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4 - Armes nucléaires (Nuclear weapons)

Discours de M. Powell au Conseil de sécurité de l’ONU - Partie 4/7

| New York (États-Unis)
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Je vais maintenant parler des armes nucléaires. Nous n’avons aucune preuve que Saddam Hussein ait à aucun moment abandonné son programme d’armes nucléaires. Au contraire, nous avons plus de dix années de preuves qu’il reste bien décidé à acquérir des armes nucléaires.

Pour être en mesure de vraiment apprécier le défi auquel nous nous heurtons aujourd’hui, souvenez-vous qu’en 1991 les inspecteurs avaient pour la première fois perquisitionné dans les installations principales d’armes nucléaires et qu’ils n’avaient rien trouvé leur permettant de conclure que l’Irak avait un programme d’armes nucléaires. Mais, en se fondant sur des informations fournies par des transfuges, en mai 1991, le mensonge de Saddam Hussein a été exposé. En vérité, Saddam Hussein avait un vaste programme d’armes nucléaires clandestin qui couvrait plusieurs techniques différentes d’enrichissement de l’uranium, notamment la séparation isotopique électromagnétique, la centrifugation gazeuse, la diffusion gazeuse.

Nous estimons que ce programme illicite coûte aux Irakiens plusieurs milliards de dollars. Il n’empêche que l’Irak continue à dire à l’AIEA qu’il n’a aucun programme d’armes nucléaire. Si l’on n’avait pas mis fin aux activités de Saddam Hussein dans ce domaine, l’Irak aurait pu produire une bombe nucléaire avant 1993, de nombreuses années avant que ne l’indiquaient les pires prévisions faites avant la guerre.

En 1995, à la suite d’indications fournies par un autre transfuge, nous avons découvert qu’après son invasion du Koweït, Saddam Hussein avait mis en œuvre un programme intensif afin de fabriquer des armes nucléaires peu perfectionnées, en infraction aux obligations qu’a l’Irak envers les Nations unies. Saddam Hussein possède déjà deux des trois éléments clés nécessaires pour fabriquer une bombe nucléaire. Il dispose d’un groupe de scientifiques nucléaires qui ont l’expérience nécessaire et il a les plans d’une bombe.

Depuis 1998, les efforts qu’il a menés pour reconstituer son programme nucléaire se sont concentrés sur l’acquisition du troisième et dernier élément : suffisamment de matières fissiles pour produire une explosion nucléaire. Pour fabriquer ces matières fissiles, il lui faut se constituer les moyens d’enrichir l’uranium. Saddam Hussein est bien décidé à mettre les mains sur une bombe nucléaire.

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Il est tellement déterminé qu’il a, à de nombreuses reprises, essayé d’acquérir des tubes d’aluminium renforcé auprès de 11 pays, même après la reprise des inspections. Ces tubes tombent sous le contrôle du groupe des fournisseurs nucléaires (GFN) précisément parce qu’ils peuvent être utilisés dans les centrifugeuses pour enrichir l’uranium.

Aujourd’hui, pratiquement tout le monde a entendu parler de ces tubes et nous savons qu’il existe des divergences d’opinion. L’utilisation qui est prévue pour ces tubes est sujette à controverse. La plupart des spécialistes américains pensent qu’ils sont destinés à être utilisés en tant que rotor dans les centrifugeuses servant à enrichir l’uranium. D’autres spécialistes, et les Irakiens aussi, affirment qu’ils servent à la confection de l’armature de roquettes pour une arme classique : un lance-roquettes.

Je vais vous dire ce qui n’est pas sujet à controverse à propos de ces tubes. Premièrement, tous les spécialistes qui ont analysé les tubes en notre possession s’accordent à dire qu’ils peuvent être adaptés pour être utilisés dans les centrifugeuses.

Deuxièmement, l’Irak n’est nullement justifié de les acheter, quel que puisse être leur emploi. Ils sont interdits pour l’Irak. Je ne suis pas un spécialiste en tubes de centrifugeuses, mais je suis un vieux soldat. Je peux vous dire une chose ou deux.

Tout d’abord, je trouve bizarre que ces tubes aient été fabriqués en tenant compte d’un critère de tolérance qui excède de loin les critères recommandés par les États-Unis pour des roquettes comparables. Peut-être les Irakiens fabriquent-ils leurs armes classiques en adoptant des normes plus élevées que nous ne le faisons, mais cela me surprendrait.

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Deuxièmement, nous avons effectivement examiné des tubes provenant de plusieurs lots différents qui avaient été clandestinement saisis avant de parvenir à Bagdad. Nous avons noté, dans ces divers lots, une progression vers des niveaux de plus en plus élevés de spécificité technique, y compris, dans le dernier lot, un revêtement anodique sur des surfaces extérieures et intérieures extrêmement lisses.

Pourquoi continueraient-ils à perfectionner ces caractéristiques ? Pourquoi continuer à se donner tant de mal pour un engin qui, s’il s’agissait d’une roquette, volerait en éclats à son lancement ?

Les tubes d’aluminium ne sont qu’un aspect de cette affaire. Nous sommes également en possession de renseignements de sources multiples selon lesquels l’Irak est en train d’acquérir des aimants et des régulateurs à grande vitesse. Ces deux articles peuvent être utilisés dans un programme de centrifugation au gaz pour enrichir l’uranium.

En 1999 et 2000, les dirigeants irakiens ont négocié avec des sociétés de Roumanie, d’Inde, de Russie et de Slovénie en vue de l’achat d’une fabrique d’aimants. L’Irak voulait que l’usine produise des aimants pesant de 20 à 30 grammes. C’est le poids des aimants qui étaient utilisés dans le programme de centrifugation de l’Irak avant la guerre du Golfe.

Cette affaire, liée à celle des tubes, est un nouvel indice des efforts faits par l’Irak pour reconstituer ses programmes d’armes nucléaires.

Des communications interceptées du milieu de 2000 à l’été dernier ont montré que des sociétés irakiennes de façade tentaient de se procurer des machines susceptibles d’être utilisées pour équilibrer les rotors de centrifugation au gaz. L’une de ces sociétés a également été mêlée à une vaine tentative faite en 2001 pour introduire clandestinement des tubes d’aluminium en Irak.

Cette question va continuer à faire l’objet de controverse, mais il n’y a aucun doute dans mon esprit. Ces efforts d’acquisition illicite montrent que Saddam Hussein est tout à fait résolu à mettre en place les principaux éléments de son programme d’armes nucléaires, à acquérir les moyens de produire de la matière fissile.

Il s’emploie également à conserver les autres principaux éléments de son programme nucléaire, en particulier son groupe de scientifiques nucléaires. Il est intéressant de noter que, au cours des dix huit derniers mois, Saddam Hussein a accordé une attention personnelle croissante aux principaux scientifiques nucléaires irakiens, un groupe que la presse d’obédience gouvernementale qualifie ouvertement de « moudjahidines nucléaires ». Il les exhorte régulièrement et les félicite de leurs progrès. Des progrès vers quel but ?

Traduction française : Département d’État. Images du diaporama : Maison-Blanche.

Discours intégral du secrétaire d’État des Etats-Unis, Colin Powell, au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies, le 11 février 2003 :
1 – Démenti et fraude (Denial and deception)
2 – Armes biologiques (Biological weapons)
3 – Armes chimiques (Chemical weapons)
4 – Armes nucléaires (Nuclear weapons)
5 – Missiles (Delivery systems)
6 – Terrorisme (Terrorism)
7 – Violation des droits de l’homme (Human rights violations)

Colin L. Powell

Colin L. Powell Assistant aux affaires de Sécurité nationale du président Reagan (1987-1989) et chef d’état-major de l’armée états-unienne (1989-1993) sous la présidence de George Herbert Walker Bush. Secrétaire d’État des États-Unis sous la présidence de George W. Bush (2001-05).

 
Discours de Colin Powell devant l’AIPAC, 30 mars 2003
American Israel Public Affairs Committee
 
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