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La « Kurdish Connection » : Les efforts d’Israël, de Daesh et des USA pour déstabiliser l’Iran

Sarah Abed poursuit son analyse du rôle de certaines organisations kurdes, abusivement mises en avant comme représentatives de la totalité des kurdes syriens, dans la guerre au Moyen-Orient élargi.

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Pendant la Guerre Froide, le mollah Moustafa Barzani (le père de Massoud Barzani) s’est rapproché de Washington et du Shah d’Iran. Il est devenu un officier du Mossad. On le voit ici en Israël avec Abba Eban (ministre des Affaires étrangères) et le général Meir Amit (directeur du Mossad).

Cet article fait suite à
- « Les Kurdes, arme de déstabilisation massive de Washington au Moyen-Orient », par Sarah Abed, Traduction Jean-Marc Chicot, Réseau Voltaire, 29 août 2017.

Les liens des Kurdes avec Israël

Les relations kurdo-israéliennes ont significativement mûri. Depuis les années 1960 au moins, Israël a épisodiquement fourni aux Kurdes une assistance sécuritaire et un entraînement militaire. Cela a principalement servi de diversion contre Saddam – en le gardant occupé alors qu’Israël menait deux guerres contre une coalition de ses voisins arabes – mais la compréhension mutuelle de leurs difficultés respectives a aussi nourri des affinités israélo-kurdes. Tout semble indiquer que cette coopération sécuritaire continue encore aujourd’hui. L’approvisionnement d’Israël en pétrole kurde bon marché ne montre pas seulement le renforcement des liens économiques mais aussi une main tendue à Erbil, à son budget famélique, laquelle suggère un pari stratégique sur les Kurdes dans une région en mutation.

D’après une étude récente de l’Université hébraïque [1], la population la plus proche des juifs d’un point de vue génétique pourrait être les Kurdes.

Les Kurdes sont alliés avec le pire ennemi de la Syrie – Israël – pour qui, incidemment, l’aspiration au Grand Israël s’accorde presque parfaitement avec les projets des Kurdes pour le « Kurdistan » [2]. Le plan pour un « Grand Israël » d’Oded Yinon, établit qu’il est impératif d’utiliser les Kurdes pour mieux diviser les pays voisins et ainsi contribuer à un plan de domination élargie [3]. Il est assez intéressant de voir que les Kurdes minimisent cette alliance en la considérant juste comme un pas supplémentaire vers la réalisation de leur but ultime, la création d’un Kurdistan autonome.

Tous les principaux groupes politiques kurdes dans la région ont des liens de longue date avec Israël. Tout cela est lié à de graves violences ethniques contre les Arabes, les Turkmènes et les Assyriens. Depuis le PKK en Turquie jusqu’au PYD et au YPG en Syrie, du PJAK en Iran au plus célèbre de tous, le régime mafieux Barzani-Talabani (GRK/Peshmerga) au nord de l’Iraq. Ainsi, on ne devrait pas être surpris qu’Erbil fournisse Daesh (l’Emirat islamique ou Etat islamique) en armes pour affaiblir le gouvernement iraquien à Bagdad [4]. Et quand on comprend qu’Erbil n’est rien de plus qu’un faux nez de Tel-Aviv en Iraq, le stratagème devient clair.

Israël a apparemment fourni au GRK des armes et de l’entraînement militaire avant même ses affrontements armés avec Daesh [5]. Côté stratégie économique, Israël a accordé un soutien vital au GRK en achetant du pétrole kurde en 2015, alors qu’aucun autre pays ne voulait le faire car Bagdad les menaçait de poursuites judiciaires. Le ministre des Ressources Naturelles du GRK, Ashti Hawrami, a même reconnu cet arrangement en disant que le pétrole kurde était souvent écoulé par Israël par souci de discrétion.

En janvier 2012, le journal français Le Figaro a affirmé que des agents secrets israéliens recrutaient et entraînaient des dissidents iraniens dans des camps clandestins de la région kurde d’Iraq [6]. En se rangeant du côté kurde, Israël y gagne des yeux et des oreilles en Iran, en Iraq et en Syrie. Un an plus tard, le Washington Post a découvert que la Turquie avait révélé aux services secrets iraniens l’activité en Iran d’un réseau d’espions israéliens parmi lesquels figuraient dix personnes identifiées comme Kurdes qui auraient apparemment rencontré des membres du Mossad en Turquie [7]. Cette situation instable entre Israël et la Turquie dure encore aujourd’hui.

Les vétérans occidentaux se rallient à la cause kurde

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et son émanation syrienne, le YPG, sont des mouvements radicaux sectaires qui entremêlent marxisme, féminisme, léninisme et nationalisme kurde dans un méli-mélo idéologique. Ils utilisent abondamment une propagande qui se réfère à ces modes de pensée pour recruter leurs membres. Abdullah Öcalan, le leader du PKK, s’est inspiré de l’anarchiste américain Murray Bookchin pour créer sa philosophie qu’il appelle « confédéralisme démocratique ».

Cette émanation du PKK qu’est le YPG constitue l’essentiel des FDS en Syrie. Avec le soutien politique de l’occident, les FDS ont gagné en popularité et collecté un nombre impressionnant de soutiens chez les vétérans occidentaux, parmi lesquels certains ont quitté le confort de leur propre pays pour se battre à leurs côtés. Un de leurs plus efficaces outils marketing a été d’utiliser des jeunes et séduisantes combattantes comme visages des guérillas. Pendant sa lutte contre Daesh, le PKK a saturé les médias avec des images de jeunes « combattantes de la liberté », les utilisant comme des outils marketing pour sortir leur cause de l’obscurité et se faire une réputation.

Regardez un reportage de la BBC sur les combattantes kurdes en Syrie, avec la chanteuse kurde Helly Luv.

Mais ce qui n’est pas rapporté, c’est comment le mouvement a perpétré des enlèvements et des meurtres – sans parler de son implication dans le trafic de stupéfiants.

Des familles kurdes exigent que le PKK arrête d’enlever des enfants mineurs. Cela a commencé le 23 avril 2011, le jour où la Turquie commémorait la 91ème journée de la Souveraineté Nationale et journée des enfants. Alors que des enfants célébraient ce jour férié à l’ouest de la Turquie, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a enlevé 25 étudiants âgés de 14 à 16 ans du côté est du pays dans le district de Lice de la province de Diyarbakır.

Bien que le PKK ait enlevé plus de 330 mineurs dans les six derniers mois, la famille Bockum a été la première dans la région à planter une tente près de son siège pour démarrer un sit-in de protestation, défiant le PKK et réclamant qu’on leur rende leur enfant. Sinan a été rendu à sa famille le 4 mai. Al-Monitor a rapporté cet incident depuis le début avec force détails [8].

Comme l’a expliqué Bebyin Somuk dans son article, le PKK et le PYD enlèvent encore des enfants en Turquie et en Syrie [9]. Elle déclare : « Comme je l’ai déjà écrit pour le Kebab and Camel, le PKK commet des crimes de guerre en recrutant des enfants soldats. Certains des militants du PKK qui se sont rendus hier étaient aussi des enfants soldats du PKK. La photo montre clairement que ces enfants n’ont pas plus de 16 ans. L’armée turque a publié une vidéo [10] de 25 militants qui se sont rendus à Nusaybin. »

SouthFront a publié à propos des combattantes du PKK qui ont tué des soldats turcs [11] : « Le commandement des combattantes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a diffusé une déclaration où il affirme que des combattantes du PKK ont tué 160 soldats turcs en 2016. Selon la déclaration, le commandement des combattantes du PKK a conduit 115 opérations contre les forces du gouvernement turc en 2016. Le groupe a aussi juré de poursuivre la lutte jusqu’à remporter la victoire, pendant l’année à venir, pour une vie de liberté. »

Le PKK tue aussi des Kurdes sous prétexte de protéger leurs droits [12]. « Cemil Bayık, un haut dirigeant du PKK, a dit dans une interview avec l’agence de presse Firat (ANF) ‘Notre guerre ne se limitera pas aux montagnes, comme avant. Elle s’étendra partout sans faire de distinction entre les montagnes, les plaines ou les villes. Elle s’étendra aux métropoles.’ La déclaration du terroriste Bayık annonçait que le PKK s’en prendrait de plus en plus aux civils et viserait plus que jamais les zones civiles. Et c’est ce qu’il se passe. Depuis le 15 juillet 2016, le jour où FETÖ, la secte terroriste de Fethullah Gülen, a lancé son coup d’État manqué pour renverser le gouvernement démocratiquement élu, le PKK a perpétré des douzaines d’attaques terroristes qui ont tué 21 civils et blessé 319 autres – pour la plupart des citoyens kurdes. »

Selon le Washington Institute « Le 18 novembre 2009 Robert Mueller, le directeur du FBI, a rencontré des hauts responsables turques pour aborder les efforts turco-états-uniens visant le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), connu aussi sous le nom de Kongra Gel. À la suite de la réunion, un communiqué de presse de l’ambassade des États-Unis à Ankara a souligné que les responsables états-uniens ‘soutenaient vivement les efforts de la Turquie contre l’organisation terroriste PKK’ et a mis en avant la longue histoire commune des deux pays à travailler ensemble dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé transnational ».

Ces discussions tombent à point nommé. Malgré l’offre récente d’Ankara de remédier au problème kurde – proposition dite de « l’ouverture démocratique » – le PKK est impliqué dans le marché international de la drogue comme un nombre croissant d’autres organisations terroristes. En octobre 2009, le Département du Trésor états-unien a ajouté trois des principaux leader du PKK/Kongra Gel sur la liste des trafiquants étrangers de stupéfiant. Le PKK, avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) est l’une des rares organisations dans le monde pointée par le gouvernement des États-Unis à la fois comme une organisation terroriste et un trafiquant étranger notable de stupéfiants. [13]

La contrebande de drogue est apparemment la principale ressource financière du PKK selon l’International Strategic Research Organization, dont le rapport détaillé peut être consulté en notes [14].

Leurs victoires surmédiatisées contre Daesh les ont aidés à évoluer d’une organisation militante radicale vers un acteur régional qui se prétend puissant. Est-ce qu’ils ont réussi dans leur combat contre Daesh en Syrie ? Oui – mais alors que l’Armée arabe syrienne était plus efficace, elle n’a pas reçu la moindre part des louanges et de la reconnaissance que le PKK a reçu.

Pato Rincon, un vétéran de l’armée états-unienne, a récemment écrit à propos de sa période d’entraînement avec le YPG en Syrie [15]. Bien qu’initialement intéressé par leur désir d’autonomie, il a bientôt découvert une autre facette du groupe :

« Alors qu’ils sont des descendants directs de l’Union Soviétique, leur approche du marxisme a un penchant bien plus nationaliste que leurs prédécesseurs internationalistes. Dans le camp d’entraînement auquel j’ai participé, ils parlaient constamment de leur droit à un pays libre et autonome – ce que je pouvais soutenir. D’un autre côté, ils se ridiculisaient à prétendre que toutes les cultures alentours arabes, turques ou persanes, descendaient de la culture kurde. On peut trouver ça étrange étant donné que les Kurdes n’ont jamais eu autant d’autonomie que celle pour laquelle ils se battent. Il était facile de voir qu’ils étaient bouffis de nationalisme derrière leur masque internationaliste… non seulement leur idée du marxisme était stupide mais leur version du féminisme était pire encore. »

De tels témoignages n’apparaîtront certainement pas dans les médias traditionnels puisqu’ils ne cadrent pas dans le récit que les Kurdes et ceux qui les soutiennent diffusent.

Joe Robinson est un autre exemple du soutien occidental au YPG. Ancien soldat et ressortissant britannique, récemment revenu au Royaume-Uni après avoir passé 5 mois en Syrie à combattre avec le groupe [16], dès son retour, il a été interpellé et arrêté par la police de Greater Manchester pour suspicion d’acte terroriste. Il a rejoint l’armée britannique quand il avait 18 ans et a servi en Afghanistan avec le régiment du Duc de Lancaster en 2012.

Il a quitté le Royaume-Uni quand un mandat d’arrêt a été délivré pour non-comparution au tribunal. Robinson apparaît sur la photo ici en Syrie, avec des combattants du YPG.

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Robinson est tout à gauche, tenant son arme pendant que ses camarades du YPG tiennent un drapeau de Daech. Les mots sur le mur en disent long sur les relations entre Israël, les Kurdes et les États-Unis.

Les FDS marchent avec Daesh

La plus évidente contradiction est que les Kurdes des FDS participent avec les États-Unis à l’opération Détermination Absolue qui est le nom officiel de leurs opérations anti-Daesh. Mais en même temps, la coalition menée par les États-Unis, qui inclut des unités armées kurdes, laisse « les militants du groupe terroriste État Islamique quitter Raqqa au lieu de les tuer, » selon Sergey Surovikin, le commandant des forces russes présentes en Syrie.

Il déclare : « Au lieu d’éliminer les terroristes coupables d’avoir tuer des centaines et des milliers de civils syriens, la coalition menée par les États-Unis et les Forces Démocratiques est de connivence avec les meneurs de Daesh, qui abandonnent sans se battre les positions qu’ils avaient prises et se rendent dans les provinces où les forces du gouvernement syrien sont actives. » [17]

Sputnik en arabe a pu parler avec Husma Shaib, un expert syrien des groupes armés en Syrie, qui explique pourquoi les FDS sont comparables au Front al-Nosra et le véritable but de leurs opérations en Syrie [18].

« En Syrie, nous considérons ces forces comme des formations militaires illégales qui opèrent en dehors de toute base légale. Ils sont comme les unités terroristes du Front al-Nosra et de Daesh. Les forces démocratiques syriennes ne coordonnent pas leurs activités avec l’armée syrienne. Nous les considérons comme des terroristes, » a dit Shaib à Sputnik.

Les FDS sont principalement constituées par la milice kurde du YPG qui a déclaré unanimement la « fédéralisation » de ce qu’ils appellent « Rojava » ou encore « Kurdistan occidental » en mars 2016 [19].

Les leaders des FDS ont annoncé qu’ils essaieraient d’annexer la ville de Raqqa, majoritairement arabe, s’ils arrivent à la libérer.

Les Kurdes entreprennent un nettoyage ethnique de masse contre les Arabes de Raqqa pour ouvrir la voie à l’annexion de la ville qui sera prochainement capturée, à leur « Fédération » déclarée unilatéralement. [20]

Hostilité contre les forces de l’AAS

Le 18 juin 2017, un avion de chasse états-unien a abattu un chasseur-bombardier Su-22 syrien près de la ville de Tabqa. La coalition menée par les États-Unis a déclaré que l’avion avait attaqué les position des FDS, ajoutant que la coalition avait abattu l’avion syrien dans le cadre de « l’autodéfense collective des forces membres de la coalition », selon Sputnik News [21].

Cependant, l’Armée Arabe Syrienne a préciseé qu’elle avait en fait attaqué Daesh et non pas les FDS. L’Armée Arabe Syrienne (AAS) a alors envoyé une mission de secours pour récupérer le pilote de l’avion abattu. Al Masdar News (AMN) rapporte qu’elle a rencontré un résistance farouche des FDS, ce qui témoignerait d’un sérieux durcissement entre les deux parties [22].

Pour le commandement général de l’armée syrienne, cette agression flagrante confirme sans aucun doute la position réelle des États-Unis en faveur du terrorisme visant à affecter la capacité de l’Armée Arabe Syrienne – la seule force active – qui, avec ses alliés, exerce son droit légitime à combattre le terrorisme partout en Syrie [23].

« L’attaque souligne la coordination entre les États-Unis et Daesh et révèle les mauvaise intentions des États-Unis qui supervisent le terrorisme et comptent ainsi faire passer le projet états-unien/sioniste dans la région. » ajoutait-il dans sa déclaration.

Il ajoutait qu’une telle agression n’affecterait pas l’Armée Arabe Syrienne dans sa détermination à poursuivre la lutte contre les organisations terroristes Daesh et le Front al-Nosra et à restaurer la sécurité et la stabilité dans tous les territoires syriens.

Plus tôt dans la semaine, le vice-ministre russe des Affaires Étrangères Sergei Ryabkov a dit à Sputnik que les frappes états-uniennes contre les avions de l’AAS aidaient les terroristes. « Dans le cas de frappes [par les forces états-uniennes contre les avions et les drones des forces armées syriennes], nous avons affaire à une complicité ouverte avec les terroristes opérant sur le sol syrien ».

La CIA a armé les Kurdes en Syrie

La coalition menée par les États-Unis a déclaré à de nombreuses occasions qu’elle travaillait avec les FDS à essayer de vaincre Daesh en Syrie. Cependant, il a été constaté à de nombreuses reprises, que les frappes aériennes menées par les États-Unis visaient des civils, des soldats et des infrastructures syriens. Ces erreurs mortelles et qui auraient pu être évitées illustrent clairement comment la présence en Syrie de la coalition menée par les États-Unis a eu des effets néfastes sur la population civile. Le 26 juin 2017, les FDS ont coupé l’approvisionnement en eau à 1 million de civils à Alep. Certaines sources déclarent que c’était volontairement agressif tandis que d’autres déclarent n’avoir pas compris les causes d’un tel choix aux conséquences terribles contre des civils.

Le 5 juillet [NDT : 2017], le 21st Century Wire a rapporté les efforts des États-Unis pour établir une plus grande présence militaire en Syrie [24]. « Les États-Unis implantent des bases militaires dans les territoires qui ont été libérés de Daesh par nos combattants dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré un haut responsable des FDS.

« Le nombre d’installations militaires états-uniennes en Syrie s’élève maintenant à 8 bases selon des informations récentes, et peut-être neuf selon un autre analyste militaire », selon le 21st Century Wire. [25]

Le gouvernement syrien considère les séparatistes kurdes comme étant tout simplement aussi dangereux que Daesh et d’autres groupes terroristes dans le pays. Leurs plans pour déstabiliser le pays sont encore plus dangereux que ceux de Daesh, particulièrement parce que l’occident leur fournit maintenant un soutien moral, des armes, de l’entraînement, une aide financière, des véhicules armés et même un appui aérien [26]. « Nous récupérerons [les armes] pendant la bataille pour les réparer. Quand ils n’auront plus besoin de certains choses, nous les remplacerons par des choses dont ils ont besoin », a déclaré le Secrétaire à la Défense des États-Unis James Mattis à la fin du mois de juin.

Les Kurdes vendent des armes données par l’Allemagne pour lutter contre Daesh

Des journalistes des chaînes de radio allemandes NDR et WDR ont trouvé plusieurs fusils d’assaut G3 et un pistolet P1, tous gravés avec les initiales « BW » pour Bundeswehr – l’armée allemande – dans les villes d’Erbil et Sulaymaniyah, au nord de l’Iraq.

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Le ministre des Affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier promet un soutien militaire allemand aux Kurdes du nord de l’Iraq pendant une rencontre à Erbil avec Massoud Barzani, président de du Kurdistan iraquien.

Les armes provenaient apparemment de stocks que le gouvernement allemand avait livré au gouvernement autonome kurde au nord de l’Iraq [27]. Ces armes étaient destinées à être utilisées dans la lutte contre Daesh. Plusieurs membres des partis de gauche et des Verts ont depuis longtemps fait part de leurs préoccupations au parlement sur le risque que les armes livrées aux combattants peshmerga puissent tomber dans de mauvaises mains.

Depuis que l’alliance militaire menée par les États-Unis s’est formée pour aider à combattre Daesh en Syrie et en Iraq, il y a eu plusieurs rapports crédibles à propos d’armes fournies par les États-Unis tombées dans les mains de milices non-alliées voire même de Daesh [28].

Les États-Unis ont armé les Kurdes et ont depuis soutenu leurs efforts pour mettre en place les Forces Démocratiques Syriennes le 10 octobre 2015. Les États-Unis avaient besoin de financer un groupe qui luttait contre Daesh à l’intérieur de la Syrie mais qui n’était pas aussi extrémiste au l’Armée syrienne libre laquelle a été publiquement reconnue comme affiliée à Al-Qaïda. Les États-Unis ont déclaré que leur principale raison d’être en Syrie est de combattre Daesh mais leurs actions prouvent autre chose. Leur véritable mission est de déstabiliser le pays en prêtant assistance aux Kurdes à travers les FDS et à d’autres forces armées d’opposition pour libérer des territoires qui pourront être utilisés comme monnaie d’échange dans de futures négociations.

Ron Paul explique pourquoi armer les Kurdes était une idée dangereuse.

Washington a constamment balayé les preuves irréfutables d’Ankara montrant que le YPG est une extension de l’organisation terroriste illégale PKK, qui a terrorisé la Turquie depuis plus de trois décennies [29]. Le Secrétaire à la Défense des États-Unis, James Mattis, a envoyé une lettre à son homologue turque Fikri Işık pour promettre que les États-Unis récupéreront les armes qu’ils ont envoyées au YPG immédiatement après la défaite de Daesh [30].

En même temps, le Département de la Défense des États-Unis fournira à la Turquie une liste détaillée du matériel militaire et des équipements distribués au YPG, ce qui sous-entend que les États-Unis souhaitent garantir une transparence dans leurs relations bilatérales. Ils essaient par là de revenir en arrière sur une grave décision que les États-Unis croient ou ne croient pas avoir prise. Si la réalité n’a pas encore été comprise, elle le sera certainement quand les Kurdes refuseront de rendre les armes ou décideront de les vendre. Washington devra alors faire face à une Turquie encore plus mécontente [31].

Pourquoi est-ce que les Kurdes rejoignent Daesh ?

Pourquoi les Kurdes rejoignent-ils Daesh ?

Depuis plus d’un an, les forces kurdes se sont unies pour se défendre contre les attaques sanglantes de Daesh. Alors comment Daesh a-t-il réussi à recruter des centaines de jeunes Kurdes pour se battre pour le califat, contre leurs propres familles ?

« Il y a des familles kurdes à Halabja dont les fils sont dans l’État islamique [Daesh] et leurs cœurs sont brisés mais je n’irai jamais à leurs funérailles », déclare la mère en deuil de Kaihan Borhan, un Kurde qui est mort en combattant pour les peshmerga contre Daesh. Sa famille est désespérée parce que les personnes responsables de sa mort pourraient bien-être des Kurdes.

« J’ai un ami dont le frère est mort en combattant pour Daesh », dit le frère de Kaihan. « Je n’ai jamais pleuré sa mort et mon ami ne peut pas supporter de me regarder dans les yeux ». Ce témoignage montre la voie de l’extrémisme que beaucoup de Kurdes ont empruntée. Le mécontentement contre les services secrets kurdes, la persécution des musulmans par Asayesh et les revendications intérieures sont exploitées avec talent par Daesh à travers l’usage de la propagande, menée par Khattab Al-Kurdi et sa Brigade Saladin [32].

« Avec la permission de Dieu, nous sèmerons les graines du Califat sur tout notre territoire », a dit Khattab, qui a été l’une des voix les plus convaincantes pour persuader les Kurdes de rejoindre le califat. Même avec la mort de Khattab annoncée en avril 2015, il semble peu probable que la menace de voir d’autres Kurdes rejoindre Daesh diminue avec un nouvel imam kurde qui poursuit la même rhétorique.

Les Kurdes sont utilisés pour déstabiliser l’Iran

Des documents révélés par WikiLeaks en 2010 suggèrent que le chef du Mossad israélien Meir Dagan voulait utiliser les Kurdes et les minorités ethniques pour renverser le gouvernement iranien [33]. Le service d’espionnage israélien avait l’intention de créer un Iran faible et divisé, comparable à l’Iraq actuel, où les Kurdes auraient leur propre gouvernement autonome, a dit le chef de l’espionnage à un officiel états-unien.

Le Partiya Jiyana Azad a Kurdistane (PJAK), un groupe nationaliste kurde basé dans le nord de l’Iraq, a conduit des attaques contre les forces iraniennes dans la province du Kurdistan iranien (Kurdistan oriental) et d’autres territoires où habitent des Kurdes. La moitié des membres du PJAK sont des femmes. Le PJAK dispose d’environ 3 000 miliciens armés. Il constituent encore un autre exemple de Kurdes qui se trouvent au milieu d’un conflit et qui sont utilisés comme des pions par l’occident.

Le parti est étroitement lié au PKK. L’Iran a souvent accusé le PJAK et d’autres groupes nationalistes kurdes iraniens d’être soutenus par Israël. Le journaliste Seymour Hersh a aussi affirmé que les États-Unis soutenaient le PJAK et d’autres groupes iraniens d’opposition. Cependant les États-Unis et Israël ont tous deux niés soutenir le PJAK. De fait, le Trésor états-unien a qualifié le PJAK d’organisation terroriste l’année dernière.

Comme Hersh l’a remarqué en 2004 : « Les israéliens ont des liens anciens avec les clans Talabani et Barzani au Kurdistan et de nombreux juifs kurdes ont émigré en Israël en gardant ces contacts. Mais à un moment donné avant la fin de l’année [2004], et je ne sais pas exactement quand mais je dirais six ou huit mois en arrière, Israël a commencé à travailler avec des commandos entraînés kurdes. Visiblement, l’idée était que les Israéliens mettent les Kurdes à la page – certaines des unités de commandement d’élite, des unités anti-terroristes ou terroristes, selon l’angle de vue, en ont commandé l’entraînement. » [34]

Pourquoi les soi-disant « combattants de la liberté » kurdes ont-ils envie de fricotter avec tous les groupes, quels qu’ils soient, qui ont un intérêt à déstabiliser la Syrie ? Les FDS ont fait équipe avec les organisations terroristes pendant la guerre en Syrie d’une manière provocante et en contradiction criante avec l’image publique « révolutionnaire » qu’elles s’étaient données tant de mal à construire ces dernières années.

L’Iraq, la Syrie, la Turquie et l’Iran, continuent de s’opposer à l’idée d’avoir leurs frontières et leurs souverainetés divisées par les États-Unis dans une nouvelle expérience d’ingénierie sociale dictée par le couple États-Unis/OTAN au Moyen-Orient.

Des tentatives de ré-écrire l’histoire géographique

Une population estimée à 30 millions de Kurdes réside principalement dans les régions montagneuses de ce qui est aujourd’hui l’Iran, l’Iraq, la Syrie et la Turquie. Ils constituent la plus grande population nomade du monde sans état souverain. Les Kurdes ne sont pas pour autant monolithiques, et les identités des groupes et les intérêts politiques dépassent souvent une allégeance nationale unificatrice.

Certains Kurdes, particulièrement ceux qui ont migré vers des centres urbains comme Istanbul, Damas et Téhéran, se sont intégrés et ont été assimilés alors que beaucoup de ceux qui sont restés sur leurs terres ancestrales ont conservé un fort sentiment identitaire spécifiquement kurde. La diaspora kurde, estimée à deux millions de personnes, se concentre principalement en Europe avec, dans l’Allemagne seule, plus d’un million de personnes. Ces groupes en errances migratoires n’ont jamais occupé un pays qui leur soit propre à aucun moment de l’histoire, mais ils ont toujours été membres d’un pays plus grand ou d’un empire qui les a acceptés et leur a fourni un refuge.

La version des événements que présentent les Kurdes est en contradiction brutale avec les récits défendus par la plupart des historiens. Ceci s’est avéré être un sujet de désaccord entre les Kurdes et les citoyens des autres pays.

Par exemple, les Kurdes prétendent avoir été conquis et occupé pendant toute leur histoire. Voici un exemple de leur tentative de ré-écriture de l’histoire qui cadre avec leur récit : « La région kurde a vu une longue liste d’envahisseurs et de conquérants : les Perses antiques venus de l’est, Alexandre le Grand de l’ouest, les musulmans arabes au 7ème siècle du sud, les Turcs seljouques au 11ème siècle de l’est, les Mongols au 12ème siècle de l’est, les Perses médiévaux de l’est et les Turcs ottomans du nord au 16ème siècle et plus récemment, les États-Unis par leur invasion de l’Iraq en 2003. » [35]

(À suivre…)

Traduction
Marc Grossouvre

[1] “Study Finds Close Genetic Connection Between Jews, Kurds”, Tamara Traubman, Haaretz, November 21, 2001.

[2] « Une stratégie pour Israël dans les années 80 », par Oded Yinon, Traduction Youssef Aschkar, Kivunim (Israël) , Réseau Voltaire, février 1982.

[3] “Preparing the Chessboard for the “Clash of Civilizations” : Divide, Conquer and Rule the “New Middle East””, Mahdi Darius Nazemroaya, Global Research, November 26, 2011.

[4] « Révélations du PKK sur l’attaque de l’ÉIIL et la création du "Kurdistan" », Réseau Voltaire, 8 juillet 2014. “Why Have the Kurds Supplied ISIS With Weapons ?”, Michael Rubin, Newsweek, April 26, 2016.

[5] “Israel and the Kurds : Love by Proxy”, Ofra Bengio, The American Interest, March 18, 2016.

[6] “Le Mossad en cheville avec les Kurdes d’Irak contre l’Iran”, Le Figaro, 13 janvier 2012.

[7] “Turkey blows Israel’s cover for Iranian spy ring”, David Ignatius, The Washington Post, October 16, 2013.

[8] “PKK risks peace process with kidnappings”, “PKK kidnappings backfire among Turkey’s Kurds”, Tulin Daloglu, Al-Monitor, April 28 & May 8, 2014.

[9] “The Child Soldiers of the PKK and YPG”, “The PKK and the PYD still kidnap children in Turkey and Syria”, Beybin Somuk, The Kebab and Camel, 2015.

[10] “Army releases video of 25 PKK terrorists surrendering in Turkey’s southeast”, Yeni Şafak, May 25, 2016.

[11] “PKK Female Fighters Claim Killing Of 160 Turkish Military Servicemen In 2016”, South Front, February 1, 2017.

[12] “PKK killing Kurds under the guise of protecting their rights”, Mustafa Kirikçioğlu, Daily Sabah, August 30, 2016.

[13] “Contending with the PKK’s Narco-Terrorism”, Benjamin Freedman & Matthew Levitt ”, The Washington Institute, December 8, 2009.

[14] “Drug Smuggling as Main Source of PKK Terrorism”, Sedat Laçine, International Strategic Research Organization, February 12, 2008.

[15] “The Warped Marxist-Feminist Ideology of the Kurdish YPG”, Pato Ricon, Bombs and dollars, May 9, 2017.

[16] “Ex-soldier has spent five months fighting ISIS while on the run from British police”, Joseph Curtis, Daily Mail, November 26, 2015.

[17] “US-led coalition colluding with IS instead of fighting terrorism — Defense Ministry”, Tass, June 9, 2017.

[18] “So-Called ’Syrian Democratic Forces’ None Other but ’Terrorists Like Daesh’”, Sputnik, June 12, 2017.

[19] “Syria : Is the Race for Raqqa Over ?”, Andrew Korybko, Sputnik, June 10, 2017.

[20] “The Kurds Are Ethnically Cleansing Arabs From Raqqa, And The World Is Silent”, Andrew Korybko, Global Village Space, June 15, 2017.

[21] “US-Led Coalition Provocations Foster More Terrorist Activity in Syria - Shoigu”, Sputnik, June 30, 2017.

[22] “Breaking : Intense clashes break-out between Syrian Army and US-backed forces in west Raqqa”, Leith Fadel, Al Masdar News, June 19, 2017.

[23] “Army general command : international coalition air force targets an army’s warplane in Raqqa countryside”, Sana, June 18, 2017.

[24] “US Expands Military Footprint in Syria to EIGHT Bases, ‘Modifies’ Kobani Air Base”, Vanessa Beeley, 21st Century Wire, July 5, 2017. « L’occupation états-unienne et française du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 20 juillet 2017.

[25] “US Strengthens Presence in Northern Syria”, Sputnik, Juky 4, 2017.

[26] “Pentagon Suggests US Will Keep Arming Kurds in Syria After Raqqa”, Sputnik, June 27, 2017.

[27] “Steinmeier promises Kurds more military support to fight ’IS’”, Deutsche Press Agentur, December 8, 2015.

[28] “Armed with U.S. weapons, infamous militia beating ISIS”, Holly Williams, CBS News, February 2, 2015. “ISIS : We have our hands on weapons, ammo air-dropped by U.S.”, CBS News, October 21, 2014.

[29] “U.S. ’in Bed with Terrorists’ If It Arms Syria’s Kurds : Turkey”, Callum Paton, Newsweek, May 10, 2017.

[30] “Turkey : U.S. promised to reclaim weapons from Kurds after ISIS fight”, CBS News, June 22, 2017.

[31] “Erdogan Slams Those ’Who Think They’re Tricking Turkey’ Over Arms for Kurds”, Sputnik, June 25, 2017.

[32] “Inside the Surreal World of the Daesh Propaganda Machine”, Sarah Abed, The Rabbit Hole, May 29, 2017.

[33] “Wikileaks : Israeli Mossad wanted to use Kurds against Iran”, Wladimir van Wilgenburg, Ekurd Daily, December 3, 2010.

[34] “Israeli Agents Operating in Iraq, Iran and Syria”, Seymour Hersh, Democracy Now, June 22, 2004.

[35] “Kurdish History”, The Kurdish Project, consulted June 2017.

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