Réseau Voltaire
« L’art de la guerre »

Derrière l’« Africa Trip » d’Obama

Tout en jouant à l’humaniste, le président Obama est venu en Afrique y renforcer l’exploitation des richesses dangereusement menacée par l’influence sino-iranienne. Il n’a pas réussi à se faire photographier au côté de Nelson Mandela, mourant, qui l’avait expulsé d’Afrique du Sud lors de son passage de 2006.

| Rome (Italie)
+
JPEG - 25.4 ko
Le Prix Nobel Barack Obama songe aux affres de la destinée humaine dans la Maison des esclaves et y puise la force de son engagement pour l’humanité (Musée de Gorée, Sénégal, 27 juin 2013).
© Official White House Photo by Pete Souza

Il s’est fait photographier dans la Maison des esclaves, sur l’île de Gorée au Sénégal, le regard pensif sur cet Atlantique à travers lequel des millions d’Africains furent transportés, enchaînés, aux Amériques. Il s’est déclaré inspiré, en tant que « président afro-américain  », par ce lieu qui « me donne des motivations encore plus grandes pour défendre les droits humains dans le monde entier ».

C’est dans cette tonalité que le président a commencé son voyage en Afrique. Mais, en Afrique du Sud, il a été accueilli par des milliers de travailleurs et d’étudiants qui l’ont qualifié d’ « esclavagiste », en l’accusant de trahison de ses promesses électorales et de crimes de guerre. Obama n’est même pas arrivé à se faire photographier au chevet de Nelson Mandela, image-symbole à laquelle il tenait beaucoup.

Tout ne s’est donc pas déroulé pour le mieux dans l’ « Africa Trip 2013 ». Tour de propagande qui a coûté une centaine de millions de dollars : avec le président sont arrivés des USA des centaines d’agents des services secrets, avec 56 véhicules spéciaux dont 14 limousines blindées et trois camions chargés de vitres pare-balles, et un porte-avions dont les chasseurs ont pris le contrôle de l’espace aérien le long du parcours présidentiel.

La véritable raison du voyage est apparue quand Obama a déclaré que « La Chine porte beaucoup d’attention à l’Afrique » et que c’est l’ « intérêt des États-Unis d’approfondir et d’élargir les partenariats avec les pays africains ». Il y a pourtant un problème : les USA n’arrivent pas à rivaliser avec la Chine, dont les investissements sont pour les pays africains beaucoup plus utiles et avantageux que les étasuniens, qui, eux, visent le profit maximal en se concentrant sur l’exploitation des ressources énergétiques et minérales.

Pour parer à l’influence chinoise et renforcer celle des États-Unis en Afrique, l’administration Obama a surtout recours à des instruments politiques et militaires. Parmi ceux-ci, « l’Initiative pour les jeunes leaders africains », dont l’objectif est de « développer un réseau prestigieux de jeunes leaders dans des secteurs fondamentaux et de cimenter des liens encore plus forts avec les États-Unis ». À travers des « forums de haut niveau » et plus de 2 000 « programmes pour la jeunesse » financés par des millions de dollars, Washington essaie de créer en Afrique de nouvelles élites dirigeantes pro-USA.

En même temps, par le biais de l’AfriCom, on renforce la présence militaire étasunienne sur le continent. La principale base pour cette opération est Sigonella (Sicile). C’est là qu’a été déployée la Special-Purpose Marine Air-Ground Task Force (MAGTF) du Corps des marines, qui, dotée de convertibles (rotors basculants, Ndt) MV-22 Ospreys et d’avions-citernes C-130, envoie des escadrilles en Afrique, par roulement. Depuis janvier, partant de Sigonella, elle a entraîné des forces spéciales africaines en Ouganda, Burundi, Cameroun, Ghana, Burkina Faso, Seychelles, Mozambique, Tanzanie, Sénégal et Libéria. La task force de Sigonella collabore aussi au Military Intelligence Basic Officer Course-Africa, dans lequel sont formés des officiers des services secrets africains au Kenya, en Éthiopie, au Soudan du Sud, au Nigeria et dans d’autres pays. Le cours Miboc-A est défini comme « une des centaines d’activités pour la sécurité réalisées par les militaires états-uniens en Afrique ». Ainsi s’étend sur l’Afrique le réseau militaire US, qui à travers de multiples liens recrute officiers et forces spéciales locales. Opération dirigée par l’AfriCom, qui a installé il y a quelques jours, auprès de la Task force conjointe pour la Corne d’Afrique et Djibouti, son premier « poste de commandement avancé » sur le continent. Nouvelle version des vieux instruments de domination coloniale.

Mais qu’Obama fasse attention : comme il l’a lui-même dit, « L’Afrique est en train de se soulever ».

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013 ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, Ed. DeriveApprodi 2005.

 
Grèce, l
Grèce, l’ombre de « Prométhée »
« L’art de la guerre »
 
La main longue de l
La main longue de l’Otan
« L’art de la guerre »
 
En Italie, une école de Prédateurs
En Italie, une école de Prédateurs
« L’art de la guerre »
 
L
L’Otan lance le Trident
« L’art de la guerre »
 
Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

Articles sous licence creative commons

Vous pouvez reproduire librement les articles du Réseau Voltaire à condition de citer la source et de ne pas les modifier ni les utiliser à des fins commerciales (licence CC BY-NC-ND).

Soutenir le Réseau Voltaire

Vous utilisez ce site où vous trouvez des analyses de qualité qui vous aident à vous forger votre compréhension du monde. Ce site ne peut exister sans votre soutien financier.
Aidez-nous par un don.

Comment participer au Réseau Voltaire ?

Les animateurs du réseau sont tous bénévoles.
- Auteurs : diplomates, économistes, géographes, historiens, journalistes, militaires, philosophes, sociologues... vous pouvez nous adresser vos propositions d’articles.
- Traducteurs de niveau professionnel : vous pouvez participer à la traduction des articles.

Derrière la dette grecque
Derrière la dette grecque
par Thierry Meyssan
Les journalistes et la guerre
Les journalistes et la guerre
par Thierry Meyssan
Exclusif : Les projets secrets d'Israël et de l'Arabie saoudite
En parallèle des négociations USA-Iran
Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite
par Thierry Meyssan
Grèce, l'ombre de « Prométhée »
« L’art de la guerre »
Grèce, l’ombre de « Prométhée »
par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire
 
Les projets de réorganisation du « Moyen-Orient élargi »
Les projets de réorganisation du « Moyen-Orient élargi »
par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire
 
La main longue de l'Otan
« L’art de la guerre »
La main longue de l’Otan
par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire
 
374. Grèce : survivre sous l'euro
« Horizons et débats », 15e année, n° 17, 29 juin 2015
Grèce : survivre sous l’euro
Partenaires
 
373. TTIP et TiSA / Supplément Éducation aux médias
« Horizons et débats », 15e année, n° 15-16, 22 juin 2015
TTIP et TiSA / Supplément Éducation aux médias
Partenaires
 
La Troïka tente d'asphyxier la Grèce quoi qu'il en coûte
La Troïka tente d’asphyxier la Grèce quoi qu’il en coûte
par Ariel Noyola Rodríguez, Réseau Voltaire
 
L'Arabie saoudite soutient le terrorisme en Syrie depuis 2012
Les câbles saoudiens de Wikileaks
L’Arabie saoudite soutient le terrorisme en Syrie depuis 2012
par Elie Hanna , Réseau Voltaire