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Blanchiment d’information
L’info qui ne gêne pas « Libé »
par Jack Naffair




17 février 2003

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Paris (France)

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« Le tract qui gêne Bachelot : Saddam Hussein n’aurait pas gazé le peuple kurde d’Irak en 1988... C’est en tout cas ce qu’ose prétendre un tract de l’association Jeunes France Irak, qui évoque "les preuves réunies par le Pentagone pour accuser l’Iran dans les événements d’Halabja" et ramène le bilan du massacre à "5000 morts". Ces lignes, et bien d’autres viscéralement antiaméricaines, sont cautionnées par Roselyne Bachelot. » (Voir l’article complet.)

Cette dépêche, parue dans Libération du 15 févier 2003, n’est pas tant intéressante pour sa mise en cause d’une ministre en exercice que pour la validation implicite d’une information manipulée par l’administration Bush. Libération est choqué qu’une association proche de la ministre de l’Environnement « ose prétendre » que l’Irak n’est pas responsable du massacre d’Halabja. Le journal prend ainsi pour fait établi que l’Irak est bien coupable de ce crime contre l’humanité et qu’il est inutile d’étayer cette assertion.
La version des faits reprise par Libération a été développée dans divers documents de propagande : « Apparatus of Lies » de la Maison-Blanche, « Iraq’s massive destruction weapons » du 10, Downing Street ou le discours sur l’État de l’Union prononcé par George W. Bush le 28 janvier 2003.
Pourtant, les seules informations dont nous sommes sûrs est qu’une bataille entre l’Iran et l’Irak a eu lieu dans la zone d’Halabja, que les deux camps ont utilisé des gaz de combat interdits et que des civils kurdes, pris entre deux feux, ont été tués par ces gaz.
Le massacre d’Habalja n’avait pas soulevé de protestation de la communauté internationale, en mars 1988. A l’époque, il était admis que les civils avaient été tués "collatéralement" à la suite d’une erreur de maniement des gaz de combat. Deux ans plus tard, lorsque la guerre Irak-Iran prit fin et que les Occidentaux cessèrent de soutenir Saddam Hussein, le massacre d’Halabja fut attribué aux Irakiens. Un rapport classifié de l’Army War College démontra, en 1990, que cette imputation était peu crédible. Le Washington Post du 4 mai 1990 le résuma en ces termes : « L’affirmation iranienne du 20 mars [1990] selon laquelle la plupart des victimes d’Halabja a été empoisonnée par du cyanide a été considérée comme un élément clé [...]. Nous savons que l’Irak n’utilise pas de gaz cyanide. Nous avons une très bonne connaissance des agents chimiques que les irakiens produisent et utilisent, et nous savons ce que chacun ne fait pas. » Récemment, Stephen C. Pelletiere, un analyste politique pour l’Irak à la CIA pendant la guerre Iran-Irak puis professeur à l’Army War College qui participa à la rédaction du rapport, rappela dans le New York Times que le massacre d’Halabja était un crime de guerre, probablement commis par l’armée iranienne, et non un crime contre l’humanité commis par l’armée irakienne. Et, qu’en aucun cas, il ne s’est agit de l’assassinat délibéré de populations civiles. (Voir le résumé de la tribune libre de Stephen C. Pelletiere dans Tribunes libres internationales.)
Sous l’apparence de la critique d’une ministre qu’il accuse implicitement de négationnisme, Libération relaie en réalité une information mensongère manipulée par l’administration Bush.

 Jack Naffair
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