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La Chine brise le monopole états-unien des avions furtifs

Lors de son discours sur l’état de l’Union, le président Obama s’est violemment félicité de ce qui lui paraît être la domination militaire des États-Unis sur le reste du monde. Pourtant, au même moment, la Russie a déployé un système d’inhibition des communications et des commandes de l’Otan à Kaliningrad, en mer Noire et en Syrie, et la Chine vient de marquer une avancée déterminante dans la furtivité de ses avions.

| Bucarest (Roumanie)
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Les Chinois ont commencé à construire des avions de combat, en copiant des appareils soviétiques des années 60-70. Au cours des deux dernières décennies, la Chine a comblé le fossé technologique qui la séparait presque totalement de l’Occident, pour devenir un des constructeurs d’avions militaires reconnus. L’avion chinois J-10B possède un radar AESA (similaire au F-35), et a un revêtement fait de matériau absorbant les ondes radar permettant de réduire la surface réfléchissante qui le met à égalité avec le F-16 et le Mitsubishi F-2 des aviations US, japonaise et sud-coréenne. La Chine projette de se doter de 300 à 500 de ces appareils. Bien que, en 2014, elle ait achevé la construction de nouvelles capacités de production aéronautique qui pouvaient assurer un rythme de 100 à 200 avions de chasse par an, elle n’a produit en 2015 que 24 à 26 avions J-10B. L’explication réside dans la préparation d’une ligne de production du nouvel avion J-20.

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Le premier jour de 2016, la Chine a annoncé que, cette année, elle entamait la production en série de l’avion furtif J-20. À cet égard, elle a publié des photos de la dernière copie du J-20 produit par Chengdu Aerospace Corporation, avec le numéro d’enregistrement 2101, ce qui signifie l’entrée dans une nouvelle phase de la production. Les huit premiers prototypes J-20 du programme de test ont été enregistrés avec la série de chiffres de 2001-2017.

Cet événement vient briser la suprématie états-unienne comme unique opérateur d’avions de combat de cinquième génération. La Chine se propose ainsi de se doter de 300 à 400 J-20 pour remplacer la flotte obsolète des bombardiers tactiques de Type J 8 et Q-5. Pour la conception et le développement du F-35 capable de fonctionner sur des pistes normales et sur des porte-avions, ou décoller et atterrir verticalement, les États-Unis ont mis 20 ans et cela leur a coûté 400 milliards de dollars. Le J-20 est un peu plus modeste, avec seulement huit ans de conception et de test. Le J-20 est propulsé par deux moteurs russes AL-31F de 12 500 kgf, qui équipent les avions Su-30MKK ou Shenyang J-11. Contrairement au F-22 US, le J-20 n’a pas de moteurs à traction vectorielle. Il est inférieur aux F-22 et F-35 dans les manœuvres serrées à cause du rapport poussée/masse des sous-unités, et a également une avionique inférieure. La Russie va commencer à fournir à la Chine 24 avions multi rôle de génération 4 ++ de type Su-35 propulsés par des moteurs Saturn 117 S avec une poussée vectorielle de 15 800 kgf, sur lesquels comptent les Chinois, soit pour être en mesure de les copier et les monter sur le J-20, soit en acheter en grandes quantités aux Russes.

Même si l’avion J-20 n’a pas été conçu comme un avion multi-rôles, capable de combattre les avions états-uniens, japonais et coréens, mais plutôt comme un bombardier, il est le favori de la marine chinoise, puisqu’à son bord il a été installé une ligne de données via satellite pour la transmission permanente des coordonnées GPS des cibles mobiles. Cela permet au J-20 d’être utilisé comme un avion « invisible », spécialisé dans les frappes, à grande distance du littoral, sur les porte-avions et d’autres navires de guerre. Le J-20 pèse 32 tonnes, avec un réservoir interne d’une capacité de 11 tonnes de kérosène, ce qui lui permet de voler à 4 000 km sans ravitaillement en vol et d’atteindre Mach 2.1. Étant invisible sur aux radars, le J-20 n’est pas vulnérable aux missiles AA et aux missiles antibalistiques des destroyers AEGIS, comme les missile anti-porte-avions DF-21D, qui ont une portée de 1 450 km [1].

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Étant donné que la Corée du Sud et le Japon ont commandé 40- à 50 avions furtifs américains F-35, la Chine a, encore en phase de test, un avion de chasse de 5ème génération, le J-31, qui est une alternative au F-35 US. Les deux avions ont la même masse et disposent chacun de deux compartiments carénés pour des missiles air-air de moyenne portée ou des bombes. Comme le J-31 n’est pas un concurrent dans la catégorie Su-T-50, il semble que les Chinois ont été aidés discrètement par les Russes, à travers le transfert de technologie, et donc en 2018, l’avion pourrait entrer en production de série [2]. Outre les 500 avions J-31 requis par les forces aériennes de la Chine, près de 120 J-31 seront destinés aux porte-avions chinois et au moins 600 avions seront exportés. Il y a déjà une commande en provenance du Pakistan pour 40 appareils. Comme Israël a déjà commandé 75 avions états-uniens F-35, l’Iran cherche à tâter le terrain, et pourrait être intéressé à acheter le même nombre d’avions J-31.

La Chine est devenue la première économie mondiale, et a plus d’argent pour la recherche et le développement que les États-Unis. Par conséquent, la Chine a développé le plus complexe des programmes de construction de drones (avions sans pilote), pour prendre la relève de la suprématie états-unienne dans ce domaine. Elle estime que, dans les prochaines années, elle sera en mesure d’exporter des drones pour une valeur de 4,8 milliards de dollars, étant donné que ses drones, aussi bon que les MQ-9 Reaper états-uniens, sont jusqu’à 16 fois moins chers [3].

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La flotte militaire US en coopération avec les flottes des États alliés en Asie du Sud-Est (Japon, Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Australie, etc.) constitue une force de qualité supérieure à celle de la Marine chinoise et est capable de bloquer les routes commerciales maritimes d’approvisionnement en matières premières de la Chine. De son côté, la Chine construit des navires de guerre toujours plus performants, mais il faudra 10 ans pour atteindre le niveau technologique de l’Occident, en terme de marine militaire [4]. La Maison-Blanche sait que le maintien de la situation actuelle, favorable aux États-Unis dans le Pacifique occidental, ne peut se faire qu’en empêchant la Chine de mettre à profit son pouvoir économique en utilisant sa force navale [5].

Par conséquent, la nouvelle doctrine militaire de la Chine met l’accent sur la composante aérienne de la marine avec la projection rapide de sa force militaire à grande distance par des opérations d’insertion avec des troupes aéroportées.

Depuis 2013 la Chine a fait des tests avec le prototype de l’avion militaire de transport lourd Xian Y-20 qui a une charge utile maximale de 66 tonnes. Le passage à la production en série de l’avion Xian Y-20 dépend de la livraison des moteurs PS-90A21 par la Russie.

Pour contrer les États-Unis, les militaires chinois ont défini quatre secteurs maritimes vitaux pour la Chine, et ont construit dans chaque secteur, de nouveaux avant-postes et des bases opérationnelles, appelés « perles ». Une perle contient une piste d’atterrissage/décollage pour des avions de combat (en particulier pour les J-20) et de transport lourd Y-20, des installations navales et une garnison d’infanterie de marine. Les perles assurent l’infrastructure nécessaire pour les frappes de l’aviation et pour les forces aéroportées et expéditionnaires, et d’invasion de l’armée chinoise [6].

- Le Secteur 1 représente l’accès à la mer de Chine du Sud sur l’océan Indien par les détroits de Malacca et de la Sonde. Une « perle » est l’île de Hainan où les Chinois ont une base navale souterraine, siège d’une flotte de 20 sous-marins conventionnels et nucléaires. Sur l’île de Hainan, il y a également six bases aériennes. Les Chinois ont construit une autre perle sur l’île de Woody dans l’archipel Paracel, situé à 300 km au sud-est de l’île de Hainan. En dehors d’un port militaire, il y a un aérodrome militaire, où opèrent désormais des avions chinois multi-rôle Su-30MKK. Une autre perle a été construite sur l’île de Sittwe en Birmanie (Myanmar).

- Le Secteur 2 est la voie d’accès entre la mer de Chine du Sud et l’Océan Pacifique à travers le canal de Babuyan (Philippines). La Chine a commencé à modifier le récif de Fiery Cross dans l’archipel de Spratly, visant à créer une autre perle, autour d’une piste d’atterrissage/décollage adaptée aux avions J-20.

- Le Secteur 3 est la voie d’accès de la mer de Chine orientale à l’océan Pacifique à travers l’espace entre l’île de Taïwan et les îles d’Okinawa (Ryukyu).

- Le Secteur 4 est la voie d’accès de la mer de Chine orientale à l’océan Pacifique à travers l’espace entre le Japon et la Corée du Sud.

Traduction
Avic
Réseau International

[1] « Porte-avions vs missiles balistiques antinavires ? » (1ère partie, seconde partie), Valentin Vasilescu, Réseau international, 29 et 31 août 2015.

[2] « J-31 Chinois vs F-35 américain », Valentin Vasilescu, Réseau international, 18 juillet 2014.

[3] « La Chine entraîne les États-Unis dans une spirale autodestructrice », Valentin Vasilescu, Réseau international, 15 janvier 2014.

[4] « La Chine pourrait construire 415 nouveaux navires de guerre dans les 15 prochaines années », Valentin Vasilescu, Réseau international, 11 juin 2015.

[5] « La Chine se prépare à une invasion de grande envergure ! », Valentin Vasilescu, Réseau international, 5 juillet 2013.

[6] « La Chine construit un nouveau « collier de perle » et une plateforme amphibie mobile », Valentin Vasilescu, Réseau international, 24 juin 2015.

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