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« L’art de la guerre »

Des chars d’assaut déployés en Pologne

Tandis que le président états-unien élu, Donald Trump, critique l’existence même de l’Otan, l’Alliance atlantique poursuit son déploiement impérial en Europe. Planifiée après la révolte du Donbass contre les putschistes nazis installés par l’Alliance à Kiev, elle vise à faire accroire en une menace russe pour justifier l’occupation militaire de l’Europe de l’Est. Une occupation soutenue par les élites politiques est-européennes, qui doivent toutes leur pouvoir aux seuls États-Unis.

| Rome (Italie)
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Discours de Paul W. Jones, ambassadeur des États-Unis en Pologne
© Army photo by Sgt. Paige Behringer, 10th Press Camp Headquarters

Le 12 janvier 2017, deux jours après son discours d’adieu, le président Barack Obama a lancé le plus grand déploiement de forces terrestres en Europe orientale depuis la fin de la Guerre froide : un long convoi de chars d’assaut et autres véhicules blindés états-uniens, provenant d’Allemagne, est entré en Pologne. C’est la 3ème Brigade blindée, transférée en Europe de Fort Carson dans le Colorado : composée d’environ 4 000 militaires, 87 chars d’assaut, 18 obusiers automoteurs, 144 véhicules de combat Bradley et des centaines de Humvees. L’ensemble de l’armement est transporté en Pologne soit par route, soit par 900 wagons ferroviaires.

À la cérémonie de bienvenue qui s’est déroulée dans la ville polonaise de Zagan, l’ambassadeur US Paul W. Jones a dit qu’« au fur et à mesure que croît la menace, croît le déploiement militaire US en Europe ». Ce qu’est « la menace » a été clarifié par le général Curtis Scaparrotti, chef du Commandement européen des États-Unis (EuCom) et en même temps Suprême commandeur allié en Europe (SaCeur) : « Nos forces sont prêtes et positionnées dans le cas où il y en aurait besoin pour contrecarrer l’agression russe ». La 3ème Brigade blindée restera dans une base près de Zagan pendant neuf mois, jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par une autre unité transférée des USA.

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À travers cette rotation, des forces blindées états-uniennes seront en permanence déployées en territoire polonais. De là, leurs détachements seront transférés, pour entraînement et exercices, dans d’autres pays de l’Est, surtout en Estonie, en Lettonie, en Lituanie, en Bulgarie, en Roumanie et probablement aussi en Ukraine : c’est-à-dire qu’ils seront continuellement déployés au bord de la Russie.

Un second contingent états-unien sera positionné en avril prochain en Pologne orientale, dans le dit « Suwalki Gap », une étendue de terre plate longue d’une centaine de kilomètres qui, prévient l’Otan, « serait un parfait passage pour les chars d’assaut russes ».

Ainsi se trouve ré-exhumé l’arsenal propagandiste des USA et de l’Otan de la vieille Guerre froide : celui des chars d’assaut russes prêts à envahir l’Europe. En agitant le spectre d’une inexistante menace de l’Est, ce sont au contraire les chars d’assaut états-uniens qui arrivent en Europe. La 3ème Brigade blindée s’ajoute aux forces aériennes et navales déjà déployées par les USA en Europe dans l’opération « Atlantic Resolve », pour « rassurer les alliés membres de l’Otan et les partenaires face à l’agression russe ». Opération que Washington a lancée en 2014, après avoir volontairement provoqué par le putsch de Place Maïdan une nouvelle confrontation avec la Russie. Stratégie dont Hillary Clinton a été la principale artisane dans l’administration Obama, visant à briser les rapports économiques et politiques de la Russie avec l’Union européenne dommageables pour les intérêts états-uniens.

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Dans l’escalade anti-russe, la Pologne joue un rôle central. À cet effet elle recevra sous peu des USA des missiles de croisière à longue portée, avec capacités pénétrantes anti-bunker, armables aussi de têtes nucléaires. Et en Pologne est déjà en construction une installation terrestre du système de missiles Aegis des États-Unis, analogue à celle déjà en fonction à Deveselu en Roumanie. Elle aussi dotée du système Mk-41 de Lockheed Martin, en mesure de lancer non seulement des missiles anti-missiles, mais aussi des missiles de croisière armables avec des têtes nucléaires.

À Varsovie et dans les autres capitales de l’Est —écrit le New York Times— il y a cependant « une forte préoccupation » à propos d’un possible accord du républicain Trump avec Moscou qui « minerait la totalité de l’effort ».

Un cauchemar tourmente les gouvernants de l’Est qui fondent leurs fortunes sur l’hostilité avec la Russie : celui que s’en retournent à la maison les chars d’assaut envoyés par le démocrate Obama.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

 
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