à déposer les armes. Certains ont entamé un dialogue avec l’État pour obtenir des garanties pour ceux qui abandonnent l’action armée dans les quartiers et les villages.
Un nombre non négligeable de groupes a effectivement remis les armes et a commencé à régulariser sa situation grâce à la médiation des comités de coordination dans la campagne de Damas, Idleb, Hama, Homs et Alep. Ce développement illustre un grand changement dans l’humeur de la population et signifie que le climat d’escalade a amorcé une courbe descendante, qui aura son impact sur la suite de événements.
Pour comprendre ces changements, il faut savoir que les citoyens syriens ordinaires sont fatigués à cause des bouleversements et perturbations qui frappent le cycle économique et tous les aspects de la vie quotidienne, et des destructions des infrastructures par les groupes armés. L’apparition de brigands de grands chemins et de bandits qui terrorisent, rançonnent, enlèvent, violent et tuent, sous prétexte de vouloir faire la révolution, a aggravé la situation.
Les milieux populaires qui avaient sympathisé avec les « insurgés » au début des événements sont confrontés aujourd’hui à cette dure réalité qui menace de faire éclater le tissu social. Victimes des exactions souvent sanglantes des groupes armés, soumis à des pressions économiques, sociales et psychologiques, ils savent que leur seule planche de salut reste l’État. Désormais, ces milieux expriment leur volonté de revenir dans le giron protecteur de l’État, dernier rempart contre le désordre total prêché par les extrémistes armés, qui ne cachent plus leur intention de détruire tout ce que l’État a réalisé ces 50 dernières années : routes, aéroports, canalisations, chemins de fer, hôpitaux, écoles, barrages, ponts...
En plus de ces milieux qui veulent réintégrer l’État, il y a tous les autres, ceux qui ne l’ont jamais quitté. Ceux-ci sont aujourd’hui plus mobilisés et plus déterminés que jamais à sauver les institutions et les infrastructures de la Syrie moderne des griffes des extrémistes, qui ont juré de replonger le pays un Age sombre.
Ce bloc populaire solide assure un soutien sans faille à l’armée syrienne et au projet de réforme du président Bachar al-Assad. Il constitue une majorité confortable, transcommunautaire, et comprend toutes les composantes de la société syrienne sans exceptions.
Cet éveil populaire montre que la majorité du peuple syrien est conscient de la nature de l’agression coloniale dont est victime le pays, de ses objectifs réels et des moyens mis en œuvre pour tenter d’y parvenir. C’est cela —plus que la puissance de feu et le professionnalisme l’armée syrienne— qui explique la raison de l’échec des sanctions économiques occidentales et des agressions armées des « insurgés ». Bien au contraire, les Syriens se vantent de compter sur eux-mêmes en ces temps difficiles, et les observateurs soulignent comment plus de deux millions de Syriens, contraints de quitter leurs domiciles à cause de l’insécurité, ont choisi de trouver provisoirement refuge dans d’autres régions à l’intérieur du pays, rejetant l’idée de devenir des réfugiés dépendant pour se nourrir des aides extérieures —souvent couplées à des conditions politiques—. À cet égard, il faut souligner que le Croissant-Rouge syrien déploie, en coopération avec le CICR, un gros effort pour venir en aide à ces gens, évidemment oubliés des médias occidentaux.
Ces développements sont autant de signaux sur la direction des événements en Syrie, qui reste invisible à ceux qui misent sur les avions de l’Occident et l’argent des pétromonarchies. Mais pour les vrais spécialistes, il s’agit d’indices révélateurs qui ne trompent pas.

Évenements

• Un convoi-leurre du chef du Courant patriotique libre (CPL), Michel Aoun, a essuyé des tirs samedi soir alors qu’il passait près d’une mosquée dans la ville de Saida. Une des voitures a été touchée mais il n’y a pas eu de blessé. Le leader chrétien se trouvait dans un autre convoi qui revenait d’une tournée dans la région de Jezzine, à l’est de Saida. Le Courant du futur de Saad Hariri a démenti la nouvelle, affirmant qu’aucun coup de feu n’avait été tiré dans la ville natale de l’ancien Premier ministre. Mais le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a affirmé que des coups de feu ont bien été tiré en direction du convoi et qu’une enquête est en cours.

• Dans un discours prononcé samedi soir, Michel Aoun a confirmé avoir échappé à une tentative d’assassinat. Le chef du plus grand bloc parlementaire chrétien s’exprimait devant une foule de partisans dans la région de Batroun, dans le Nord du pays. Selon lui, ceux qui ont attenté à sa vie veulent déstabiliser le Liban, qu’il a réussi à mettre à l’abri de l’incendie qui ravage le Moyen-Orient. Avant l’attaque contre son convoi, Michel Aoun avait accusé dans un discours à Jezzine certains dirigeants libanais, sans les nommer, de se comporter comme des « mafieux ». Il avait aussi réaffirmé son attachement au document d’entente signé avec le Hezbollah en 2006, qui a, selon lui, « préservé la coexistence au Liban ».

• Pour la deuxième fois en moins d’une semaine, des rebelles syriens sont entrées, samedi, dans les environs du village libanais d’Arsal, où ils ont attaqué un poste de l’Armée libanaise avec un grand nombre de miliciens armés. L’accrochage aux armes automatiques et aux roquettes a duré plusieurs heures, sans faire de victime, a précisé un communiqué de l’armée.

• Il y a une dizaines de jours, une patrouille de l’Armée libanaise composée d’une douzaine d’hommes avait affronté une centaine d’insurgés syriens, qui se dirigeaient vers le territoire syrien. L’Armée libanaise a envoyé d’importants renforts à la frontière Est après l’attaque près du village de Arsal. Des unités se sont lancées à la poursuite des assaillants qui se sont dirigées vers la haute montagne et des localités libanaises le long de la frontière, indique un communiqué de l’armée. « L’armée assure qu’elle ne permettra à aucune partie d’utiliser le territoire libanais pour impliquer le Liban dans les événements des pays voisins et réaffirme sa détermination à protéger le territoire libanais et à faire face avec force à toute violation, quelle que soit la partie responsable », poursuit le communiqué.

• Des rebelles partent de cette région pour attaquer les positions de l’armée syrienne de l’autre côté de la frontière. Depuis quelques semaines, les troupes de Bachar al-Assad n’hésitent plus à utiliser l’artillerie et les hélicoptères pour repousser ces attaques. Cette recrudescence des activités militaires a poussé l’Armée libanaise à renforcer sa présence et sa surveillance de la frontière. En serrant la vis, l’armée a gêné les mouvements des rebelles. C’est pour se venger qu’ils ont attaqué une de ses positions.

• Une partie des habitants d’Arsal soutient les rebelles syriens et fait de la contrebande. Une grande partie des armes et de l’argent destinés aux « insurgés » dans la campagne de Damas transite par cette région.

• L’armée israélienne a mobilisé ses réservistes et concentré des troupes à la frontière nord avec la Syrie dans le cadre d’un exercice d’envergure annoncé juste avant son début, rapporte le service de presse de l’armée israélienne. « Cet exercice fait partie d’une inspection de routine de l’armée qui effectue plusieurs exercices de ce genre durant l’année », lit-on dans le communiqué. Selon les militaires, l’exercice dans la partie du plateau du Golan syrien occupé a pour objectif d’examiner le niveau de préparation et de compétence de plusieurs unités de l’armée.

Déclarations et prises de positions

Bachar al-Assad, président de la République arabe syrienne
« L’Arabie saoudite et le Qatar ont vu soudain de l’argent entre leurs mains après une longue période de pauvreté et ils croient qu’avec, ils peuvent acheter l’histoire, la géographie et un rôle régional. L’idée répandue selon laquelle l’Arabie saoudite, la Syrie et l’Égypte constituent la pierre angulaire de la stabilité dans la région est fausse. Cela a toujours été et restera la Syrie, l’Irak et l’Égypte. Riyad n’a servi avant le début du conflit syrien que de médiateur avec l’Occident qui n’apprécie pas l’Axe de la Résistance contre le sionisme prôné par la Syrie. Quant aux Qataris, ils utilisent le pouvoir de l’argent et gravitent dans l’orbite de l’Occident en fournissant aux terroristes armes et argent pour répéter le même scénario qu’en Libye. Ils ont été les plus rapides à alimenter la violence. Le gouvernement turc ne s’intéressait pas aux intérêts de son peuple mais à ses ambitions, en particulier au projet du nouvel empire ottoman. Des hommes armés ont recours au terrorisme contre l’État syrien, mais ils ne disposent d’aucun soutien parmi le peuple. En fin de compte, ils ne sortiront pas victorieux. Mais il faudra encore du temps pour que l’État l’emporte. Entre-temps, la porte du dialogue est ouverte et seul le dialogue avec l’opposition est à même de résoudre la crise. »

Béchara Raï, patriarche des chrétiens maronite
« Le dialogue est le seul moyen de compréhension pour aboutir à la démocratie. Si tous les invités à la table du dialogue croient réellement à la démocratie, ils ne peuvent pas rater ce rendez-vous. C’est un devoir national car le pays ne supporte absolument pas la situation dans laquelle il se trouve. Ni la crise politique, ni la crise économique, ni le désordre sécuritaires et encore moins le phénomène nouveau des enlèvements et l’apparition des armes, ne supportent une absence du dialogue. Je place toute personne qui ne participe pas au dialogue devant ses responsabilités. Je me permets de dire que le fait de ne pas aller au dialogue n’est pas seulement une atteinte à la nation, mais un crime contre le pays. Car le responsable doit assumer ses responsabilités. Le pape nous a invité à aller vers les sommets. Aussi, nous ne devons plus rester dans les marécages des affaires personnelles et des intérêts et calculs futiles. Sortons de ces marécages et allons vers les sommets. La visite du pape a rehaussé le Liban et il est malheureux que des responsables le tire vers le bas. Ils n’ont pas le droit. À mon avis, c’est un crime contre la patrie, quelles que soient les considérations qui sont invoquées. J’ai devancé le sayyed (Hassan Nasrallah, ndlr) lorsque j’ai estimé dès jeudi 13 septembre, dans une conférence de presse, que le film porte atteinte à l’islam, à la chrétienté et à toutes les religions. Il faut que cette offense cesse. J’appelle évidemment à la suspension de la diffusion de ce film et j’invite les Nations unies à adopter une résolution interdisant les atteintes à toutes les religions du monde ».

Michel Aoun, chef du Courant patriotique libre (allié de la Résistance libanaise)
« Sayyed Hassan Nasrallah a calmé les esprits et à évité les débordements. Les critiques qui lui ont été adressées sont injustifiées. Il est normal de s’emporter lorsque les croyances religieuses sont bafouées, surtout en Orient. Pourquoi il est permis aux États-Unis de s’en prendre aux symboles musulmans, alors que les symboles sionistes doivent être respectés. Sayyed Nasrallah a joué le rôle de pompier. Il a voulu éclairer l’opinion publique sur les véritables intentions de ceux qui ont fait et diffusé le film islamophobe. Je condamne par ailleurs la mort des diplomates états-uniens. Il s’agit d’une position humaine, qui n’a rien à voir avec la condamnation de la politique américaine dans la région. L’affaire de la présence des pasdaran, au Liban, est destinée à occuper l’opinion publique. Si les gardiens de la révolution sont là, qu’on nous les montre. »

Marwan Hamadé, député druze libanais (14-Mars)
« Le Liban est-il face à une occupation de fait de son territoire par l’Iran ? Y a-t-il des officiers et des conseillers des gardiens de la révolution dans les casernes du Hezbollah ? Si l’Iran est attaqué à l’extérieur, par Israël ou les États-Unis, le Liban sera-t-il le premier à faire face, et la guerre éclatera-t-elle à nos frontières ? Cela signifie qu’il n’y a pas de stratégie de défense pour le Liban et qu’il entrera malgré lui en guerre. »

Revue de presse

As Safir (Quotidien libanais proche de la majorité, 21 septembre 2012)
Le conseil de la défense de Moustapha Badreddine, un des quatre accusés dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, a fait paraître hier un communiqué estimant que son client ne peut pas bénéficier d’un procès équitable du moment qu’il fait partie des personnes contre qui le Trésor US a infligé des sanctions. Il accuse les États-Unis d’ingérence politique dans les affaires du tribunal.
« Le ministère du Trésor des États-Unis a décidé des sanctions à l’encontre de Moustapha Badreddine, “pour cause de soutien apporté aux activités terroristes du Hezbollah au Moyen-Orient et dans le reste du monde”. La défense de Moustapha Badreddine considère que ces sanctions constituent une ingérence politique dans la procédure judiciaire en cours devant le Tribunal spécial pour le Liban. En faisant référence à l’acte d’accusation émis en juin 2011 par le procureur du tribunal pour justifier l’inscription de M. Badreddine sur la liste des terroristes internationaux, les autorités des États-Unis montrent bien peu de considération pour la présomption d’innocence et la régularité de la procédure pénale internationale », soulignent les avocats dans le communiqué diffusé en leur nom par le bureau de presse du TSL.
« La défense conteste tout particulièrement les motifs qui poussent le Trésor à prononcer ces sanctions en ce moment précis. En effet, ces sanctions ne semblent pas, en ce qui concerne leur application à M. Badreddine, être liées à un quelconque soutien allégué de celui-ci au régime de Bachar el-Assad. Ayant été décidées quelques semaines après la fixation provisoire d’une date d’ouverture du procès —en mars 2013—, elles semblent plutôt avoir pour objectif d’influencer le tribunal, d’amener l’institution judiciaire à former un préjugé à l’encontre de M. Badreddine avant son procès à venir, et par conséquent d’interférer avec une administration régulière de la justice. Il convient notamment de souligner que le communiqué du ministère du Trésor US ne mentionne aucunement que M. Badreddine est présumé innocent des accusations formulées à son encontre par le procureur du TSL », ajoutent-ils, avant de poursuivre : « Il est désormais fort improbable que M. Badreddine puisse jamais bénéficier d’un procès équitable devant le tribunal ».

As Safir (20 septembre 2012)
Le Conseil des ministres a ratifié l’accord de coopération entre la France et le Liban dans le domaine de la Défense, non sans opposition. Les ministres Mohamad Fneich, Hussein el-Hajj Hassan (Hezbollah), Ali Kanso (Parti syrien national social) et Marwan Khaireddine (Parti démocratique, 8-Mars) s’y sont opposés, affirmant qu’il contenait des violations de la loi libanaise et de la souveraineté du pays.
Cependant, le Premier ministre Najib Mikati a assuré que l’accord respecte les intérêts du Liban, ne porte aucun risque et n’a pas d’objectifs politiques voilés. Il a ajouté que les modifications revendiquées par le Hezbollah étaient surtout d’ordre administratif.
Fneich, quant à lui, a déclaré au Safir que le Hezbollah s’opposait à deux clauses de l’accord. « Par conséquent, a-t-il affirmé, notre opposition concerne le contenu de l’accord et non l’identité de la partie signataire. Notez que nous appelons, depuis 2011, à des négociations avec la France afin d’amender certaines clauses de l’accord ».
Les ministres Fneich et Hajj Hassan se sont notamment opposés à la clause dans laquelle le Liban s’engage à ne pas condamner à la peine de mort tout ressortissant français qui mériterait cette peine. Les deux députés considèrent que cet engagement enfreint la loi libanaise qui permet la peine de mort et respecte la loi française, qui l’interdit. Mais la clause la plus polémique est celle qui stipule que tout ressortissant français ayant commis un crime devrait être livré aux gardes français de sécurité.
Cette clause enfreint clairement la loi libanaise et la souveraineté de l’État, d’autant qu’elle n’est pas réciproque en territoires français. En outre, des sources ministérielles ont assuré que certaines expressions incluses dans l’accord sont admises par la loi française mais sont source de litige dans la loi libanaise. Le commandant de l’armée devra donc étudier toutes ces remarques et poursuivre les négociations avec la partie française afin que les modifications nécessaires soient apportées.

As Safir (20 septembre 2012)
Nabil Haitham
La manifestation de la banlieue sud a envoyé une série de message qu’un haut responsable du Hezbollah résume comme suit :
- La manifestation a traduit une complémentarité totale entre les commandements du Mouvement Amal et du Hezbollah, une grande capacité de mobilisation en l’espace de moins de 24 heures, une disposition chez la population à répondre positivement à l’appel à manifester, et l’engagement à organier un mouvement de protestation pacifique qui se termine sans incidents.
- Le chef du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, a développé dans son discours une position commune sunnite et chiite, en insistant sur le fait que les atteintes au prophète n’affectent pas une communauté musulmane bien déterminée mais tous les musulmans.
- Sayyed Nasrallah a développé également une position commune islamo-chrétienne en mettant l’accent sur la convivialité et la complémentarité islamo-chrétiennes.
- L’appel de sayyed Nasrallah à renforcer les liens de la convivialité entre les musulmans et entre ces derniers et les chrétiens s’inscrit parfaitement dans l’esprit du message délivré par le pape Benoit XVI lors de sa visite au Liban. Plus encore, il complète les positions du Hezbollah qui tient à la présence et au rôle des chrétiens, non seulement au Liban mais dans toute la région.
- Il n’est un secret pour personne que le Hezbollah a donné à la visite du souverain pontife toute sa dimension en y participant pleinement au niveau de sa base populaire, lors de l’arrivée du pape, et au niveau de son commandement, lors de la rencontre de Baabda et de la messe du front de mer à Beyrouth. Le Hezbollah aurait pu appeler à des manifestations de protestation contre le film islamophobe pendant la visite du pape. Mais par respect pour le souverain pontife et par souci de contribuer à la réussite de son voyage, il a attendu que l’avion de Benoit XVI décolle avant de lancer sa campagne contre le film.
- La manifestation de la banlieue sud s’est terminée comme elle avait commencé, dans le calme et de manière civilisée. Dans toutes les capitales arabes et musulmanes, aucune manifestation n’a été aussi calme. Malgré cela, certains membres du 14-Mars ont décidé de lancer leurs flèches.
- Une question : le film a été réalisé il y a plusieurs mois. Pourquoi lui a-t-on donné cette importance médiatique à la veille de la visite du pape au Liban ? L’objectif était-il de faire diversion au voyage papal et à l’exhortation apostolique destinée aux chrétiens d’Orient ?

As Safir (20 septembre 2012)
Le patriarche maronite Béchara Raï a regretté la violence et l’effusion de sang dans certains pays du Moyen-Orient, soulignant que « le conflit en Syrie s’est transformé en guerre civile », comme l’a officiellement classifié l’Onu. Le prélat a ajouté que le fait que « certains pays envoient des armes pour soutenir la révolution a rendu la vie de tous très difficile et très dangereuse, notamment celles des civils. C’est comme s’ils jetaient de l’huile sur le feu ».
Mgr Raï a tenu ces propos au cours d’une conférence de presse à l’évêché catholique d’Almancar, en Inde, à l’occasion de sa visite pastorale à l’archevêque catholique Bassilios Clemence. Le patriarche Raï a déclaré : « Le Liban est le seul pays du Moyen-Orient où les chrétiens et les musulmans ont décidé de vivre en harmonie dans un État civil. En fait, il s’agit du seul pays de la région où l’islam n’est pas religion d’État. Au vu de toutes ces caractéristiques, le système politique libanais est habilité à être un modèle pour les gouvernements démocratiques des pays qui s’efforcent de trouver un nouveau modèle pour remplacer leurs anciens régimes ». Et le prélat d’ajouter : « Les régimes dictatoriaux, qui ont été renversés par des révolutions, ont laissé derrière eux une vide, qui pourrait être rempli par des pouvoirs encore plus autoritaires ».
Concernant la Syrie, Mgr Raï a déclaré : « Personne ne doute de la légitimité des revendications des peuples. Mais à notre avis, la violence ne constitue pas le moyen pour atteindre les objectifs. C’est pour cela que nous appelons toutes les parties à s’asseoir à la table du dialogue pour tenter de trouver une solution politique à travers le dialogue. Nous appelons les États qui envoient des armes et de l’argent pour soutenir les révolutionnaires à cesser de jeter de l’huile sur le feu, car ce qu’ils font n’amènera jamais la paix mais provoquera des destructions, des tragédies et la mort ». Selon lui, « la solution en Syrie n’est plus aux mains des Syriens. Mais nous réclamons que leurs droits leur soient donnés pacifiquement ».

An Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars)
(20 septembre 2012)
Le ministre des Télécommunications, Nicolas Sehnaoui, a mis en garde contre la vente des lignes téléphoniques cellulaires sans garder une copie des papiers de l’acheteur. Cette question avait longtemps été négligée, surtout pour les cartes prépayées. Les auteurs du rapt ont profité de cette négligence administrative dont le ministère porte la responsabilité. Ils ont, en effet, acheté un grand nombre de lignes téléphoniques qu’ils utilisent dans les crimes, les rapts et les actes terroristes sans que leur identité ne soit dévoilée. Dans ce contexte, les services de sécurité continuent de recevoir les données des communications téléphoniques.

Al Akhbar (Quotidien libanais proche de la majorité, 21 septembre 2012)
Firas El-Choufi
Mardi soir 18 septembre, la région de Saadiyat (sur le littoral à 20 kilomètres au sud de Beyrouth, ndlr), a vécu un grave incident. Le domicile de Adel Hamadé a été la cible de tirs nourris de la part de proches, en raison de la visite, chez lui, d’une délégation du Hezbollah venue lui présenter ses condoléances après la mort de son père. Après l’agression, Adel Hamadé a pris sa famille et a quitté la région qui l’a vu naitre et grandir.
Rifaat Al-Assaad, surnommé « al-Moukhtar », estime que la venue du Hezbollah à Saadiyat signifie qu’il tient les clés de l’Iqlim el-Kharroub. Selon al-Moukhtar, un grand nombre de membres du Hezbollah sont venus mardi soir sous prétexte de vouloir présenter leurs condoléances « au domicile de mon proche Adel Hamadé ». « Ils ont commencé à tirer sur en direction des maisons du quartier, notamment ma maison. Nous avons été obligés de riposter pour nous défendre. Pourquoi ont-il besoin de 100 hommes armés pour présenter leurs condoléances ? », s’interroge-t-il.
Adel Hamadé nie cette version des faits. Il raconte qu’une importante délégation du département de l’information du Hezbollah, accompagnée du responsable du Mont-Liban au sein du parti, Bilal Dagher, sont effectivement venus lui présenter les condoléances. Dès qu’ils sont descendus de voiture, ils ont été la cible de tirs nourris. « Les gardes du convoi ont été obligés de riposter. Les membres de la délégation se sont réfugiés à l’intérieur de ma maison », dit-il. L’échange de coups de feu a duré une demi-heure et l’armée n’a pu intervenir que lorsque les tirs ont cessé.
Des sources proches des Brigades de la Résistance dans la région expliquent que le Courant du futur et les partisans du mufti du Mont-Liban, Mohammad Ali Jouzou, ont voulu provoquer le Hezbollah.
Dès qu’ils ont eu vent de l’incident, des groupes (sunnites) des tribus arabes de Khaldé et de Doha el-Hoss ainsi qu’un groupe du Courant arabe, proches des Brigades de la Résistance, se sont dirigées vers Saadiyat pour protéger les membres du Hezbollah.
Le Hezbollah estime qu’il est de son droit d’organiser des meetings et d’avoir une activité politique dans n’importe quelle région où il a des partisans. Le Courant du futur et ses alliés sur le littoral pensent que le déploiement du parti est une agression dans une région qui leur est acquise.
Les incidents dans cette région du littoral ne s’arrêteront pas. Le feu couve sous la cendre.

Al Akhbar (20 septembre 2012)
Jean Aziz
Après chaque visite effectuée par l’émissaire états-unien spécial Frederick Hoff au Liban et à l’issue de ses rencontres avec les responsables libanais, les États-Unis publient un communiqué officiel qui contient immanquablement le refrain suivant : « Hoff a encouragé le Liban à poursuivre ses efforts en vue de parvenir à une solution relative à la question de ses frontières maritimes ». La surprise intervient lorsque l’on découvre que Hoff est le « coordonnateur spécial US chargé de la situation transitoire en Syrie » ! Quel lien existe-il entre la situation transitoire à Damas ou dans ses banlieues et le gaz ou la mer de Beyrouth ?
Les navettes du responsable états-unien visent à convaincre les responsables libanais à renoncer à 300 km² de l’espace maritime du Liban en faveur d’Israël, sans obtenir en contrepartie aucune garantie internationale relative à une délimitation claire de ses frontières maritimes ou aux opérations de forage auxquelles il procèdera dans le cadre de ces frontières. Quel est donc la visée de Washington ? La zone maritime qui fait l’objet d’un contentieux entre le Liban et Israël recèle des gisements de gaz. L’objectif consiste donc à trouver un lien de conflit entre le Liban et Israël dans la question du gaz. Ce lien est essentiel pour deux raisons. Premièrement, il permet d’avancer progressivement vers un accord régional relatif à la gestion commune du « bassin gazier levantin », permettant à Israël d’écouler ses produits et de surmonter les principaux obstacles auxquels l’entité sioniste sera confrontée à cet égard. En 2ème lieu, il contribuera à plaider en faveur de l’idée de la neutralité du Liban, à l’exemple de l’Autriche en 1955. Ainsi, le Liban sera-t-il complètement séparé de la crise syrienne. Ceci permettra d’assiéger le Hezbollah de l’Est tout comme de l’Ouest : du côté terrestre, il est cerné par la conflagration de la situation en Syrie et du côté maritime il le sera par les prospections gazières prometteuses.

Al Akhbar (20 septembre 2012)
Yehia Dbouk
La revue Israel Defense expose la nouvelle stratégie militaire du Hezbollah, modernisée et profondément modifiée depuis la guerre de 2006. Les changements introduits dans la stratégie de la Résistance sont fondés sur la théorie de l« ’identification des points faibles de l’ennemi ».
Le Hezbollah prévoit que les prochaines opérations militaires israéliennes seront terrestres, contrairement à celles de 2006. Ce pronostic a poussé la Résistance à apporter deux changements principaux à sa stratégie de défense : premièrement, le passage des zones non-couvertes, notamment les tranchées souterraines, vers les villages et les régions habitées. Deuxièmement, la construction de lignes de défense.
Le parti cherchera à garder intacte sa capacité à lancer des roquettes vers l’intérieur israélien, causant à la fois des pertes humaines et économiques.
Il existe quatre lignes de défense :
- 1. Les frontières internationales avec Israël, pour rassembler des informations grâce aux services de renseignement du parti.
- 2. Les environs des villages où se trouvent les centres principaux ou des rampes de lancement de roquettes.
- 3. Les alentours d’un village, d’une ville ou d’un établissement du Hezbollah.
- 4. Une zone de combat nouvellement aménagée au Nord du Litani et dont le but est d’assurer la protection des roquettes.
La nouvelle stratégie de déploiement du Hezbollah bénéficie d’une supervision et d’une administration extrêmement alerte.

Al Akhbar (18 septembre 2012)
Afif Diab
Une source militaire libanaise a assuré que les raids aériens syriens menés lundi matin dans la haute montagne de Ersal n’ont pas visé le Liban, précisant qu’un certain nombre de missile sont tombés à la lisière du territoire libanais, dans la partie syrienne d’une région appelée Kherbet Daoud. Cette source a fermement démenti les informations selon lesquelles des avions et des hélicoptères avaient effectués des radis contre le territoire libanais.
Pour leur part, des habitants, des membres du Conseil municipal et des mouktars de Ersal ont indiqué que des hélicoptères syriens ont mené des raids, lundi matin, contre la région de Kherbet Daoud, en territoire libanais. Les appareils syriens ont pris pour cibles des champs situés en dehors du village, à 700 mètres de la frontière. Des cultivateurs libanais ont indiqué que les bombardements ont fait des blessés parmi des civils syriens qui venaient juste d’arriver au Liban.
Des sources sécuritaires ont rapporté qu’une patrouille de l’armée syrienne avait été attaquée par des éléments de l’Armée syrienne libre. Un officier syrien et plusieurs soldats ont été tués, ainsi que quatre rebelles. Les appareils syriens ont lancé des raids pour empêcher des groupes de rebelles d’occuper la position stratégique de Marsad. Dans le même cadre, le président de la République Michel Sleiman a demandé au ministre de la Défense au commandement de l’Armée de l’informer des faits réels qui ont eu lieu dans cette région.

Al Hayat (Quotidien panarabe à capitaux saoudiens, 21 septembre 2012)
L’Iran a intentionnellement désinformé les services spéciaux occidentaux au sujet de son programme nucléaire, a déclaré le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique Fereydoon Abbasi Davani.
« Nous fournissons intentionnellement de fausses informations lorsque nous n’avons pas d’autre choix que de tromper les services de renseignement étrangers. Parfois, nous faisons semblant d’être plus faibles ou plus forts que nous ne le sommes en réalité », a fait savoir l’expert nucléaire iranien. Expliquant les raisons qui ont poussé la République islamique à désinformer l’Occident au sujet de son programme nucléaire, M. Abbasi Davani a indiqué que beaucoup d’agents des services secrets occidentaux, notamment le MI-6 britannique, étaient infiltrés au sein de l’Agence internationale d’énergie atomique (AIEA). Selon l’expert, la direction de l’AIEA agit souvent en fonction des informations fournies par les SR des pays occidentaux, hostiles envers l’Iran.
Les désinformations refont régulièrement surface lors des négociations entre l’Iran et l’AIEA, a conclu le responsable.
Les États-Unis et certains autres pays reprochent à l’Iran de vouloir se doter de l’arme nucléaire sous couvert d’un programme nucléaire qu’il prétend réaliser à des fins pacifiques. Téhéran reconnaît enrichir de l’uranium à 20 %, mais affirme que ses activités nucléaires ont pour seul objectif de satisfaire les besoins du pays en électricité.

Al Hayat (19 septembre 2012)
Randa Takieddine, Paris
Une source française rapporte que le président français François Hollande rencontrera le Premier ministre libanais Najib Mikati la semaine prochaine à New York, en marge des réunions de l’Assemblée générale des Nations unies qui auront lieu les 14, 15, et 16 du courant. Cette rencontre qui sera la première entre les deux hommes sera suivie d’une autre durant la visite officielle que Mikati effectuera à Paris en novembre prochain.
Par ailleurs, une source française informée a souligné qu’Hollande accorde un grand intérêt au Liban et veille à savoir les détails relatifs à la situation dans le pays. À cet effet, il s’enquiert auprès des ministres et responsables socialistes qui avaient exprimé leur intention à se rendre au Liban, de la date de leur visite.
Parallèlement, Une source française, ayant suivi la visite du Pape Benoît XVI au Liban, a considéré que la visite pontificale a donné une bonne image du pays et de la coexistence confessionnelle au Liban, d’autant plus que les chaînes de télévision françaises ont diffusé les images montrant des enfants musulmans interpréter des chants sacrés devant le souverain pontife.
La source précitée a affirmé que ce qui se passe au Liban, à savoir le renforcement du rôle de l’armée, son entrée dans la banlieue sud pour la 1ère fois et l’arrestation des membres de la famille al-Moqdad, n’était pas concevable de par le passé. Et d’ajouter : « Le discours du secrétaire générale du Hezbollah, Hassan Nasrallah, reflète la faiblesse de la position du parti à la lumière des changements en Syrie, ce qui le porte à prouver qu’il est à la tête de ses forces et qu’il ne cèdera pas le terrain aux autre. Le parti veut également justifier qu’il est fort et qu’il représente les « bons musulmans ». Après l’entrée de l’armée dans la banlieue sud la semaine dernière, Nasrallah a besoin de montrer à son public qu’il contrôle les choses sur le terrain ».
La même source a en outre considéré que « le Hezbollah se trouve maintenant dans une situation difficile, car les Libanais estiment unanimement que le régime syrien est à sa fin. De plus, les Libanais soutiennent la politique de distanciation et la mise du Liban à l’écart des évènements en Syrie, pour que la guerre syrienne ne soit pas transférée vers leur pays. L’affaire de l’ancien ministre, Michel Samaha, a également suscité des craintes auprès de tous les Libanais et non pas seulement au sein du 14-Mars, mais aussi parmi le Hezbollah. Ce dernier aurait considéré que le régime syrien conçoit à son insu des desseins sur le Liban, et qui seraient préjudiciables au parti chiite, sachant qu’il est l’allié du régime syrien, car une telle éventualité constitue un grand danger sur sa position ».
La même source a constaté que les « dirigeants libanais chrétiens reprochent au président français de vouloir privilégier les dirigeants musulmans au Liban, évoquant la rencontre qu’il a eue avec l’ancien Premier ministre Saad Hariri et celle qu’il aura prochainement avec le Premier ministre Najib Mikati au Quai d’Orsay. Ils ont dans ce cadre considéré que de telles rencontres doivent avoir lieu également avec des personnalités chrétiennes.

L’Orient-Le Jour (Quotidien francophone proche du 14-Mars)
Scarlett Haddad (19 septembre 2012)
La manifestation du Hezbollah lundi dans la banlieue sud et l’apparition de sayyed Hassan Nasrallah au milieu d’une immense foule en transes suscite une profonde réflexion dans les milieux politiques et diplomatiques. Cette manifestation a eu lieu juste après la visite du pape Benoît XVI et le climat de sérénité et de joie dans lequel le pays a baigné pendant trois jours, mais elle ne pouvait pas être reportée car le Hezbollah se devait, pour sa crédibilité, de réagir au film islamophobe.
Un diplomate arabe relève d’ailleurs le fait qu’en choisissant d’organiser la manifestation lundi, le Hezbollah a voulu montrer qu’il respecte la visite du pape Benoît XVI et qu’il attend qu’elle finisse pour ne pas risquer de la troubler. Cette décision montre la différence entre le Hezbollah et les manifestants de Tripoli qui sont descendus dans la rue et se sont livrés à des actes de violence faisant un mort et plusieurs blessés le jour même de l’arrivée du pape à Beyrouth. D’ailleurs, le début de cette visite a été marqué par les incidents de Tripoli qui ont constitué une sorte de tache noire qui n’a cessé de hanter les responsables sécuritaires.
Selon le diplomate arabe en poste au Liban, l’ambassade américaine, qui avait eu vent de la volonté du Hezbollah d’organiser une manifestation de protestation, a aussitôt exprimé ses craintes d’être prise pour cible par les manifestants, et le ministre de l’Énergie Gebran Bassil a été sollicité pour sonder les intentions du Hezbollah. Mais la réponse a été claire : le Hezbollah organise la manifestation dans la banlieue sud et il n’est pas question de s’en prendre aux intérêts américains, ou prétendus tels, dans le coin. Lundi donc, une foule immense est descendue dans la rue, scandant des slogans somme toute assez classiques, sans brûler des drapeaux américains et des portraits du président Obama et sans que le moindre incident ou débordement soit signalé.
Le diplomate arabe précise que le Hezbollah a ainsi envoyé plusieurs messages à ceux qui veulent les saisir. D’abord, il a exprimé son respect de la communauté chrétienne en refusant de troubler la visite du Saint-Père. Il a ensuite exprimé son respect de l’État libanais puisqu’il n’a pas voulu perturber la visite d’un hôte prestigieux. Ensuite, il a montré qu’il est capable de mobiliser une foule impressionnante en quelques heures (ce n’est que la veille, dimanche soir vers 20 h 30 que sayyed Nasrallah a lancé un appel à la manifestation) et en même temps d’organiser le mouvement de cette même foule sans qu’il y ait le moindre incident. Plus même, le Hezbollah a veillé à la sortie de son chef dans la rue au milieu de ses manifestants, alors que sayyed Nasrallah est régulièrement menacé par les Israéliens. Depuis 2006, le chef du Hezbollah est d’ailleurs rarement apparu dans la foule en direct (il y a eu le discours de la victoire en septembre 2006, la libération des derniers otages libanais en Israël et récemment lors de la commémoration de Achoura, où il a prononcé un discours de 7 minutes). Et, cette fois, il est resté près de 20 minutes, le temps de prononcer un discours relativement court (15 minutes), défiant ainsi les exigences de la sécurité, pour montrer que la cause de la défense du Prophète mérite de prendre de tels risques. En tout cas, en sortant à l’air libre au milieu des manifestants, il a aussi adressé un message de confiance à ses partisans, confirmant concrètement ce qu’il ne cesse de répéter dans ses discours, à savoir qu’Israël est beaucoup plus faible qu’ils ne le croient.
Pour le diplomate arabe, Nasrallah a ainsi fait exactement le contraire des radicaux sunnites qui défilent dans les rues à Tripoli et dans les autres villes arabes et musulmanes. La manifestation à laquelle le Hezbollah a appelé était donc importante, disciplinée et sans débordement. Le secrétaire général du parti a d’ailleurs été clair dans son discours : il ne suffit pas d’exprimer son mécontentement et sa colère. Il faut agir. Il a ensuite développé le processus d’une action efficace visant à obtenir l’adoption d’une loi internationale condamnant toute atteinte aux religions célestes, en suggérant de mettre à contribution la Ligue arabe et l’Organisation de la coopération islamique. Il ne s’est donc pas contenté de réclamer l’arrêt des attaques contre l’islam, englobant les religions chrétienne et juive dans sa revendication. Il a tenu ainsi un discours rationnel et ouvert dans son contenu, en dépit du ton de tribun qui vise à mobiliser la foule. D’ailleurs, le Hezbollah avait pris soin d’inviter des religieux chrétiens et sunnites à cette manifestation pour bien montrer qu’il s’agit d’une cause commune. Loin des gesticulations habituelles des musulmans en colère, il s’agissait donc d’une action bien étudiée, canalisée vers une cible précise : l’administration américaine et non pas les Américains et les Occidentaux en général. Enfin, le diplomate arabe estime que Nasrallah a su saisir la chance que lui offrait le film islamophobe pour d’abord se démarquer des radicaux sunnites et pour lancer une initiative de rapprochement avec la communauté sunnite en faisant sien son refus de porter atteinte au prophète Mohammad. Il a en même temps élargi la revendication à toutes les religions « du Livre », se montrant ainsi plus soucieux des croyances que les dignitaires religieux traditionnels.
Le diplomate assure aussi que Nasrallah a, par cette action et par ce discours, mis l’accent sur l’absence de réaction des religieux musulmans dits modérés ainsi que du courant du Futur au Liban face à cette atteinte au Prophète. Par cette manifestation, Nasrallah a voulu remplacer dans les esprits arabes et occidentaux les images des musulmans en colère qui crient sans agir efficacement et qui se livrent à la violence, tout en cherchant à effacer l’humiliation faite au Prophète ainsi que le silence des musulmans « modérés ».

Source
New Orient News

Pierre Khalaf

Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

 
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