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« Sous nos yeux »

La tentative Allen-Erdoğan de sabotage de l’accord de paix USA-Iran

| Damas (Syrie)
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En mars 2011, Alain Juppé négocie l’entrée en guerre de la Turquie en Syrie sur la base de la création d’un Kurdistan indépendant en Irak et en Syrie. La carte de ce projet est publiée en septembre 2013 par Robin Wright dans le New York Times. Après une série de réunions préparatoires à Amman, il sera mis en œuvre conjointement, à partir de juin 2014, par la Turquie, l’Émirat islamique (« Daesh »), le Gouvernement régional du Kurdistan irakien et d’anciens officiers de Saddam Hussein alliés de longue date aux Frères musulmans.

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Transcription de la vidéo

Bonjour.

Une nouvelle fois les adversaires de la paix ont essayé de saboter l’accord qui est intervenu entre l’Iran et les États-Unis. Vous vous souvenez probablement que lors de la première conférence de Genève, c’était en juin 2012… Lors de cette première conférence de Genève, il y a donc fort longtemps, un groupe d’officiers des États-Unis, conduits par le général David Petraeus – alors directeur de la CIA – et par son ami le général John Allen, aidés par la secrétaire d’État Hillary Clinton, avaient saboté l’accord et avaient poussé la France et le Qatar à relancer la guerre en Syrie.

La même chose a failli se passer cette semaine [du 26 au 31 juillet 2015]. Maintenant que l’accord a été signé entre l’Iran et les États-Unis, les États-Unis commencent à se préoccuper de déplacer Daesh, d’installer la paix ici [en Syrie] et de régler son compte à M. Erdogan, qui n’a pas suivi les instructions qu’il avait reçues au cours des derniers mois.

Donc, vendredi dernier [24 juillet 2015], le président Obama – avant de partir en Afrique – a téléphoné à son « ami » Erdoğan et lui a posé un ultimatum.

Il lui a dit : « Voilà, ce que vous faites, c’est très grave. Donc, maintenant, vous devez immédiatement arrêter la construction du gazoduc que vous avez prévu avec les Russes vers l’Union européenne, parce que ce gazoduc menace la suprématie des États-Unis dans le continent européen. Et, deuxièmement, vous devez arrêter immédiatement votre organisation Daesh, puisque c’est vous qui êtes le chef de Daesh, nous le savons très bien. Et si vous n’obéissez pas immédiatement, nous prendrons les mesures nécessaires, y compris le fait de mettre la Turquie à l’extérieur de l’OTAN. » Peut-être, ça n’était qu’une menace. Mais, c’était en tout cas quelque chose de fort sérieux.

Là-dessus, M. Obama est parti en Afrique. Et, pendant qu’il voyageait au-dessus de l’Atlantique – donc, qu’il était coupé de ses conseillers habituels–, le général John Allen, qui aujourd’hui dirige la coalition internationale contre Daesh, a pris contact avec M. Erdogan et lui a proposé de saboter, ensemble, l’accord entre les États-Unis et l’Iran. La proposition de M. Allen au président Erdoğan c’était de reprendre le plan de Robin Wright, mis en œuvre par Daesh – vous savez, la création d’un Sunnistan, à cheval sur l’Irak et sur la Syrie, et d’un Kurdistan, également à cheval sur l’Irak et sur la Syrie, en fait une grande portion de l’Irak et puis une petite bande de territoire en Syrie, le long de la frontière turque, de manière à atteindre la Méditerranée.

Donc, il lui a dit : « On va relancer ça et vous allez nous aider. Vous avez dit au président Obama que vous étiez contre Daesh, alors on va faire une petite mise en scène là-dessus et vous allez en profiter pour bombarder les adversaires de ce Kurdistan-là », c’est-à-dire les gens du PKK, parce que ce Kurdistan-là serait dirigé par les hommes de M. Barzani – les espions israéliens qui sont au pouvoir en Irak. « Donc, vous allez attaquer les gens du PKK. Nous allons vous aider à faire une zone de non-survol sur toute la bande de territoire syrienne qui va à la Méditerranée et le tour sera joué. »

M. Davutoğlu [le Premier ministre turc], parlant à la télévision, a annoncé qu’il avait le soutien des États-Unis pour créer cette zone de non-survol. Ce qui, évidemment, est tout à fait impossible parce que ce serait une violation du Droit international et qu’il n’a pas de mandat des Nations unies pour cela.

Lorsque le président Obama est arrivé en Afrique, qu’il a appris tout ça, qu’il a essayé de s’organiser, il a commencé par démentir les propos de M. Davutoğlu et de l’ensemble de l’administration Erdoğan. Et puis il a essayé de trouver une solution.

En définitive, M. Obama a nommé un nouvel envoyé spécial pour la Syrie, qui remplace Daniel Rubinstein. Ce M. Rubinstein était officiellement un diplomate, mais en réalité c’était un espion et sa femme dirige même le service d’espionnage au sein du département d’État.

Puis, à la place il a nommé une nouvelle personne : Michael Ratney, qui lui est prétendument aussi un diplomate, et un grand spécialiste d’ailleurs du Moyen-Orient. Mais c’est surtout un homme de communication et va être chargé de donner une apparence d’unité à la politique des États-Unis qui est, vraiment et décidément, difficile à mener pour le président Obama.

En tout cas, nous devrions voir, dans les prochaines semaines, la mise en œuvre effective de l’accord qu’il a signé avec l’Iran.

Source
Télévision nationale syrienne

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