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Le rôle des puissances étrangères dans l’emploi d’armes chimiques contre la Syrie

| New York (États-Unis)
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D’ordre de mon gouvernement, j’appelle votre attention sur les informations suivantes au sujet du rôle destructeur joué par les États-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne, la France et certains États gravitant dans leur orbite, par l’intermédiaire du parrainage et du soutien qu’ils apportent à des groupes terroristes armés en Syrie et des substances chimiques toxiques et de l’aide qu’ils leur fournissent pour transporter, stocker et mélanger des produits chimiques en vue de les utiliser contre des civils syriens et d’en imputer ensuite la responsabilité au Gouvernement syrien.

La République arabe syrienne, membre fondateur de l’ONU, est persuadée que l’Organisation a un rôle essentiel à jouer pour trouver des solutions à des crises lorsque les États Membres agissent en stricte conformité avec les buts énoncés dans la Charte des Nations Unies, notamment le maintien de la paix et de la sécurité internationales, qui est la principale mission conférée au Conseil de sécurité.

Depuis la fin de 2012 [voir nos lettres identiques du 8 décembre 2012 (A/67/628-S/2012/917)], la République arabe syrienne a maintes fois mis en garde la communauté internationale contre l’emploi par des groupes terroristes de substances chimiques comme armes, d’autant que ces derniers avaient fait mainmise sur une usine du secteur privé, à l’est de la ville d’Alep, qui contenait des tonnes de chlore toxique. Le 19 mars 2013, les groupes terroristes armés ont pour la première fois employé des armes chimiques en Syrie, à Khan el-Assal, avec un tir de roquettes qui a fait 25 morts et plus de 110 blessés parmi les civils et les militaires par suite d’inhalations de gaz toxiques. Ils ont été évacués vers des hôpitaux de la ville d’Alep. Le Gouvernement syrien a été le seul à se tourner rapidement vers l’Organisation des Nations Unies, pour lui demander son aide dans l’enquête à mener sur l’emploi de produits chimiques dans cette localité. Il a prié instamment le Secrétaire général de dépêcher de toute urgence une mission pour aider les autorités syriennes à enquêter sur l’emploi d’armes chimiques toxiques et à identifier la partie responsable. Malheureusement, à la suite de la pression exercée par des pays de l’Occident influents au Conseil de sécurité, le Secrétaire général n’a pu envoyer l’équipe d’enquête présidée par Åke Sellström que quatre mois après la formulation de la requête par le Gouvernement syrien. À ce jour, cette mission des Nations Unies ne s’est toujours pas rendue sur les lieux du crime ; c’est en raison de « l’incident » de la Ghouta du 21 août 2013, concocté de toutes pièces, qui s’était « produit » quelques heures avant que la mission de M. Sellström ne quitte Damas pour Khan el-Assal. Des représentants de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques ne se sont pas non plus rendus sur le lieu précité.

La République arabe syrienne a communiqué des renseignements importants dans des dizaines de lettres adressées au Conseil de sécurité et au Secrétaire général, sur la possession par les terroristes de substances chimiques et le transfert de ces produits sur son territoire depuis les États voisins, qui viennent s’ajouter aux essais effectués en laboratoire en prévision de l’emploi d’armes chimiques sur le sol syrien.

La République arabe syrienne a également déclaré au Conseil à plus d’une occasion que les États-Unis, l’Arabie saoudite et d’autres pays supervisaient le transfert de produits chimiques toxiques sur son territoire. Les États-Unis et Israël ont également formé des terroristes en Turquie et dans d’autres États au dosage, à la préparation et à l’emploi de substances chimiques toxiques comme armes. Les États-Unis ont également dépêché en Syrie deux spécialistes de la guerre chimique qui ont formé des membres du Front el-Nosra et des Soldats d’el-Aqsa, qui lui est affilié, au mélange et à l’emploi de substances chimiques. Dans sa lettre du 30 mai 2017, la République arabe syrienne a informé le Conseil d’un autre incident qui s’est produit le 23 mai 2017, au cours duquel deux spécialistes américains des armes chimiques, accompagnés de deux experts koweïtiens, ont fait passer subrepticement des produits chimiques à travers la frontière turco-syrienne dans le secteur d’Allani, près du Barrage de l’amitié. Ils se sont rendus dans une usine de fabrication de fusées et de canons de l’enfer à Saraqeb, dans l’est de la province d’Edleb. L’usine, renforcée par du béton armé et enfouie à huit mètres sous terre, est recouverte d’une couche de trois mètres d’épaisseur de sable et recèle une grande quantité de produits chimiques, de gaz sarin et de matières qui entrent dans la production de roquettes toxiques. Dans sa lettre du 29 septembre 2017, la République arabe syrienne a informé le Conseil que le 20 août 2017, plusieurs officiers d’état-major américains dirigés par un certain « Fioul Kin » (dénommé Ali el-Siddiq-Abou Ahmed par l’organisation terroriste Daech) avaient transporté des substances chimiques dans trois camions frigorifiques de Soueïdan et de Hrabech (province de Deïr el-Zor) vers Izzaoui au sud de Chaddadé, et ensuite au centre Live Stone, dans la province de Hassaké. Le 22 août 2017, les substances ont été transférées au site de Karatchouk dans le secteur de Malikiyé et ensuite à la base aérienne des forces américaines de Rmeïlan. Plusieurs experts chimiques américains, avec à leur tête l’expert dit « Grund », ont également transféré des substances.

Dans des lettres identiques datées du 17 mars 2014 (S/2014/195), la République arabe syrienne a informé le Conseil qu’un certain Haitham Salaheddin Qassab avait transporté des substances chimiques depuis la Turquie pour le compte de l’organisation terroriste Ahrar el-Cham. Il les avait obtenues de la société d’import-export Dharwa, située dans le secteur de Bolha Caylioglu, près du bâtiment de la poste, sur la route de Kozan. Le terroriste Haitham Qassab a demandé plusieurs substances, notamment du phosphore blanc, du phosphore rouge, du fluorure de potassium, du méthanol, de l’isopropyl, de l’hydroxyamyl et de la résorcine, qui servent à produire de la fumée blanche dans certaines zones, pour accuser ensuite l’aviation syrienne de les avoir pilonnées. La raison première en est cependant l’emploi comme armes chimiques.

Dans sa lettre du 4 février 2016, la République arabe syrienne a informé le Mécanisme d’enquête conjoint de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et de l’Organisation des Nations Unies au sujet d’une cellule dite de sarin. Les autorités turques avaient arrêté Nouhad Qassab, qui a la double nationalité syrienne et turque et cherchait à faire passer du sarin en contrebande en Syrie depuis la Turquie. Il a admis que les services de renseignement saoudien et turc lui avaient demandé de transporter du gaz sarin depuis la Libye en Turquie. Il avait ensuite cherché à en transporter depuis Alexandrette, en Turquie, vers la Syrie dans des tonneaux remplis d’acide. Il a admis également avoir coopéré avec sept autres personnes, dont un agent du renseignement turc dénommé Mirsal Yilmaz.

Ce qui s’est produit et continue de se produire à ce jour est une politique à bas coût au moyen de laquelle les États-Unis se servent de groupes terroristes, leur fournissent des substances toxiques et les forment à la préparation et à l’emploi d’armes chimiques. Ils entraînent et préparent ensuite des groupes terroristes comme les Casques blancs et des civils se trouvant dans des secteurs contrôlés par les groupes terroristes pour faire des mises en scène d’attaques chimiques qu’ils filment. Puis les États-Unis, avec la Grande-Bretagne et la France, donnent pour instruction au Mécanisme d’enquête conjoint d’établir des rapports dénaturés destinés à imputer tout le blâme au Gouvernement syrien, du fait qu’ils ne comportent pas la moindre preuve sur l’emploi par ce dernier d’armes chimiques. Les États-Unis n’ont d’ailleurs même pas attendu la publication des rapports de la mission d’établissement des faits ou du Mécanisme d’enquête conjoint pour lancer leur attaque contre la base militaire de Chaaeïrat en avril 2017. Le 7 avril 2017, les groupes terroristes armés ont organisé une autre mise en scène à Douma, de nouveau sur ordre de leurs maîtres en Occident, notamment la Grande-Bretagne et les États-Unis. La véracité de cette attaque chimique fabriquée de toutes pièces a été réfutée par des témoins oculaires qui apparaissent en fait dans les clips vidéo de cet incident présumé, concoctés par les membres de l’organisation terroriste Casques blancs, affiliée au Front el-Nosra. Par la suite, le 14 avril 2018, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont lancé une nouvelle attaque contre la Syrie. C’est le modus operandi des États-Unis et des pays qui gravitent dans leur orbite, dont la France, la Grande-Bretagne, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar. Leur politique consiste à embrigader l’aide de groupes terroristes comme Daech, le Front el-Nosra et d’autres qui leur sont affiliés pour organiser ces mises en scène, afin de pouvoir lancer des attaques contre la Syrie avant toute séance importante du Conseil de sécurité ou réunion à La Haye.

Dans notre lettre du 29 mai 2018, nous avons récemment informé le Conseil que le terroriste Machaal Idris el-Hamach, qui appartenait à Daech et qui coopère actuellement avec les forces américaines et les soi-disant Forces démocratiques syriennes dans le secteur de Jadid Oukeïdat, a transféré des familles de ce secteur qu’elles contrôlent dans la province de Deïr el-Zor vers une base des États-Unis dans le champ pétrolifère de Jafra. Elles ont reçu une formation à compter du 21 mai 2018 et ont participé à une mise en scène destinée à faire croire qu’elles avaient été pilonnées par les forces armées syriennes au moyen d’obus de canon chargés de substances chimiques. Les États-Unis et les forces kurdes présentes sur cette base cherchent à provoquer les forces armées syriennes positionnées autour du champ pétrolifère. Nous croyons savoir que la mise en scène sera organisée dans un des villages se trouvant à proximité du champ pétrolifère de Jafra.

Dans notre lettre du 29 mai 2018, nous avions informé le Conseil que des groupes terroristes armés situés dans la province d’Edleb et dans le nord de Hama se préparaient à organiser une attaque chimique inventée de toutes pièces. Les préparatifs se sont déroulés sur le sol turc, en présence d’officiers américains et d’autres services de renseignement occidentaux, de réalisateurs de films et de cadres de l’organisation Médecins sans frontières (afin d’éviter les erreurs des mises en scène antérieures) et des personnes ont été amenées de camps de réfugiés syriens, de façon à en imputer la responsabilité à l’Armée arabe syrienne et à influencer l’opinion publique mondiale.

L’Armée arabe syrienne et des civils syriens ont été visés au moyen d’armes chimiques et de substances toxiques, y compris du gaz chloreux, par des groupes terroristes armés comme Daech, le Front el-Nosra et des entités qui leur sont associées, dans de nombreuses régions du pays dans le cadre d’actes terroristes criminels qui sont commis par ces organisations en Syrie et dans la région. À ce jour, nous avons adressé au Conseil de sécurité et à ses comités spécialisés plus de 146 lettres comportant des détails sur l’acquisition, la production et l’emploi de substances chimiques de la part de groupes terroristes armés. Malheureusement, le Gouvernement syrien n’a pas obtenu la moindre réponse au sujet d’une quelconque mesure qui aurait été prise par le Conseil à l’encontre des États qui ont facilité l’acquisition et l’emploi d’armes chimiques par ces groupes.

Après avoir adressé ces 146 lettres au Conseil de sécurité dans lesquelles nous lui avons fourni des détails sur l’acquisition, la fabrication et l’emploi d’armes chimiques par des groupes terroristes armés, ainsi que les coordonnées des lieux de stockage, et communiqué l’existence récemment dévoilée de laboratoires et de produits chimiques en possession et sous la gestion de groupes terroristes à Douma, Homs et Deïr el-Zor, nous nous trouvons dans l’obligation de lui demander à quel moment il compte enquêter sur les informations figurant dans les centaines de lettres que nous lui avons adressées au sujet de l’appui, du financement et des armes que les Gouvernements américain, britannique, saoudien, qatarien, turc et israélien continuent d’apporter à des groupes terroristes armés dans mon pays, y compris les substances chimiques.

La République arabe syrienne estime qu’après la tenue de centaines de séances sur l’application des résolutions sur les armes de destruction massive et la lutte contre le terrorisme, le moment est venu pour le Conseil de sécurité de s’acquitter de la mission qui est la sienne, en toute intégrité et en toute probité, de tenir ces États pour responsables du rôle qu’ils jouent dans la fourniture aux groupes terroristes armés de substances chimiques toxiques, de connaissances spécialisées et de formation dans la supervision du transfert de ces substances chimiques depuis l’étranger jusqu’en Syrie et d’un lieu à un autre, sur le territoire syrien. Les agissements de ces États sont en violation des accords qui réglementent la non-prolifération des armes de destruction massive et en particulier la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction ; la résolution 1540 (2004) du Conseil de sécurité ; et les résolutions relatives à la lutte contre le terrorisme. Ils portent également atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

La République arabe syrienne souligne qu’elle respecte la Convention sur les armes chimiques dans la lettre et dans l’esprit. Depuis qu’elle y a adhéré en 2013, elle n’est plus en possession de substances chimiques interdites, comme l’a confirmé devant le Conseil de sécurité en septembre 2014 Sigrid Kaag, la Cheffe de la Mission conjointe de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et de l’Organisation des Nations Unies chargée du démantèlement du programme d’armes chimiques de la République arabe syrienne. La Syrie estime que l’emploi d’armes chimiques est un acte immoral qui doit être condamné en tout lieu et en toute circonstance, quelles qu’en soient les motivations.

Le Gouvernement syrien vous a communiqué et continuera de vous communiquer ces renseignements importants sur l’intention des groupes terroristes d’attaquer des civils dans certains secteurs de Syrie à l’aide d’armes chimiques et d’en imputer le blâme ensuite au Gouvernement syrien. Il attend du Conseil qu’il prenne activement des mesures urgentes, conformément à ses résolutions sur la lutte contre le terrorisme, à l’encontre des États qui soutiennent, parrainent et financent ces groupes terroristes armés.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir faire distribuer le texte de la présente lettre comme document du Conseil de sécurité.

Source : Onu S/2018/630

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