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Déclaration de Barack Obama à la 67e Assemblée générale de l’ONU

| New York (États-Unis)
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Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Mesdames et Messieurs :

je voudrais commencer aujourd’hui en vous parlant d’un Américain nommé Chris Stevens.

Chris est né dans une petite ville nommée Grass Valley, en Californie, le fils d’un avocat et d’une musicienne. Quand il était jeune, Chris s’est inscrit au Peace Corps, et il a enseigné l’anglais au Maroc, ce qui l’a amené à aimer et à respecter les peuples de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. C’est un engagement qu’il poursuivit toute sa vie. En tant que diplomate, il a travaillé de l’Égypte à la Syrie, depuis l’Arabie Saoudite jusqu’en Libye. Il était connu pour ses promenades dans les rues des villes où il travaillait – goûtant à la cuisine locale, rencontrant autant de gens que possible, parlant l’arabe, à l’écoute des gens, et en affichant un grand sourire.

Chris est allé à Benghazi lors les premiers jours de la révolution libyenne, arrivant par un cargo. En tant que représentant des États-Unis, il a aidé le peuple libyen qui faisait face à des conflits violents, a soigné ses blessés, et a élaboré une vision pour l’avenir dans laquelle les droits de tous les Libyens seraient respectés. Et après la révolution, il a soutenu la naissance d’une nouvelle démocratie, alors que les Libyens organisaient des élections, et construisaient de nouvelles institutions, et commençaient à aller de l’avant après des décennies de dictature.

Chris Stevens aimait son travail. Il était fier du pays qu’il servait, et il trouvait de la dignité dans les gens qu’il rencontrait. Et il y a deux semaines, il s’est rendu à Benghazi afin d’examiner les plans pour la mise en place d’un nouveau centre culturel et la modernisation d’un hôpital. C’est alors que l’enceinte américaine a été attaquée. Avec trois de ses collègues, Chris a été tué dans la ville qu’il a aidée à sauver. Il avait 52 ans.

Je vous raconte cette histoire parce que Chris Stevens incarnait le meilleur des États-Unis. Tout comme ses collègues du Service diplomatique, il a construit des passerelles entre les océans et les cultures, et il était profondément engagé dans la coopération internationale que représentent les Nations unies. Il se conduisait avec humilité, mais il défendait également un ensemble de principes— une croyance que les individus devraient être libres de déterminer leur propre destin et de vivre dans la liberté, la dignité, la justice, et les possibilités.

Les attaques contre les civils à Benghazi étaient des attaques contre les États-Unis. Nous sommes reconnaissants de l’assistance que nous avons reçue de la part du gouvernement libyen et du peuple libyen. Il ne fait aucun doute que nous serons sans relâche en ce qui concerne poursuivre les meurtriers et les traduire en justice. Et j’apprécie aussi le fait que, ces derniers jours, les dirigeants d’autres pays de la région - y compris l’Égypte, la Tunisie et le Yémen - ont pris des mesures pour sécuriser nos installations diplomatiques, et ont appelé au calme. De même que les autorités religieuses à travers le monde.

Mais comprenez, les attaques des deux dernières semaines ne sont pas simplement une attaque contre les États-Unis. Elles représentent aussi une attaque contre les idéaux mêmes sur lesquels les Nations unies ont été fondées – la notion que les gens peuvent résoudre leurs différends de manière pacifique ; que la diplomatie peut prendre la place de la guerre ; que dans un monde interdépendant, nous avons tous un intérêt dans la progression vers de plus grandes possibilités et une plus grande sécurité pour nos citoyens.

Si nous prenons au sérieux la notion de faire respecter ces idéaux, il ne suffira pas de mettre plus de gardes devant une ambassade ou de diffuser des déclarations de regret et d’attendre que l’indignation passe. Si nous prenons ces idéaux au sérieux, nous devons parler honnêtement des causes plus profondes de la crise - parce que nous sommes confrontés à un choix entre les forces qui visent à nous séparer et les espoirs que nous avons en commun.

Aujourd’hui, nous devons réaffirmer que notre avenir sera déterminé par des gens comme Chris Stevens – et non pas par ses assassins. Aujourd’hui, nous devons déclarer qu’il n’y a pas de place pour cette violence et cette intolérance au sein de nos Nations unies.

Cela fait moins de deux ans qu’un vendeur en Tunisie s’est immolé pour protester contre la corruption oppressive dans son pays, et qu’il a déclenché ce qui est devenu le Printemps arabe. Et depuis, le monde est fasciné par la transformation qui a eu lieu, et les États-Unis ont soutenu les forces du changement.

Nous avons été inspirés par les manifestations tunisiennes qui ont renversé un dictateur, parce que nous avons reconnu nos propres croyances dans les aspirations des hommes et des femmes qui sont descendues dans les rues.

Nous avons insisté sur le changement en Égypte, parce que notre soutien de la démocratie nous a, en fin de compte, mis du côté du peuple.

Nous avons soutenu une transition de leadership au Yémen, parce que les intérêts du peuple n’étaient plus servis par un statu quo corrompu.

Nous sommes intervenus en Libye, aux côtés d’une vaste coalition, et avec le mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, parce que nous avions la capacité de mettre fin au massacre d’innocents, et parce que nous croyions que les espoirs du people étaient plus puissants qu’un tyran.

Et en nous rassemblant ici, nous déclarons à nouveau que le régime de Bachar al-Assad doit prendre fin pour que la souffrance du peuple syrien puisse cesser et pour qu’une nouvelle aube puisse naître.

Nous avons pris ces positions parce que nous croyons que la liberté et l’autodétermination ne sont pas propres à une culture. Ce ne sont pas simplement des valeurs américaines ou des valeurs occidentales – ce sont des valeurs universelles. Et alors même qu’il y aura d’énormes défis à venir avec une transition vers la démocratie, je suis convaincu qu’au final, un gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple est plus susceptible d’apporter la stabilité, la prospérité, et les possiblités individuelles qui doivent servir de base pour la paix dans notre monde.

Donc gardons à l’esprit que nous vivons une saison de progrès. Pour la première fois depuis des décennies, les Tunisiens, les Égyptiens et les Libyens ont voté pour des dirigeants nouveaux dans des élections qui étaient crédibles, concurrentielles, et équitables. Cet esprit démocratique ne s’est pas limité au monde arabe. Au cours de l’année passée, nous avons observé des transitions de pouvoir pacifiques au Malawi et au Sénégal, et un nouveau président en Somalie. En Birmanie, un Président a libéré des prisonniers politiques et ouvert une société fermée, une dissidente courageuse a été élue au parlement, et les gens attendent avec impatience davantage de réformes. De par le monde, les gens font entendre leur voix, insistant sur leur dignité innée, et le droit de décider de leur avenir.

Et pourtant les turbulences des dernières semaines nous rappellent que la route vers la démocratie ne s’arrête pas avec l’acte de déposer un bulletin de vote. Nelson Mandela un jour a dit : « Être libre ne veut pas simplement dire se débarrasser de ses chaînes, mais vivre de manière à respecter et à renforcer la liberté des autres ». (Applaudissements.)

La vraie démocratie exige que les citoyens ne puissent pas être jetés en prison en raison de leurs croyances, et qu’un commerce puisse ouvrir sans avoir à payer un pot-de-vin. Elle dépend de la liberté des citoyens d’exprimer leurs opinions et de se réunir sans peur, et de l’État de droit et des procédures qui garantissent les droits de tous les peuples.

Autrement dit, la vraie démocratie - la vraie liberté - est un travail difficile. Les gens au pouvoir doivent résister à la tentation de réprimer les dissidents. Dans une conjoncture économique difficile, les pays doivent être tentés - peuvent être tentés de rallier les gens autour d’ennemis présumés, chez eux et à l’étranger, plutôt que de se concentrer sur le travail minutieux de la réforme.

En outre, il y aura toujours ceux qui rejettent le progrès humain - les dictateurs qui s’accrochent au pouvoir, les intérêts corrompus qui dépendent du statu quo, et les extrémistes qui attisent les flammes de la haine et du désaccord. De l’Irlande du Nord à l’Asie du Sud, de l’Afrique aux Amériques, des Balkans à la région du Pacifique, nous avons assisté à des convulsions qui peuvent accompagner la transition vers un nouvel ordre politique.

Par moments, les conflits surgissent le long des lignes de faille de races ou de tribus. Et souvent, ils proviennent de la difficulté de concilier la tradition et la foi avec la diversité et l’interdépendance du monde moderne. Dans chaque pays, il y a ceux qui trouvent que des croyances religieuses différentes sont une menace ; dans chaque culture, ceux qui aiment leur propre liberté doivent se demander s’ils sont prêts à tolérer celle des autres.

C’est ce que nous avons vu se dérouler au cours des deux dernières semaines, quand une vidéo vulgaire et dégoûtante a suscité l’indignation du monde musulman. Maintenant, j’ai clairement dit que le gouvernement des États-Unis n’avait rien à voir avec cette vidéo, et je crois que son message doit être rejeté par tous ceux qui respectent notre humanité commune.

C’est non seulement une insulte pour les musulmans, mais aussi pour les États-Unis – car comme la ville à l’extérieur de ces murs le montre clairement, nous sommes un pays qui a accueilli des gens de toutes les races et de toutes les religions. Nous sommes le pays de musulmans qui pratiquent leur religion à travers notre nation. Non seulement nous respectons la liberté de religion, nous avons des lois qui interdisent de faire du mal aux individus en raison de leur apparence ou de leurs croyances. Nous comprenons pourquoi les gens sont offensés par cette vidéo parce que des millions de nos concitoyens sont parmi eux.

Je sais qu’il y en a qui se demandent pourquoi ne pas tout simplement interdire de telles vidéos. Et la réponse est inscrite dans nos lois : notre Constitution protège le droit de pratiquer la liberté d’expression.

Ici aux États-Unis, d’innombrables publications provoquent l’outrage. Comme moi, la majorité des Américains sont chrétiens, et pourtant nous n’interdisons pas le blasphème contre nos croyances les plus sacrées. En tant que Président de notre pays et Commandant en chef de nos forces armées, j’accepte le fait que les gens vont me traiter chaque jour de choses terribles - (rires) - et je vais toujours défendre leur droit de le faire. (Applaudissements.)

Les Américains ont combattu et sont morts dans le monde entier pour protéger le droit de tous les êtres humains d’exprimer leurs points de vue, même les points de vue sur lesquels nous sommes profondément en désaccord. Nous ne le faisons pas parce que nous soutenons le discours haineux, mais parce que nos fondateurs ont compris que sans ces protections, la capacité de chaque individu à exprimer ses propres points de vue et à pratiquer sa propre religion peut être menacée. Nous le faisons parce que dans une société diverse, les efforts visant à limiter la parole peuvent rapidement devenir un outil pour faire taire les critiques et opprimer les minorités.

Nous le faisons parce que compte tenu de la puissance de la foi dans nos vies, et de la passion que les différentes religieuses peuvent attiser, l’arme la plus puissante contre le discours haineux n’est pas la répression ; c’est davantage d’expression - les voix de la tolérance qui se rallient contre l’intolérance et le blasphème, et œuvrent pour promouvoir les valeurs de la compréhension et du respect mutuel.

Maintenant, je sais que tous les pays de cet organisme ne partagent pas cette compréhension particulière de la protection de la liberté d’expression. Nous le reconnaissons. Mais en 2012, à une époque où n’importe quel individu avec un téléphone cellulaire peut propager des opinions injurieuses à travers le monde en cliquant sur un bouton, l’idée que nous pouvons contrôler la circulation de l’information est obsolète. La question, alors, est comment réagir ?

Et sur ce point, nous devons être d’accord : aucun discours ne justifie la violence aveugle. (Applaudissements.) Il n’y a aucun mot qui puisse excuser le meurtre d’innocents. Il n’y a aucune vidéo qui puisse justifier l’attaque d’une ambassade. Il n’y a aucune calomnie qui puisse donner aux gens une excuse pour brûler un restaurant au Liban, ou détruire une école à Tunis, ou causer la mort et la destruction au Pakistan.

Dans ce monde moderne avec les technologies modernes, si nous réagissons de cette manière aux discours haineux, nous aidons tout individu s’engageant dans un tel discours à semer le chaos dans le monde entier. En réagissant de cette manière, nous donnons du pouvoir aux pires d’entre nous.

De manière plus générale, les événements des deux dernières semaines montrent aussi notre nécessité à tous d’aborder honnêtement les tensions entre l’Occident et le monde arabe qui avance vers la démocratie.

Maintenant, je veux être clair : Tout comme nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes du monde, les États-Unis n’ont pas dicté et ne chercheront pas à dicter l’issue des transitions démocratiques à l’étranger. Nous ne nous attendons pas à ce que les autres nations soient d’accord avec nous sur toutes les questions, et nous ne partons pas du principe que la violence de ces dernières semaines ou le discours haineux de certains individus représentent les opinions de la majorité dominante des musulmans, pas plus que les points de vue des personnes qui ont produit cette vidéo représentent ceux des Américains. Cependant, je crois qu’il est du devoir de tous les dirigeants de tous les pays de s’exprimer fortement contre la violence et l’extrémisme. (Applaudissements.)

Il est temps de marginaliser tous ceux qui – même lorsqu’ils n’ont pas recours à la violence – utilisent leur haine de l’Amérique ou de l’Ouest ou d’Israël, comme principe central organisateur de leur politique. Car cela n’est qu’une couverture, et parfois une excuse, pour ceux qui ont recours à la violence.

Une telle politique – celle qui oppose l’Est à l’Ouest et le Sud au Nord, les Musulmans aux Chrétiens, aux Hindous et aux Juifs – ne peut porter la promesse de liberté. Elle n’offre qu’un faux espoir aux jeunes. Brûler un drapeau américain n’aide en rien à fournir une éducation à un enfant. Détruire un restaurant ne remplit pas un estomac vide. Attaquer une ambassade ne crée pas un seul emploi. Cette sorte de politique complique seulement ce que nous devons accomplir ensemble : éduquer nos enfants et leur donner les opportunités qu’ils méritent, protéger les droits de l’homme et élargir la promesse de la démocratie.

Comprenez que l’Amérique ne se retirera jamais du monde. Nous traduirons en justice ceux qui font du mal à nos citoyens et nos amis et nous serons aux côtés de nos alliés. Nous voulons être partenaires des pays du monde entier afin d’approfondir les liens de commerce et d’investissements, de science et de technologies, d’énergie et de développement – qui sont tous des efforts susceptibles de susciter la croissance économique pour tous nos peuples et de stabiliser le changement démocratique.

Mais de tels efforts dépendent d’un esprit d’intérêt et de respect mutuels. Pas un gouvernement, pas une entreprise, pas une école ou une agence non gouvernementale ne peut travailler en confiance dans un pays dont le peuple est en danger. Car pour développer des partenariats efficaces, nos citoyens doivent se sentir en sécurité et nos efforts doivent être bien accueillis.

Une politique axée uniquement sur la colère – une politique axée sur la division du monde entre « eux » et « nous » – va non seulement faire reculer la coopération internationale mais finira également par décrédibiliser ceux qui la tolèrent. Nous avons tous intérêt à résister à ces forces.

Souvenons-nous que les musulmans sont ceux qui ont le plus souffert du joug des extrémistes. Le jour où nos civils ont été tués à Benghazi, un officier de police turc a été assassiné à Istanbul quelques jours avant son mariage ; plus de dix Yéménites ont été tués dans l’explosion d’une voiture à Sanaa ; des parents afghans ont pleuré la mort de leurs enfants tués dans un attentat-suicide à Kaboul.

L’élan à l’intolérance et à la violence peut être centré au départ sur l’Ouest, mais ne peut être contenu dans le temps. Les mêmes élans à l’extrémisme sont utilisés pour justifier la guerre entre sunnites et chiites, entre tribus et clans. Tout cela mène non pas à la force et à la prospérité mais au chaos. Au cours des deux dernières années, nous avons vu de grandes protestations pacifiques amener davantage de changement dans les pays à majorité musulmane qu’une décennie de violence. Et les extrémistes comprennent cela. Parce qu’ils n’ont rien d’autre à offrir pour améliorer la vie des gens, la violence reste pour eux le seul moyen de rester pertinents. Ils ne construisent pas ; ils ne font que détruire.

Il est temps de laisser passer l’appel de la violence et la politique de la division. Sur de nombreuses questions, nous devons choisir entre la promesse de l’avenir ou les prisons du passé. Et nous ne pouvons pas nous permettre de nous tromper. Nous devons saisir cette opportunité. Et l’Amérique est là, prête à travailler avec tous ceux qui veulent un meilleur avenir.

L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui prennent les chrétiens coptes d’Égypte pour cible – il doit appartenir à ceux de la place Tahir qui clament « Musulmans, chrétiens, nous ne sommes qu’un ». L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui violentent les femmes : il doit être tracé par les jeunes filles qui vont à l’école et ceux qui se battent pour un monde où nos filles peuvent vivre leurs rêves comme nos fils (Applaudissements.)

L’avenir ne doit pas appartenir à ces quelques corrompus qui volent les ressources d’un pays : il doit être gagné par les étudiants et les entrepreneurs, les travailleurs et les propriétaires d’entreprise qui cherchent une plus grande prospérité pour tous les peuples. Voilà les hommes et les femmes que l’Amérique soutient. Leur vision est celle que nous soutiendrons.

L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Mais pour être crédible, ceux qui condamnent ces calomnies doivent aussi condamner la haine que nous voyons quand des images de Jésus-Christ sont désacralisées, quand des églises sont détruites, quand l’Holocauste est nié. (Applaudissements.)

Condamnons l’incitation contre les musulmans soufis et les pèlerins chiites. Il est temps de s’inspirer des mots de Gandhi : « L’intolérance en elle-même est une forme de violence et un obstacle à la croissance d’un véritable esprit démocratique. » (Applaudissements.) Ensemble, nous devons construire un monde où nos différences nous rendent plus forts au lieu de nous définir. Voilà ce qu’incarne l’Amérique, voilà la vision que nous soutiendrons.

L’avenir, pour les Israéliens et les Palestiniens, ne doit pas appartenir à ceux qui tournent le dos à la paix. Laissons derrière nous ceux qui profitent du conflit, ceux qui rejettent le droit à Israël d’exister. La route est difficile mais la destination limpide : un État d’Israël juif, en sécurité, et une Palestine indépendante et prospère. (Applaudissements.) L’Amérique comprend qu’une telle paix doit provenir d’un accord juste entre les parties et elle marchera aux côtés de ceux prêts à entreprendre ce voyage.

L’avenir en Syrie ne doit pas appartenir à un dictateur qui massacre son peuple. S’il existe aujourd’hui dans le monde une cause qui réclame à grands cris une protestation, pacifique, c’est celle d’un régime qui torture des enfants et lance des tirs de roquette sur des appartements. Et nous devons rester engagés afin d’assurer que ce qui a commencé avec des citoyens exigeant leurs droits ne se termine pas par un cycle de violence sectaire.

Ensemble, nous devons nous élever aux côtés des Syriens qui croient en une vision différente : une Syrie unie et inclusive, où les enfants n’ont pas besoin de craindre leur propre gouvernement, où tous les Syriens ont leur mot à dire sur la façon dont ils sont gouvernés, sunnites et alawites, kurdes et chrétiens. Voilà ce en quoi croient les États-Unis. Voilà ce sur quoi nous allons travailler - avec des sanctions et des conséquences pour ceux qui persécutent, avec une aide et un soutien pour ceux qui travaillent au bien commun. Parce que nous croyons que les Syriens qui adoptent cette vision auront la force et la légitimité de diriger.

En Iran, nous voyons où mène le chemin d’une idéologie violente et qui ne rend pas de comptes. Le peuple iranien possède une histoire ancienne et remarquable et de nombreux Iraniens aspirent à la paix et à la prospérité aux côtés de leurs voisins. Mais alors même qu’il restreint les droits de son propre peuple, le gouvernement iranien continue de soutenir un dictateur à Damas et des groupes terroristes à l’étranger. À maintes reprises, il a échoué à saisir les occasions de prouver que son programme nucléaire était pacifique ainsi qu’à respecter ses obligations vis-à-vis des Nations unies.

Alors je serai clair. Les États-Unis veulent résoudre cette question par la diplomatie et nous croyons qu’il y a encore assez de temps et d’espace pour le faire. Mais ce temps n’est pas illimité. Nous respectons le droit des nations à posséder l’énergie nucléaire pacifique mais l’une des missions des Nations unies consiste à assurer que nous tirons parti de cette énergie à des fins pacifiques. Et ne nous trompons pas : un Iran armé au nucléaire n’est pas un défi qui pourrait être contenu. Cela menacerait l’existence d’Israël, la sécurité des nations du golfe Persique et la stabilité de l’économie mondiale. Cela risque de déclencher une course aux armes nucléaires dans la région et mettrait à mal le traité de non-prolifération. C’est pourquoi une coalition de pays tient à ce que l’Iran rende des comptes. Et c’est pourquoi les États-Unis feront tout ce que nous pourrons faire afin d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.

Nous savons d’expérience que le chemin vers la sécurité et la prospérité ne se trouve pas en dehors des limites du droit international et du respect des droits de l’homme. C’est pourquoi cette institution est née des ruines d’un conflit. C’est pourquoi la liberté a triomphé de la tyrannie pendant la guerre froide. Et c’est aussi la leçon tirée des deux dernières décennies.

L’Histoire montre que la paix et le progrès viennent à ceux qui font les bons choix. Des nations des différentes régions de la planète ont emprunté cette voie difficile. L’Europe, tout en étant le champ de bataille le plus sanglant du XXe siècle, est unie, libre et en paix. Du Brésil à l’Amérique du Sud, de la Turquie à la Corée du Sud, de l’Inde à l’Indonésie, des peuples de races, de religions et de traditions différentes ont sorti des millions de la pauvreté, tout en respectant les droits de leurs citoyens et en étant responsables en tant que nations.

Et c’est grâce aux progrès dont j’ai été témoin dans ma propre vie, des progrès dont j’ai été témoin après presque quatre ans comme Président, que je reste plein d’espoir sur le monde dans lequel nous vivons. La guerre en Irak est terminée. Les troupes américaines sont rentrées. Nous avons commencé une transition en Afghanistan et les États-Unis et nos alliés en auront fini avec la guerre, conformément au calendrier, en 2014. Al-Qaïda est affaibli et Osama Ben Laden n’est plus. Les nations ont fait front commun pour verrouiller les matériaux nucléaires et l’Amérique et la Russie réduisent progressivement leurs arsenaux. Nous avons vu des choix difficiles se faire – de Naypyidaw au Caire en passant par Abidjan – pour placer davantage de pouvoir aux mains des citoyens.

En ces temps de défi économique, le monde s’est rassemblé pour étendre la prospérité. Nous avons établi, par le biais du G20, des partenariats avec des pays aux économies émergentes afin de maintenir le monde sur la voie du rétablissement. Les États-Unis continuent de suivre un agenda de développement qui alimente la croissance et brise la dépendance, et travaillent aux côtés de leaders africains afin de les aider à nourrir leurs nations. De nouveaux partenariats ont été forgés pour combattre la corruption et promouvoir des gouvernements qui soient ouverts et transparents. De nouveaux engagements ont été pris au travers du Partenariat pour des avenirs égaux afin d’assurer que les femmes et les filles puissent pleinement participer à la politique et saisir les opportunités. Tout à l’heure, je discuterai de nos efforts pour combattre le fléau de la traite des êtres humains.

Tout cela me remplit d’espoir. Mais ce qui me donne le plus d’espoir, ce ne sont pas nos actes, pas ceux des leaders, ce sont ceux des gens que j’ai vus. Les troupes américaines qui ont risqué leur vie et sacrifié leur corps pour des étrangers de l’autre côté de la planète ; les étudiants à Djakarta ou à Séoul désireux d’utiliser leurs connaissances pour le bienfait de l’humanité ; les visages sur une place à Prague ou un Parlement au Ghana qui voit la démocratie donner voix à leurs espoirs ; les jeunes, des favelas de Rio et des écoles à Mumbaï, dont les yeux brillent de promesse. Ces hommes, ces femmes, ces enfants de toutes les races et de toutes les confessions me rappellent que, pour toutes les foules en colère que l’on nous montre à la télévision, il y a des milliards d’autres visages dans le monde qui partagent les mêmes espoirs et les mêmes rêves. Ces visages nous confirment que l’humanité vibre d’un même battement de cœur.

Notre monde porte tant d’attention à ce qui nous divise. C’est ce que l’on voit aux informations. C’est ce qui consume nos débats politiques. Mais si l’on enlève tout cela, tous les peuples aspirent à la liberté de déterminer leur destinée, à la dignité qui provient du travail, au réconfort qui provient de la foi et à la justice qui existe lorsque les gouvernements servent leur peuple. Pas le contraire.

Les États-Unis d’Amérique se dresseront toujours en faveur de ces aspirations, pour notre peuple et pour les peuples du monde entier. C’est notre principe fondateur. C’est ce que montre notre histoire. C’est ce pour quoi Chris Stevens a travaillé tout au long de sa vie.

Et je vous promets ceci : bien après que les assassins soient portés en justice, le legs de Chris Stevens continuera de vivre auprès de ceux qu’il a touchés : chez les dizaines de milliers de personnes qui ont protesté contre la violence dans les rues de Benghazi, chez les Libyens qui ont changé leur photo de profil sur Facebook pour en mettre une de Chris à la place, sans oublier les panneaux qui disent simplement : « Chris Stevens était un ami de tous les Libyens. »

Ils doivent nous donner de l’espoir. Ils doivent nous rappeler qu’aussi longtemps que nous travaillons dans cette direction, la justice sera rendue, l’histoire est de notre côté et une vague montante de liberté ne fera jamais marche arrière.

Merci beaucoup.

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