Réseau Voltaire
Le pilote qui a abattu le vol MH-17 du Boeing de la Malaysia Airlines

Capitaine Voloshin : « L’avion était au mauvais endroit, au mauvais moment »

Un témoin secret est apparu dans l’affaire du Boeing malaisien ; son témoignage infirme toutes les accusations portées contre les milices de Donetsk et la Russie. Il explique aussi le comportement mystérieux des experts occidentaux.

| Moscou (Russie)
+
JPEG - 30.5 ko
Vladislav Volochine

Cet homme s’est présenté spontanément au bureau de Кomsomolskaya Pravda. Nous avons vérifié son identité. Ce n’est ni un acteur, ni un homme de paille. Nous ne pouvons pas encore révéler qui il est car ses parents sont encore en Ukraine et il a peur des représailles. Voici la transcription de notre conversation presque sans coupures.

Le chasseur est rentré sans missiles

Où étiez-vous le 17 juillet 2014, le jour où le Boeing de la Malaysian a été abattu ?

J’étais en territoire ukrainien, près de la ville de Dnepropetrovsk, dans le village de Aviatorskoye. Il y a un aéroport régulier. À l’époque y étaient basés des avions de chasse et des hélicoptères. Les avions partaient régulièrement en missions de bombardement, un avion d’attaque Su-25 a bombardé Donetsk et Lugansk. Cela a duré longtemps.

Les avions volaient tous les jours ?

Tous les jours.

Pourquoi avez-vous supposé que ces avions avaient un rapport avec le Boeing abattu ?

Plusieurs raisons. Sur les 8 avions qui étaient basés là, seuls deux avaient des missiles "air-air". Ils ont été mis en arrêt temporaire.

Pourquoi ? Il n’y avait pas d’avions de combats en l’air ?

Non, l’avion était armé de missiles pour se couvrir en l’air. Juste au cas où. La plupart avaient un armement air-sol. NURS, bombes.

Parlez-nous du 17 juillet.

Les avions étaient en vol régulier. La journée entière dès le matin. L’après-midi, environ une heure avant que le "Boeing" ne soit abattu, trois avions de chasse étaient en l’air. Je ne me souviens pas de l’heure exacte. L’un des avions était équipé de ces missiles. C’était un Su-25.

L’avez-vous vu personnellement ?

Oui.

Quelle était votre position d’observation ?

Sur site. Je ne peux vous le dire exactement.

Avez-vous eu l’occasion de voir quels pylônes armaient le chasseur ? Auriez-vous pu confondre des missiles "air-air" avec des missiles "air-sol" ?

Non, pas de confusion possible. Ils présentent des différences de taille, de forme et de couleur. Avec une tête de guidage. Très faciles à reconnaître. De toutes façons, peu de temps après, un seul avion est rentré, deux ont été abattus. Quelque part à l’est de l’Ukraine, m’a-t-on dit. L’avion qui est rentré était le seul avec ses missiles absents.

Il est rentré sans les missiles ?

Sans les missiles. Ce pilote a eu chaud.

Connaissez-vous ce pilote, l’avez-vous vu ?

Oui.

Pouvez-vous nous dire son nom de famille ?

Voloshin.

Était-il seul à bord ?

Oui. L’avion est conçu pour une seule personne.

Connaissez-vous son prénom ?

Vladislav, je crois. Je ne me souviens plus exactement. Capitaine.

Le capitaine Voloshin est rentré. Que s’est-il passé ensuite ?

Il est rentré sans armement.

Il ne restait plus de missiles ?

Non.

JPEG - 40.8 ko

« Ce n’était pas le bon avion »

Pouvez-vous nous dire, Alexandre, l’avion est rentré de mission, vous n’êtes pas encore au courant de la perte du "Boeing", mais quelque part vous êtes surpris par l’absence des missiles "air-air". Pourquoi ?

Ces missiles "air-air" ne font pas partie du pack d’armement basique.

Ils ne sont utilisés que sur ordre spécial. D’habitude, un avion avec ce genre de roquettes n’est pas autorisé en l’air. Parce qu’on ne doit pas transporter normalement ces missiles.

On ne peut installer en tout que deux missiles de ce genre sur cet avion. Cela n’avait jamais été fait jusqu’à présent. C’était interdit avant. Mais littéralement la veille, une semaine avant l’accident (la perte du "Boeing" – note de l’éditeur) l’emploi de ces missiles a été remis en service en urgence. Ils n’avaient pas été utilisés depuis de nombreuses années.

Pourquoi ?

Ils étaient périmés. Leur fabrication remontait aux années de la Russie soviétique. Mais par cette commande urgente, leur date d’expiration a été prolongée.

Et ils ont été fixés sur un avion ce jour-là ?

Ils restent en permanence avec ces missiles.

Mais ils ne volaient pas ?

On essayait de les mettre en l’air moins fréquemment – chaque vol épuise les ressources. Mais ce jour-là, l’avion a volé.

Et il est rentré sans eux ?

Oui. Connaissant un peu le pilote...(tout à fait possible, car les deux autres avions ont été descendus sous ses yeux), il a eu une réaction de panique, inadéquate. Il a pu, par peur ou par vengeance, lancer les missiles sur le Boeing. Peut-être l’avait-il pris pour un autre avion de chasse.

Ces missiles sont-ils équipés de têtes auto-guidées ?

Oui.

Quand il les a lancées, elles ont commencé à chercher une cible ?

Non. C’est le pilote lui-même qui trouve la cible. Il lance le missile et il vole vers la cible.

Le pilote a-t-il pu utiliser ces missiles contre des cibles terrestres ?

Ça n’a pas de sens.

Que vous rappelez-vous d’autre de ce jour-là ? Qu’a dit le pilote ?

Il a dit une phrase en sortant de l’avion : "Ce n’était pas le bon avion". Et pendant la soirée un pilote lui a posé la question, "Que s’est-il passé avec l’avion ?" À laquelle il a répondu : "L’avion était au mauvais endroit au mauvais moment".

JPEG - 26.8 ko

« Après la tragédie, les vols ont continué »

Ce pilote sert-il dans l’armée depuis longtemps ? Quel âge a-t-il ?

Voloshin a 30 ans environ. Il est basé à Nikolaev. Ils ont été transférés à Dnepropetrovsk. Avant ils ont été envoyés à Chuguev près de Kharkov. Et pendant tout ce temps-là ils ont bombardé Donetsk et Lugansk. Et, selon l’un des officiers de la base de Nikolaev, ils continuent.

Les pilotes ont-ils une bonne expérience du combat ?

Ceux qui étaient là-bas avaient de l’expérience. La base de Nikolaev était à mon avis la meilleure base d’Ukraine en 2013.

L’histoire du "Boeing" a-t-elle été discutée parmi les pilotes ?

Toutes les tentatives pour en parler ont été stoppées immédiatement. Et les pilotes n’en ont parlé qu’entre eux surtout, ils sont tellement... bêcheurs...

Après que tout le monde ait été au courant pour ce "Boeing", qu’est-il arrivé à ce pilote, le capitaine Voloshin ?

Tous les vols ont continué. Et les pilotes ont gardé la même position. Mêmes visages.

JPEG - 30.5 ko

« Il n’y avait pas vols… mais il a été descendu »

Essayons de récapituler les événements. Comment tout cela a-t-il pu se produire ? Trois avions sont partis en mission de combat. Ils se trouvaient en gros dans la même zone, comme le Boeing. Deux avions ont été descendus. Ce capitaine Voloshin était nerveux, il a eu peur et il est possible qu’il ait confondu le Boeing avec un avion de combat.

C’est possible. C’était loin, il a pu ne pas voir précisément quel type d’appareil c’était.

De quelle distance ces missiles ont-ils besoin ?

À 3-5 km de distance ils peuvent repérer leur cible.

Et quelle est la différence de vitesse entre un avion de chasse et un Boeing ?

Pas de différence : les roquettes ont une plutôt bonne vitesse. Des roquettes très rapides.

Elles le rattraperaient de toutes façons ? Et la hauteur ?

C’est facilement possible à son altitude maximum —sept mille mètres— il peut très facilement se focaliser sur la cible.

L’atteindre plus haut ?

Oui. L’avion n’a qu’à simplement lever le nez et il peut trouver la cible sans problèmes et lancer la roquette. Ce missile a une portée supérieure à 10 kilomètres.

À quelle distance de la cible cette roquette explose-t-elle ? Touche-t-elle le fuselage puis explose ?

Tout dépend de la modification. C’est pratiquement possible quand elle touche le fuselage ou à 500 mètres de distance.

Nous avons travaillé sur le site du crash et avons remarqué que des fragments étaient profondément coincés dans la coque de l’avion. On aurait dit qu’elle avait littéralement explosé à 60 cm du Boeing.

C’est ce genre de missile. Le principe des fragments – elle explose et des fragments entrent en contact. Et ils percutent ensuite l’ogive principale de la roquette.

L’Ukraine a annoncé que ce jour-là ils n’avaient pas de vol de combat. Nous avons consulté différentes sources globales sur les avions descendus, l’Ukraine a nié partout qu’un avion militaire avait volé ce jour-là.

Je suis au courant. L’Ukraine a également annoncé que deux de ces avions ont été abattus le 16 et non le 17. Et la date a changé à de nombreuses reprises. Mais en fait, il y avait des vols tous les jours. Je l’ai vu de mes yeux. Même pendant le cessez-le-feu il y a eu des vols, quoique moins fréquents.

Bombes interdites

Quel armement y avait-il sur l’avion de votre aéroport ? Était-ce des bombes au phosphore, des engins incendiaires ? L’artillerie ukrainienne en utilisait très activement au sol.

Je n’ai pas vu de bombes au phosphore. Mais des bombes explosant dans l’espace.

Sont-elles interdites ?

Oui. Ce type de bombe était prévu pour l’Afghanistan. Elle a été interdite et n’a pas servi jusqu’à récemment. Elle a été interdite par une convention, je ne sais plus, je ne peux pas dire. Cette bombe est inhumaine, elle brûle tout. Elle brûle absolument tout.

Elles étaient fixées et servaient durant les hostilités ?

Oui. Et il y avait aussi des bombes à fragmentation interdites. Une bombe à fragmentation, selon sa taille, peut toucher une cible très ambitieuse. Une bombe couvre la surface d’un stade. Entièrement, la zone toute entière – deux hectares.

Pourquoi ont-ils utilisé de telles armes ?

Ils suivaient les ordres. Et les ordres de qui, on ne sait pas.

Quel est le but de ces armes – tactique d’intimidation ?

Annihiler le maximum d’hommes.

JPEG - 30 ko
Entretien entre le témoin et les trois journalistes

On peut être passé à tabac pour tout mot imprudent

Pourquoi êtes-vous allé en Russie, pourquoi avez-vous décidé de parler ? Pourquoi, finalement, personne n’a appris tout ceci avant ? Vous n’êtes pas le seul témoin !

Tout le monde est intimidé par le SBU (Service de sécurité ukrainien, note de l’éditeur) et la Garde nationale. Les gens peuvent être passés à tabac pour tout mot imprudent, emprisonnés pour le moindre soupçon de sympathies envers la Russie ou la milice. Au départ j’étais contre cette "opération antiterroriste". Je n’étais pas d’accord avec la politique de l’État ukrainien. La guerre civile est mauvaise. Tuer son propre peuple n’est pas normal. Et qu’on y prenne part ou non, mais être du côté ukrainien et s’impliquer plus ou moins là-dedans, c’est avant tout ce que je ne veux pas !

Voir documentaire ci-dessous : « L’histoire qu’on ne peux pas confesser »
sous-titres en anglais.

Traduction
Hélios

Source
Komsomolskaïa Pravda (Russie)

Articles sous licence creative commons

Vous pouvez reproduire librement les articles du Réseau Voltaire à condition de citer la source et de ne pas les modifier ni les utiliser à des fins commerciales (licence CC BY-NC-ND).

Soutenir le Réseau Voltaire

Vous utilisez ce site où vous trouvez des analyses de qualité qui vous aident à vous forger votre compréhension du monde. Ce site ne peut exister sans votre soutien financier.
Aidez-nous par un don.

Comment participer au Réseau Voltaire ?

Traducteurs de niveau professionnel : vous pouvez nous aider à rendre ce site accessible dans votre langue maternelle.

L'Otan et le « putsch » turc
« L’art de la guerre »
L’Otan et le « putsch » turc
par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire
 
404. Critique de l'École économique de Chicago
« Horizons et débats », n°18, 22 août 2016
Critique de l’École économique de Chicago
Partenaires
 
403. Le modèle suisse de coopération
« Horizons et débats », n°17, 8 août 2016
Le modèle suisse de coopération
Partenaires
 
402. Guerre froide ou amitié européenne ?
« Horizons et débats », n°16, 25 juillet 2016
Guerre froide ou amitié européenne ?
Partenaires