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L’UÇK, une armée kosovare sous encadrement allemand

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L’UÇK (Ushtria Clirimtare è Kosovès - Armée de libération du Kosovo) aurait été créée au début 1996, c’est-à-dire consécutivement aux accords de Dayton, par des militants du LPK. Les premières apparitions de l’UÇK eurent lieu à l’occasion des obsèques de militants politiques victimes de la répression serbe, à la manière des interventions de l’IRA en Irlande du Nord. Ses premières actions étaient de type terroriste classique : attentats contre des représentants du pouvoir serbe. Il s’agissait de radicaliser la lutte et de s’opposer à la stratégie non violente du LDK d’Ibrahim Rugova tout autant que de combattre les Serbes.

À partir de mars 1998, ce mouvement groupusculaire a connu un développement exponentiel en se nourrissant de la haine engendrée par la spirale répression-attentats-répression. Son objectif affiché est l’indépendance du Kosovo et la création de la Grande Albanie, symbolisée par l’aigle à deux têtes. Néanmoins l’UÇK n’a jamais précisé ses options politiques. On sait que ses dirigeants ont été formés au maoïsme version Enver Hodja et qu’ils en ont conservé les méthodes autoritaires, mais on ignore le type de régime politique qu’ils souhaitent promouvoir dans un Kosovo indépendant ou dans la Grande Albanie.

L’UÇK est dirigée par Hashim Thaçi, alias « le Serpent », personnalité charismatique de 29 ans ayant vécu en Suisse et en Allemagne, proche du leader du LPK, Xhavit Haliti. Son porte-parole est Jakup Krasniqi. Depuis le 13 août 1998, l’UÇK est formellement gouvernée par un Conseil de six membres, contrôlé de fait par le LPK.

Le financement de l’UÇK a d’abord été assuré par le trafic de l’héroïne dans la région, puis par l’association VT (Vendlindja Therret - La patrie t’appelle). Celle-ci organise des collectes dans le monde entier, notamment en Suisse et en Allemagne, auprès de la diaspora kosovar.

En septembre 1998, la revue Raids consacrait un premier reportage à l’UÇK. Quelques jours plus tard, The European révélait ses liens avec les services secrets allemands. Le 1er octobre 1998, Le Monde du Renseignement détaillait ce dispositif.

On peut résumer ainsi les informations aujourd’hui disponibles : en mai 1996, Hansjörg Geiger, nouveau président du BND, a décidé du soutien militaire aux indépendantistes kosovars. L’ambassade d’Allemagne à Tirana est devenue la base régionale des opérations anti-serbes, tandis qu’un gouvernement kosovar en exil était installé par le LDK à Bonn sous l’autorité de Bujor Bukosi, numéro 2 de l’UÇK. Le BND et le MAD ont assuré la formation et l’armement de l’UÇK. Des entraînements ont été dispensés en Turquie, à Izmir, par le numéro 2 du BND, Rainer Kesselring. D’autres entraînements ont eu lieu en Albanie sous l’autorité du général Klaus Naumann, alors chef des KSK. Du matériel d’écoute et de transmission, anciennement utilisé par la Stasi, a été remis à l’UÇK par l’entremise des directeurs des services secrets albanais, Arben Karkini et Fatos Klosi. L’essentiel de l’armement initial a été fourni par les services albanais (AK-47, AKM, M-44, SKS, mitrailleuses légères Ultimax 100, RPD, RPK, mitrailleuses lourdes DSRK, lance-roquettes antichars RPG-2, RPG-7, Armbrust, mortiers de 81 et 82 mm). Évitant d’avoir à assumer cette aide devant la communauté internationale, le gouvernement albanais avait maquillé ce transfert en l’imputant à des « pillages » de ses arsenaux lors des émeutes de 1997. De source officielle confirmée par les Nations Unies, ont alors « disparu » 226 000 AK-47, 351 000 fusils semi-automatiques Simonov, 38 000 pistolets, 25 000 mitrailleuses de tous types, 2 500 lance-grenades, 750 mortiers, 20 000 tonnes d’explosifs et 1,5 million de munitions de 7,62 mm. Bien que quantitativement important, ce matériel est qualitativement insuffisant. L’UÇK manque cruellement d’armes anti-chars.

Ces arsenaux sont situés en Albanie et en Macédoine. Pour couper le ravitaillement de l’UÇK, les forces serbes ont entrepris, au début de l’année, de « nettoyer » les zones frontalières. Ils ont détruit les habitations sur une bande de 14 km de large, faisant office de no man’s land, et l’ont minée. L’UÇK n’a donc plus d’accès direct à ses arsenaux, ce qui implique soit des parachutages, soit des incursions à l’intérieur du Kosovo par des unités spécialisées de l’OTAN. En outre, si l’UÇK bénéficiait jusque-là du soutien des populations, l’exode massif des Kosovars l’a placée à découvert. Elle doit donc se transformer d’une armée de guerilla en une armée classique, ce qui paraît difficile à court terme et l’expose à des revers importants.

Actuellement, l’UÇK compterait environ 500 hommes aguerris, 10 000 hommes au combat, et 20 000 nouvelles recrues en formation en Albanie. Jusqu’à présent, leurs actions n’ont pas eu d’impact militaire significatif.

Lorsque le gouvernement fantôme d’Ibrahim Rugova a envisagé d’abandonner la stratégie non violente et de créer la Fark (Force armée du Kosovo), l’UÇK a immédiatement éliminé l’homme chargé de la constituer (assassinat le 18 septembre 1998, à Tirana même).

De manière fort surprenante, l’UÇK n’est pas intervenue, en avril 1999, pour s’opposer à la déportation des Kosovars par la police serbe.

Il importe de souligner que Klaus Kinkel, ministre des Affaires étrangères des gouvernements Köhl, fut président du BND du 1er janvier 1979 au 31 décembre 1982. Et que le général Klaus Naumann est l’actuel président du Comité militaire de l’OTAN, d’où il dirige les troupes de l’UÇK qu’il a lui-même formées.

La tentation est grande pour l’Allemagne et l’OTAN d’effacer les traces de cette manipulation en laissant l’UÇK seule, exposée et sans armement adapté, à l’intérieur du Kosovo. Aussi, les Émirats arabes unis examinent actuellement le secours qu’ils pourraient apporter aux combattants musulmans.

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