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Déclaration d’Eveline Widmer-Schlumpf à la 67e Assemblée générale de l’ONU

| New York (États-Unis)
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Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Dixième anniversaire de l’adhésion de la Suisse à l’ONU

Il y a dix ans, la Suisse adhérait à l’ONU. Elle devenait ainsi à la fois le 190e Etat membre et le premier pays dont les citoyennes et citoyens ont pu décider de l’adhésion par votation populaire. L’ONU et la Suisse partagent les mêmes valeurs et poursuivent des objectifs communs : la promotion de la paix et de la sécurité, le développement durable, la défense et la promotion des droits de l’homme ou encore l’aide d’urgence aux victimes de conflits et de catastrophes naturelles.

Dans tous ces domaines, nous sommes confrontés à des défis importants et urgents. Le changement climatique, les pénuries de nourriture et d’eau, les migrations, la criminalité organisée, le terrorisme et la prolifération des armes ne connaissent pas de frontières. Ce sont des défis mondiaux, qui menacent des régions entières. Dans un monde toujours plus interdépendant, nous devons rechercher des solutions globales, qui répondent aux besoins régionaux et nationaux. Nous ne pouvons pas nous contenter du statu quo. Nous devons trouver aujourd’hui les solutions pour demain.

Pour une ONU forte, moderne et efficace

L’ONU s’étend au monde entier. Son universalité lui confère une légitimité sans pareil et lui permet d’apporter et de mettre en oeuvre, face aux défis mondiaux, des solutions bénéficiant d’un large soutien. Au vu de l’interdépendance croissante de ces défis, l’ONU est plus importante que jamais. Elle doit être au centre de la gouvernance internationale. Le soutien de tous les Etats membres, de chacun d’entre nous, est donc primordial. Pour accomplir les tâches herculéennes qui l’attendent, l’ONU ne pourra plus se contenter du plus petit dénominateur commun que lui offre trop souvent le consensus de ses membres.

Si elle veut être à la hauteur des défis qui lui sont lancés, l’ONU doit se montrer efficiente, innovante et active. Qu’est-ce que cela signifie ? L’ONU est efficiente si elle parvient à moderniser et améliorer ses processus afin de pouvoir agir de manière plus rapide et coordonnée malgré la pression budgétaire croissante. En ce sens, la Suisse soutient le projet de réforme porté par le Secrétaire général de l’ONU. Ce projet doit être mis en oeuvre au plus vite.

L’ONU est innovante si elle parvient à développer de nouvelles idées et des solutions adaptées à la situation générale. Ces dernières décennies, les structures de l’ONU se sont développées de manière organique. Elles n’incitent pas à sortir des sentiers battus. Une intensification des échanges non seulement au sein de l’ONU, mais aussi entre l’ONU et les milieux scientifiques, la société civile et le secteur privé favorise la créativité et assure aux activités de l’ONU un soutien plus large. Au siège de l’ONU à Genève, de tels échanges sont encouragés de manière ciblée. La Suisse soutient aussi le renforcement et le développement des activités de recherche et de réflexion au sein de l’ONU. Le regroupement de ces activités à Genève renforcerait encore davantage le potentiel créatif de l’organisation.

Enfin, l’ONU se montre active si elle parvient, sur des sujets conflictuels, à surmonter les blocages pour proposer des solutions. Le recours au droit de veto au sein du Conseil de sécurité est difficilement justifiable en cas de génocides, de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. C’est pourquoi la Suisse, conjointement avec d’autres pays, continue de revendiquer une réforme des méthodes de travail du Conseil de sécurité. En effet, la transparence et la collaboration de ce dernier avec les autres organes de l’ONU doivent être améliorées, et le droit de veto doit être limité.

Paix et sécurité

Monsieur le Président,

Pour la présente Assemblée générale, vous avez choisi comme thème du débat de haut niveau : « réaliser par des moyens pacifiques l’ajustement ou le règlement de différends de caractère international ». Je salue votre choix. Au cours des dernières années, l’ONU a renforcé ses capacités dans les domaines de la médiation et de la diplomatie préventive, ce qui l’a notamment amenée à revaloriser les processus de médiation. Nous devons toutefois aller encore plus loin. Car la majeure partie du budget de l’ONU reste consacrée aux opérations de maintien de la paix.

La Suisse est convaincue que des investissements plus importants dans des moyens pacifiques permettant le règlement des différends, notamment dans les domaines de la médiation et de la diplomatie préventive, seraient payants à long terme. Mieux vaut prévenir que guérir, cela vaut pour les individus comme pour les Etats.

Cela n’est bien sûr pas qu’une question d’argent. Chaque conflit évité permet de prévenir des souffrances humaines et un recul du développement des pays concernés. Ces dix dernières années, la Suisse a activement participé à plus de trente médiations dans une vingtaine de pays. De plus, elle met régulièrement son savoir et ses experts à la disposition de l’ONU et souhaite intensifier cette collaboration.

Adaptées aux exigences actuelles, les missions politiques spéciales répondent à la complexité des réalités politiques. Grâce à ces missions, l’ONU peut réagir avec rapidité et souplesse en cas de crises constitutionnelles ou de coups d’Etat. En leur qualité de principal instrument de la diplomatie préventive, les missions politiques spéciales doivent être renforcées, notamment par l’introduction de modalités de financement et de soutiens optimales.

Monsieur le Président,

Lorsque la prévention ne suffit pas, la communauté internationale doit agir fermement. C’est alors que l’ONU doit se montrer capable d’agir et de s’imposer.

La Suisse suit avec inquiétude l’aggravation dramatique de la situation en Syrie. Sur place, les droits de l’homme et le droit international humanitaire sont bafoués. Au moment où je vous parle, des innocents succombent aux balles tirées par l’armée syrienne et l’opposition armée. Des milliers de personnes ont été tuées, plus d’un million sont en fuite dans leur propre pays et quelque 250 000 se sont réfugiées dans les pays voisins. Il est difficile, voire même impossible, d’accéder aux centaines de milliers de victimes qui, blessées et traumatisées, sont condamnées à attendre dans les zones assiégées. Les organismes de l’ONU estiment qu’environ 2,5 millions de personnes nécessitent une aide humanitaire d’urgence. La Suisse a donc débloqué plus de 15 millions de dollars (13 millions de francs suisses) pour l’aide humanitaire en Syrie et dans les pays voisins.

Tant que les droits de l’homme continueront d’être foulés au pied et que les responsables ne seront pas pour autant inquiétés, il sera impossible d’assurer la sécurité. La Suisse demande donc que les auteurs de violations graves des droits de l’homme répondent de leurs actes. L’impunité de ces auteurs n’est pas seulement immorale. Elle compromet aussi le processus de réconciliation qui s’enclenche au sein d’une société après une guerre et favorise donc la répétition des événements. La Suisse mène un groupe composé de quelque trente pays qui demandent que la Cour pénale internationale se saisisse du cas de la Syrie. J’invite donc tous les chefs d’Etat et de gouvernement ici présents à se rallier à cette initiative.

La communauté internationale doit prendre conscience de la gravité des violations des droits de l’homme commises en Syrie. La Suisse salue le travail de la Commission d’enquête instituée par le Conseil des droits de l’homme et en demande le renforcement.

Enfin, la Suisse salue également la nomination de Monsieur Brahimi au poste de Représentant spécial pour la crise en Syrie. Elle s’engage à soutenir ce dernier dans la recherche de solutions politiques au conflit que connaît la Syrie.

Développement durable

Monsieur le Président,

Nous savons qu’à l’échelle planétaire nous ne gérons pas les ressources disponibles de manière durable. Nous les exploitons sans nous soucier du lendemain. Nous savons aussi que le changement climatique est d’origine humaine. L’avenir de notre planète est entre nos mains. Tout ou presque va dépendre de la réussite du passage à un développement durable et de la transition vers une « économie verte ». Le document final de Rio+20 nous offre une chance qu’il faut saisir. Nous devons agir dès maintenant afin que les générations futures ne subissent pas les conséquences de notre passivité. Cependant, il subsiste une forte méfiance réciproque et la crainte de ne pouvoir lutter à armes égales dans un contexte d’économie verte demeure. Ce blocage doit être levé. La Suisse fournira toute sa contribution dans le cadre du partage des efforts à accomplir entre le Nord et le Sud. Le Fonds vert pour le climat sera un élément-clé du financement de cette transition. Il importe par conséquent de le mettre en place sans tarder dans un environnement optimal. Je suis persuadée que Genève offre un cadre idéal à cet effet.

Le passage à une économie verte exige de nouveaux modes de pensée et d’action. Lors de tout changement, il y a des gagnants et des perdants. En matière de développement durable cependant, les perdants et les gagnants sont les mêmes. Ce sont les générations futures. Soit celles-ci pourront continuer de vivre dans un environnement préservé en disposant des ressources naturelles nécessaires, soit elles devront se contenter d’un moindre niveau de bien-être en raison de l’épuisement des ressources et des vastes conséquences du changement climatique. Notre défi commun consiste à assurer le bien-être de chacun sans surexploiter les ressources naturelles.

La Suisse accorde la plus grande importance à l’Agenda post 2015. Celui-ci nous permet de tirer profit des expériences faites avec les Objectifs du Millénaire pour le développement afin de préparer l’avenir. Cette démarche nous fournit l’occasion de prendre en compte conjointement tous les aspects du développement durable et d’élaborer pour la première fois un ensemble d’objectifs universels pour le bien-être des générations futures du monde entier. La Suisse est persuadée que la définition des objectifs du développement durable contribue largement à renforcer ce développement. Elle participera activement à la définition de cet ensemble d’objectifs. La Suisse juge impératif de regrouper dans un même processus les discussions sur l’Agenda post 2015 et sur les objectifs du développement durable.

Monsieur le Président,

Selon le philosophe romain Sénèque, nous aurions assez de temps si nous en perdions moins. Attaquons-nous donc tout de suite aux grands défis ! Unissons nos forces pour promouvoir la paix et la sécurité dans le monde et pour mieux protéger les droits de l’homme. Mettons un terme à l’impunité des auteurs de graves violations de ces droits en exigeant d’eux qu’ils rendent des comptes. Prenons les mesures courageuses que requiert le développement durable, dans l’intérêt de nos enfants et de nos petits-enfants. Enfin, renforçons l’ONU, afin que cette unique organisation vraiment universelle soit mieux à même de relever ces immenses défis.

Monsieur le Président, je vous remercie de votre attention.

Eveline Widmer-Schlumpf

Eveline Widmer-Schlumpf Membre du Conseil fédéral helvétique (depuis 2008). Présidente de la Confédération pour l’année 2012.

 
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