(retranscription respectant l’orthographe originale)

1. J’ai été reçu au bureau du Général HUCHON lundi 09 mai 1994 de 15.00h à 17.00 heures.

2. Au cours de l’entretien, je lui ai fait le tour d’horizon sur la situation Politico-Militaire de l’heure au Rwanda en insistant sur la reprise des hostilités initiées par le FPR, hostilités qui ont alimenté vivement les affrontements interethiniques ... [illisible]. J’ai insisté également sur le fait que la MINUAR a exercé ... empêchant le ... de procéder au recrutement de nouvelles troupes, de s’approvisionner en armes et munitions tandis que le FPR agissait en toute liberté en préparation de l’offensive générale qu’il mijotait.

3. Les priorités suivantes ont été abordées.

a. Le soutien du Rwanda par la France sur le plan de la politique internationale.

b. La présence phyisique des militaires Français au Rwanda ou tout au moins d’un contingent d’instructeurs pour les actions de coups de mains dans le cadre la coopération.

c. L’utilisation indirecte des troupes étrangères régulières ou non.

d. Besoins urgents :

 Munitions pour la Bie 105mm (2.000 coups au moins).

 Compléter les munitions pour les armes individuelles au besoin en passant indirectement par les pays voisins amis du Rwanda.

 Habillement

 Matériel de transmission

e. Participation aux enquêtes visant à faire la lumière sur la mort tragique du Président de la République Rwandaise et celui du Burundi.

4. Avis et considérations du Général HUCHON.

a. Il faut sans tarder fournir toutes les preuves prouvant la légitimité de la guerre que mène le Rwanda de façon à retourner l’opinion internationale en faveur du Rwanda et pouvoir reprendre la coopération bilatérale. Entretemps, la maison militaire de coopération prépare les actions de secours à mener à notre faveur.

Le téléphone sécurisé permettant au Général BIZIMUNGU et au Général HUCHON de converser sans être écouté (cryptophonie) par une tièrce personne a été acheminé sur KIGALI. Dix sept petits postes à 7 fréquences chacun ont été également envoyés pour faciliter les communications entre les Unités de la ville de KIGALI.

Ils sont en attente d’embarquement à Ostende. Il urge de s’aménager une zone sous contrôle des FAR où les opérations d’atterrissage peuvent se faire en toute sécurité. La piste de KAMEMBE a été retene convenable aux opérations à condition de boucher les trous éventuels et d’écarter les espions qui circulent aux alentours de cet aéroport.

b. Ne pas sous-estimer l’adversaire qui aujourd’hui dispose de grands moyens. Tenir compte de ses alliés puissants.

c. Placer le contexte de cette guerre dans le temps. La guerre sera longue.

d. Lors des entretiens suivants au cours desquels j’ai insisté sur les actions immédiates et à moyen terme, attendues de la France, le général HUCHON m’a clairement fait comprendre que les militaires français ont les mains et les pieds liés pour faire une intervention quelconque en notre faveur à cause de l’opinion des médias que seul le FPR semble piloter. Si rien n’est fait pour retourner l’image du pays à l’extérieur, les responsables militaires et politiques du Rwanda seront tenus responsables des massacres commis au Rwanda.

Il est revenu sur ce point plusieurs fois. Le gouvernement Français, a-t-il conclu, n’acceptera pas d’être accusé de soutenir les gens que l’opinion internationale condamne et qui ne se défendent pas. Le combat des médias constitue une urgence. Il conditionne d’autres opérations ultérieurs. Dès que le contact téléphonique protégé sera établi, une appréciation des problèmes relatés au point 3 ci-dessus sera affinée et concrétisée en tenant compte de la position du gouvernement Français sur le cas du Rwanda.

5- Conclusions :

a. Ces contacts m’ont permis de sonder combien la coopération militaire Française est gênée de nous expliquer sa retenue en matière d’intervention direct par souci de solidarité à l’opinion politique Europèenne et Américaine.

b. Les essais de relance de médiatisation fait à Paris par la cellule du Col NTAHOBALI que j’ai enrichie par les articles ci-annexés sont à stimuler et renforcer. A ce sujet, il urge d’y dépêcher un attaché de presse à la hauteur de la situation. Soigner davantage l’image du pays à l’extérieur constitue une des priorités à NE PAS perdre de vue.

c. Les appareils téléphoniques que j’apporte devraient nous aider à sortir de l’isolement vis à vis de l’étranger.

d. Le comité consultatif de crise devrait épauler davantage l’autorité politico-militaire par des propositions concertées allant même au-delà du court terme.

e. Les amis contactés nous conseillent de faire un effort pour mettre à l’oeuvre des équipes aux effectifs réduits pour saboter les arrières de l’Eni et briser ainsi son élan.

f. Il est à remarquer tant du côté Belge que du côté de la France, l’hésitation d’envoyer tous les stagiaires au Rwanda même ceux pour qui les cours prennent fin au début de juillet 94.

g. Une visite de haut niveau politique pourrait mieux cadrer les orientations et les actions attendues.

RWABALINDA Ephrem

Lt Col BEM


"Rwanda : depuis le 7 avril 1994, la France choisit le camp du génocide" / Dossier Noir numéro 1 / Agir ici et Survie / L’Harmattan, 1995