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Précisions et correction de l’édition française de « Sous nos yeux »

La publicité et la diffusion du livre de Thierry Meyssan « Sous nos yeux » ne laissent pas de doute sur le fait que les personnes et les sociétés qui y sont citées en ont eu connaissance. Aucune n’a contesté les faits qui y sont relatés. Le délai de prescription des différentes éditions françaises est aujourd’hui clos. Elles ne peuvent donc plus entreprendre de poursuites judiciaires. Cependant, les noms de personnalités secondaires avaient été masqués et une erreur de transcription de noms propres a été trouvée. Nous publions cet addendum.

| Paris (France)
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Lors de la publication de l’édition française de Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, l’éditeur et l’auteur sont convenus d’effacer divers noms propres afin de ne pas encourir de poursuites judiciaires dont seul l’éditeur aurait été responsable, l’auteur vivant hors de l’Union européenne.

L’éditeur et l’auteur sont convenus de ne biffer que des noms de personnalités jouant un rôle secondaire dans la narration. Le délai de prescription étant largement clos, aucune des personnalités principales, dont le nom a été publié, n’a contesté les faits relatés dans le livre. C’est notamment le cas des Français Laurent Fabius, Alain Juppé, Bernard Kouchner, François Hollande, Bernard-Henri Lévy, Benoît Puga, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. C’est également le cas de personnalités étrangères vivant en France comme Burhan Ghalioum, Basma Kodmani et Haytham Manna. Ou encore de sociétés multinationales comme Caterpillar, KKR, Lafarge-Holcim et Toyota.

Thierry Meyssan est donc fondé en droit à dire et répéter en France ce qu’il a écrit à leur sujet dans ce livre.

Pour la clarté du propos nous publions l’intégralité des passages qui ont été partiellement rayés dans la première édition française de ce livre.

En outre, un passage comprend des erreurs de transcription d’un document original en arabe, créant de possibles confusions. Nous le reproduisons donc ici corrigé.

Correction

pp. 66-67

Début juin 2012, la France et le Royaume-Uni participent à la réunion du groupe de travail «  Relance économique et Développement  » des Amis de la Syrie, aux Émirats Arabes Unis, sous présidence allemande. Il s’agit d’impliquer les États membres dans la guerre en leur promettant un butin. Plusieurs années auparavant les sociétés norvégiennes InSeis Terra et Sagex avaient officiellement procédé à la recherche d’hydrocarbures en Syrie. Bien qu’elles n’aient déclaré avoir détecté 13 champs pétroliers et gaziers qu’en deux dimensions, elles les avaient en réalité arpenté en trois dimensions et connaissaient donc la valeur de chacun d’entre eux. La Sagex ayant été rachetée par une société franco-US cotée à Londres, CGG Veritas, puis absorbée par le groupe Schlumberger, trois États se trouvent bientôt en possession de ces précieux renseignements, mais toujours pas la Syrie qui n’en prendra connaissance qu’en 2013. Selon ces recherches, la Syrie dispose d’un sous-sol au moins aussi riche que celui du Qatar. Le Royaume-Uni fait entrer Oussama Al-Kadi, un cadre de British Gas, au Conseil national syrien. Avec son aide, Paris et Londres attribuent aux présents des concessions sur l’exploitation à venir d’un pays qu’ils n’ont pas encore conquis.

Noms masqués dans la première partie du livre

p. 26-27

Alors qu’il était encore ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy initie des contacts avec Abdullah Senussi, le chef des services secrets intérieurs libyens et beau-frère de Mouammar Kadhafi. Il faisait l’objet d’une condamnation par contumace en France pour son rôle dans l’attentat contre le vol 772 UTA qui causa la mort de 170 personnes en 1989, au cours de la guerre du Tchad. La Libye propose de financer la campagne électorale de Sarkozy en échange d’une promesse d’amnistie ou d’un non-lieu judiciaire. Un ministre délégué et homme de confiance de Sarkozy, Brice Hortefeux, négocie le montant avec le colonel Kadhafi. En définitive, selon le haut fonctionnaire libyen qui a supervisé la transaction, l’homme d’affaire franco-libanais Ziad Takieddine transporte 57 millions d’euros à Paris.

Au cours de la campagne électorale, la Libye observe que la candidate socialiste Ségolène Royal pourrait aussi l’emporter. Senussi prend alors contact avec l’ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, Roland Dumas, qui – toujours selon la même source – vient chercher 25 millions d’euros à Tripoli, à peu près la moitié de la somme offerte à son concurrent.

La loi française interdit le financement de campagnes électorales par des États étrangers. Au demeurant le coût des campagnes ne peut atteindre ces sommes. Sarkozy et Royal ne peuvent pas promettre de fabriquer un non-lieu judiciaire sauf à mépriser la Justice et son indépendance. Ils peuvent par contre prononcer une amnistie, mais pas la négocier pour leurs affaires personnelles. Roland Dumas le sait d’autant mieux qu’il fut président du Conseil constitutionnel (1995-2000) chargé de veiller au bon déroulement des élections. La Justice française enquêtera sur les fautes de Sarkozy, mais pas sur celles de Royal.

p. 33

Nicolas Sarkozy et sa ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, ont toute confiance en Ben Ali avec qui ils font des «  affaires  » personnelles. Après s’être fait construire et équiper un Airbus A330 comme super avion présidentiel, ils ont revendu les deux anciens aéronefs destinés aux voyages officiels. L’un des A319 CJ a été discrètement retiré des inventaires et cédé à la société tunisienne Karthago Airlines, propriété d’Aziz Miled et de Belhassen Trabelsi (frère de Mme Ben Ali). Nul ne sait quel est l’heureux bénéficiaire de cette transaction. Après la fuite du Président Ben Ali, l’avion sera récupéré et vendu à une société de jeux à Singapour, puis à la Turquie.

(…)

La CIA organise alors une réunion secrète au Caire à laquelle le Président Sarkozy envoie une délégation incluant le lobbyiste Bernard-Henri Lévy, un ancien amant de Carla Bruni et de Ségolène Royal. Le Frère musulman Mahmoud Jibril, qui est le n°2 du gouvernement libyen en entrant dans la pièce, devient le leader de «  l’opposition au tyran  » en sortant. Parmi les Syriens présents, se trouvent notamment Malik Al-Abdeh (un ancien de la BBC qui créa BaradaTV avec l’argent de la CIA et du département d’État) et Ammar Qurabi (membre d’une kyrielle d’associations de défense des Droits de l’Homme et créateur d’OrientTV).

p. 39

Le 7 juin, France24, qui dépend du ministère des Affaires étrangères, diffuse en direct une intervention téléphonique émouvante de l’ambassadrice de Syrie en France, Lamia Chakkour. Elle annonce sa démission pour protester contre les massacres dans son pays. Bien que Renée Kaplan, la directrice adjointe de la rédaction de France24, jure que la voix diffusée est celle de l’ambassadrice qu’elle connait bien, il s’agit en fait de celle de l’épouse du journaliste Fahd Al-Argha-Al-Masri, s’exprimant depuis un autre studio de la chaîne. Coordonné avec France24, le ministère français des Affaires étrangères contacte alors tous les ambassadeurs syriens dans le monde, leur annonçant la «  démission  » en direct de leur collègue Lamia Chakkour, et exigeant la leur également sous peine d’être traduit devant la Cour pénale internationale. La vraie ambassadrice proteste immédiatement et tente d’obtenir une rectification de France24, qui bien sûr refuse. Lorsque BFM TV lui donne la parole, l’intoxication fait long feu sans qu’aucun ambassadeur syrien n’ait cédé aux pressions. Jamais le Conseil supérieur français de l’audiovisuel – nommé par les trois Présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Sénat – n’enquêtera sur cette affaire.

p. 43

Joignant l’utile à l’agréable, le gouvernement Erdogan fait offrir par le patronat turc un «  cadeau  » à Alain Juppé.

p. 45

C’est seulement à cette période que Nicolas Sarkozy a connaissance du trésor dont dispose la Libye  : 150 milliards de dollars, dont 143 tonnes d’or et presque autant de tonnes d’argent. Claude Guéant est autorisé à dépêcher l’ancien directeur de la Police nationale, le préfet Édouard Lacroix, pour négocier avec Kadhafi un retrait français en échange d’une partie de ce trésor.

p. 46-47

Durant les cinq mois qui suivent, plusieurs personnalités françaises se déplacent en Libye. C’est notamment le cas des avocats Roland Dumas et Jacques Vergès. Les deux hommes proposent aux Libyens de défendre leurs intérêts et de faire lever le gel illégal de 400 millions d’euros de leurs avoirs en France. Ils exigent d’être payés en proportion des sommes en jeu et quittent Tripoli avec 4 millions d’euros en liquide, à titre d’avance. Par la suite, ils envoient un fax manuscrit à Alain Juppé en lui demandant de préciser à quel titre ce gel a eu lieu. La Jamahiriya s’étant effondrée en août, ils n’accompliront jamais le travail pour lequel ils ont été grassement rémunérés.

p. 79

François Hollande, qui a parlé trop fort et trop vite, reste seul en lice. Impuissant, il se terre à l’Élysée, tandis que la parole de la France est décrédibilisée au plan international. Personne ne demande de comptes à la Turquie et surtout pas Anne Lauvergeon, Alexandre Adler, Joachim Bitterlich, Hélène Conway-Mouret, Jean-François Copé, Henri de Castries, Augustin de Romanet, Laurence Dumont, Claude Fischer, Stéphane Fouks, Bernard Guetta, Élisabeth Guigou, Hubert Haenel, Jean-Pierre Jouyet, Alain Juppé, Pierre Lellouche, Thierry Mariani, Gérard Mestrallet, Thierry de Montbrial, Pierre Moscovici, Philippe Petitcolin, Alain Richard, Michel Rocard, Daniel Rondeau, Bernard Soulage, Catherine Tasca, Denis Verret et Wilfried Verstraete, qui ont tous reçus des «  cadeaux  » du patronat turc au nom de Recep Tayyip Erdogan.

p. 94

Aussi François Hollande est-il pris de fureur lorsque, en février 2015, il apprend le voyage à Damas de deux sénateurs, Jean-Pierre Vial (Les Républicains) et François Zocchetto (centriste), et de deux députés, Jacques Myard (Les Républicains) et Gérard Bapt (PS). Un deuxième voyage, en septembre 2015, amène à nouveau Gérard Bapt, accompagné cette fois des députés Jérôme Lambert (PS) et Christian Hutin (Chevènementiste). Puis un troisième, en mars 2016, rassemble des députés (Les Républicains) autour de Thierry Mariani, avec Valérie Boyer, Nicolas Dhuicq, Denis Jacquat et Michel Voisin. Et enfin un quatrième, en janvier 2017, avec les mêmes et Jean Lassalle (centriste). Tous, sauf Gérard Bapt, sont reçus par le Président el-Assad.

C’est que le socialiste Bapt, lui aussi, est venu faire des affaires. Il représente la Grande Loge de l’Alliance maçonnique française (GLAMF) – dépendant directement du prince Edward, duc de Kent –, une scission de la Grande Loge nationale française (GLNF), créée par Alain Juillet (ancien responsable de l’Intelligence économique au Secrétariat général de la Défense nationale) pour le compte des Britanniques. Il rencontre des hommes d’affaires et leur promet de faire supprimer leur nom de la liste des sanctions européennes, contre des dessous-de-table sonnants et trébuchants. Bien sûr il n’a aucun pouvoir en la matière. Il est accompagné d’un autre escroc, Jérôme Toussaint, aujourd’hui emprisonné en France.

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